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- Lutte ouvrière n°3007
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Leur société
L’abstention, parti majoritaire
L’abstention lors du premier tour des élections municipales a dépassé les 42 %. C’est un record, et elle est particulièrement élevée dans les quartiers populaires des grandes villes.
À Saint-Denis ou à Aubervilliers en région parisienne, 57 % des électeurs ne se sont pas déplacés. Ce chiffre est encore plus élevé dans les cités où logent une grande partie des travailleurs, qu’ils soient en activité, réduits au chômage ou retraités. À Marseille, dans les secteurs populaires, elle approche ou dépasse les 60 %. Dans tout le pays le constat est le même et prouve un profond désintérêt, voire un écœurement par rapport à ce qu’il est convenu d’appeler la politique, c’est-à-dire les rivalités entre politiciens au service de la bourgeoisie. Cette abstention certes compréhensible contribue à donner une image déformée de l’opinion publique en faisant passer sous le tapis ce que pense une grande partie de la population, et en particulier la classe ouvrière. Elle s’ajoute ainsi à la privation du droit de vote que subit toute sa fraction immigrée.
Au fil des élections, les travailleurs ont pu constater que l’étiquette du maire dans les grandes villes, sans parler du député ou du président, n’avait guère d’effet sur leur vie quotidienne. Qu’il s’agisse du temps d’attente aux urgences de l’hôpital, des salaires qui permettent de moins en moins de vivre ou des charges qui augmentent, le constat est partout le même : c’est de pire en pire. La tentation est alors forte de se replier sur la sphère privée, en tentant de se débrouiller comme on peut à l’échelle individuelle pour résoudre ses problèmes. Les tractations entre les deux tours des municipales ne pourront que renforcer ce désaveu de la classe politique tant il était évident que les préoccupations des électeurs, et en particulier de ceux des classes populaires, étaient le cadet des soucis des candidats encore en lice. Seuls comptaient le réservoir de voix que pouvaient apporter ou au contraire éloigner d’éventuelles alliances pour le second tour, ainsi que les calculs d’état-major en vue de la prochaine élection présidentielle.
Pour certains, cet abstentionnisme est une forme de protestation, mais elle n’est évidemment guère efficace car la bourgeoisie et ses partis ne sont en rien troublés par le fait qu’une partie des classes populaires s’auto-excluent du vote. Mais pour beaucoup cette abstention traduit un scepticisme sur l’utilité de s’exprimer, un scepticisme qui ne se voit pas seulement dans les élections. Et pourtant il sera indispensable que les travailleurs montrent à un moment ou à un autre leur rejet, non seulement du système politique mais du système capitaliste lui-même. Il est vrai que ce rejet ne pourra pas s’exprimer pour l’essentiel dans les urnes, mais par la lutte dans les entreprises, dans les quartiers et dans la rue.