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Situation intérieure

Texte de la majorité

Jusqu'à juin 1999, nous avons connu quatre scrutins "nationaux" en moins de quatre ans : présidentielles, législatives, régionales et européennes et, contrairement à tous les partis, nous n'avons pas l'oeil fixé sur l'horizon des élections municipales de 2001.

Pour nous, elles ne sont vraiment pas encore à l'ordre du jour d'autant que, rappelons-le, les révolutionnaires, s'ils se présentent par principe dans toutes les élections possibles, n'ont jamais considéré les élections autrement que comme un thermomètre, un thermomètre de l'opinion des travailleurs.

Les résultats en eux-mêmes ne peuvent avoir d'influence sur la situation des classes laborieuses. Ils ne peuvent en avoir qu'indirectement, s'ils montrent une poussée des révolutionnaires dans l'opinion populaire. Dans ce cas, les résultats peuvent redonner confiance et renforcer les positions des révolutionnaires par rapport aux autres organisations politiques qui prétendent représenter les travailleurs. Ils peuvent aussi renforcer la confiance et la conscience des travailleurs. Ils peuvent aussi, lorsqu'ils sont très bons, inspirer une certaine crainte aux adversaires, voire au patronat et au gouvernement et, parfois, amener ces derniers à tempérer leurs attaques contre les travailleurs par crainte de renforcer la position des révolutionnaires et d'encourager les réactions des classes populaires.

Toujours est-il que les élections municipales étant relativement lointaines, dans un an et demi, nous n'avons rien d'autre à en dire pour le moment.

Les efforts militants de l'organisation ne se situeront donc pas sur ce terrain durant l'année qui vient.

Localement, sur le terrain justement, étant donné nos forces limitées, nous sommes réduits au rôle d'organisation propagandiste car nous n'avons que peu de capacités d'intervention autonome dans les luttes. Le faible niveau des luttes de la classe ouvrière limite encore plus cette possibilité.

En effet, les organisations syndicales, même si leur réformisme fondamental les amène bien des fois à ne pas aller jusqu'au bout des possibilités offertes par certaines luttes des travailleurs, vont en général au-delà de la combativité de ces derniers et il est rare qu'une grève, lorsqu'il y en a, entraîne sur des revendications salariales, ou de charge de travail, plus de 10 % des salariés d'une grande entreprise. Lorsque cela dépasse ce pourcentage, c'est qu'il y a une menace de fermeture ou de réduction considérable des effectifs, ou de licenciements collectifs importants. Cela n'est d'ailleurs pas toujours le cas car la politique dite des "plans sociaux", largement utilisée par le patronat, divise les travailleurs entre ceux qui vont partir dans une retraite anticipée et qui en sont bien contents, ceux qui ne seront pas licenciés, ceux qui seront reclassés ou auxquels on le promet et ceux qui seront licenciés purement et simplement ou avec une indemnité qui les fait hésiter sur la nécessité d'une lutte d'arrière garde. Bien souvent, malgré l'opposition des syndicats les plus proches des travailleurs, c'est une majorité des travailleurs eux-mêmes qui approuve ces plans.

Dans un autre contexte, avec une combativité plus élevée, où les travailleurs seraient déterminés à entrer en lutte contre chaque attaque patronale, où les grèves s'étendraient à la majorité des travailleurs d'une entreprise et surtout à d'autres entreprises et si, dans ce contexte, l'action des syndicats entrait en contradiction avec l'attente des travailleurs, les militants révolutionnaires, même minoritaires, pourraient intervenir efficacement.

Ces conditions ne sont pas remplies actuellement, mais nous militerons, comme toujours, dans cette perspective. Nous ne pouvons rien prévoir et tout au plus espérer mais cela ne doit pas nous empêcher de saisir la moindre occasion politique de changer la situation et, peut-être, les manifestations, les actions auxquelles le PCF appelle ses militants et les travailleurs peuvent-elles contribuer à modifier cette situation. Bien sûr, cela dépasserait les buts du PCF qui ne cherche pas cela et surtout pas à être débordé, mais cela pourrait préparer une situation où nous pourrions intervenir efficacement.

C'est pourquoi nous devons, non seulement participer aux manifestations prévues mais, dans les entreprises, convaincre les travailleurs d'y participer, les militants du PCF et syndicaux d'y appeler et nous devons expliquer sans relâche en quoi elles peuvent permettre de créer une situation où les travailleurs pourront enfin se défendre.

