La guerre du Golfe01/01/19911991Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/1991/01/36.jpg.484x700_q85_box-27%2C0%2C2451%2C3504_crop_detail.jpg

La guerre du Golfe

A l'heure où nous écrivons ces lignes, la guerre du Golfe est engagée depuis un peu plus de deux jours et il est manifeste, ce qui était prévisible, que l'armée US et ses alliés font tout pour essayer de la gagner le plus vite possible.

Car les USA et leurs alliés ont conscience que leur coalition, restée ferme tant qu'il ne s'agissait que de menaces, peut devenir de plus en plus fragile si le conflit se prolonge ou voit l'entrée en guerre d'Israël. Les gouvernements arabes qui en font partie savent qu'ils risquent à tout moment de se trouver face à une opposition redoutable de la part de leurs propres populations car Saddam Hussein apparaît à celles-ci comme le seul dirigeant arabe qui ait jamais été capable de défier l'impérialisme américain de la façon dont il l'a fait, au risque de sacrifier son propre régime. Si certains gouvernements arabes sont dans le camp des USA, tous les peuples arabes sont dans celui de Saddam Hussein.

Un pays comme la France, tout en suivant en laisse les USA, ne cache cependant pas qu'il aurait préféré qu'on promette à Saddam Hussein d'ouvrir une conférence sur l'ensemble de la situation au Moyen-Orient, Palestine comprise. Il n'est pas dit que d'autres membres occidentaux de la coalition se trouvent, au cas où la guerre se prolonge trop, des divergences du même ordre ou d'un autre. Quant à l'URSS, tout en affirmant qu'elle approuve la fermeté des USA, elle répète qu'elle ne participera pas au conflit, ce qui vaut mieux pour le pouvoir qui rencontrerait peut-être des difficultés intérieures accrues en cas de participation militaire à une telle guerre.

Quant aux USA eux-mêmes, si la guerre se révélait plus dure et difficile qu'au premier jour, et les premiers « body bags » arrivant au pays, l'administration américaine pourrait bien rencontrer une opposition ouverte qui, même si elle n'est pas aussi importante que celle qu'avait suscité le Vietnam, peut être, dans les circonstances actuelles, tout aussi gênante. Sans compter l'opposition éventuelle d'une fraction du Congrès et du Sénat américains qui, après avoir accepté de donner carte blanche à Bush, peut être l'origine d'une source permanente de critiques en cas de difficultés.

Cependant, toutes ces raisons qui existent depuis le début de la crise et qui ont conduit Bush à se contenter, pendant cinq mois, de menaces et de gesticulations ne l'ont pas empêché de décider la guerre, même si le crédit politique des USA risque d'y perdre beaucoup dans le monde entier et si cela leur pose des problèmes internes.

En effet, les dirigeants américains ont espéré que leurs menaces, de plus en plus fortes au fur et à mesure que le temps passait, suffiraient à faire reculer Saddam Hussein, même s'ils ne lui laissaient aucune porte de sortie « honorable ».

Il faut dire que les USA ne pouvaient pas ouvrir facilement ou trop ostensiblement une telle porte de sortie sans prendre le risque de faire perdre toute crédibilité à leurs menaces vis-à-vis de tout pays qui dans l'avenir leur tiendrait tête.

S'ils avaient accepté de donner à l'Irak des compensations financières ou territoriales en échange de son retrait, cela aurait été offrir ce qu'ils appellent « une prime à l'agression » (ils n'en ont pourtant pas été avares en bien d'autres circonstances, vis-à-vis d'Israël par exemple).

En réalité, les dirigeants de l'impérialisme américain ne veulent bien céder que lorsqu'ils y sont contraints, mais ils veulent toujours faire payer très cher ce qu'ils sont contraints de céder. Comme, par exemple, la réunification des deux Vietnam, sous la direction du Nord. Cette politique n'est pas une obligation objective, elle fait simplement partie de la façon dont les USA entendent imposer leur loi au monde.

D'un autre côté, accepter la tenue d'une conférence sur la Palestine, ç'eût été l'imposer à Israël, leur allié. Là non plus, leur diplomatie leur interdisait d'abandonner cet otage et cette bombe militaire placée au coeur du Moyen-Orient. Même pour accepter une condamnation, très modérée, d'Israël pour son attitude dans la répression de l'Intifada, les USA se sont fait tirer l'oreille et ne l'ont acceptée qu'à la condition qu'elle soit vidée de tout contenu et en particulier de toute menace de la part de l'ONU. Le « droit des peuples », les dirigeants américains ne connaissent pas.

