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Le congrès de l'UGTA

Après des péripéties diverses, les rapports UGTA - gouvernement algérien se sont terminés, provisoirement du moins, par la victoire du gouvernement et la mise au pas du syndicat, lors du congrès national de celui-ci qui s'est déroulé il y a une semaine à Alger. Ceci n'est que la suite logique de l'offensive entamée il y a quelques mois par Ben Bella contre l'UGTA et qui visait à placer l'organisation syndicale entièrement sous le contrôle du FLN Déjà certaine interdiction de son journal, « L'Ouvrier Algérien », laissait prévoir le style de l'offensive gouvernementale.

Aussi l'accord signé entre le gouvernement et la direction de l'UGTA, le 19 décembre dernier, et qui reconnaissait la nécessité pour le syndicat d'une « autonomie organique et de gestion » n'était-il qu'un compromis provisoire, destiné de la part du gouvernement à gagner du temps - le temps nécessaire sans doute à mettre au point les méthodes susceptibles de lui assurer le contrôle de la centrale. Ces méthodes ne se sont d'ailleurs guère embarrassées de préjugés démocratiques : délégués officiels au bureau du congrès trouvant leur place déjà occupée par des partisans dévoués de Ben Bella, quelques centaines de chômeurs ramassés dans Alger et amenés dans les tribunes pour faire la claque en faveur de la direction du FLN, intervention de la police. C'est ainsi que l'équipe Ben Bella s'est assurée la majorité au congrès.

Bien sûr, tout cela n'est nullement en contradiction avec le reste de la politique de Ben Bella et du FLN, mais s'y insère au contraire parfaitement. Son but est de construire un État national algérien. L'État algérien doit alors fatalement gouverner contre son propre peuple et, en particulier, contre le prolétariat industriel ou agricole. L'impérialisme laisse si peu de possibilités à une bourgeoisie nationale de se développer que le moindre effort de celle-ci dans ce sens ne peut se faire qu'en empêchant toute revendication autonome des masses. L'autre option, s'attaquer à l'impérialisme même, impliquerait forcément de dépasser les limites nationales et de mener le combat sur une base internationaliste et de lutte de classe. Pour choisir cette alternative politique, il aurait fallu que le. FLN se considère d'abord comme le parti de la classe ouvrière algérienne, en tant que fraction du prolétariat mondial. Ce n'était ni le cas de la majorité des dirigeants du FLN ni surtout celui de Ben Bella.

Se fixant ce but de construire un État national dans le cadre de l'impérialisme mondial, auquel il n'est pas question de toucher, Ben Bella doit d'une part essayer de tirer le plus possible de l'impérialisme en composant au maximum avec lui - les négociations sur l'aide que peut apporter l'impérialisme français à l'Algérie marchent bon train - et d'autre part demander une série de sacrifices aux masses algériennes, leur promettant en récompense la construction d'un « socialisme algérien » placé dans un lointain futur. Ce qui ne correspond certainement pas aux aspirations immédiates de ces masses qui avaient tout attendu de l'indépendance nationale.

C'est pour cela que Ben Bella est obligé de commencer par fonder un état autoritaire et monolithique, ne tolérant aucune opposition dans le pays. L'interdiction du PCA n'était que le premier pas dans cette voie. Le contrôle sur l'UGTA est pour le gouvernement algérien un enjeu d'une autre importance, un élément vital dans la partie politique qu'il mène.

Car l'UGTA est avant tout l'organisation, la seule en l'absence de tout parti politique important, de la classe ouvrière algérienne. Bien sûr ses dirigeants, même opposés à Ben Bella, subissaient fortement l'influence nationaliste du FLN Mais ils subissaient au moins autant l'influence des masses travailleuses d'Algérie, de leurs aspirations et de leurs revendications. Ainsi lors du conflit entre GPRA et Benbellistes de l'été dernier, les dirigeants de l'UGTA avaient pris une position originale qui montrait que dans certaines situations dramatiques ils étaient capables de faire entendre la voix des travailleurs algériens et peut-être de cristalliser autour d'eux l'opposition de ces travailleurs aux dirigeants nationalistes.

D'ailleurs, il se développerait actuellement, paraît-il, à l'intérieur de l'UGTA un courant, que le gouvernement algérien qualifie « d'ouvriériste », favorable à des positions de lutte de classe, ce qui impliquerait bien entendu l'indépendance vis-à-vis de l'État algérien et du parti politique nationaliste, le FLN

Pour pouvoir mener son jeu dans le cadre impérialiste, le jeune état algérien ne peut tolérer l'indépendance de qui que ce soit et encore moins des syndicats ouvriers. En supprimant leur indépendance, il risque cependant de rendre encore plus claire la nécessité pour la classe ouvrière d'avoir des organisations de classe. Et Ben Bella risque de retrouver un jour les militants ouvriers qu'il a mis à la porte de l'UGTA, dans un parti révolutionnaire prolétarien qui aura la perspective claire d'une véritable révolution sociale.

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