Le nucléaire : pour la population, un risque, pour les trusts, un pactole17/02/19811981Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/1981/02/83.jpg.484x700_q85_box-27%2C0%2C2451%2C3504_crop_detail.jpg

Le nucléaire : pour la population, un risque, pour les trusts, un pactole

« Les centrales nucléaires ne seront pas imposées aux populations qui n'en veulent pas » : c'est ce que déclarait Giscard d'Estaing... en avril 1974.

Depuis, on a pu juger que, si auparavant les militants anti-nucléaires restaient relativement peu nombreux, maintenant ce sont des couches de plus en plus larges de la population qui n'en veulent pas. De Nogent-sur-Seine à Creys-Malville, du Pellerin à Golfech, de Chooz à Plogoff, dans le Centre et le Languedoc autour des mines d'uranium, si les noms d'un grand nombre de sites où des installations nucléaires sont en construction ou projetées, sont aujourd'hui largement connus, c'est à la contestation à laquelle ils ont donné lieu qu'ils le doivent.

Que les craintes de la population soient irrationnelles comme l'affirme avec quelque mépris EDF, ou pas : le fait est, qu'elle veut de moins en moins de ces installations à proximité.

Pour les besoins de la cause, les représentants du gouvernement font bien miroiter les avantages que les localités concernées pourraient retirer de l'implantation d'une centrale, en particulier dans le domaine de l'emploi, et dans celui des quelques marchés que les PME locales pourraient décrocher à la faveur du chantier.

Le gouvernement feint aussi de procéder à une consultation régionale comprenant notamment les enquêtes dites d'utilité publique. Mais d'une part EDF cherche à les expédier au plus vite, et d'autre part, ces procédures ne portent pas sur le programme lui-même mais uniquement sur le choix des sites. Et quant à ceux-ci, l'enquête n'est pas destinée à remettre de toute façon le projet en cause, elle n'est qu'une caricature de démocratie. Ainsi à Plogoff où pratiquement toute la population l'a boycottée, les commissaires enquêteurs ont néanmoins conclu imperturbablement à l'utilité publique de la construction projetée.

Le plus flagrant, dans cette volonté systématique de passer outre à l'opinion de la population, ce sont même les cas fréquents où EDF n'attend même pas que l'enquête soit finie (voire qu'elle soit lancée), et que le dossier soit complet, pour procéder aux opérations de remembrement (Penly) ou aux travaux de construction (Flamanville, Gravelines ... ).

Le mépris d'EDF vis-à-vis de la population est tel que le maire UDF de Blois, Pierre Sudreau, s'en est plaint lui-même en mars 1980. Critiquant le comportement et la « désinvolture » de cet organisme, il concluait en ces termes : « notre pays a besoin de centrales nucléaires, nous le savons. La Loire est une région de gens calmes et équilibrés ; nous ne sommes pas à Plogoff. Mais j'estime que l'effort que nous avons accepté et que nous subissons vaut bien un minimum de prise en considération de nos problèmes... ».

Alors, c'est bien souvent à coups de matraque que le gouvernement français, qui veut faire passer son programme coûte que coûte entend maintenant les imposer, sans même s'embarrasser à consulter son propre Parlement comme cela se fait pour la forme dans d'autres pays.

Pourtant, force est de constater que les centrales nucléaires posent de réels problèmes en ce qui concerne la sécurité. Sans même parler de l'accident de Three Mile Island, aux États-Unis, en mars 1979, il y a eu au cours de ces dernières années suffisamment d'incidents et d'accidents, de pannes et de fissures, notamment, pour qu'on puisse penser que tous les problèmes ne sont pas résolus. Force est de ne pas faire confiance.

Et c'est bien cela le fond du problème. Il n'est peut-être pas posé par le nucléaire lui-même, si ce n'est en ceci que les risques de son utilisation par les hommes sont sans commune mesure avec les autres formes d'énergie.

Et qui mesure aujourd'hui ces risques ? Quelle confiance faire aux grands trusts de l'électronucléaire qui dictent les programmes, et qui en tirent des bénéfices colossaux ? Quelle confiance faire au gouvernement qui est à leur service ? Quels que soient les arguments du gouvernement, le nucléaire est de toute façon une chose trop sérieuse pour être laissée aux capitalistes. Mais de surcroît, leurs arguments sont fallacieux, voire franchement mensongers.

Le programme électronucléaire le plus ambitieux du monde

A l'heure actuelle, seule la France poursuit l'application de son programme de centrales nucléaires, vaille que vaille, sans le réduire, avec un rythme de six mises en service par an. La France en est, selon les bilans les plus récents (janvier 1981), à vingt réacteurs existants, plus 46 devant être couplés au réseau d'ici à 1990, et le gouvernement vient d'en décider 24-28 de plus pour les années 1990, tous des réacteurs de grande puissance.

En cette période pré-électorale il évite de désigner déjà officiellement les nouveaux sites envisagés, et il reporte les procédures de quelques mois, mais c'est bien le seul frein qu'apparemment il daigne mettre.

