Catastrophes climatiques : le produit d’une organisation économique aberrante 25/10/2026 2026 Lutte de Classe /medias/mensuelnumero/images/2026/10/une_259-c.jpg.484x700_q85_box-11%2C0%2C1372%2C1968_crop_detail.jpg 2026-10-25

Catastrophes climatiques : le produit d’une organisation économique aberrante

Les effets du réchauffement climatique ont été ressentis durement au cours de l’été 2026 sur une bonne partie de l’Europe. La chaleur extrême sur les lieux de travail, dans les logements, y compris dans des chambres d’hôpitaux où étaient transportés ceux qui avaient trop souffert à domicile, a provoqué 50 000 décès dans toute l’Union européenne. C’est peut-être parce que l’Allemagne déplore 16 000 morts et la France 8 000, que la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est crue autorisée à se décerner ce satisfecit indécent : « Personne n’était mieux préparé que nous parmi nos voisins européens. »

Le débit des fleuves les plus importants a baissé au point de ralentir considérablement le transport fluvial sur des artères aussi importantes pour l’économie européenne que le Danube et le Rhin. La continuité de l’approvisionnement en eau de la population de villes et d’agglomérations entières devient un casse-tête.

En France, « nous avons vécu l’été le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures en 1900 », a reconnu Monique Barbut. La barre des 40°C a été dépassée dans de très nombreuses régions pendant de nombreuses journées. Du 1er juin au 31 août, la France hexagonale a suffoqué lors de vagues de chaleur, sur au moins une partie de son territoire, durant 53 jours sur 92, soit près de 60 % du temps.

On ne saurait encore mesurer toutes les conséquences de ce dérèglement climatique majeur. La sécheresse fait subir des pertes de rendement considérables localement à diverses activités agricoles.

Les feux de forêt ont été de plus en plus spectaculaires. Fin août, la dévastation par les flammes d’un massif forestier situé aussi au nord que celui des Hautes-Fagnes, en Belgique à la frontière de l’Allemagne, a émis des fumées qui ont voilé le ciel et piqué la gorge des habitants jusqu’au département français de la Moselle.

En France, des feux ont ravagé des pans entiers des départements des Landes, de Gironde et du Var, pour ne mentionner que les plus importants. La région parisienne n’a pas été épargnée et a subi l’incendie de la forêt de Fontainebleau. Selon Monique Barbut : « Fin août 2026, les feux de forêt avaient déjà brûlé six fois plus de surface par rapport à la moyenne des vingt dernières années », en France.

Contrairement à la petite musique jouée cet été par le gouvernement français, désireux de défausser le système capitaliste de ses responsabilités, ces catastrophes ne sont pas le fruit d’imprudences humaines ou de malveillances qui se seraient soudainement multipliées par six. Mais elles sont bien celui du réchauffement climatique et de la sécheresse : une cause mineure peut faire démarrer un feu d’ampleur incontrôlable.

Mensonges sur une évolution dramatique

Le dérèglement du climat touche la planète entière. La fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes s’accroît, leur ampleur aussi. Le récent désastre causé par la débâcle d’un glacier dans une vallée du Népal l’illustre.

Actuellement, El Niño, ce réchauffement cyclique des eaux de l’océan Pacifique modifiant le climat sur l’ensemble du continent américain et au-delà, a des effets exceptionnels. Mais ce qui relevait de l’exception auparavant devient récurrent.

En 2022, quelques mois après un été de canicule intense, Macron, plaidant l’ignorance, avait déclaré : « Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ? » La réponse est connue de chacun.

Il suffit de se référer au GIEC, ce Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, créé en 1988 sous l’égide du G7, qui est pourtant loin de dresser un acte d’accusation contre les maîtres de la société capitaliste. Au travers de leurs rapports, ces scientifiques alertent depuis des décennies sur la réalité du réchauffement climatique et sur ses causes : les activités économiques incontrôlées de l’humanité.

Se faisant le relais des plus grandes entreprises capitalistes qui refusent la mise en cause de la façon dont elles produisent et transportent les richesses, des dirigeants politiques et des intellectuels ont nié cette réalité, et certains continuent à le faire. Ils ne font que continuer la politique inaugurée par les trusts pétroliers comme Exxon et Shell, dont les propres experts alertaient dès les années 1960 sur les émissions de gaz à effet de serre provoquées par l’extraction et la combustion des énergies fossiles. L’intérêt de ces géants capitalistes du pétrole et du profit était évidemment d’enterrer ces rapports. Ils ont financé une campagne mondiale de désinformation au long cours, et de dénigrement des scientifiques, pour minimiser le réchauffement climatique et ses dangers. Pour faire également planer le doute sur les conséquences possibles, le présentant comme une exagération, ou comme n’ayant pas de rapport avec leurs activités.

