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Iran : les bombes n’amènent pas la liberté
Malgré les rodomontades de Trump, qui affirme tous les trois jours que « le régime iranien est en train de tomber », celui-ci continue d’envoyer des drones et des missiles sur les pays voisins, alliés des États-Unis. Et loin de faciliter un soulèvement de la population, comme le prétendait Trump, les bombes israélo-américaines renforcent l’emprise du régime sur le pays.

Ces bombes, qui tuent des civils, détruisent le pays, empoisonnent l’atmosphère et les nappes phréatiques, sont en train de permettre au régime, qui se maintient malgré l’élimination de dizaines de hauts dirigeants, de ressouder sa base sociale, amenuisée au fil des révoltes successives mais pas disparue. Ainsi le 13 mars, une foule importante, en présence de Larijani, le chef du Conseil suprême de sécurité, a manifesté dans les rues de Téhéran aux cris de « Mort à Israël » alors même qu’un bombardement se déroulait.
Comme lors des manifestations de janvier, le réseau Internet et la quasi- totalité des communications ont été coupés, empêchant la population de s’informer en dehors de la télévision officielle et de communiquer avec l’étranger. Ce black-out empêche les habitants de s’organiser et même simplement de savoir quels magasins, écoles, hôpitaux et autres infrastructures ont été détruits ou endommagés et qui parmi leurs proches a été tué ou blessé. Ceux qui tentent de le contourner, en utilisant par exemple des VPN, des antennes Starlink ou en se rendant à la frontière turque, sont traqués, accusés immédiatement de trahison pour envoi d’informations à l’étranger. À Téhéran, les policiers et les bassidjis, la milice du régime, multiplient les points de contrôle et les arrestations dans les rues.
Quant aux dizaines de milliers de prisonniers politiques enfermés dans les geôles iraniennes, en particulier celle d’Évin près de la capitale, leur vie est directement menacée. Parmi les opposants les plus anciens, beaucoup redoutent, si le régime se sent menacé ou si des divisions éclatent en son sein, que des massacres soient perpétrés dans les prisons. En 1988, au moment où la guerre Iran-Irak se terminait, de même que les lois d’exception engendrées par celle-ci, le régime des mollahs avait fait exécuter 10 à 20 000 prisonniers politiques.
Malgré le déluge de bombes et la poursuite de l’élimination ciblée des hauts dirigeants, à ce jour, l’appareil d’État iranien n’apparaît pas vraiment à la veille de s’effondrer. Trump lui-même, qui affirmait le 6 mars avec cynisme « la plupart des gens qu’on avait en tête sont morts », n’évoque plus l’hypothèse d’une équipe prête à se rallier. Quelle que soit l’évolution de cette guerre enclenchée par les États-Unis et Israël, elle ne peut que continuer à aggraver les souffrances du peuple iranien. Qu’elle finisse par provoquer l’effondrement du régime, voire un coup d’État d’une partie de l’armée pour mettre en place des dirigeants soumis à l’impérialisme, ou finalement l’éclatement du pays sous l’action de forces centrifuges, aucune libération ne pourra être apportée par les bombes impérialistes.