Il n'y aura plus de paix pour l'impérialisme12/12/19601960Lutte de Classe/static/common/img/ldc-min.jpg

Il n'y aura plus de paix pour l'impérialisme

Lumumba est prisonnier de Mobutu, Songolo est prisonnier des partisans de Lumumba, Tschombé vient d'être reçu par Baudouin, roi des Belges. Kasavubu toujours président « légal » est aussi inutile qu'un président de la IVe République. Depuis le cinq décembre le transport du matériel stratégique et les déplacements des véhicules de l'ONU sont contrôlés par ordre du chef de la sûreté congolaise. À l'ONU, les deux blocs s'affrontent sur la « question congolaise ». Ainsi, six mois après la déclaration d'indépendance faite par la Belgique devant l'ampleur du réveil africain et du Congo belge en particulier, le Congo est toujours dans le trouble le plus complet.

Le 30 juin, Baudouin transmettait à Lumumba et Kasavubu, le soin d'assurer l'ordre au Congo, l'ordre de l'impérialisme belge, et la rentrée des bénéfices de l'Union Minière. Mais pour les Africains qui croyaient à l'indépendance qui pour eux devait se traduire par une amélioration de leur niveau de vie et l'accès aux places interdites jusque là, la simple apparition de chefs de gouvernements africains ne signifiait rien s'il n'y avait pas un changement immédiat dans la vie quotidienne. Aussi quelques jours après la proclamation de la république congolaise, les colons belges fuyaient devant l'émeute qui les menaçait. C'est surtout les policiers et les soldats noirs qui au lendemain de l'indépendance ne supportaient plus d'être commandés par des officiers blancs et qui se révoltaient. On vit alors Lumumba lancer au devant des rebelles les forces « loyales », ces dernières se rallier aux rebelles et, à ce moment-là seulement, Lumumba, parti pour réprimer la rébellion, lancer l'anathème contre les officiers belges qui commandaient dans l'armée congolaise - et que lui Lumumba avait accepté de laisser en place. On le vit promettre aux soldats congolais en même temps que l'augmentation de leur solde des nominations aux grades jusqu'alors réservés aux Blancs. Ainsi devant l'action directe, Lumumba accordait quelques réformes pour ne pas être jeté par-dessus bord.

Devant la capacité de Lumumba à maîtriser le mouvement, l'Union Minière Katangaise dresse immédiatement une barrière de sécurité en décrétant le onze juillet, la sécession du Katanga avec un gouvernement katangais, formé par un homme de paille du cru, Tschombé qui pourrait rendre des points à nombre de ses homologues européens.

Cette mesure ne suffisant pas à établir un cordon sanitaire, l'impérialisme belge, incapable de « pacifier » lui-même le Congo, faute d'une armée suffisante, étant donné l'effervescence régnant dans toute l'Afrique qui rendait très risqué une guerre coloniale, accepte l'intervention des troupes de l'ONU, intervention réclamée par Lumumba comme protection contre les Belges. Il doit accepter également le retrait de ses troupes, condition indispensable pour un apaisement quelconque tant la colère est grande.

Avec l'arrivée des premiers casques bleus, la presse se fait l'écho du rôle pacificateur des troupes de l'ONU, troupes en général fournies par des pays africains, lorsque dans quelques endroits les troupes congolaises acceptent de se rallier. Mais ce ne sera que pommade sur jambe de bois. En fait, le Congo est entré dans une période d'instabilité telle que les impérialistes vont s'évertuer à le balkaniser et à dresser les tribus les unes contre les autres afin d'essayer de réduire le mouvement d'indépendance.

A la mi-août, se crée « l'État minier » de la province du Kasaï. Celle-ci faisait ainsi sécession. Le gouvernement central, considérablement affaibli par la sécession des provinces les plus riches, les exportations du Katanga fournissant 55 % des revenus du Congo, est acculé à la guerre et menace d'envahir le Kasaï et le Katanga pour rétablir l'unité.

Le 27 août, la capitale de « l'État minier » était occupée par les troupes de Lumumba. Au Kasaï et dans le Nord du Katanga les combats faisaient rage entre les Luluas et Balubas. Les premiers jours de septembre, les troupes de Lumumba menaçaient sérieusement le Katanga.

Dans la nuit du cinq au six septembre, on vit Kasavubu destituer Lumumba, et par contrecoup Lumumba destituer Kasavubu, sans que ni l'un ni l'autre ne soit capable de faire appliquer leur décision, faute de base réelle. Et jusqu'au quinze septembre les deux gouvernements s'affrontèrent dans une coexistence confuse, chacun essayant de racoler certains contingents de l'armée qui dans l'ensemble restait neutre.

L'armée devait se manifester le quinze septembre en la personne du colonel Mobutu, inconnu jusque là sur l'arène politique et au nom de l'apolitisme mettre au pas les deux fractions qui s'affrontaient. En réalité tenter surtout de ramener le Congo dans l'orbite belge.

L'arrestation de Lumumba par les soldats de Mobutu ne règle rien. Lumumba n'est pas la cause des troubles. Ils continueront sans lui. D'autant plus d'ailleurs qu'arrêté, avec l'auréole du martyr, il peut cristalliser autour de sa personne les oppositions au régime Mobutu.

D'autant plus aussi que si Mobutu, veut durer en l'absence de l'appui militaire direct de l'impérialisme il devra lui aussi se faire peu ou prou l'interprète des désirs des peuples du Congo.

Et il n'est pas du tout dit que Mobutu hier allié des Belges ne devienne demain par un chemin identique à celui qui a suivi Lumumba, leur ennemi déclaré.

De toute façon il n'y aura plus de paix au Congo comme dans toute l'Afrique pour la domination impérialiste.

 

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