France - Après les législatives01/07/19971997Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/1997/07/LdC_28.jpg.484x700_q85_box-27%2C0%2C2451%2C3504_crop_detail.jpg

France - Après les législatives

La victoire inattendue de la gauche aux élections législatives du 25 mai et du 1er juin a créé une nouvelle situation politique. La gauche s'est retrouvée chargée des responsabilités gouvernementales par le jeu d'une alternance qui n'est due que très partiellement à une augmentation des votes obtenus par elle-même et bien plus à la démobilisation de l'électorat de droite et à la tactique électorale choisie par le Front national.

Victoire électorale de la gauche sans poussée a gauche

Les chiffres sont éloquents. Si l'électorat de gauche a progressé en nombre par rapport aux législatives de 1993, particulièrement calamiteuses pour les partis de gauche, il reste minoritaire dans le pays. En effet, au premier tour, l'ensemble des partis de la gauche parlementaire plus l'extrême gauche et les divers gauche, même en y ajoutant les Verts, n'a, avec 11.217.626 millions d'électeurs, représenté que 44,28 % de l'électorat, contre 51,25 % à l'électorat de droite et d'extrême droite (12.984.402 millions d'électeurs).

La gauche n'apparaît majoritaire dans les chiffres électoraux qu'à condition d'ignorer le Front national et de compter ses voix à part. Ou alors à condition d'être atteint d'un crétinisme parlementaire tel que l'on ne s'intéresse qu'aux députés et non pas à l'influence des différents partis dans l'électorat. Mais, dans les deux cas, les stupidités invoquant la "défaite de la droite" ou la "droite battue" dissimulent mal la réalité de ces élections et les déplacements de votes vers le Front national. Celui-ci a en effet recueilli 3.785.104 voix, c'est-à-dire 14,94 % de l'électorat, contre 3.152.543 (12,42 %) aux élections de 1993.

Et, fait significatif, en comparant les résultats des trois dernières élections, 1988, 1993 et 1997, le Front national a progressé chaque fois. Bien sûr, en comparaison des élections de 1993, la mouvance PS -c'est-à-dire le Parti socialiste lui-même, les radicaux, les divers gauche et le tout récent MDC de Chevènement- semble avoir progressé de manière fulgurante : 5.109.440 voix en 1993, 7.245.376 en 1997, soit 20,12 % et 28,60 % des votes, respectivement. Mais il suffit de remonter une ou deux élections plus loin pour tempérer le triomphalisme des plus enragés partisans du Parti socialiste. Car le Parti socialiste et ses acolytes sont loin d'avoir retrouvé le nombre de voix qu'ils avaient recueillies en 1988, lors de leur précédente victoire électorale (9.169.708 votes, 37,52 % de l'électorat). Ils n'ont même pas retrouvé leur électorat de 1986, année où, pourtant, la gauche avait perdu les élections pour céder la place au premier des gouvernements de cohabitation, celui de Chirac. En 1986, en effet, la mouvance socialiste avait recueilli 9.102.771 votes (32,5 % de l'électorat).

Gagner des élections que l'on avait perdues neuf ans plus tôt avec près de 2 millions d'électeurs de plus, voilà un des charmes du mode de scrutin en France.

Autant dire que les résultats n'ont pas été explosifs, non plus, du côté du Parti communiste. Les 2.509.781voix (9,91 %) obtenues par le Parti communiste en 1997, c'est assurément un progrès par rapport aux 2.331.399 voix (9,18 %) de 1993. Mais c'est moins que les 2.765.761 votes (11,32 %) de 1988.

Une partie de l'électorat de droite s'est manifestement détournée au premier tour des partis de la droite parlementaire pour voter pour les candidats lepénistes. Cette progression des votes frontistes a permis à un nombre plus grand de candidats lepénistes de rester en lice pour le deuxième tour. Les triangulaires provoquées de cette façon, en divisant l'électorat de droite, ont évidemment favorisé le Parti socialiste. Voilà la clé du succès du Parti socialiste !

Les conséquences des élections sur la gauche

La principale conséquence, source de toutes les autres, est évidemment que le Parti socialiste exerce pour un temps les responsabilités gouvernementales. Pour combien de temps ? Première question à laquelle il est bien difficile de répondre. La législature dure cinq ans et l'an 2002, date à laquelle elle arrive à son terme, est aussi celle de l'élection présidentielle.