Pour donner une idée de l'ampleur de ce programme, le Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA) indique lui-même qu'en 1990 les centrales nucléaires françaises auront au total une puissance équivalente à celles du Japon, de l'Allemagne Fédérale et de la Grande-Bretagne réunis. Car non seulement la France installe des réacteurs nucléaires en grand nombre mais ce sont des réacteurs de grande puissance (1300 MW) ; il n'y a en somme que les USA qui aient un programme d'équipement en centrales nucléaires supérieur à celui de la petite France. Le gouvernement ambitionne officiellement de voir la part de l'électricité d'origine nucléaire couvrir 60 % de la production totale d'électricité en 1985 (23 % aujourd'hui), et 70 à 80 % en 1990, soit à cette époque-là le tiers des besoins énergétiques totaux prévus du pays.

La France où existe déjà un surrégénérateur - Phénix à Marcoule - est d'ailleurs le seul pays (à l'exception de l'URSS) où une centrale surrégénératrice de type industriel, Super Phénix, soit en construction (sa mise en service est prévue pour 1983). Dans les nouveaux projets gouvernementaux que la presse a rapportés, un nouveau site est envisagé pour un Super-Phénix n° 2 soit en Bourgogne, soit vers Marcoule et le lancement de 9 tranches serait envisagé entre 1984 et 1990 (Le Figaro du 9 février 1981). De ce type de centrale, aucun pays n'a d'expérience à l'échelle industrielle, y compris les États-Unis.

Pour le plus grand profit de quelques-uns

Avec un tel programme, les sommes en jeu sont bien entendu considérables : c'est la valse des milliards (lourds). Le syndicat CFDT de l'Énergie Atomique a évalué il y a déjà quelques années l'enjeu total du programme à quelque 300 milliards. On n'en est sûrement même plus là à l'heure actuelle.

Depuis l'extraction de l'uranium, sa concentration et son traitement en vue de la fabrication du combustible tel qu'il sera utilisé dans les réacteurs, la construction des réacteurs eux-mêmes et de l'ensemble de la centrale, puis en aval, le retraitement des combustibles usés et le stockage des déchets, c'est toute une chaîne industrielle qui intervient. Et il est frappant de constater que tout ce qui nécessite de grands investissements sans être encore au point techniquement ni d'une rentabilité assurée a été longtemps pris en charge par le CEA directement et l'est maintenant par sa filiale de droit privé, la COGEMA. Ainsi de l'usine d'enrichissement de l'uranium Eurodif, au Tricastin, dans la Drôme, ou de l'usine de retraitement de La Hague, et du stockage des déchets.

En revanche pour ce qui est d'ores et déjà rentable, les groupes privés sont présents et bien présents. En fait ce sont trois grands groupes qui se répartissent le gâteau - Framatome (groupe Empain-Schneider), Alsthom-Atlantique (groupe CGE), et Péchiney-Ugine-Kuhlmann (PUK). Il y a bien quelques autres sociétés, comme Vallourec, pour des matériels spécialisés, mais dans une proportion beaucoup plus restreinte.

C'est Framatome qui engouffre le plus gros des fonds publics puisque c'est Creusot-Loire, principal actionnaire de cette société qui fabrique les chaudières nucléaires.

Et cela, en fait, depuis le lancement en 1974 du programme français actuel : cinq ans plus tôt, le gouvernement avait décidé d'abandonner l'ancienne filière technique à graphite-gaz, pour adopter la filière américaine à eau ordinaire sous licence de la puissante firme américaine Westinghouse. La « Société Franco-Américaine de Construction Atomique » (Framatome), créée depuis 1958 par le groupe Schneider et Westinghouse, se trouvait du coup dans la meilleure des positions pour profiter de l'aubaine et de la manne. Et elle détient en effet dorénavant l'exclusivité de la construction des chaudières nucléaires en France.

En se donnant d'emblée pour objectif à l'époque l'installation de 200 réacteurs nucléaires en France d'ici l'an 2000, le gouvernement rendait à Framatome un service immense : il lui assurait des profits garantis sur une vingtaine d'années au moins, et des profits portant sur des sommes considérables.

A quoi il faut ajouter la perspective d'exporter. Car un tel programme permet la réalisation technique à grande échelle, en France même, d'installations d'un type nouveau, leur mise en fonctionnement progressive, leur rodage sans que les capitalistes aient rien à redouter financièrement, au contraire, ce qui ultérieurement les place en bonne position pour exporter.

D'ailleurs les officiels sont explicites : l'ancienne filière à graphite et gaz aurait laissé les industriels français technologiquement isolés et sans débouchés à l'exportation, puisque c'étaient les industriels américains qui dominaient partout ailleurs.

Outre des profits garantis et pour longtemps, c'est ainsi la conquête de marchés extérieurs que cette politique visait à permettre à Framatome (qui misait initialement sur l'exportation de deux réacteurs par an). Et on peut dire qu'au service des ambitions du groupe Empain, l'État français n'a pas lésiné et ne lésine pas.

Alsthom-Atlantique, pour sa part, s'est vu attribuer la partie électromécanique des centrales (turbines et alternateurs).

Et enfin, en ce qui concerne l'extraction et le traitement de l'uranium, Péchiney joue le rôle du troisième larron : dans la société Minatorne, avec la Compagnie Française des Pétroles (CFP) pour ce qui concerne l'extraction du minerai ; directement pour ce qui est du traitement ; avec Westinghouse au niveau de la fabrication du combustible (société FBFC).