Bien sûr, tout cela, pour le moment, reste dans le cadre de la propagande. De la propagande écrite et de la propagande militante, individuelle. Mais, dans le cas présent, dans le cadre d'objectifs précis, concrets, datés et non plus en se limitant à une propagande générale.

La préparation des manifestations prévues mi-décembre sera donc l'occasion d'avoir de telles discussions individuelles dans les entreprises et dans les quartiers avec les militants et sympathisants du PCF, les militants syndicalistes et l'ensemble des travailleurs.

La presse économique, le gouvernement, ont beau annoncer que le chômage régresse, la population laborieuse n'a guère l'occasion de croire aux statistiques officielles. En effet, même s'il est vrai que le chômage baisse, cela ne représente, dans la meilleure des statistiques, que 100 ou 150 000 demandeurs d'emplois en moins sur un an, sur un total qui était de trois millions, sans compter tous les chômeurs partiels qui ne sont pas pris en compte comme "chômeurs" et qu'on estime encore à au moins deux millions.

Alors avant que cette baisse homéopathique puisse changer la vie de la population laborieuse, bien de l'eau peut couler sous les ponts.

Par contre, le niveau de vie baisse vraiment et en permanence, quelles que soient, là encore, les statistiques aussi optimistes que mensongères.

On nous parle de stabilité du coût de la vie et de la hausse du salaire moyen qui, bien que faible, représenterait paraît-il un pouvoir d'achat supérieur. Par contre, on ne tient absolument pas compte, dans ces statistiques, des charges qui pèsent de plus en plus sur les salariés.

Il y avait déjà, depuis le gouvernement de droite, la hausse de 2 % de la TVA sur tous les produits de grande consommation. Il y a eu l'augmentation de diverses cotisations sociales et en particulier de la CSG et de la CRDS qui s'appliquent même sur des salaires ou des retraites relativement modestes, même si c'est compensé pour les salariés par la diminution des cotisations de Sécurité sociale (bien moins que pour les employeurs). Ne sont pas pris en compte non plus, dans ces statistiques, l'augmentation sensible des impôts locaux, de même que l'impôt sur le revenu qui ne devait pas augmenter mais l'a fait quand même. Tout cela fait que le niveau de vie des travailleurs non seulement réduits au SMIC, mais même de ceux qui gagnent 10 000 ou 12 000 F par mois de salaire brut, diminue sensiblement.

Tous ces impôts touchent proportionnellement bien plus les classes populaires que les classes aisées ou riches et celles-ci bénéficient de dégrèvements que l'on pourrait qualifier de spécifiques, dégrèvements dont le gouvernement de gauche n'est pas avare vis-à-vis de ces classes dont il espère un soutien électoral ou tout au moins dont il veut neutraliser l'hostilité. Dégrèvements pour domestiques, pour garde d'enfants, pour travaux dans l'habitation dont un prolétaire peut peut-être bénéficier s'il fait poser cinq rouleaux de papier peint, mais dont un bourgeois bénéficiera sur les 100 ou 200 000 francs ou plus que lui coûtera la rénovation de son appartement.

Cela sans parler des conditions de travail.

Le poids du chômage augmente depuis des années, et est à la base d'un changement de rapport de forces entre le monde du travail et le patronat. Ce dernier trouve toute la main-d'oeuvre qu'il souhaite, surtout dans les emplois les moins qualifiés. Nombreux sont les salariés à s'être entendu dire que, s'ils n'étaient pas contents, il y en avait dix autres devant la porte qui seraient heureux d'avoir leur place. Nous ne sommes plus au XIXe siècle mais le patronat s'y croit.

En plus, sur les lieux de travail, les gains de productivité dans l'industrie et même dans le tertiaire ne sont pas dus au seul progrès technique. Ils ont été faits aussi par l'exploitation intensive de ceux qui doivent suivre le rythme des machines les plus modernes.

Il en va de même chez les employés du tertiaire, des banques ou des services publics ou privés. L'informatique permet plus de choses mais pour ceux et celles qui entrent les données, les claviers sont toujours là et les écrans d'ordinateurs n'ont pas diminué la fatigue, au contraire.