Que la législature aille jusqu'à son terme ou que la Chambre soit dissoute avant 2002, il est évidemment de l'intérêt de Jospin que les années qui viennent se déroulent avec le moins de vagues possible. Il est en effet, pour le moment, le principal candidat virtuel de la gauche et il n'est pas difficile de deviner que, pour ce qui le concerne, il tient à le rester.

Mais la future échéance présidentielle est encore bien loin. Et, pour Jospin, il faut surtout faire face aux tâches de l'heure.

Dans l'immédiat, la victoire électorale de la gauche a hâté la mise en place d'un succédané d'union de la gauche, même si les responsables du Parti communiste rejettent la dénomination et même si, en effet, elle ne s'est pas constituée autour d'un programme commun de gouvernement.

Pour ce qui est des relations entre le Parti communiste et le Parti socialiste, la décision de Chirac de procéder à des élections législatives anticipées a précipité certes le mouvement mais elle l'a précipité dans le sens de la pente, étant donné le rapport des forces entre le Parti socialiste et le Parti communiste et étant donné la volonté clairement affirmée par la direction Hue de faire assumer à son parti "toutes ses responsabilités".

Point de programme commun donc. Tout au plus une déclaration commune, hâtivement rédigée, dans laquelle les déclamations grandiloquentes côtoient tout et son contraire, c'est-à-dire un magma résultant de la volonté des signataires socialistes de ne pas lier Jospin par trop de promesses et par la volonté des signataires du Parti communiste de disposer d'un texte à double lecture dans lequel les militants peuvent retrouver l'écho lointain des revendications du Parti communiste.

Mais, de toute façon, peu importait le programme puisque, sur le fond, la majorité de la direction du Parti communiste tenait manifestement à la participation gouvernementale. Pour la première fois, une minorité s'est manifestée, y compris à la direction du parti, pour contester l'entrée de ministres communistes dans le gouvernement. Il y eut même un semblant de consultation des militants qui trancha évidemment en faveur des propositions de Hue.

Mais, de toute manière, Hue n'a pas eu besoin de consultation pour annoncer, dès le soir de la victoire électorale, qu'en tout état de cause, son parti allait soutenir un gouvernement socialiste, ce que personne à la direction n'a contesté -pas même les "contestataires".

C'était pourtant, précisément, son soutien au gouvernement socialiste que le Parti communiste aurait pu conditionner. Le Parti socialiste ne dispose en effet que de 245 sièges de députés. La majorité étant de 577 sièges, il a donc besoin du soutien, au moins passif, des 36 députés du Parti communiste.

Hue n'a nullement posé comme condition à Jospin de reprendre même seulement certaines des revendications, pourtant assez modérées, auparavant défendues par le Parti communiste, pour avoir les voix du Parti communiste. Non. Robert Hue s'est livré sans condition, même si, devant les militants, dont une partie était réticente, il s'est référé à des conciliabules secrets au cours desquels Jospin lui aurait promis on ne sait trop quoi.

Désormais donc, le Parti communiste a des ministres qui sont liés par la solidarité gouvernementale.

C'est évidemment un cadeau pour Jospin. Pas seulement sur le plan de l'arithmétique parlementaire mais, bien au-delà, sur le plan politique. Le Parti communiste a eu droit à deux places de ministres et une place de secrétaire d'État pour cautionner la politique du nouveau gouvernement, y compris dans ses aspects les plus anti-ouvriers.

Première manifestation parlementaire de cette situation, les députés du PCF (à l'exception de Maxime Gremetz) ont voté la confiance au nouveau gouvernement, après la déclaration de politique générale de Jospin du 19 juin, bien que celui-ci ne leur ait accordé, comme satisfaction aux revendications ouvrières, qu'une dérisoire augmentation du SMIC de 4 %.

L'accord avec les écologistes des Verts était déjà passablement avancé au moment de la dissolution. Par la grâce du Parti socialiste, voilà donc le courant écologiste, du moins sa principale composante actuelle, intronisé comme un courant appartenant à la gauche. Même si cela n'entraîne guère de conséquences vu ce qu'est la gauche, c'est tout de même un peu nouveau tant les écologistes tenaient auparavant à affirmer qu'ils n'étaient ni de gauche ni de droite.

