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Références

Sous le titre « Quinze ans après le coup de Paris », « France Nouvelle », hebdomadaire central du Parti Communiste Français, commémorait récemment, non sans quelque amertume et quelque nostalgie, le décret qui mit fin le 5 mai 1947 à la participation gouvernementale du PCF

Cet article où l'on peut lire que le PCF était « un grand parti de Gouvernement » et que même « exclu de la direction des affaires nationales, il n'allait pas se comporter autrement », a vraiment l'apparence d'offres de services, et le PCF y fait état de toutes ses références au cas où son ex-employeur aurait une petite place vacante. Témoin le passage suivant :

« Le Parti Communiste Français qui avait tant donné pour libérer notre pays du joug étranger s'était dès le premier jour engagé sans réticence, avec toutes ses forces, enraciné qu'il était au coeur de notre peuple, dans la bataille pour la reconstruction du pays. Il serait bon, aujourd'hui où l'on parle à tout propos, et surtout hors de propos, de « grandeur », de relire les discours d'alors de notre secrétaire général, le programme que nous entendions aider à cette époque à réaliser ! Et la classe ouvrière n'avait cessé de répondre à notre appel, quelles que fussent les difficultés de l'heure. Mais, précisément, si l'on voulait que cet effort acharné se poursuivît, si l'on voulait obtenir une production record, il ne fallait pas démoraliser la classe ouvrière en abaissant son niveau d'existence. Déjà les travailleurs avaient porté la production à prés de 90 % de ce qu'elle était en 1938. Elle atteignait et parfois dépassait 100 % dans les branches industrielles les plus importantes : 120 % pour le charbon, 126 % pour le gaz, 130 % pour l'électricité, en dépit du sabotage éhonté des trusts ».

Et, comme quelques lignes plus haut que cette citation, le même article évoquait le « retentissant appel lancé de Waziers aux mineurs par Maurice Thorez » - mais sans le citer - nous avons cru bon de publier quelques extraits du discours que le secrétaire général du PCF prononça le 21 juillet 1945 à Waziers, près de Douai, devant 2 500 mineurs communistes du Nord et du Pas-de-Calais.

« C'est en 1934, que nous avons proposé, lancé et fait triompher l'idée du Front Populaire pour la liberté. Quel Français maintenant, pourrait douter que si le programme du Front Populaire avait été appliqué rigoureusement par les Gouvernements, bien des malheurs auraient été évités à notre Pays, car le programme du Front Populaire ne comprenait pas le recul devant les provocations des cagoulards pour ne parler que de cela sur le plan intérieur, et il ne comportait pas, sur le plan extérieur, la non-intervention et la capitulation de Munich. Nous ne nous étions pas contentés d'unir tous les républicains dans le Front Populaire, nous avons tendu la main aux travailleurs Catholiques.

« Les Curés avec nous », vous vous en souvenez, chers Camarades, mais oui, les Curés avec nous. Si bien des princes de l'Eglise ont été de parfaits hitlériens, la masse des Catholiques est restée fidèle au Pays. Combien de Catholiques et combien de Curés se sont battus côte à côte avec les nôtres, avec aussi les Socialistes, avec des Républicains de toute nature, dans un même combat contre l'Allemand et contre Vichy. Combien sont tombés, combien ont payé de leur sang. Bien malheureux ceux qui, à cette époque, se sont moqués de nous parce que nous proposions l'unité avec les travailleurs Catholiques et qui maintenant pratiquent une certaine unité qui n'est plus la main tendue aux travailleurs Catholiques.

Nous avons proposé le Front Français, l'union de tous les bons Français. C'était désirer éviter à notre Pays la honte, l'horreur d'une dictature fasciste. Le peuple nous comprenait alors que de l'autre côté, les deux cents familles, les « trusts » comme on dit maintenant, deux mots qui disent moins bien ce que nous disions alors, voyaient en Hitler le gardien de leurs privilèges. Et il était de bon ton de dire chez certains : « Plutôt Hitler que le Front Populaire ».

