Un premier pas01/04/19761976Lutte de Classe/static/common/img/ldc-min.jpg

Un premier pas

Dans le numéro 34 de notre revue (février 1976) nous avons publié l'adresse signée par Combat Ouvrier (Antilles), Spark (USA), l'Union Africaine des Travailleurs Communistes Internationalistes et Lutte Ouvrière, invitant toutes les organisations trotskystes reliées ou non à l'un des organismes internationaux existants, à une rencontre qui se donnerait pour but la mise en place d'un cadre de discussion et de travail en commun ouvert à tout le mouvement trotskyste.

Une première rencontre exploratoire a eu lieu dam le courant du mois de mars. Outre les quatre organisations invitantes, étaient présents à cette rencontre, le Groupe Bolchevik-Léniniste d'Italie, l'International Communist League de Grande-Bretagne, le Groupe Quatrième Internationale (Japon), ainsi qu'une délégation formée par un militant de la Fraction Marxiste Révolutionnaire (Italie) et un militant du Spartakusbund (Allemagne Fédérale), se présentant en tant que représentants d'une tendance internationale regroupant outre les deux organisations précitées, les groupes autrichiens Kommunistisches Kollectiv et Spartakus.

Parmi ces groupes, le Groupe Bolchevik-Léniniste d'Italie avait annoncé par avance qu'il assistait à la réunion en qualité d'observateur, étant en désaccord politique avec l'initiative.

Deux discussions étaient proposées à la rencontre. En premier lieu, la discussion des propositions faites par les quatre organisations invitantes pour définir les modalités politiques et pratiques de la mise en place d'un cadre permanent de rencontre. (Nous publions en annexe l'essentiel de nos propositions). En second lieu, le début d'une discussion plus vaste, sur l'analyse faite par les différents groupes présents concernant les raisons de la dispersion du mouvement trotskyste et de son incapacité à se donner une direction internationale unique, ayant réellement l'autorité nécessaire pour jouer ce rôle.

S'agissant d'une réunion exploratoire entre groupes qui savaient par avance que de grosses divergences les séparaient, il ne pouvait évidemment pas être question d'épuiser les deux problèmes sur lesquels la discussion fut engagée. L'essentiel de la discussion a porté sur le sens même de la démarche des quatre groupes invitants.

L'idée même d'établir des relations internationales régulières dans un cadre défini d'avance d'un commun accord, avec des règles de fonctionnement minimum correspondant à l'absence actuelle de confiance politique entre organisations, a été contestée à des degrés divers par plusieurs groupes présents. Au delà de leur diversité, les arguments avancés dans ce sens tournaient tous autour d'une même idée centrale : toute démarche qui ne prépare pas la mise en place à brève échéance d'une organisation internationale centralisée, serait une démarche opportuniste ; comme le serait la mise en place de structures regroupant des organisations en désaccord politique et théorique. Ce fut en particulier la position du G.B.L.I. comme du Groupe Quatrième Internationale (Japon) qui, avec des arguments différents et en désaccord entre eux, défendaient tous les deux la position selon laquelle il est nécessaire de mettre en place une organisation internationale centralisée, en opposition avec celles qui existent déjà.

La délégation F.M.R.-Spartakusbund était également partisan de la création d'une tndance politique internationale - qu'ils affirment avoir faite - mais, contrairement aux groupes précédents, ils ne sont pas hostiles à ce que cette tendance discute de façon régulière avec l'ensemble du mouvement trotskyste. Aussi, tout en n'étant pas d'accord avec l'adresse signée par C.O., Spark, U.A.T.CI,et LO, ils ont exprimé leur accord au moins pour la tenue d'une prochaine rencontre dans la perspective de la création d'un cadre permanent de discussion. L'ICL. (Grande-Bretagne) s'est montrée également favorable à la poursuite de l'initiative engagée par cette première rencontre. Elle avait cependant au préalable manifesté des réserves à l'égard de la démarche des quatre groupes signataires de l'adresse, dans la mesure où elle considère qu'une politique de conférences régulières entre groupes trotskystes n'est pas satisfaisante : ou bien les groupes désirent s'engager dans la reconstruction de la IVe Internationale, mais alors une stricte démarcation politique à l'égard du restant du mouvement trotskyste est nécessaire, ou bien, selon elle, il vaut mieux faire des conférences ouvertes à tous les groupes révolutionnaires, y compris aux non trotskystes.