Dominique Voynet a donc non seulement fait triompher son orientation au sein de son courant, mais elle a obtenu la récompense de sa peine, en l'occurrence grâce à l'appui de l'appareil du Parti socialiste. Elle a obtenu 8 députés, c'est-à-dire nettement moins que la vingtaine que ce courant aurait obtenue si les élections étaient proportionnelles mais que le mode de scrutin actuel lui refuse. Mode de scrutin que le Parti socialiste n'a pas l'air de vouloir mettre en cause.

Et de surcroît, voilà donc Dominique Voynet ministre. Elle a même eu la chance de pouvoir annoncer des mesures telles que l'arrêt de la construction du grand canal Rhin-Rhône ou encore la fermeture du surgénérateur de Creys-Malville, qui permettent aux écologistes de donner à leur présence au gouvernement, payée par l'alignement derrière le Parti socialiste, un semblant de justification. En attendant peut-être le temps où il faudra se renier. Encore qu'il est bien plus facile pour le gouvernement socialiste de tenir compte des préoccupations des écologistes, dans la mesure où elles ne lèsent pas le patronat, que des exigences vitales de la classe ouvrière qui, elles, sont nécessairement au détriment du patronat.

Pour pouvoir présenter son gouvernement comme un "gouvernement pluriel de la gauche", Jospin n'a eu qu'à fouiller un peu dans le matériel de récupération et y trouver les radicaux-socialistes qui, contrairement aux apparences, existent encore et le Mouvement des citoyens de Chevènement.

Chevènement, plusieurs fois ministre sous Mitterrand, cherche, comme chacun sait, depuis plusieurs années, à se bâtir une fortune politique indépendante avec, comme thème quasi- unique, son nationalisme qui sent bon la IIIe République et son opposition au traité de Maastricht. Le gouvernement de Jospin est pour Maastricht. Certains de ses membres ont même contribué à la préparation du traité. Mais Chevènement n'allait pas se laisser arrêter par si peu, surtout avec un beau ministère, celui de l'Intérieur, au bout du chemin.

Mais, plus difficile peut-être que de s'entendre avec Hue ou avec Dominique Voynet, Jospin a dû gérer le "pluralisme" de la direction socialiste elle-même. Mais ses deux coups successifs -sa présence d'esprit pour se présenter à l'élection présidentielle de 1995 que les autres dirigeants du Parti socialiste considéraient comme perdue d'avance et son succès à ces élections législatives- lui ont donné un poids particulier. C'était le moment d'écarter de son chemin les "éléphants" du parti. Ce qui fut fait. Et, consentants ou contraints, les Rocard, Fabius, Mauroy, Delors, Lang, Joxe et quelques autres ont été laissés sur leurs bancs de députés.

Le rajeunissement du gouvernement en âge comme en âge politique ainsi que le nombre de femmes ont constitué assurément un atout médiatique. La presse ne s'est pas fait faute de saluer la "nouveauté du gouvernement" dans sa composition comme dans son esprit. Mais il fallait aussi quelques bons vieux chevaux de retour, ne serait-ce que pour confirmer au patronat et à la bourgeoisie que Jospin a des références.

Question "références", en effet, il a les siennes : secrétaire général du Parti socialiste de 1981 à 1988 et, en tant que tel, convié, pendant les cinq années des premiers gouvernements socialistes, à toutes les décisions importantes ; ministre d'État par la suite, à part cette courte période sous Bérégovoy qui n'a pas voulu de lui ; et sous les gouvernements de droite où il a voulu se reconvertir dans la diplomatie. Il y a aussi les références de Martine Aubry, de Dominique Strauss-Kahn qui, l'une en tant que ministre du Travail et, accessoirement, fille de Jacques Delors, l'autre en tant que ministre de l'Industrie, sont déjà passés au pouvoir et ont pleinement satisfait le patronat. Chevènement et Le Pensec étant, quant à eux, de vieux habitués des ministères.

La satisfaction de la bourgeoisie n'a pas seulement transpiré dans diverses déclarations patronales mais aussi à travers les cours de la Bourse qui n'ont nullement fléchi, si ce n'est en hausse, à l'annonce du nouveau gouvernement socialiste, même incluant deux ministres et une secrétaire d'État communistes.

Voilà l'équipe avec laquelle Jospin va gouverner. Combien de temps ? L'avenir le dira. Pour l'essentiel, cela dépend de la crise, de sa gravité et de ses conséquences sur les classes populaires.