En face, Saddam Hussein a mené une politique tout aussi intransigeante. Bien sûr, tout comme Bush, il pouvait se retourner à tout moment. Mais, sans être dans le secret des négociations et ne voyant les choses que de l'extérieur, on peut dire qu'il a pris les USA à leur propre jeu en les acculant à la guerre s'ils ne rengainaient pas leurs menaces.

On peut croire, comme le fait une partie de la presse, qu'il serait mégalomane ou qu'il serait trompé sur la détermination réelle des USA par un entourage terrorisé qui ne pouvait dire que comme lui. N'empêche qu'il devait bien lire les journaux occidentaux et regarder leur télévision, et il savait comme le monde entier que même si les USA n'allaient à la guerre qu'à reculons, ils risquaient d'y aller quand même, si rien ne leur permettait d'échapper à l'engrenage de leurs propres menaces.

Tout se sera donc passé comme si Saddam Hussein avait fait le calcul que l'épreuve de force, la guerre ouverte, tout en étant une défaite militaire prévisible pour l'Irak et peut-être même la fin de son propre régime et de son propre pouvoir, pourrait être une défaite politique considérable pour les USA. Les triomphes sans gloire ne se comptent plus dans l'histoire, où le vaincu gêne encore plus son vainqueur mort que vivant.

Sur le plan strictement militaire, l'Irak a bien sûr toutes les chances d'être vaincu. Les USA ont des possibilités matérielles illimitées, que l'Irak n'a pas. Une fois l'armement qu'il possède utilisé ou détruit, il ne pourra pas le renouveler. La disproportion des forces militaires est trop considérable pour que le simple nombre de combattants puisse être entièrement décisif, d'autant que Bush est fort capable d'envoyer sur le théâtre des opérations autant d'Américains qu'il le faudra pour gagner la guerre.

Mais encore une fois, tout le problème de cette guerre, vu de chaque côté, pour les deux parties, est la durée.

Pour les USA, il s'agit de gagner vite. Pour Saddam Hussein, il pourrait s'agir de faire durer, le plus longtemps possible, quelle que soit l'issue finale. Pas à cause de la chaleur ou du Ramadan, mais à cause des problèmes politiques que peuvent rencontrer les USA et leur coalition.

En effet, de la durée de la guerre dépendront le nombre, l'importance, la profondeur et la violence des réactions éventuelles contre la guerre, à l'intérieur même des USA et chez leurs alliés occidentaux, comme des réactions hostiles à l'impérialisme américain, et aux gouvernements qui le soutiennent, dans les pays arabes, voire dans tous les pays du tiers-monde.

On voit difficilement l'armée US bombarder massivement les centres stratégiques de l'Irak, sans bombarder en même temps, si elle ne l'a déjà fait, les populations civiles, suscitant ainsi un sentiment d'horreur et d'opprobe, chez tous les peuples de la planète dès que cela serait connu. On voit mal comment ces bombardements ou la guerre en général, pourraient épargner les champs pétrolifères, rendant inutilisables pour des années les ressources énergétiques à cause desquelles la guerre a été déclenchée. Il est difficile de dire si cela aurait des conséquences écologiques ou pas, mais ce n'est pas l'aspect essentiel de la question, si ce n'est que cela ferait toucher du doigt à bien des gens de par le monde que cette guerre les concerne aussi.

Que se passerait-il, en outre, si, comme certains stratèges l'ont prévu, les missiles ou les bombardiers US s'en prenaient aux centrales atomiques de l'Irak ? Les uns disent que cela n'aurait pas de conséquences type Tchernobyl, les autres que si. Mais en fait, tant que cela ne s'est pas fait, les experts vont dans le sens de leur feuille de paie, mais n'en savent pas plus que quiconque.

Alors, tout s'est passé comme si Hussein avait répondu à Bush : « Vous prétendez me faire la guerre, eh bien chiche ! cela me coûtera très cher, mais vous ne vous en tirerez pas à bon compte politiquement, et finalement, même si je dois tout y perdre, vous y perdrez plus que moi ».

Aujourd'hui Saddam Hussein apparaît probablement auprès de nombreux Arabes comme un leader populaire qui ose affronter, les armes à la main, et y compris sans espoir, la plus grande puissance impérialiste de la terre. Bien des travailleurs arabes doivent le voir non seulement comme un défenseur des Arabes mais aussi des pauvres contre les riches. Ils se trompent, bien sûr, et notre devoir, tout en leur disant que nous sommes dans leur camp, est de le leur dire.