De toute façon, on retrouve encore Empain dans l'extraction du minerai (Compagnie DongTrieu), ainsi que, bien entendu, dans la construction de Super-Phénix (société Novatome).

Dans toute cette affaire, l'État, avec les fonds publics qu'il dispense allégrement, prend non seulement en charge les risques techniques dans les secteurs nouveaux, mais garantit aussi les risques économiques liés aux aléas des exportations : par exemple, lorsque les commandes faites par le Chah d'Iran ont été annulées par Khomeiny, un organisme étatique spécialisé est intervenu pour assurer des compensations au constructeur. Autre exemple, indiqué par le syndicat CFDT de l'Énergie Atomique : deux options posées par EDF auprès de Framatome pour des réacteurs, ont disparu l'année où Framatome a obtenu ses deux commandes en Afrique du Sud. A croire que les « besoins » d'EDF en France sont fonction des affaires conclues ou non conclues par Empain-Schneider...

A l'heure actuelle, des réacteurs nucléaires ont été vendus, outre l'Afrique du Sud, à la Belgique et à la Corée, à quoi il faut ajouter un réacteur de recherche vendu à l'Irak, et des commandes nouvelles récemment décrochées par Giscard ou Barre en Chine, en Finlande et au Maroc. De toute façon, même si Framatome ne parvenait pas à caser un grand nombre de ses produits à l'étranger, il n'aurait certes pas perdu dans l'affaire nucléaire...

L'alliance ouverte des pouvoirs publics et des groupes capitalistes du nucléaire est d'ailleurs symbolisée par l'instance qui décide du programme de l'État : le ministre de l'Industrie prend les décisions sur la base des travaux d'une commission gouvernementale, dite commission PEON (pour la Production d'Énergie d'Origine Nucléaire), laquelle rassemble représentants d'EDF et du CEA, et représentants des grands groupes en question.

Le programme et les besoins

Le gouvernement justifie son programme électronucléaire en invoquant les besoins et en brandissant la menace de la pénurie : il serait absolument vital si nous ne voulons pas revenir à l'ère de la bougie. Mais il est absolument impossible de lui faire confiance, tant cela s'apparente à un chantage.

De toute façon, s'il y a une chose bien discutable dans cette société, dominée par la recherche capitaliste du profit, c'est la notion de besoins.

Qu'est-ce qui correspond vraiment aux besoins de la population, et qu'est-ce qui relève du gaspillage pur et simple ? C'est bien difficile à dire tant que l'estimation n'est faite que par des dirigeants au service de grands groupes capitalistes qui trouvent précisément dans le nucléaire une source extraordinaire de profits privés.

A l'intérieur des prétendus besoins de la société, d'ailleurs, il faudrait faire la part de l'inégalité entre ceux qui consomment le plus, la minorité riche, et ceux qui ne gaspillent sûrement guère l'énergie, vu la faiblesse de leurs ressources.

Mais, même en restant sur le terrain où se placent les représentants de l'État, il est frappant de constater qu'EDF elle-même se pose actuellement des questions au sujet des besoins futurs au nom desquels elle couvre la France de réacteurs nucléaires.

En effet, une de ses préoccupations actuelles consiste à tenter de prévoir des utilisations pour la puissance électrique considérable dont elle compte pouvoir disposer, sur la base des réalisations en cours et projetées, dans quelques années.

Il y a quelques années, EDF avait ainsi mené une campagne de promotion en faveur du « tout électrique » (concernant le chauffage domestique notamment). Elle s'oriente de nouveau vers une opération du même genre, lançant « une action d'information en profondeur », notamment en direction des petites et moyennes entreprises, en préconisant des processus de fabrication industrielle utilisant l'électricité de préférence au fuel ou au charbon.

La Division « Industrie-Électricité » d'EDF a ainsi pour but de développer les applications de l'électricité, se fixant pour objectif 15 Térawatt-heure (c'est-à-dire 15 milliards de kWh) d'accroissement des ventes d'électricité en 1985. Elle s'adresse en particulier ainsi aux industriels du Bâtiment et des Travaux publics, de l'alimentation et de la métallurgie.

C'est peut-être un progrès d'utiliser l'électricité plutôt que le fuel ou le charbon dans l'industrie, c'est peut-être la voie de l'avenir. Mais ce que cet exemple illustre plutôt, ce sont les contradictions et l'incohérence de l'organisation sociale actuelle, et on est fondé à être pour le moins sceptique.

Car enfin, EDF justifie son programme électronucléaire au nom des besoins, alors qu'elle-même, dans le même temps, n'est même pas assurée que ces besoins existeront, et qu'elle cherche à les susciter !

EDF déclare elle-même : « les prévisions sont devenues de plus en plus incertaines, tant en ce qui concerne les besoins que les ressources et leur niveau de prix » (dans un ouvrage destiné à la présenter : EDF, entreprise nationale industrielle et commerciale, publié par la Documentation Française).

Moyennant quoi elle poursuit un programme à tout-va. Et puisqu'à terme il va exister une production d'électricité en conséquence, pour laquelle des sommes énormes auront été engagées, il faudra bien trouver les utilisations, créer les structures de consommation, permettant d'éviter si possible que les centrales nucléaires soient sous-employées.