On a vu que les quatre ans qui se sont écoulés entre l'échec électoral historique du Parti socialiste et son retour triomphal en 1997 ont usé non pas seulement la droite en général, mais deux équipes de droite successives, celle de Balladur puis celle de Juppé. Il ne faudra peut-être pas bien longtemps au gouvernement de Jospin pour se déconsidérer à son tour. C'est en tout cas là-dessus que mise d'ores et déjà la droite.

La droite dans l'opposition

Pour la droite, 1997 a été l'année de l'échec. Et, pour les quelque 148 députés qui se sont retrouvés sinon sans emploi, du moins écartés du Parlement un an avant l'échéance légale, c'est une mince consolation de penser que, si les élections s'étaient tenues un an plus tard, cela eût pu être pire encore.

Cet échec, dû encore une fois non pas à une irrésistible ascension de la gauche mais à la tactique du Front national de maintenir ses candidats partout où il le pouvait, a provoqué une implosion de la droite parlementaire. Les luttes de clans et de cliques à la fois au sein du RPR et au sein de l'UDF, même si elles semblent avoir trouvé un point d'équilibre maintenant, sont probablement loin d'être finies. Dans une certaine mesure, ces luttes s'inscrivent déjà dans la perspective de l'élection présidentielle de 2002. Dans le sens, en tout cas, qu'il faut bien des années à un politicien qui ambitionne la présidence non seulement pour émerger de l'une ou de l'autre des principales formations de la droite où les ambitions rivales pullulent, mais surtout pour s'imposer comme candidat de la droite ou, du moins, comme candidat unique d'une de ses deux principales formations.

Aucun présidentiable ne peut être élu sans le soutien plein et entier d'un appareil politique. Et, si la droite parlementaire compte deux principaux appareils politiques, celui du RPR et celui de l'UDF, agissant parfois à l'unisson, parfois en rivalité, elle compte dans ses rangs au moins une demi-douzaine de candidats putatifs, sans parler de ceux qui ne se sont pas encore déclarés et qui attendent pour le faire qu'un des rivaux glisse sur une peau de banane.

Mais, pour obtenir le soutien indéfectible d'un appareil, il faut lui donner des gages, c'est-à-dire des succès, notamment à l'occasion d'autres élections. Et la vie politique en France est ainsi rythmée que, malgré le fait que les élections législatives aient été tenues de façon prématurée, l'année 1998 reste encore une année électorale lourdement chargée : il y a en effet tout à la fois les élections cantonales et les élections régionales.

Les élections cantonales élisent les membres des conseils généraux. Depuis bien longtemps déjà, mais surtout depuis les lois sur la décentralisation, le conseil général constitue dans chaque département un fief appréciable pour ceux qui le contrôlent. Il dispose d'un budget, d'un certain nombre de prérogatives, de pouvoir. Pratiquement entre les mains de son président, élu par sa majorité, il constitue un fromage important pour la base de ce qu'on appelle pompeusement "la représentation nationale", c'est- à-dire pour les notables et pour les porte-parole de la bourgeoisie petite et moyenne.

Il en va de même, à un niveau supérieur, pour les élections régionales, dont sont issus les conseils régionaux.

Alors, la défaite aux législatives à peine consommée, toute la caste politique est déjà préoccupée par ces deux élections-là qui, de plus, concernent bien plus d'élus que les 577 places du Palais Bourbon.

Voilà pourquoi il est urgent pour l'UDF comme pour le RPR de trouver une solution aux multiples crises de pouvoir en leur sein.

Mais voilà aussi pourquoi ils ont d'un seul coup les yeux embués de bons sentiments lorsqu'ils regardent en direction du Front national. Nombre de candidats de la droite parlementaire ont absolument besoin du bon report sur leur nom de l'électorat du Front national pour être élus.

Pour les élections régionales, la question se pose différemment. Ces élections, où s'affrontent des listes dans chaque département, se déroulent dans une certaine mesure à la proportionnelle. Etant donné ce caractère, le Front national aura nécessairement des élus. En conséquence, entre une droite et une gauche qui s'équilibrent, il risque de se retrouver en position d'arbitre pour l'élection du président et des principaux responsables des conseils régionaux.