Ceux-là se mirent à saboter l'économie nationale, à saboter la défense nationale, à provoquer les grèves comme le rappelait tout à l'heure MARTEL. C'est vrai que nous seuls, les Communistes, avons eu assez d'autorité pour pouvoir, en Juin 36, mettre un terme aux grèves, que nous seuls pouvions avoir assez d'autorité pour dire, il y a cinq mois : il faut finir avec les jeux de guerre civile et ne pas permettre des provocations contre la classe ouvrière et contre notre Pays ».

... « Jamais nous, les communistes, même lorsque nous avons lutté dans certaines circonstances, contre des guerres impérialistes, contre des guerres injustes, jamais nous n'avons été des pacifistes réactionnaires. toujours, nous nous sommes inspirés de cette recommandation :

« Si on donne un fusil à ton fils, ne pleure pas ; dis-lui qu'il apprenne à s'en servir ».

... « Nous, nous estimons qu'il est juste que les Allemands réparent. Le peuple Allemand porte une part des responsabilités, pas la même responsabilité que les chefs, mais les Allemands qui ont suivi leur HITLER dans son entreprise criminelle contre tous les peuples, doivent réparer. C'est une justice élémentaire. Ils doivent réparer en travaillant chez eux, chez nous. Pourquoi n'iraient-ils pas reconstruire nos villages qu'ils ont détruits, les usines et les villages polonais, et les villages soviétiques, et les chemins de fer. Pourquoi ne seraient-ils pas employés à déminer. Actuellement tant de jeunes Français meurent pour enlever les mines qui ont été placées par les Allemands. Pourquoi ne les ferions-nous pas travailler dans nos fosses où nous manquons actuellement de main-d'oeuvre ? Les Allemands doivent payer. Encore une fois, c'est une justice élémentaire.

Voici que les groupements financiers sont plus intéressés au relèvement de l'agresseur Allemand qu'à celui de notre Pays et d'autres Pays qui ont été envahis, ravagés et pillés par les Allemands. Et dans le même moment, nous voyons la réaction en France qui s'efforce d'empêcher la reconstruction économique.

Hier, elle provoquait des actions inconsidérées. De là la décision de notre Comité Central d'Ivry, demandant la dissolution des gardes civiques et de tous les groupes armés.

Aujourd'hui, chers Camarades, de graves périls menacent dans le domaine de la production. On ne le sent pas suffisamment. Les mêmes gens, les mêmes groupements, qui ont provoqué la défaite poursuivent un plan diabolique de désorganisation et de désagrégation de notre économie nationale. Ils veulent créer le chaos et le désordre. Ils veulent créer une atmosphère de panique et de trouble qui serait propice aux entreprises de la réaction ».

... « Le problème décisif de l'heure, c'est le problème de la production. Vous le savez déjà, chers Camarades, c'est ce qui m'a amené à Waziers ; c'est pourquoi le Bureau Politique m'a envoyé vous parler, à vous, les mineurs. J'aborde ici une partie importante de mon rapport, la question du charbon »...

... « Il est vrai qu'il s'est produit un fléchissement à partir d'Avril, fléchissement dans la production et fléchissement dans le rendement.

Il y a eu diverses causes à cela : ravitaillement défectueux, manque de vêtements, et en raison d'un mécontentement plus ou moins justifié contre l'insuffisance de l'épuration. Il y a aussi des grèves, elles, très peu justifiées. Il y a aussi, n'en tiennent pas compte ceux qui font les campagnes contre les mineurs, toute une série de fêtes, fêtes religieuses, Ascension, Lundi de Pentecôte, et des Fêtes de la Victoire. Tout ce qui entraîne dans un métier comme le métier des mineurs, une certaine désorganisation »...

... « Il faut que les mineurs aiment la mine.

D'ailleurs, ce n'est pas vrai que les mineurs n'aiment pas leur métier. Vous savez bien que je suis d'une famille de mineurs. J'ai assisté assez souvent, à la remonte, aux discussions entre mes oncles et le grand-père qui était pensionné et ne pouvait plus aller à la mine. Chaque soir, il demandait : « Alors, comment ça s'est-il passé ? Qu'est-ce que vous avez fait ? Et moi, j'aurais fait comme ça, et moi j'aurais fait autrement ; je ne m'y serais pas pris comme cela, etc... ». Il suivait au fur et à mesure avec ses fils l'avance des travaux. Il connaissait tout. Est-ce que tous les vieux mineurs ne sont pas ainsi ? Les vieux mineurs ont l'amour de leur métier comme les marins ont l'amour du leur »...