Après avoir procédé à l'échange de leurs points de vue, Combat Ouvrier, Spark, U.A.T.CI, Lutte Ouvrière, International Communist League et la délégation F.M.R.-Spartakusbund, se sont mis d'accord pour tenir une nouvelle rencontre et y inviter en commun l'ensemble des organisations trotskystes, dans les termes suivants ,

« Nous proposons, dans la perspective de créer un cadre permanent de discussion et de collaboration ouvert à tous les groupes qui se réclamant cou trotskysme et de la construction de la Quatrième Internationale, d'organiser en commun avec les groupes présents, une autre Conférence Internationale. Nous proposons d'inviter à cette conférence tous les groupes trotskystes qui ont une existence réelle prouvée par des publications régulières ».

Une prochaine rencontre aura donc lieu. Contribuera-t-elle à établir des relations internationales telles que les différents groupes participants puissent au moins confronter régulièrement leurs politiques ; puissent entamer au moins le débat indispensable sur la situation du mouvement trotskyste, sur ses problèmes, sur ses insuffisances ; puissent collaborer concrètement dans les domaines où cela est possible ?

Une seule rencontre ne donne pas assez d'éléments pour en juger. Pour notre part, nous demeurons convaincus que l'établissement de telles relations, débarrassées de toute forme d'ostracisme, est indispensable. Ceux qui jouent à la direction internationale sans en avoir ni l'autorité, ni la compétence, se bouchent les yeux. Les groupes qui n'appartiennent pas à des organismes internationaux, mais qui partagent la même attitude fondamentale et se proposent de mettre en place des « directions internationales » supplémentaires - sans même se dire que l'échec de toutes les tentatives du même genre n'a tout de même pas été fortuit - s'engagent également dans une très mauvaise voie. C'est précisément ce type d'attitude qui, à l'heure actuelle, constitue le principal obstacle non seulement sur le chemin de la constitution d'une direction véritable pour l'ensemble du mouvement trotskyste, mais même pour établir un minimum de liens internationaux entre groupes.

Une organisation internationale centralisée et démocratique, regroupant le mouvement trotskyste, dotée d'une direction ayant la compétence politique nécessaire pour faire face aux tâches de l'heure et ayant une autorité réelle pour mener une politique, est indispensable. Elle n'existe pas. Pour qu'elle existe, il ne suffit pas de se payer de mots. Il faut partir de ce qui est, et prendre chaque fois l'initiative permettant de franchir une étape. Il est souhaitable que les prochaines rencontres le puissent.

Annexe : nos propositions

Le mouvement trotskyste est le seul de tous les courants qui se réclament de la révolution prolétarienne à se maintenir à l'échelle internationale face aux courants réformistes de toute sorte, face en particulier au stalinisme. Mais il est émietté entre plusieurs organismes internationaux concurrents et d'audience variable et un grand nombre de groupes qui ne reconnaissent aucun des organismes internationaux. Les liens entre les différents groupes trotskystes sont en général formels voire fictifs même lorsqu'ils appartiennent à un même organisme international ; ils sont sporadiques, totalement inexistants, voire franchement hostiles lorsqu'ils n'appartiennent pas à un même organisme international.

C'est une situation dont ne peut s'accommoder aucune organisation trotskyste responsable et soucieuse de ce que le mouvement trotskyste joue le rôle qui devrait être le sien, car la dispersion et les ostracismes ne sont pas motivés par une justification programmatique.

Bien des groupes ou regroupements internationaux ne se donnent même pas la peine d'analyser le pourquoi de l'échec du mouvement trotskyste dans ce domaine, ils se contentent d'excommunier les autres. Mais même entre ceux qui donnent une analyse, un bilan critique de l'évolution du mouvement trotskyste depuis la mort de Trotsky, la discussion, la confrontation loyale ne s'établit pas. Or c'est une nécessité vitale et urgente.

Nous proposons donc la mise en place d'un cadre international ouvert à toutes les tendances du mouvement trotskyste où puisse être discuté des voies et des moyens de créer une organisation internationale permettant la cohabitation de tous les courants du mouvement trotskyste et permettant de s'engager sur la voie de la construction d'une organisation internationale avec une direction unique et reconnue par tous.

En premier lieu, nous proposons donc la création d'un bureau international dont la dénomination définitive reste, bien sûr, à déterminer.