Les récentes lois Aubry vont peut-être diminuer un peu le temps de travail, mais avec de telles contreparties en faveur du patronat qu'elles représentent une charge supplémentaire pour l'immense majorité des travailleurs.

En effet, les plans de licenciement et de diminutions d'emplois des entreprises, les grandes en particulier, impliquent l'intensification du travail de ceux qui restent, et parfois dans des conditions insupportables.

Face à cela, pour le moment les réactions des travailleurs ne sont que sporadiques. Depuis des mois, voire des années, on n'a assisté à aucun mouvement d'ensemble si l'on excepte les grèves de la SNCF de fin 1995 qui se sont à peine étendues chez les travailleurs des entreprises publiques comme la Poste, et pas du tout dans le privé.

C'est dire que le rapport de forces est pour le moment en défaveur des travailleurs et que changer ce rapport de forces nécessitera une contre-offensive générale du monde du travail.

Dans ce contexte, la direction du PCF a décidé de faire un pas, un tout petit pas, sur sa gauche.

Le résultat des élections européennes a en effet montré que le PCF était toujours, depuis déjà des années, dans un processus d'affaiblissement qui pouvait le conduire à sa perte. En effet, ses scores électoraux, même s'ils remontent parfois un peu d'une élection sur l'autre, se sont considérablement réduits au fil du temps. Situation qui l'a réduit au rôle de faire-valoir dans le gouvernement de la gauche plurielle, dont il est une des composantes et la cinquième roue. Cette participation est aussi une forme de suicide car elle lui vaut le fait de partager, vis-à-vis des classes populaires, le discrédit de la politique de ce gouvernement.

D'un autre côté, le PCF ne peut que très difficilement renoncer à sa participation gouvernementale. S'il renonçait, une fois de plus, comme il l'avait fait lors de l'Union de la gauche, il tournerait le dos à toute la politique qui est la sienne depuis des années.

La justification de son existence, c'est justement la participation à une alliance de gauche en dehors de laquelle il n'aurait pas de perspective électorale, ce qui est la pire des choses pour un parti électoraliste et réformiste.

Il justifie sa participation en prétendant que c'est le moyen pour lui d'obtenir du gouvernement quelques petits pas favorables aux travailleurs. Et, par exemple, que la dernière loi Aubry qu'il a votée aurait été moins favorable aux travailleurs sans les amendements qu'il a proposés.

Mais pour modifier la loi Aubry et en particulier pour modifier le financement du coût des subventions au patronat, le syndicat patronal, le MEDEF, a été bien plus efficace que le PCF.

En plus, le pire aspect des lois Aubry, c'est-à-dire la possibilité légale donnée au patronat d'imposer la flexibilité du temps de travail, de sa modification à la semaine, au mois ou à l'année, n'a pas été aboli.

Les travailleurs qui n'en ont pas encore été victimes au travers des accords déjà signés, vont l'être à partir de la généralisation de la loi au premier janvier 2000.

Jusqu'à présent, le PCF avait choisi de soutenir sans réserve le gouvernement tout en ne faisant que quelques critiques confidentielles dans l'Humanité mais sans que cela se traduise dans l'attitude des députés communistes dont le soutien est indispensable au gouvernement Jospin.

C'est dans ces conditions, après le désaveu reçu aux Européennes, que Robert Hue a appelé à une manifestation de rue pour l'emploi et contre les licenciements. C'était la première fois depuis l'existence du gouvernement.

Bien sûr, très hypocritement il a adressé son appel aussi au Parti socialiste pour le rassurer et lui confirmer que ce ne serait pas contre le gouvernement. Ce dont Lionel Jospin était évidemment persuadé. Par contre, Robert Hue s'est adressé aussi à l'extrême gauche.

Bien sûr, le gouvernement Jospin n'a pas vu d'un bon oeil l'appel à cette manifestation, et les principaux ministres socialistes, sans en faire une affaire d'État, n'ont pas lésiné sur les critiques. Ce qu'ils craignaient ce n'était évidemment pas un débordement par l'extrême gauche mais un débordement par la base même du PCF si celui-ci ne parvenait pas à contrôler ses troupes. En effet, un succès trop large, trop populaire de cette manifestation aurait pu entraîner des slogans mettant mal à l'aise le gouvernement, c'est-à-dire carrément anti-gouvernementaux.