... « Un vrai mineur, c'est celui qui a commencé jeune, qui a été galibot, à condition qu'on reconnaisse ses mérites. Ce n'est pas bien ce qui se passe dans telle fosse. Je prends le n° 7. Des dizaines de jeunes gens de vingt à vingt cinq ans, et même parfois trente ans, sont maintenus comme Herscheux, sous prétexte qu'on manque de main-d'oeuvre. Il n'y a qu'à mettre à ces travaux des ouvriers du jour qui seraient remplacés avantageusement au jour par des jeunes filles et par des femmes »...

... « Je dis qu'il faut, en même temps qu'on revalorise la condition du mineur, assurer les conditions du travail normal pour les filles et pour les femmes des mineurs. Je le dis aussi pour ceux qui ont des idées réactionnaires dans ces questions, pour ceux par exemple, partisans de la théorie « les femmes au foyer ». Il n'y aura pas d'émancipation de la femme aussi longtemps qu'elle n'aura pas elle-même obtenu sa propre émancipation.

Mettre des jeunes filles et des femmes à une quantité de travaux au jour, à la surface, c'est permettre d'envoyer au fond ceux qui devraient s'y trouver »...

... « Et puis, il y a les prisonniers Allemands. D'une façon générale on peut et on doit occuper davantage les prisonniers même en tenant compte que parfois il peut y avoir un rendement inférieur. A condition naturellement que l'on crée des conditions matérielles pour que ces prisonniers puissent produire. Il ne s'agit pas de donner aux prisonniers les salaires des ouvriers mineurs ; non, il s'agit de leur donner les conditions de ravitaillement nécessaires, de leur assurer des conditions de couchage, d'hygiène qui leur permettent tous les matins d'aller travailler et non pas de rester dans les cantonnements. Il ne faut pas toujours nous amener ici des prisonniers officiers pour créer des camps militaires ; qu'on nous amène des prisonniers qui iront travailler »...

... « Il y a d'autres raisons de la crise du charbon sur lesquelles je voudrais m'expliquer aussi ouvertement et aussi franchement.

Ce sont celles qui tiennent à l'effort insuffisant des mineurs eux-mêmes, à votre effort à vous »...

... » Il y a pas mal d'exemples de mineurs qui prétendent ne pas forcer à la production, ne pas pousser à la production et pas seulement parce qu'ils ont la crainte de voir baisser les prix à la tâche. Par exemple, dans un rapport, je vois « Nous avons des conditions assez normales mais si nous dépassons, on va nous baisser les prix à la tâche ». Il y a aussi le fait que ces Camarades eux-mêmes parfois ont peur de toucher de grosses quinzaines ; allons disons le mot, ils ne veulent pas paraître des macas, n'est-ce pas ? Eh bien, ce n'est pas juste. Il y a tout de même un intérêt différent. Les macas, chers Camarades, c'étaient ceux qui forçaient à la production pour le profit du patron au détriment de leurs frères, les ouvriers mineurs. Ils forçaient à la production pour faire baisser les prix à la tâche de leurs autres Camarades. Aujourd'hui, il ne s'agit pas d'être un maca, il s'agit de produire afin que nous puissions accomplir, poursuivre, développer l'oeuvre de libération : libération, non plus seulement maintenant du joug allemand, mais libération de toutes les entreprises de réaction, de toutes les entreprises fascistes.

Je veux d'ailleurs faire remarquer une chose, chers Camarades, il y a des Camarades qui disent : « Mais si je travaille davantage, je donne davantage aux actionnaires, puisqu'il reste des actionnaires. » C'est une erreur, chers Camarades. Dans les conditions actuelles, mettez-vous bien cela dans la tête, si vous avez peu produit, les actionnaires ont leurs 8 francs et si vous produisez beaucoup, ils ont quand même leurs 8 francs. Je dis cela parce que cela ne doit pas vous arrêter étant donné que si vous sortez plus de charbon, cela ne signifie pas qu'il y a un franc de plus pour les actionnaires. Par conséquent, même de ce côté, il faut écarter l'argument démagogique de ceux qui disent : « Si je produis beaucoup, c'est pour les actionnaires ». Si vous produisez beaucoup, c'est seulement dans l'intérêt du Pays, et c'est dans votre propre intérêt »...