Les faux-semblants de la lutte contre le réchauffement climatique

Devant une réalité de plus en plus difficile à ignorer, les États ont commencé à se préoccuper de ce problème en lançant, en 1992, la première Conférence des parties sur les changements climatiques (COP). Prochainement la COP 31 se réunira en Turquie, mais on peut prévoir que, pas plus que les trente précédentes, elle ne contraindra les capitalistes à faire passer leurs profits après l’avenir de la planète.

Le point d’orgue des COP, et la fierté du gouvernement socialiste français de l’époque, a été l’accord de Paris de 2015. Les plus optimistes parlaient alors de prise de conscience mondiale des gouvernements.

Les États pourraient effectivement, dans certaines circonstances, restreindre la liberté des entreprises capitalistes, et notamment leur appétit pour le profit immédiat quelles qu’en soient les conséquences, au bénéfice des intérêts à long terme de la bourgeoisie. Mais l’accord de Paris n’est même pas allé dans ce sens. Les États-Unis, foyer des trusts pétroliers les plus puissants, ne l’ont signé qu’à contrecœur, sans avoir l’intention d’en appliquer les recommandations, et s’en sont retirés l’année suivante. La principale puissance a ainsi donné le signal d’un mépris total pour la prévention du réchauffement climatique.

Une dizaine d’années plus tard, le GIEC a signalé que la limite de + 1,5 °C de réchauffement global, que l’accord de Paris sur le climat de 2015 avait fixé à l’horizon 2100, sera probablement dépassée avant 2040. La succession des COP ne ralentit même pas le changement climatique.

Dans le cas de la France, il est vrai que les rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère sont en baisse depuis quelques années. Cela n’a que peu à voir avec une réorientation générale de l’économie française, mais bien plus avec les restrictions généralisées de la consommation des ménages modestes sous l’effet de prix en hausse et de la baisse de leur pouvoir d’achat. En hiver, les classes populaires se chauffent moins et souffrent du froid. Ces derniers mois ont vu l’utilisation de la voiture reculer, les conducteurs étant pris à la gorge en passant à la pompe. C’est par la baisse du niveau de vie des travailleurs, qui leur impose des restrictions dans tous les domaines, que la bourgeoisie aborde les problèmes de l’environnement.

En revanche, qui se soucie de l’épuisement des ressources et de la pollution qui découlent par exemple de la production croissante d’armements à l’échelle planétaire ? Certainement pas ceux qui parlent avec des tremolos dans la voix d’écologie, tout en s’accommodant du capitalisme et en se faisant les chantres du patriotisme et de la défense nationale.

N’ayant pas la volonté de s’en prendre aux causes de cette évolution dramatique, le monde capitaliste s’avère également incapable de faire face à ses conséquences. Absorbés par les aides aux grandes entreprises et par l’accumulation d’armement, les budgets des États, même les plus développés, négligent la plus élémentaire préparation.

Ainsi, l’État français a acheté plus de 200 Rafale bourrés de technologie à Dassault pour intervenir dans les guerres actuelles et futures. Mais pour combattre les feux de forêt, il ne possède que douze Canadair vieillissants dont, en général, la moitié seulement sont disponibles au même moment, les autres étant en maintenance.

En 2024, alors que Macron mettait un coup d’accélérateur à son « économie de guerre », son Premier ministre Attal annulait 52,8 millions d’euros de crédits de l’État initialement prévus pour la lutte anti-incendie, résiliant la commande de deux des quatre Canadair annoncés deux ans plus tôt. Les bombardiers d’eau auraient bien plus protégé la population durant cet été 2026 – 220 000 personnes ont été évacuées en Gironde – que les Rafale. En l’absence de moyens adéquats accordés aux pompiers, c’est une partie de la population qui a dû se porter volontaire pour les aider et pallier ces carences.

La lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences n’est même plus l’ornement dont se paraient les principaux États impérialistes il n’y a pas si longtemps en faisant mine de se pencher sur les problèmes des populations d’Afrique ou d’Asie. Tout comme pour l’aide au développement et la lutte contre les maladies infectieuses, les budgets consacrés à la crise écologique ont fondu et ne représentent plus grand-chose.

Un système économique dépassé

Pas plus que dans le domaine de la finance, où ses capitaux font prendre à la planète le risque d’une crise mondiale, la bourgeoisie ne tolère de freins à sa soif de profits, même confrontée au danger climatique toujours plus pressant.

Les capitalistes exploitent les humains et les richesses naturelles autant que possible, ne laissant que des ruines derrière eux. Ils n’organisent la production qu’en fonction du taux de profit qu’ils en attendent. Les États ne font que les y aider. Quand bien même ils tenteraient d’organiser l’économie de façon à préserver l’avenir de l’humanité de la catastrophe climatique en cours et future, qu’ils se heurteraient à l’instabilité et à l’imprévisibilité d’un système qui empêche toute planification de l’économie et toute adaptation sérieuse aux nouvelles conditions. La société souffre d’une organisation économique aberrante qui ne lui offre qu’un sombre avenir et qu’il est grand temps de remplacer.

20 Octobre 2026

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