Il est entendu que ce bureau n'est pas destiné à être un organisme international supplémentaire, concurrent à ceux qui existent. Il ne cherchera pas une unanimité factice, de façade, entre les différents groupes qui le composeront. Il ne cherchera pas non plus à donner une vague caution internationale au point de vue d'un groupe, ni à parvenir à des textes de compromis qui cachent des divergences. Il s'efforcera par contre, au travers des confrontations loyales, de dégager clairement les points d'accord et les points de désaccord.

Il en résulte que le bureau ne prendra en tant que tel des positions politiques ou programmatiques que sur des questions sur lesquelles existe un accord unanime. Chaque groupe a bien entendu le droit et même le devoir moral d'exprimer publiquement son point de vue, seul ou avec d'autres, sur tous les problèmes sur lesquels il n'y a pas d'unanimité.

Considérant que les droits et les devoirs des différents groupes composant ce bureau les uns envers les autres seraient tout à fait formels s'ils n'étaient pas fondés sur des relations de confiance politique, et que cette confiance ne se décrète pas par des articles de statuts, nous proposons d'adopter des règles de fonctionnement minimum très souples, correspondant à l'état actuel des relations entre l'ensemble des groupes présents. Ces règles pourraient évoluer d'abord en fonction d'accords politiques et programmatiques, ensuite en fonction de la capacité des différents groupes participants à discuter avec compétence la politique des autres et en fonction de leur confiance mutuelle.

Pour commencer, il s'agit d'organiser une, deux (ou si nécessaire, plus) conférences préparant la mise en place d'un cadre permanent, afin d'associer le maximum de groupes à la définition des règles de fonctionnement de ce futur cadre permanent, se pose donc le problème à qui on s'adresse. Nous avons choisi pour celle-ci les critères suivants que nous proposons de reconduire pour l'avenir : s'affirmer publiquement trotskyste soit dans son programme, soit dans ses publications et se réclamer de la IVe Internationale, en particulier de son programme de fondation, exister en tant que groupe, c'est-à-dire, au minimum, avoir un texte programmatique et une publication régulière.

Nous proposons par ailleurs que tout groupe qui remplit ces conditions mais qui ne souhaite pas participer de plein droit au bureau, puisse participer à ses discussions en qualité d'observateur.

Comme mode de fonctionnement, nous proposons la tenue trimestrielle d'une conférence, regroupant les groupes membres et d'éventuels observateurs.

Les organisations membres pourraient proposer à l'ordre du jour de ces conférences tout point qu'elles désirent, suivant des modalités à définir.

Il pourrait ère convenu, par exemple, que l'inscription à l'ordre du jour soit faite automatiquement, même si la demande n'émane que d'un seul groupe, à condition qu'elle soit formulée ou bien à la réunion précédente, ou en tous les cas assez tôt pour que les autres groupes puissent en prendre connaissance avant la réunion. La proposition de mettre à l'ordre du jour un nouveau point pourrait être faite même le jour de la réunion, à condition cependant que la majorité des groupes participants soit d'accord pour l'inscription.

De manière générale, la conférence trimestrielle du bureau pourrait constituer le cadre principal pour poursuivre les discussions autour

- des problèmes de la IVe Internationale ;

- de la confrontation des programmes respectifs des groupes sur un certain nombre de faits sociaux surgis depuis la mort de Trotsky (analyse de la nature des États des Démocraties Populaires, de la Chine ou de Cuba, par exemple) ;

- de l'analyse des questions politiques auxquelles est confronté l'ensemble du mouvement trotskyste (la situation au Portugal ou en Espagne, par exemple) ;

- de la politique concrète de chacun des groupes

- de l'examen des domaines dans lesquels une collaboration concrète, politique ou organisationnelle est possible entre groupes participants.

Sur tous les points abordés, chaque conférence pourrait décider d'une résolution au nom du bureau, à la condition que la décision soit prise à l'unanimité.

Il est évidemment possible et même souhaitable que la discussion engagée ne se limite pas à la seule durée des conférences trimestrielles. Elle peut se poursuivre par écrit, soit dans les organes de presse respectifs des groupes participants, soit, et cela serait sans doute préférable, dans une revue internationale de discussion, éditée par les soins du bureau et dont le rythme de parution pourrait. par exemple épouser la périodicité des conférences.

De la même manière, la collaboration ou ne serait-ce qu'une connaissance mutuelle plus approfondie entre les différents groupes pourrait se prolonger, au delà des réunions trimestrielles, par des contacts bilatéraux fréquents, par des envois de militants d'un groupe à l'autre.

Le 14 mars 1976

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