Pour les travailleurs des pays impérialistes en guerre, il y a à combattre leurs propres gouvernements, à l'intérieur de leurs propres frontières, car les travailleurs n'ont aucun intérêt à cette guerre et leurs propres dirigeants sont leurs pires ennemis, au même titre qu'ils sont des ennemis des peuples opprimés.

Mais il ne faut pas cacher, en même temps, que Saddam Hussein n'apporterait la liberté à personne. Ni la liberté, ni le bien-être. Que le pétrole qu'il pourrait conquérir ne servirait pas à améliorer le sort de la population. Il servirait, tout comme celui d'Arabie Saoudite ou du Koweit, à maintenir le commerce international dans le cadre où il se situe à l'heure actuelle, c'est-à-dire, finalement, à maintenir la domination de l'économie impérialiste sur l'économie irakienne comme sur le monde. Arracher aux impérialistes une partie des revenus du pétrole, oui, mais cela n'irait exclusivement qu'à la bourgeoisie irakienne, et celle-ci est, socialement, dans le camp de l'impérialisme car elle a besoin de l'impérialisme pour faire fructifier son argent.

Les seuls alliés véritables des peuples arabes, au sens de la fraction pauvre, de la fraction travailleuse de la population arabe, sont les prolétaires du monde entier, même si ces derniers n'ont pas toujours conscience de leurs intérêts communs. Mais c'est dans de telles luttes et de telles situations que cette conscience s'acquiert.

Il ne faut pas voir Saddam Hussein comme un champion de la lutte anti-impérialiste. Il s'agit d'un dictateur odieux et réactionnaire, ennemi non seulement de la classe ouvrière, mais de tous les peuples arabes et en premier lieu du peuple irakien. De ces peuples, il s'en sert dans la mesure où il le peut, mais il ne les sert pas.

Dans cette affaire, il est un peu l'homme de main déçu de ne pas avoir reçu intégralement la prime qu'il espérait pour l'exécution d'un « contrat », et qui se venge du mandataire.

Il a déclaré la guerre à l'Iran il y a un peu plus de dix ans pour un problème de frontière, mais aussi à une période où il savait qu'il aurait le soutien des grandes puissances impérialistes contre la révolution en Iran. D'ailleurs, par mauvais calcul ou pas, il sous-estimait les capacités de résistance du nouveau régime. Il a probablement espéré avoir le droit, par la suite, de la part des grandes puissances impérialistes, à une aide matérielle et morale pour se relever de cette guerre. Le fleuve, objet du litige entre l'Iran et l'Irak et qui les sépare, était le seul point de débouché vers la mer pour le pétrole irakien, et l'Irak voulait en contrôler les deux rives. Du fait même de la guerre, ce fleuve est devenu inutilisable. Ensablement, bateaux et pétroliers coulés dans son lit, mines, l'ont rendu impropre à la circulation des pétroliers. L'Irak a dû creuser, entre ses champs pétrolifères et la mer, une autre voie d'eau, un canal, pour lequel il s'est endetté et pour lequel il espérait aussi une aide qu'il n'a pas eue, à part des prêts qu'il doit rembourser. Pourtant, s'il en était là, c'était bien à cause de la guerre qu'il avait menée, en partie pour le compte de l'impérialisme mondial, et US en premier lieu, d'où sa rancoeur devant un tel mépris des puissants envers leurs serviteurs.

Mais de plus, le seul point possible de débouché de ce canal sur la mer était derrière des îles appartenant au Koweit. Hussein a engagé des négociations avec ce pays pour obtenir la concession de ces îles et il comptait sur un appui occidental pour que le Koweit accepte de les lui céder. Pour le Koweit cela ne représentait pas une importance énorme... sauf s'il s'agissait un jour d'empêcher l'Irak d'amener son pétrole à la mer, et le Koweit avait refusé un tel accord, une fois de plus, justement dans les jours qui ont précédé son invasion.

A cela s'ajoutaient d'autres différends avec le Koweit : des forages pompant la nappe pétrolifère irakienne, et surtout le refus du Koweit de relever un peu le prix du baril de pétrole, relèvement qui est d'ailleurs largement dépassé depuis cinq mois. Là aussi, Hussein s'estimait en droit d'obtenir un appui et une aide occidentale. Il ne les a pas obtenus et, face à l'indifférence des Occidentaux envers sa situation, a donc pris, par la force et un peu au-delà, ce qu'il estimait être son dû.

Cela dit, dans cette affaire il y a d'une part un pays anciennement sous protectorat d'une des grandes puissances impérialistes, lequel, ayant accédé à l'indépendance, revendique son indépendance économique et veut s'émanciper du revolver braqué sur sa tempe par l'impérialisme via Koweit interposé, et de la pression économique sur le prix du pétrole, sa principale richesse exportable, pression venant de l'impérialisme, encore par le biais du Koweit interposé.