Ce ne sont pas des estimations rationnelles sur les besoins à venir qui ont dicté le programme d'investissements. Planifier la production en fonction des besoins de la majorité, cette société en est tout-à-fait incapable, et lorsque le gouvernement lance aujourd'hui, en plein dans une crise mondiale dont nul ne peut prévoir l'issue, des programmes nucléaires en prévision de l'an 2000, parce qu'il anticiperait les besoins futurs, on ne peut guère faire confiance à ses capacités de prévision.

En outre, en supposant que rien ne vienne interrompre la réalisation du programme nucléaire prévu et qu'EDF dispose effectivement de la puissance électrique programmée dans la décennie à venir, le choix du nucléaire risque de poser d'autres problèmes.

Une centrale nucléaire n'a pas la même souplesse d'utilisation qu'une centrale classique. Un réacteur nucléaire ne permet pas, sans risques pour la sécurité, des arrêts trop fréquents, il doit fonctionner de manière continue.

Alors, EDF cherchera à augmenter la demande d'électricité dans les « heures creuses » (la nuit, l'été) en jouant sur ses tarifs vis-à-vis des industriels, ce qui normalement ne peut qu'inciter ceux-ci à faire tourner leurs usines de manière continue, avec immanquablement des retombées pour les travailleurs au niveau de l'organisation du temps de travail.

Les travailleurs, la population, dans tout cela n'auront pas eu un mot à dire. On ne les a nullement consultés.

Le nucléaire et l'indépendance des approvisionnements en énergie

L'argument selon lequel le programme nucléaire français permettrait d'assurer l'indépendance de la France sur le plan énergétique est un peu la tarte à la crème de ses défenseurs. Outre les responsables du gouvernement et des organismes d'État, le PCF s'en est lui aussi fait le champion : au nom de cette considération, il réclame de pousser ce programme plus avant, en passant à la réalisation industrielle des surrégénérateurs notamment.

Remarquons en passant que même si l'énergie nucléaire ne signifiait aucune importation, comme elle ne sert présentement que sous forme d'électricité, il y aura toujours besoin d'autres sources d'énergie pendant longtemps : pétrole, charbon, gaz naturel. Le plan du gouvernement ne se donne d'ailleurs comme objectif affiché que de ramener le taux de dépendance de la France en matière d'approvisionnements énergétiques autour de 60-65 % en 1985, contre 75 % aujourd'hui. Assimiler énergie et électricité, comme le font souvent, ne serait-ce que par omission, les propagandistes du nucléaire est tout-à-fait abusif.

De toute façon, même en se plaçant dans ce cadre, il saute aux yeux, de prime abord, que même si l'on importe moins de pétrole, il faudra en revanche importer le combustible nucléaire, c'est-à-dire l'uranium.

2 seraient aujourd'hui officiellement couverts en France par des demandes de permis de recherches ( Le Monde, 6 juillet 1980), soit un million et demi d'hectares.

Mais cela ne suffît pas, il faut tout de même importer.

A ce sujet, les responsables font valoir notamment qu'une bonne partie des importations provient de la zone franc (Gabon, Niger), ce qui constituerait une garantie pour « nos » approvisionnements (à l'aide de parachutistes sans doute, si nécessaire).

Ce qui n'est vrai, de toute façon, que tant que les besoins en uranium ne sont pas trop grands (d'ailleurs, la France s'approvisionne aussi déjà en Afrique du Sud), alors que pour des besoins évalués à 10 000 tonnes par an en 1988, la production hexagonale ne couvrira au mieux que le tiers. Vu le programme d'EDF, la part des mines françaises ne pourra que diminuer dans le futur, et EDF achète déjà à elle seule 15 % de la production mondiale, étant le deuxième client du monde.

Quant à l'uranium enrichi - nécessaire pour les centrales à eau légère, les plus nombreuses en France - malgré le démarrage de l'usine d'enrichissement Eurodif, la France doit toujours en importer (d'URSS ou des USA).

La COGEMA et les compagnies minières comme Minatorne, ou Imetal-Mokta (groupe Rotschild) savent tout cela si bien qu'elles effectuent de grands travaux de prospection à travers le monde, principalement en Australie et au Canada.

Alors, pour peu que le coût de l'uranium, actuellement bon marché par rapport au pétrole, augmente sensiblement, « l'indépendance » des approvisionnements français risque d'être compromise, et la sortie des devises augmentée.

Le gouvernement se targue d'avoir, par ailleurs, francisé le nucléaire, puisqu'il vient de mettre fin, le 22 janvier dernier, à l'accord de licence qui liait jusque-là Framatome au groupe Westinghouse. Là non plus, en réalité, les choses ne sont pas si simples, puisqu'un accord de coopération technique le remplace pour dix années supplémentaires, ce qui signifie que Westinghouse, qui a par ailleurs des intérêts dans l'industrie de l'uranium en France, garde de toute façon un pied dans la maison et n'a, en tout cas, selon le Nouvel Économiste, pas perdu au change. On s'en serait d'ailleurs douté, le poids des grandes compagnies capitalistes étant bien supérieur dans le monde actuel aux velléités de démagogie nationaliste des hommes politiques.