L'extrême gauche pouvait évidemment tenter d'avoir cette attitude, mais elle ne pouvait pas s'appuyer sur un soutien populaire débordant la politique du PCF et elle n'aurait, de toute façon, pas pu changer la tonalité de la manifestation.

En effet, les dizaines de milliers de manifestants étaient surtout des militants du PCF. Les milieux sociaux-démocrates, tout comme les autres grandes centrales syndicales, avaient fait toutes les pressions voulues pour que la CGT refuse d'appeler officiellement. Pour les Verts, ils n'ont pas eu à faire pression, tant ces derniers sont loin des intérêts du monde du travail. Leur direction a appelé du bout des lèvres, mais seule une ou deux centaines ont répondu à l'appel.

En choisissant une manifestation centrale à Paris, la direction du PCF savait qu'elle écartait de ce fait un grand nombre de travailleurs, de militants du rang, qui ne pouvaient envisager le voyage d'une journée à Paris.

Dans cette manifestation, en grande partie composée de militants du PCF, qu'ils aient arboré des badges PCF ou CGT, ces derniers n'ont pas outrepassé les mots d'ordre de leur parti, à part une toute petite minorité représentant des tendances sans poids réel au sein du PCF.

Même ceux de ses militants qui, individuellement, pouvaient critiquer le gouvernement et sa politique ou même être déçus de l'attitude de leur parti dans tel ou tel cas, comme sur la loi Aubry par exemple, ne sont pas, dans leur grande majorité, contre la participation gouvernementale du PCF car ils n'ont pas d'autre perspective.

Une suite à la manifestation du 16 octobre est prévue par le PCF, le 11 décembre, sous la forme d'une "journée nationale de rassemblement et de manifestation organisée partout ensemble, dans les villes, les départements et les régions... contre les licenciements, le chômage, pour l'emploi" (d'après le projet d'appel préliminaire rédigé par le PCF).

Bien entendu, nous serons solidaires de cet appel et nous participerons à ces manifestations. Dans la mesure du possible, nous essaierons de mettre l'accent, selon les circonstances et les rapports de force locaux, sur la flexibilité imposée par le patronat (c'est, entre autres, cité dans le "projet d'appel").

Tous les travailleurs n'ont pas été concernés et touchés par la possibilité juridique donnée par la loi Aubry au patronat d'imposer cette flexibilité en contrepartie d'une réduction du temps de travail. Il faut dire que le patronat n'a pas attendu non plus la loi Aubry pour imposer ou tenter d'imposer ce qu'il souhaitait dans ce domaine, avec ou sans contrepartie.

Cela dit, nous participerons à la préparation et aux manifestations prévues le 11 décembre, sur de tels objectifs, en commun avec les militants du PCF et tous les militants ouvriers qui s'y associeront, mais sans tenter de faire de ces manifestations un règlement de compte envers le reste de la politique du PCF. Ce qui veut dire que nous nous désolidariserons de ceux qui voudraient le faire en nous y associant.

Nous connaissons le caractère limité de ces gestes du PCF, nous savons que le PCF essaie de reconquérir son crédit auprès des travailleurs et des classes populaires, très probablement dans la perspective des élections municipales.

Cela dit, le terrain choisi est un terrain qui correspond aux intérêts des travailleurs. Bien sûr, dans la mesure où le mouvement se développerait, nous éclairerions les travailleurs sur la nécessité de prévoir et d'organiser eux-mêmes les suites de leur lutte.

Cela ne se fera pas en une fois car le moral et la combativité des travailleurs ne sont pas à leur plus haut niveau mais, dans le contexte des attaques patronales actuelles, une telle journée de manifestations et d'actions peut contribuer à leur redonner confiance en eux-mêmes et dans la lutte. Tout dépend de la participation, de la force de cette journée d'action, du nombre de travailleurs qu'elle mobilisera dans chaque ville. Tout dépend aussi de la perspective qu'il convient d'afficher, c'est-à-dire en affirmant entre autres qu'une telle journée ne doit pas être sans lendemain.

Nous militerons dans la mesure de nos moyens pour qu'elle ne le soit pas et que les suivantes s'accompagnent d'appels à des grèves interprofessionnelles de 24 heures. C'est en ce sens que nos camarades interviendront auprès des militants du PCF et des syndicalistes.

