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Dans le monde
Maroc : répression contre la GenZ 212
Au Maroc, cinq mois après la mobilisation de la GenZ 212, la répression continue de s’abattre sur les jeunes qui y ont participé ou qui l’ont simplement soutenue sur les réseaux sociaux.
Plusieurs jeunes rappeurs ont été récemment arrêtés puis inculpés parce qu’ils avaient approuvé dans leurs chansons les manifestations de la GenZ 212. Le prétexte est l’« incitation à participer à une manifestation non autorisée ». L’un d’eux, Souhaib Qabli, en détention provisoire depuis le 2 mars, se voit aussi reprocher sa critique de la normalisation entre le Maroc et Israël. Trois semaines auparavant, Zineb El Kharroubi, une des organisatrices de la GenZ 212 en France, qui vit à Paris, a été arrêtée à son arrivée à l’aéroport de Marrakech. Elle est aussi en attente de jugement pour ses publications sur les réseaux.
En octobre 2025, les jeunes de la GenZ 212 organisés sur le réseau Discord, pour beaucoup issus des milieux populaires, avaient manifesté en nombre pour un meilleur accès à l’éducation et à la santé, contre la corruption du régime et l’accaparement des richesses. Pour les dirigeants marocains, il n’était pas question de laisser se développer ce nouveau mouvement de contestation sociale et politique. Après avoir réprimé dans la violence les manifestations, faisant trois morts à Lqliaa, en banlieue d’Agadir, ils ont arrêté les jeunes en masse.
L’AMDH (Association marocaine des droits humains) fait état d’au moins 5 700 personnes arrêtées et 2 480 poursuivies et condamnées à des amendes atteignant au total plusieurs millions de dirhams. Elle estime que 2 100 jeunes sont toujours en prison, en attente de leur procès ou ayant écopé de peines allant de plusieurs mois (juste pour avoir participé à une manifestation) à quinze ans de prison (pour « violences »).
Aujourd’hui, les dirigeants marocains continuent de traquer toutes les voix contestataires. Comme l’a dit un jeune militant venu soutenir Zineb El Kharroubi, « On a le sentiment d’être en sursis permanent et que l’on peut encore être arrêté à tout moment sur la base de n’importe quelle accusation. » Maintenir cette épée de Damoclès au-dessus de la tête des opposants est une vieille tactique du régime marocain, mais il n’a jamais réussi à les bâillonner car la misère et les injustices créent toujours de nouvelles révoltes.