Enfin il y a un aspect sur lequel tous les défenseurs du programme nucléaire sont bien discrets, et qui donne la mesure de la prétendue « indépendance nationale » à laquelle un pays capitaliste de seconde zone comme la France est à même de prétendre : c'est l'endettement d'EDF, en particulier vis-à-vis des banques internationales ; depuis 1974 EDF emprunte en effet massivement (pour 65 % de son financement), y compris en devises, au point qu'elle est l'un des tout premiers emprunteurs étrangers sur le marché financier américain.

Ainsi les besoins financiers d'EDF sont tels, en raison du programme nucléaire, que non seulement l'État français, mais même l'ensemble du marché financier français, ne sont pas en mesure d'y faire face !

C'est EDF elle-même qui le dit : « la part d'EDF sur le marché financier français est contingentée compte tenu des besoins des autres emprunteurs ; d'où la nécessité de recourir à des emprunts en devises sur les marchés étrangers ».

Ces emprunts et crédits en devises se sont montés à l'équivalent de 18 milliards de francs au total, pour la période 1974-1978, soit aux environs du quart de l'endettement global (en 1980, celui-ci devait se monter à plus de 100 milliards, contre 66 à la fin 1979).

Ce n'est certainement pas le lancement d'un programme industriel de surrégénérateurs, comme le préconise le PCF, qui pourrait résoudre ce problème-là, même si, théoriquement, il devait pouvoir résoudre celui de l'uranium (en l'économisant) et celui de la dépendance technologique (puisque la licence dépend du CEA). Les coûts des Super-Phénix sont tellement plus élevés encore que ceux des réacteurs actuels (plus de deux fois celui d'une centrale à eau ordinaire de même puissance, selon une évaluation du Nouvel Économiste, et Framatome ne semble pas disposé à en rabattre... ) qu'ils ne risquent pas de tirer EDF de ses dettes.

A terme, la France importera peut-être moins de pétrole, mais elle paiera des intérêts pour ses emprunts aux banques internationales : parler « d'indépendance nationale » dans ces conditions est une plaisanterie !

De toute façon, parler « d'indépendance nationale » dans le cadre d'une économie qui est mondiale est un non-sens.

De quelle indépendance pourrait-il s'agir, lorsque les intérêts qui commandent sont ceux d'une poignée de grands trusts, tout comme pour le pétrole - quand ce ne sont pas en partie les mêmes - français ou non. EDF, entreprise publique, baptise l'énergie nucléaire « énergie nationale »... mais ce sont de toute manière des coffres bien capitalistes qui en profitent.

L'électricité d'origine nucléaire revient moins cher...

Enfin, l'électronucléaire aurait une grande supériorité sur l'électricité produite par les centrales au fuel ou au charbon : le kWh nucléaire reviendrait beaucoup moins cher. C'est ce que mettent en avant les bilans EDF : « on constate que la production nucléaire nécessite de gros investissements au départ, mais fait réaliser des économies de combustible... Au 1/1/80, on considère que le prix de revient du kWh qui sortira des grandes centrales à uranium enrichi en construction sera très inférieur à celui que pourront fournir les centrales consommant du fuel : 13,5 centimes contre 33,5 centimes ou même près de 36 centimes... » .

Au niveau des comptes établis par EDF, il se peut en effet que l'électricité nucléaire apparaisse « compétitive » - voir tableau ci-dessous - bien que, jugée en termes de coût social global, la question soit beaucoup plus douteuse. Car, enfin, si dans ces calculs figurent des dépenses d'investissement, celles-ci ne concernent que la construction de la centrale et les frais qui s'y rattachent. Alors qu'avant de pouvoir mettre au point et de lancer des séries de centrales, il a fallu près de vingt ans de recherches entièrement financées par l'État dans le cadre de ses programmes militaires.

Le programme nucléaire civil, dans tous les pays, est l'héritier direct des efforts militaires issus de la dernière guerre. La filière technique américaine à eau ordinaire, par exemple, dérive de la mise au point des sous-marins à propulsion nucléaire, et des travaux d'enrichissement de l'uranium en vue de fabriquer la bombe atomique. En France, le CEA à été créé à la « Libération » dans le même cadre ; EDF a été associée à ses recherches dans le milieu des années 50, et ce sont les réacteurs à plutonium de Marcoule (usages militaires) qui ont servi de prototypes pour les premières centrales EDF productrices d'électricité à partir de la fission nucléaire.

C'est aussi une usine militaire, à Pierrelatte, qui a apporté l'expérience nécessaire en ce qui concerne les techniques d'enrichissement de l'uranium.

Sans même discuter sous l'angle de l'utilité de l'armée et de la force de frappe, il reste que le budget militaire a servi à éponger les dépenses de recherches et leurs aléas, toutes choses qui ne sont pas prises en compte aujourd'hui bien entendu lorsque les autorités vantent la « rentabilité » financière de l'électricité d'origine nucléaire. Globalement, le coût - puisque les autorités invoquent des critères de coût - est sans commune mesure avec celui dont il est fait état maintenant dans les prévisions.

Ceci dit, ces prévisions elles-mêmes appellent d'ailleurs plusieurs remarques.

