Ukraine : envoyer des députés au front ?18/03/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/03/P11-1_Ukraine_Parlement_C_Ukrainian_parliaments_press_service_AFP.jpg.420x236_q85_box-0%2C83%2C799%2C533_crop_detail.jpg

Dans le monde

Ukraine : envoyer des députés au front ?

Le président ukrainien Zelensky vient de menacer d’envoyer au front ceux des députés qui ne voteraient pas comme il faut.

Illustration - envoyer des députés au front ?

Avoir un siège au Parlement exempte, légalement, de devoir aller combattre. En outre, cette position ouvre à l’élu un vaste champ de possibilités, elles, pas vraiment légales, de s’enrichir. La déclaration de Zelensky, destinée à le faire paraître comme intraitable vis-à-vis de parlementaires planqués et notoirement corrompus, n’a pourtant pas fait trembler grand-monde parmi ces derniers.

En particulier, parmi le groupe Servir le Peuple, censé constituer le noyau de sa majorité à la Rada, le Parlement ukrainien, plusieurs dizaines d’élus ont remis une lettre de démission. Ils invoquent leur « faible rémunération » (990 euros, soit plusieurs fois le salaire ouvrier moyen, avant tous les « à-côtés ») et une mandature qui n’en finit pas. Mais les protestataires réclament surtout que le pouvoir empêche le Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABOu) de mener des enquêtes contre eux et leurs pareils.

Ces jours-ci, c’est à Dubaï qu’un conseiller du directeur du Fonds des participations d’État d’Ukraine a été arrêté pour corruption et pillage des biens de l’État. Avec un acolyte haut placé il pillait notamment des entreprises chimiques de la région d’Odessa, et pas seulement. Avec sa famille, il a ainsi pu acheter des biens immobiliers aux Émirats arabes unis pour 14 millions de dollars, rien qu’en deux ans !

En fait, il ne se passe guère de jour sans que des médias ukrainiens n’annoncent l’inculpation d’un élu, d’un haut fonctionnaire, voire d’un ministre ayant touché des pots-de- vin, vendu des dispenses d’incorporation ou ponctionné des fonds publics destinés aux fournitures militaires, aux centrales énergétiques ou à la reconstruction. Cela se vérifie partout car la corruption est un mode de fonctionnement inscrit dans les gènes de la bureaucratie de l’appareil d’État ukrainien et de ses membres, comme elle l’est depuis le stalinisme en Russie et dans les autres États issus de la désintégration de l’Union soviétique.

Ce phénomène est si « naturel » aux bureaucrates ukrainiens que le NABOu n’a que l’embarras du choix pour trouver des « clients ». Il est d’ailleurs aidé en cela par les luttes entre clans politico-affairistes au pouvoir, ce qui lui apporte en permanence de nouvelles affaires sur lesquelles enquêter.

C’est pour protéger les siens – dont plusieurs membres de son cabinet et de son gouvernement, inculpés depuis – qu’en août dernier Zelensky avait voulu soumettre des organismes anticorruption qu’il trouvait trop indépendants. Les manifestations avaient été telles qu’il avait dû reculer, sans que cela change grand-chose à la pourriture du système, ni au fait que Zelensky continue de laisser la SBU, sa police politique, entraver l’activité du NABOu.

Typique de cette situation est le fait que le CTR (centre militaire de regroupement) de Boutcha, près de Kiev, vient de blanchir un de ses membres. Il avait déclaré sans crainte posséder, entre autres, plus de 150 000 euros en lingots d’or, malgré un salaire de quelques centaines d’euros. « Il se préoccupait du bien-être financier de sa famille » a jugé le commissaire militaire !

Pendant que gouvernants, possédants et bureaucrates soignent leur « bien-être financier », les travailleurs ukrainiens voient leurs salaires bloqués et les prix s’envoler, tels ceux des transports ces jours derniers à Kiev et Kharkiv. Et c’est sans doute parce qu’il craint des réactions populaires que Zelensky n’est pas trop mécontent, quoi qu’il en dise, de la « grève » de ses députés. En effet, faute de majorité, son projet de loi fiscale n° 14 025 a été rejeté, alors qu’il prévoyait une hausse des impôts, forcément impopulaire, comme l’exige le Fonds monétaire international pour octroyer un nouveau crédit à l’Ukraine.

Alors Zelensky en est réduit à louvoyer, à prendre la pose du « serviteur du peuple » même s’il ne trompe plus grand-monde, coincé qu’il est entre les exigences de parrains occidentaux sans pitié et la rapacité des nantis locaux. Mais en arrière-fond, tous ont la crainte que la population laborieuse, lasse de se sacrifier pour une pareille engeance qui l’exploite et l’écrase, ne finisse par lui demander des comptes.

Partager