Mais, encore une fois, si nous préparerons cette journée avec nos propres objectifs et si nous y apparaîtrons avec nos propres mots d'ordre, nous resterons sur le terrain des licenciements, du chômage et des conditions de travail, c'est-à-dire de l'opposition à la flexibilité. Nous n'en profiterons pas pour critiquer toute la politique du PCF ou des syndicats qui appelleront localement ou nationalement.

Il ne faut pas se faire d'illusions, la modification du rapport de forces entre le monde du travail et le patronat n'a pas commencé avec la manifestation du 16 octobre, même si elle est suivie par d'autres journées. Cet appel à des répétitions générales pour une réaction d'ensemble des travailleurs, seule susceptible de modifier le rapport de forces avec le patronat, donne les moyens aux travailleurs de s'exprimer et d'intervenir. Mais évidemment c'est la réussite de chacune de ces journées qui peut seule convaincre et entraîner des couches de plus en plus larges de travailleurs à participer aux suivantes et, finalement, à prendre l'offensive.

La manifestation du 16 octobre n'a manifestement mobilisé que des militants. Même pas tous. Peut-être une nouvelle journée d'action appelée dans les principales villes du pays pourra-t-elle mobiliser plus largement, mais il est vraisemblable que ce sont encore des militants ou peut-être des travailleurs localement en lutte qui répondront à cet appel.

C'est pourquoi nos camarades essaieront de convaincre le plus possible de militants des perspectives ouvertes par ce début de mobilisation et essaieront aussi de convaincre le plus possible de syndicalistes de la nécessité de faire correspondre une journée ultérieure avec un appel à la grève, au moins si les centrales syndicales ne le font pas par les syndicats locaux.

Nous n'avons jamais ménagé nos critiques vis-à-vis du PCF et de sa politique. Notre presse, qu'elle soit mensuelle, hebdomadaire ou qu'elle soit notre presse d'entreprise, a toujours exprimé clairement ce que nous pensions sur tel ou tel aspect de sa politique et, en particulier, de sa participation à la gauche plurielle et au gouvernement.

Cela dit, surtout lors des campagnes électorales où, par la force des choses nous étions des concurrents du PCF (de même que des Verts ou des sociaux-démocrates), nous avons toujours affirmé que nous n'étions pas des adversaires du PCF ni de ses militants et que notre objectif n'était pas de faire baisser ses scores électoraux.

Nous ne sommes pas des gauchistes qui interprétons la baisse des scores électoraux du PCF comme quelque chose de positif alors que les scores de la social-démocratie, ceux des Verts, voire de listes nouvelles comme celle des chasseurs, se maintiennent ou sont en augmentation.

Nous l'avons dit et redit dans toutes nos campagnes électorales, d'une façon ou d'une autre, en particulier depuis 1995. Bien sûr, la presse nous a attribué sa propre vision de façon plus ou moins honnête. La plupart des commentateurs politiques, qu'ils soient de droite ou sociaux-démocrates, auraient bien voulu que nos scores affaiblissent ceux du PCF et surtout pas ceux des responsables de droite ou de gauche de la politique passée présente ou à venir.

Même lorsque, après sa décision de participer au gouvernement, le PCF s'est lancé dans une campagne vite abandonnée, de "réunions citoyennes", où les critiques de sa politique pouvaient s'amortir, nous avons demandé à nos camarades de participer à ces réunions puisqu'elles étaient ouvertes à tous, sans critiquer la participation gouvernementale du PCF, mais en critiquant quand même sa politique en disant, en substance, qu'il affaiblissait non seulement les travailleurs mais en plus qu'il s'affaiblissait lui-même en soutenant un gouvernement socialiste qui le conduirait à terme à partager son discrédit.

Aujourd'hui nous n'avons pas changé d'attitude vis-à-vis du PCF et surtout de ses militants dont nous ne sommes pas les adversaires même si parfois, sur le terrain, nous nous opposons.

Depuis, en dehors de ces réunions citoyennes et de situations dans les entreprises où, au sein des syndicats, nous nous retrouvons côte à côte, nous ne nous sommes jamais trouvés dans la situation où nous nous sommes trouvés le 16 octobre.

Nous ne reviendrons pas sur notre attitude vis-à-vis du PCF à propos de cette manifestation ou de celles qui peuvent suivre.