D'abord, ce ne sont justement que des évaluations car, pour l'essentiel, la production est à venir. Ainsi, c'est sur la base des conditions économiques de 1980 que l'on calcule le coût moyen de cette production pour des réacteurs qui doivent être mis en service en 1990, ce qui est logique, mais ce que l'expérience passée incite à considérer avec prudence. Ainsi, les calculs de 1973-1974 prenaient en compte pour les coûts d'investissement les données de l'époque. Il y avait encore peu de centrales nucléaires en fonctionnement, et elles étaient d'une puissance inférieure à celles qu'on construit maintenant. Ces calculs constituaient des paris sur l'avenir. Or, les investissements nécessaires ont depuis lors énormément augmenté. Selon Edouard Bonnefous et Jacques Blanc ( A la recherche des milliards perdus) les centrales nucléaires sont 150 % plus chères qu'en 1973. Par exemple en 1974, les pouvoirs publics estimaient le prix d'une centrale nucléaire de 1000 MW à 1,3 milliard de francs. En 1979, le prix réel d'une telle centrale était de 3,4 milliards de francs.

Cela a encore augmenté depuis. En 1980, le délégué à l'aménagement du territoire estimait qu'une centrale comprenant quatre réacteurs de 900 MW chacun représentait un investissement global de l'ordre de 12 milliards ( Le Monde du 11/12/80).

C'est, qu'entre-temps, sans même tenir compte de l'inflation, on a découvert en fait pas mal de problèmes (allongement des délais, réglementation de plus en plus abondante qui retarde les constructions en cours). La procédure s'étend sur près de deux ans. Au total il faut compter au minimum 8 ans, sinon 10. Cela représente une importante immobilisation de capitaux. Plus il y a de délais, plus le coût total augmente : car la part prise par les intérêts à payer pour l'argent avancé est grande.

Ainsi les centrales nucléaires présentent des « surcoûts », indépendamment de l'inflation, qui deviennent vite considérables. Par exemple, selon un responsable EDF, chaque jour de retard dans la construction d'une centrale coûterait deux ou trois millions de francs.

Toutes ces explications sont celles qui sont fournies dans les études officielles à ce sujet. Mais on peut aussi se dire que, de toute façon, Framatome étant en position de monopole pour ce qui est de la construction de la partie essentielle des centrales, il peut pratiquer des prix sans crainte de la concurrence, et sans crainte d'être privé de commandes... Et là est peut-être en fait la raison principale de l'augmentation du prix des chaudières nucléaires.

Il y a encore une autre inconnue concernant le coût final, pour la société, des centrales nucléaires : c'est celle de leur démantèlement au bout de 20 ou 30 ans, et dans ce domaine on ne peut faire que des évaluations car on n'en a pas d'expérience. Et il en va de même en ce qui concerne le stockage des déchets. Mais il est certain que les problèmes qui se poseront seront considérables et... coûteux.

Les responsables répètent que, si la part des investissements dans le coût final du kWh d'origine nucléaire est effectivement considérable par rapport à ce qu'elle est pour les centrales au fuel ou au charbon, en revanche la part du combustible serait tellement plus faible dans le cas du nucléaire qu'au total c'est grâce à cela que le prix de revient de l'électricité nucléaire se trouve considérablement plus bas qu'avec le fuel ou le charbon.

A l'heure actuelle, c'est peut-être encore vrai. Mais, même en admettant qu'une telle considération puisse justifier un choix comme celui du nucléaire, quelle garantie a-t-on que cela va durer ? Il y a eu aussi toute une époque où c'était le pétrole et pas encore l'uranium qui était bon marché ! L'uranium lui aussi est en passe d'être contrôlé par les grandes firmes, américaines en particulier, comme le pétrole, et ce sont en partie les mêmes firmes : rien ne peut les empêcher de rééditer demain la même opération sur son prix que celle qu'elles ont orchestrée sur celui du pétrole. On peut même penser qu'elles s'y préparent. Les cours de l'uranium sont, paraît-il, au plus bas. Par suite du ralentissement des programmes nucléaires dans le monde ces dernières années, sauf en France, les compagnies d'électricité américaines en particulier auraient liquidé une partie de leurs stocks, d'où une chute des cours.

Pourtant on constate que, dans le même temps, la super-compagnie pétrolière Exxon investit d'énormes moyens dans la prospection de l'uranium visant à s'assurer à terme la haute main sur le gros des ressources, et à partir de là, à imposer sa loi en matière de prix. Les compagnies minières françaises, à leur échelle, en font autant ; sans doute entendent-elles se placer en prévision d'éventuels gros profits à récolter dans l'avenir (en bénéficiant d'ailleurs, au passage de la part de l'État de « programmes de soutien aux opérations d'exploration » ).

Absolument rien ne prémunit la France contre les choix de ces toutes-puissantes compagnies. Elles contrôleront l'uranium, si ce n'est déjà fait, comme elles contrôlent les prix du pétrole, comme ceux des autres sources d'énergie (y compris le solaire, aux États-Unis, en rachetant de petites entreprises pionnières !).

Les États constituent avec l'uranium des stocks de précaution, ce qui montre bien qu'ils ne sont pas dupes : la « compétitivité » financière du nucléaire est bien aléatoire, et soumise, comme tout le reste dans cette société, à la stratégie des plus puissants groupes capitalistes à l'échelle du monde.