... « On s'absente trop facilement pour un oui ou pour un non et pour un mineur qui a le goût de son métier, il sait très bien que tant d'absences, c'est une désorganisation complète du travail. C'est d'abord les Camarades qui sont là, qui sont les premiers à en souffrir. L'absence est justifiée ou n'est pas justifiée. Au lieu de produire, on désorganise la production, on fait tort à ses Camarades et pour quelle raison ? Parfois pour un oui ou pour un non, pour une égratignure. Je dis que c'est un scandale.

Je ne peux pas comprendre, par exemple, que des délégués à la Caisse de Secours puissent donner des billets de malade sans journée de malade.

« Si tu es malade, tu auras ta journée de malade, tu auras tous les soins. Mais si tu n'es pas malade, tu travailleras et si tu ne veux pas travailler tant pis ». Chers Camarades, celui qui a le billet de malade sans journée de malade, il a aussi son ravitaillement ; il a aussi les litres de vin, il a aussi la viande ; il mange la part de ses Camarades. Ce n'est pas possible, on ne peut pas continuer comme cela. Il faut avoir plus de conscience »...

... « Voici un autre cas. On m'a signalé l'autre jour que dans un puits, le puits de l'Escarpel, une quinzaine de jeunes gens, des galibots, ont demandé de partir à six heures pour aller au bal. Je dis que c'est un scandale inadmissible, impossible.

Vous le savez bien, chers Camarades, j'ai été jeune aussi. J'ai été aussi au bal et j'ai dansé mais je n'ai jamais manqué un seul poste, à cause d'une fête ou d'un dimanche, jamais. D'ailleurs il n'aurait pas fait bon à la maison. Il m'est arrivé de rentrer à la maison à cinq heures, de passer les loques et partir. Je ne dis pas que la journée ait été très grosse, mais je n'ai pas manqué. Une fois, je le racontais à mes Camarades, j'avais 19 ans ; il m'est arrivé de travailler un lundi de ducasse au poste de deux heures. Je n'ai pas pu changer, je n'ai pas pu obtenir autre chose. J'ai travaillé au poste de deux heures et puis, la journée finie, je me suis lavé et j'ai couru à nouveau danser. Mais j'ai fait mon poste.

Chers Camarades, ici je m'adresse aux jeunes et aux jeunes tout particulièrement. Il faut faire un effort. Je l'ai dit, non seulement à cette assemblée, mais au Congrès de l'Union de la Jeunesse Républicaine, à Paris, il faut surmonter la crise de moralité qui sévit en général dans notre pays et qui atteint particulièrement notre jeunesse. J'ai dit aux jeunes : il faut avoir le goût de son ouvrage parce qu'il faut trouver dans son travail la condition de sa propre élévation et de l'élévation générale ; les paresseux ne seront jamais de bons communistes, de bons révolutionnaires, jamais, jamais.

Les mineurs courageux, ceux qui ne craignent pas la peine, ceux qui connaissent leur métier, ceux-là ont toujours été les meilleurs de nos militants ouvriers, ils ont été les pionniers, les organisateurs de nos syndicats, les piliers de notre Parti.

Ici, chers Camarades, je le dis en toute responsabilité au nom du Comité Central, au nom des décisions du Congrès du Parti, je le dis franchement : il est impossible d'approuver la moindre grève surtout lorsqu'elle éclate, comme la semaine dernière, aux mines de Béthune, en-dehors du Syndicat et contre le Syndicat. On a pris des sanctions. Sur quatre porions, on en a réintégré deux en les rétrogradant d'ailleurs ».

Comme on voit, et nous n'avons malheureusement pas pu citer ce texte in-extenso, le Parti Communiste Français ne pouvait pas présenter à ses maîtres bourgeois de meilleur certificat de travail.

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