Moyen-Orient : Trump veut impliquer ses alliés18/03/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/03/une_3007-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Moyen-Orient : Trump veut impliquer ses alliés

Depuis le 14 mars Trump demande que les marines des autres pays occidentaux l’aident à contrôler le détroit d’Ormuz.

C’est en effet par ce chenal d’à peine trente kilomètres de large que passe habituellement un cinquième du trafic mondial de pétrole et de gaz, et tout le trafic nécessaire aux pays du Golfe. Le déclenchement de la guerre d’Israël et des États-Unis contre l’Iran en a interrompu la plus grande partie. L’armée iranienne menaçant, comme c’était prévisible, de tirer sur les navires de commerce « non autorisés », des centaines de bateaux sont en attente aux deux extrémités du détroit. Seuls quelques dizaines de bâtiments, surtout des pétroliers en route pour la Chine et l’Inde, ont pu négocier leur passage. Au moins trois navires ont en revanche été bombardés, causant la mort de six marins et l’abandon des bâtiments endommagés. Il est vrai, jusqu’à maintenant, que la plupart des navires au mouillage n’ont pas été menacés. En ce sens, aussi cruelle que soit cette guerre pour les peuples bombardés, elle est restée « limitée », mais pour combien de temps ?

L’interruption du trafic a immédiatement conduit à l’augmentation des prix du carburant, non pas qu’il risque de manquer mais parce que les compagnies pétrolières et les habituels vautours de la finance spéculent sur ce risque. Cette interruption, et la spéculation qui l’accompagne, perturbent une économie mondiale déjà mal en point. Or, si Trump se moque de l’étranglement des pays pauvres privés de pétrole et d’engrais, il doit répondre de la bonne santé des capitalistes américains, des compagnies pétrolières et de leurs bénéfices, et de la bonne tenue de Wall Street.

Trump veut donc exiger, lui qui a causé son interruption, que la libre circulation soit rétablie dans le détroit d’Ormuz. Or, malgré les tonnes de bombes déversées sur l’Iran, il n’a pas obtenu la capitulation de cet État. Dans ces conditions, débloquer le détroit exigerait une vaste opération militaire, impliquant de nombreux navires de toute sorte. Du haut de sa puissance, l’armée américaine ne semble pas en mesure de l’organiser seule et Trump voudrait bien que d’autres pays en partagent aussi les frais. D’où les appels à la collaboration adressés aux armées française, britannique, allemande, italienne, japonaise etc., voire, avec quelque ironie, à la marine chinoise.

Mardi 17 mars, tous les responsables de ces différents pays avaient décliné plus ou moins diplomatiquement l’offre américaine. Et de souligner que, puisque Trump avait déclaré sa guerre sans les prévenir et en se trompant lourdement sur les capacités de résistance iraniennes, il devait s’en débrouiller… Sauf que ces États, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Australie, etc., sont étroitement liés aux États-Unis. Ils soutiennent de fait la mise au pas de l’Iran après celle du Venezuela, ils ont besoin de la réouverture d’Ormuz et ils sont en affaires avec les pays du Golfe. Enfin, ils ne peuvent pas laisser les États-Unis se battre seuls car, absents de la guerre, ils seraient aussi absents de ses bénéfices et du partage des dépouilles.

On peut certes souligner à l’envi les contradictions d’un Trump qui, dans le même discours, affirme qu’il peut gagner la guerre tout seul et qu’il l’a même déjà gagnée, tout en demandant le secours et les fonds des puissances de second rang. Pourtant cette confusion, d’opération en opération, de vantardise en vantardise, mène tout droit à la généralisation du conflit et amènera tôt ou tard l’intervention prétendument défensive des marines de guerre de pays européens qui devront se plier aux injonctions de leur allié.

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