Le nucléaire capitaliste est dangereux

Lorsque l'État entend imposer des centrales nucléaires à une population qui n'en veut pas, c'est celle-ci que la propagande d'EDF taxe d'obscurantisme : « Non au nucléaire, oui à l'âge de pierre » dit un de ses slogans voulant tourner les opposants en dérision. Pourtant, il faut croire que, malgré toutes ses déclarations qui se veulent systématiquement rassurantes, EDF n'est pas si assurée qu'elle l'affiche en matière de risque d'accident.

Les déclarations qui ont suivi immédiatement l'accident de Three Mile Island selon lesquelles un tel accident serait impossible en France, c'était bon pour les hommes politiques tels que Barre. Mais EDF s'est tout de même inquiétée et elle essaie depuis d'en tirer des leçons.

Il faut dire que le type d'accident qui s'est produit dans la centrale américaine entraînant une fusion partielle du combustible dans le réacteur, est précisément le risque que l'on considérait auparavant comme « négligeable ». Il s'en est fallu, selon les conclusions du rapport ultérieur de sûreté, « de 30 à 60 minutes seulement » qu'il entraîne une catastrophe. Ce type de risque ne faisait pas partie des hypothèses d'accident envisagées en France dans les études de sûreté (Le Monde du 11 mars 1980).

Les autorités peuvent considérer aujourd'hui l'accident de Three Mile Island comme une sorte d'utile banc d'essai, il n'empêche que c'est toute leur attitude qui est inquiétante. En France aussi, on a pu se rendre compte à plusieurs reprises que toutes les précautions étaient loin d'être prises. Il a fallu l'intervention des syndicats du personnel pour qu'on apprenne, à l'automne 1979, qu'EDF mettait en service des réacteurs malgré certains défauts, comme les « fissures » signalées par la CFDT à Gravelines, à Dampierre, et au Tricastin. En janvier 1981, il a fallu un début d'incendie dans un silo de stockage de déchets à La Hague pour qu'on apprenne que cet accident était « imprévu », que les matières « étaient considérées comme stables », et qu'on pensait que la gestion des silos ne posait guère de problèmes.

Pourtant, cela fait des années que bien des scientifiques et les militants anti-nucléaires tirent la sonnette d'alarme précisément sur la question du stockage des déchets en particulier.

Et quant à la manière dont les choses se sont passées en présence de cet accident, on a de quoi s'inquiéter aussi : selon le préfet lui-même, l'information est venue tard et aurait pu être plus complète » de la part de la direction de l'usine.

Ce n'est pas la première fois qu'il y a des accidents à La Hague ou ailleurs. Et si on peut peut-être craindre davantage la série de « petites défaillances » en effet, comme celle qui a été à l'origine de l'accident de Three Mile Island, que la grosse négligence caractérisée, il reste qu'au bout de la série de petites défaillances, il peut y avoir l'accident aux conséquences tout aussi graves.

Comme dans l'ensemble de l'industrie capitaliste, il faut sans doute attendre que l'accident se produise pour qu'on nous dise qu'il était tout-à-fait impossible, imprévu, et résulte de la fatalité.

Le nucléaire aux mains des capitalistes est dangereux. Tout ce qui s'y rapporte est dominé par des intérêts privés, et les mécanismes du profit font que les problèmes de sûreté ne viennent qu'après ceux de la rentabilité capitaliste. C'est d'ailleurs vrai en premier lieu pour les travailleurs des centrales comme pour ceux des mines d'uranium. Comme l'évoquaient des travailleurs de la centrale du Bugey pour une journaliste du Monde en mars 1980, les choses ont changé depuis le stade où ils pouvaient se considérer comme les « pionniers » d'une technique nouvelle : désormais, c'est « une nouvelle ambiance qui rappelle les nécessités de production d'une usine ordinaire » (c'est sans doute aussi pour cela, par exemple, qu'EDF fait largement appel à des entreprises extérieures dont le personnel subit moins de contrôles de contamination).

Et c'est là précisément que réside le danger potentiel du nucléaire. Car on sait le nombre d'accidents et de morts que font les usines, « ordinaires » soumises à la loi du patronat : or, un réacteur nucléaire n'est pas tout-à-fait une usine ordinaire, les accidents peuvent y être encore beaucoup plus lourds de conséquences.

En fait, les risques ont changé d'échelle. La rupture d'un barrage, près de Fréjus, fut en son temps une catastrophe. Mais les conséquences d'un accident nucléaire non maîtrisé dans une grosse centrale située à Nogent-sur-Seine, à une centaine de kilomètres de Paris, seraient sans commune mesure.

L'accélération forcenée du programme nucléaire français multiplie les risques et donne aux conséquences d'un éventuel accident des dimensions jusqu'ici inconnues. C'est tout le pays qui est en passe de se trouver quadrillé d'installations, la densité de population autour des centrales est très élevée : il y a plus de 900 000 habitants dans un rayon de 50 km autour du site du Pellerin, près de Nantes, plus de 300 000 dans un rayon de 20 km autour de celui de Cattenom, en Lorraine, etc.

Cette accélération et l'ampleur du programme français ont encore d'autres conséquences : la France se trouve de ce fait lancée dans des situations nouvelles, mal connues sur le plan technique, comme celles qui concernent les surrégénérateurs ou le retraitement des combustibles usés.