Voilà pourquoi Bruno Mégret peut, comme il l'a fait dans une interview récente au journal Le Monde, s'adresser à la droite parlementaire, au nom du Front national, pour exiger du RPR et de l'UDF "de reconnaître sa légitimité et d'instaurer une discipline nationale de respect mutuel". En d'autres termes, pour exiger que les partis de droite acceptent de se désister pour le candidat du Front national au cas où il arriverait en tête. Sinon, tonne le délégué général du Front national, le RPR et l'UDF sont "condamnés", coincés qu'ils sont entre le Front national et le Parti socialiste.

Mais il faut dire que cet appel du pied du Front national avait été anticipé du côté de la droite parlementaire. Dès le lendemain du deuxième tour, dans un éditorial du Figaro, l'ancien ministre de De Gaulle, Alain Peyrefitte, écrivait : "La France reste à droite, bien qu'elle ait voté à gauche. Car elle n'a hissé au pouvoir M. Jospin et ses alliés, comme M. Mitterrand en 1981, qu'à cause de ses propres divisions. Pour que la consultation prochaine ne voie pas se répéter le stupide scénario d'hier, il importe de réduire la fracture politique de la droite".

Et, pour que personne ne se trompe sur la fracture dont il parle, il réclame à la droite parlementaire la même démarche vis-à-vis du Front national que celle qui a permis à Mitterrand de "rapatrier le PC".

Face à la droite parlementaire, le Front national se pose en même temps en fédérateur d'une droite aujourd'hui déchirée par les luttes de clans. Il n'est évidemment pas dit que le Front national y parvienne, lui qui, par la voix de son délégué encore, affirme qu'il est "disposé à ouvrir très largement nos portes" en s'adressant à ceux qui, au sein du RPR et de l'UDF, "ont des convictions très proches des nôtres".

Hors un changement important du contexte politique, il n'est pas dit cependant que le Front national attire une majorité parmi les courants ou les responsables qui, du point de vue des idées réactionnaires, n'ont rien à apprendre chez Monsieur Le Pen.

Certains aspects du lepénisme, son populisme, son antisémitisme affiché, rebutent sans doute une partie de l'électorat de la droite parlementaire. L'existence d'un courant comme celui de De Villiers en est un peu l'expression.

Mais l'audience électorale du Front national peut encore s'accroître au détriment de l'électorat du RPR et de l'UDF, voire même en détacher une frange sur la droite. Il n'est pas impossible que la recomposition de la droite passe par un rapprochement d'une partie du RPR et de l'UDF actuels et du Front national, laissant une autre fraction se transformer en formation centriste susceptible aussi bien de garder sa place actuelle à droite que de compléter une éventuelle majorité socialiste au cas où Jospin voudrait se débarrasser de son alliance avec le Parti communiste, voire avec la petite frange constituée par les Verts et les chevènementistes.

Voilà le paysage politique qui se dessine au lendemain des élections législatives. Tel qu'il est, il n'a rien de réjouissant pour la classe ouvrière. D'abord, parce que la gauche au pouvoir mènera exactement la même politique que tous ses prédécesseurs de gauche et de droite. Elle a l'avantage, par rapport aux gouvernements socialistes précédents agissant sous la houlette d'un président de la République qui se revendiquait du même courant, de pouvoir invoquer les nécessités de la cohabitation, voire la fragilité de sa majorité parlementaire, pour mener une politique incapable de satisfaire les revendications les plus urgentes des travailleurs.

Et puis, une gauche au gouvernement qui n'ose prendre aucune mesure radicale pour tenter d'éradiquer le chômage, incapable en conséquence de toucher au fondement même du développement du Front national, voilà la configuration idéale pour ouvrir un boulevard devant le Front national.

Il est bien difficile de dire même aujourd'hui dans quelle direction le Front national pourra se développer : vers l'émergence d'un grand parti de droite parlementaire avec des idées d'extrême droite, intégrant ou entraînant les partis de droite actuels, ou si ce sont les aspects fascistes du Front national qui marqueront son développement futur. Même dans le premier cas, cela représente une évolution inquiétante pour la classe ouvrière et pour ses intérêts. Et, dans le deuxième cas, ce serait une évolution mortellement dangereuse.

Mais l'histoire de l'avenir n'est pas encore écrite. La classe ouvrière n'est pas vraiment intervenue sur la scène politique depuis bien longtemps. Elle n'a cependant pas été battue. Une irruption de la classe ouvrière même seulement sur le terrain revendicatif changerait inévitablement par là-même le contexte politique.

Partager