Et il y a d'autre part une coalition de toutes les puissances impérialistes, les pays les plus riches de la terre.

C'est dire que, dans ce conflit, le prolétariat révolutionnaire est sans conditions du côté de l'Irak contre les USA et leurs alliés. La nature du régime irakien, la personnalité de son chef, n'ont pas à entrer en ligne de compte dans ce choix. Pas plus que, lorsque les troupes françaises ont combattu la révolte du Rif marocain, le fait qu'elle ait été dirigée par le féodal Abdel Krim (qui fut, rappelons-le en passant, de sa reddition en 1926 à son évasion en 1947, interné par tous les gouvernements successifs de droite et de gauche de la France), ne devait empêcher les révolutionnaires d'être dans le camp de ce dernier contre l'impérialisme.

Mais si le prolétariat révolutionnaire des pays occidentaux doit être inconditionnellement du côté de l'Irak, il n'en reste pas moins que si une opposition à la guerre a le temps de se développer dans ces pays, elle a toutes les chances d'être une opposition uniquement pacifiste et qui rejetterait peut-être même dos à dos l'Irak et les USA. Pour ne prendre que l'exemple du Parti Communiste Français, celui-ci axe sa propagande sur le fait que « la France » n'a pas à faire la guerre à l'Irak, que la guerre est la guerre des USA et pas de « la France », que le problème pouvait se résoudre par la négociation. Le Parti Communiste Français dénonce le fait que l'Irak ait envoyé des missiles sur Tel Aviv, comme si dans cette guerre c'était simplement le fait d'être l'agresseur ou l'agressé qui était le fait principal et comme si, depuis des années, Israël n'agressait pas les Palestiniens.

Il est cependant évident que les révolutionnaires ne devront pas monnayer leur participation aux manifestations pacifistes pour le simple fait que ces manifestations seraient politiquement limitées. Si elles pouvaient être efficaces, quelles que soient leurs limites politiques, nous ne pourrions qu'en être absolument satisfaits.

De telles manifestations contre la guerre ont eu lieu un peu partout dans le monde, dans les jours qui l'ont immédiatement précédée. Mais il ne faut pas se cacher que ces manifestations ont été insuffisantes. En particulier aux USA, là où la pression de l'opinion publique peut avoir le plus de chances d'être efficace, puisque les USA sont la principale puissance impérialiste concernée. Le déclenchement même de la guerre n'a pas suscité dans l'opinion publique, parmi les travailleurs et la jeunesse intellectuelle, une émotion supérieure à ce qu'elle était à la veille de la guerre.

Si l'on prend l'exemple de ce qui s'est passé en France jusqu'à présent, on peut mesurer les limites de ces réactions. Le samedi 12 janvier, il y a eu une série de manifestations dans les principales villes du pays, avec certes une participation supérieure aux manifestations précédentes, mais qui ne reflétait pas un mouvement d'opinion considérable contre la guerre. Quelques centaines à quelques milliers de participants dans les villes de province, et entre 40 et 50 000 participants à Paris, malgré une mobilisation importante du Parti Communiste et de la CGT pour appeler à la manifestation dans la semaine précédente.

Les manifestations qui ont suivi, le 15 janvier puis le jour du déclenchement de la guerre, ont vu leur participation se réduire, ce qui peut s'expliquer, en partie, par le fait qu'elles étaient officiellement interdites, mais en tout cas, cela n'indiquait pas une mobilisation accrue de l'opinion, d'autant que dans les entreprises et dans le public, bien des gens qui s'étaient déclarés contre la guerre changèrent d'opinion, en entendant les premières informations qui leur laissaient croire que la guerre était virtuellement gagnée par les USA et qu'elle allait se terminer sous peu.

Evidemment, si la guerre se termine très vite et qu'il y a une reddition de l'Irak, les choses en resteront probablement là. Mais tout le problème, justement, réside dans l'évolution de ce conflit, sa durée, ses aléas. L'opinion s'est démobilisée dans ces premières heures de conflit, plus vite qu'elle ne s'était mobilisée précédemment. Mais, en fonction des circonstances, l'inverse est tout aussi possible.