Les problèmes posés au plan de la sécurité par les surrégénérateurs sont différents de ceux que posent les centrales « ordinaires » actuelles. En effet, ils consomment et produisent du plutonium, beaucoup plus dangereux que l'uranium et la réaction qui se produit dans leur réacteur peut, en s'emballant, prendre l'allure d'une sorte d'explosion atomique.

Quant au retraitement des combustibles provenant des réacteurs, en vue de récupérer l'uranium et le plutonium réutilisables, et d'en séparer les déchets à entreposer quelque part, il ne fonctionne nulle part sur une échelle industrielle et d'une manière satisfaisante.

Pourtant, l'usine de La Hague est en pleins travaux d'extension, financés par les contrats passés avec d'autres pays pour retraiter ultérieurement leurs déchets (quitte à leur vendre alors des surrégénérateurs afin qu'ils utilisent à des « fins civiles » le plutonium récupéré). A propos de ces contrats, on peut relever un détail intéressant : ils comportent une « clause de non-retraitement » telle que, si le centre de La Hague ne fait pas face, il peut retourner les déchets à l'envoyeur, non retraités, au bout d'un certain délai. Pour la Suède et l'Allemagne Fédérale, c'est là tout simplement un moyen de faire stocker les déchets de leurs centrales afin d'être en règle avec leur propre législation qui n'autorise le démarrage des centrales que si cela est prévu...

Et, en effet, même si on suppose qu'aucun accident sérieux ne se produira dans une centrale nucléaire, il reste le problème des déchets.

Certaines catégories peuvent demeurer hautement radio-actives pendant très longtemps. Par exemple, les autorités sont obligées de reconnaître que ces déchets contiennent toujours au bout du compte un peu de plutonium lequel, extrêmement dangereux, ne perd la moitié de sa radio-activité qu'au bout de 24 000 ans... On comprend la méfiance de la population de Saint-Priest-la-Prugne (Allier) où le gouvernement envisage actuellement de créer un site de stockage définitif.

Les procédés de stockage, comme la vitrification en France, sont encore expérimentaux.

Non seulement il y a le problème des rayonnements, mais il y a aussi le risque que les déchets contaminent le milieu naturel, donc les espèces vivantes, par le canal des chaînes alimentaires. Affirmer qu'il n'y a de ce point de vue, aucun risque, relève davantage du pari que de l'assurance scientifique. Or, on assiste à une augmentation rapide du volume à stocker, évalué au total pour la France, en l'an 2000, à environ un million de mètres cubes.

Dans le même ordre d'idées, il faut prévoir le démantèlement des centrales au bout de 20 ans de fonctionnement, ce qui va en faire environ 4 par an vers l'an 2000, et cela pose aussi un certain nombre de problèmes non résolus en raison de la radio-activité.

Bref, la société actuelle risque de laisser aux générations futures des cadeaux qu'elles n'envisageront sans doute pas comme d'agréables preuves du progrès technique ! Mais de cela, les autorités actuelles, les États, les groupes capitalistes pour les intérêts desquels ils se sont lancés dans cette dangereuse fuite en avant, n'ont cure. L'avenir de la planète, ce n'est pas leur problème.

Les appels à la prudence, voire les cris d'alarme, ne sont pas pris vraiment en considération. En ce qui concerne le choix des sites pour y implanter ses installations, EDF passe déjà outre à tout ce qui, dans les études - pourtant financées par ses soins - pourrait aboutir à des conclusions défavorables à ses projets, et veut le tenir secret. Alors ce n'est pas pour s'inquiéter des problèmes encore à venir, même si l'échéance n'est que de quelques décennies...

Toute activité humaine comporte des risques, c'est certain, et une technique n'est ni bonne ni mauvaise en soi. Identifiés, pesés, ils pourraient être assumés consciemment au niveau d'une organisation sociale qui serait démocratique.

Mais, entre les mains des capitalistes, tous les bouleversements techniques se sont accompagnés de catastrophes pour la population ; et, avec le nucléaire, avec le choix par le gouvernement du « tout-nucléaire », et à bref délai, les risques sont devenus sans commune mesure.

Les calculs de rentabilité des industriels et des financiers font plus que jamais planer de lourdes menaces sur l'humanité ; et les arguments, les prétendus « avantages » de l'électro-nucléaire, que les gouvernants mettent en avant pour les justifier un peu aux yeux de la population ne pèsent pas lourd en face de ces risques.

Dans le rôle d'apprentis sorciers qu'ils jouent dans ce domaine, ce sont tous les hommes politiques qui veulent se montrer « responsables » vis-à-vis de leurs mandants capitalistes. Le PCF n'hésite pas à prouver, comme à Plogoff, qu'il ne craint pas de s'opposer s'il le faut, même de front, à la population hostile pour faire respecter les choix dictés par les barons du nucléaire. Et le PS précise bien qu'il poursuivrait, au gouvernement, le programme en cours.

Il est vrai que la société capitaliste en crise, que ceux qui en sont à la tête, font planer dans le même temps la menace atomique sous une autre forme, la forme explosive des bombes. Mais le nucléaire civil à la mode capitaliste commanderait déjà à lui seul de mettre d'urgence à bas ce système, ne serait-ce qu'au nom de l'instinct de conservation.

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