Mais nous voulions démontrer aux militants du PCF, non seulement que nous n'étions pas des adversaires de leur parti, mais que nous n'étions pas toujours critiques vis-à-vis de ses propositions et qu'au contraire, lorsqu'il organisait une manifestation conforme aux intérêts des travailleurs, il pouvait nous trouver à ses côtés de toutes nos forces, aussi limitées soient-elles.

Notre problème n'était pas de faire connaître notre politique et toutes nos critiques du PCF à ses militants présents à la manifestation. Nous sortons de suffisamment de campagnes électorales pour que nos critiques soient connues. Notre problème était de leur faire savoir et de leur montrer que nous pouvions répondre présents lorsque les objectifs de leur parti correspondaient à une politique ouvrière.

Nous ne cherchons pas, non plus, à impressionner les militants du PCF par nos forces. L'aurions-nous voulu que nous ne l'aurions pas pu car 10 % maximum des manifestants ne seraient pas suffisants. On convainc assez souvent par un rapport de forces. Un rapport de forces électoral entre le PCF et nous a ébranlé un certain nombre de militants en montrant que si le PCF avait un langage plus radical, il regagnerait peut-être des voix. Par contre, tous les militants savent que, sur le terrain, ils ne nous rencontrent pas toujours et les plus hostiles nous en accusent.

Si le PCF voulait faire une démonstration de force, elle aurait été tout aussi réussie sans nous et c'est ce qu'un certain nombre de militants ont ressenti. D'autres ont été sensibles aux efforts que nous avons faits pour que la manifestation réussisse. Mais ceux qui ont été impressionnés par notre nombre l'ont été encore plus par le nombre de manifestants communistes.

Et c'est là le problème. Ce que nous disons trouve un écho certain auprès d'une partie des classes populaires lorsque nous avons l'occasion de pouvoir nous adresser à elles par le relais des médias lors d'élections importantes.

Mais la fraction de la population laborieuse que nous touchons pas notre activité, là où nous sommes, est infiniment plus faible.

Aujourd'hui, il est de bon ton dans certains milieux gauchistes de dire que, puisque le PC ne redeviendra jamais révolutionnaire, il est perdu pour les luttes, donc quasiment négligeable par rapport aux "nouvelles sensibilités".

Certains disent qu'un futur parti révolutionnaire au service des travailleurs associera certes des militants "de tradition" social-démocrate ou communiste mais aussi de ces militants dits des mouvements sociaux qui seraient objectivement révolutionnaires, quoiqu'ils se disent tout sauf cela, anticapitalistes, quoiqu'ils se gardent de le dire eux-mêmes, et qui sont suffisamment étrangers aux intérêts de la classe ouvrière pour avoir refusé de participer au 16 octobre. Certains vont même jusqu'à leur chercher des excuses en accusant Robert Hue d'avoir appelé à une telle manifestation sans les avoir consultés. Pourtant Hue n'avait consulté ni la LCR ni LO et cela n'a pas empêché ces deux organisations de tout faire pour que le 16 octobre réussisse.

Pour nous, ces organisations soi-disant "sociales", même si elles sont parfois radicales, ne se sentent pas partie prenante du mouvement ouvrier.

Pour nous, si un parti révolutionnaire digne de ce nom défendant les intérêts politiques des travailleurs se crée un jour dans ce pays, son influence lui viendra d'un grand nombre de militantes et de militants qui sont actuellement dans des organisations social-démocrates, dans le PC, dans des syndicats, voire dans les mouvements dits sociaux. Mais s'ils y viennent avec les idées, les opinions et leurs préjugés actuels, ce parti ne défendra pas les intérêts politiques des travailleurs.

Pour que cela soit, il faudra que tous ses militants fassent leur la vision marxiste révolutionnaire de la société et comprennent et admettent qu'ils ont été précédés par d'autres partis ouvriers et révolutionnaires se plaçant dans la même perspective et que, par exemple, la révolution russe reste toujours un modèle qui a dégénéré certes, imparfait bien sûr, mais dont on doit comprendre les leçons et dont on doit être solidaire.

Nous sommes convaincus de cette perspective et c'est à quoi nous oeuvrons. Nous ne réussirons peut-être pas car rien n'est écrit, mais nous ne voulons pas réussir autrement que de cette façon. Car construire un parti réformiste de plus, si même c'était possible, ne servirait à rien qu'à procurer des places à quelques arrivistes et ne correspondrait pas aux intérêts de l'humanité.

5 novembre 1999

 

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