Les révolutionnaires, les travailleurs, avaient le devoir, et ont toujours le devoir, de dire et de faire savoir qu'une partie de la classe ouvrière ne veut pas être complice de cette guerre ; qu'elle ne veut pas de tout ce qui se fait ou se fera mensongèrement en son nom ; qu'elle ne veut pas que les soldats, qu'ils soient irakiens, américains, anglais, français ou autres, meurent dans les sables pour les intérêts des capitalistes, des banquiers, des pétroliers ; qu'elle ne veut pas que des populations civiles, irakiennes ou israéliennes, soient martyrisées et massacrées pour que quelques grandes puissances continuent à régenter la planète en fonction de leurs intérêts ; qu'elle ne veut pas rester silencieuse devant cette horreur que les gouvernements impérialistes mènent soi disant au nom du « droit des peuples ».

Cependant, les militants révolutionnaires doivent être attentifs à l'évolution de l'opinion. Et si les aléas de la guerre, ses horreurs, soulèvent l'opinion et augmentent au sein de la population l'opposition à la continuation de ce conflit, il faut qu'ils contribuent à fournir la possibilité à ces sentiments de s'exprimer et d'être efficaces. Il ne faut pas oublier que c'est l'opposition populaire à la guerre du Vietnam qui a finalement contraint le gouvernement américain à retirer ses troupes, après cependant qu'elles n'aient pas pu obtenir de victoire sur le terrain.

Par contre, pour reprendre l'exemple de la France, il est bien possible que le Parti Communiste trouve dans « la lutte contre la guerre » ou le « combat pour la paix », un cheval de bataille commode et sans danger qu'il pourra enfourcher pour redorer un blason quelque peu terni ces dernières années. Il le fera d'ailleurs d'autant plus facilement que cette agitation pourra rencontrer une certaine sympathie mais ne risquera pas de le déborder et de lui échapper. Dans les dernières manifestations par exemple, la totalité de l'extrême-gauche, toutes tendances confondues, ne représentait que 10 à 15 % des manifestants.

Il est possible, toujours si la guerre dure, que ce parti ou d'autres créent des « comités pour la paix » ou des organismes de cet ordre, ou entretiennent une agitation inefficace, ou peu efficace, simplement parce que c'est leur mode d'existence.

Nous, nous ne séparons pas ce combat contre la guerre dans le Golfe de notre combat révolutionnaire plus général. La guerre n'est pas la faute personnelle de Bush ou de tel ou tel dirigeant, occidental ou autre. Elle est le produit d'un système économique, le capitalisme, sous sa forme actuelle, l'impérialisme, qui est la cause profonde des guerres du monde moderne. Nous sommes résolument aux côtés de l'Irak, mais nous savons aussi que la guerre que mène Hussein n'est pas anti-impérialiste.

Lutter contre la guerre, c'est lutter pour la destruction d'une société basée, dans le domaine économique, sur la concurrence, la course au profit individuel, l'écrasement du plus faible par le plus fort, qui ont leur traduction dans le domaine politique et dont la guerre est la continuation par d'autres méthodes. Lutter contre la guerre, c'est lutter pour renverser le capitalisme, c'est lutter pour le socialisme.

Bien sûr, nous ne demandons pas à tous ceux qui veulent lutter contre la guerre de partager nos idées et nous sommes prêts à lutter contre cette guerre précise avec tous ceux qui veulent bien le faire. Mais nous défendons nos idées sur la société en luttant contre cette guerre à notre façon, c'est-à-dire en contribuant à construire des partis révolutionnaires prolétariens. Cela ne nous empêchera pas, au contraire, de participer aux actions collectives qui pourraient concrètement se mener ou se décider pour tenter de l'arrêter, mais cela peut par contre nous rendre prudents vis-à-vis de toutes les attitudes qui pourraient nous détourner de notre chemin et qui pourraient être engagées par des organisations dont c'est simplement la forme d'existence.

Nous devons suivre l'évolution de l'opinion publique et en premier lieu de la population laborieuse et de la jeunesse lycéenne ou étudiante, afin de proposer ou de participer à toute action ou manifestation où une éventuelle réaction ou mobilisation de l'opinion contre la guerre puisse trouver à s'exprimer.

Et en dehors de la mobilisation de l'opinion et des changements dans cette opinion, nous continuerons essentiellement à renforcer notre activité habituelle : construire un parti et armer politiquement le maximum de lycéens, étudiants, et de travailleurs, pour qu'ils soient, avec nous, les artisans de cette construction. La guerre peut créer une situation favorable à cette construction en politisant une partie de la jeunesse. Mais elle peut aussi créer une situation politique défavorable, car cela peut provoquer une montée des idées réactionnaires. Nous ne devons donc ni nous réjouir, ni nous lamenter devant cette situation, mais y faire face.

19 janvier 1991

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