la catastrophe de Courrières et la révolte des mineurs18/03/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/03/une_3007-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

il y a 120 ans

la catastrophe de Courrières et la révolte des mineurs

Les hommages se sont multipliés à l’occasion des 120 ans de la catastrophe de Courrières, au cours de laquelle 1099 mineurs de fond avaient trouvé la mort.

Mais si certains de ces hommages sont sans doute sincères dans leur volonté de rappeler leurs « racines minières », d’autres l’utilisent avec des objectifs bien éloignés des intérêts de la classe ouvrière.

Un groupe de supporters du RC Lens a déployé une immense fresque peinte en hommage aux mineurs et une minute de silence a été observée avant le début du match de football qui avait lieu deux jours avant l’anniversaire de la catastrophe, qui se produisit le 10 mars 1906. Ce jour-là, à quelques kilomètres de Lens, un coup de grisou, suivi d’un coup de poussier frappa plusieurs fosses, ravageant 110 kilomètres de galeries. Parmi les victimes, 242 étaient des enfants de moins de 16 ans.

S’ils n’évoquent pas la grève, les supporters de Lens représentent au moins des mineurs manifestant drapeaux rouges en main. D’autres hommages pouvaient faire davantage grincer des dents, comme ceux du préfet et des autorités régionales ou nationales, qui s’empressent de noyer sous les gerbes et les couronnes la responsabilité des capitalistes et de l’État dans ce crime. Celles- ci sont pourtant évidentes : un mois avant l’accident, la forte présence de grisou au fond avait été signalée par un délégué et le matin de la catastrophe, ce même délégué demandait que la descente soit suspendue après qu’un incendie se fut déclaré la veille dans une galerie. La direction allait refuser, tout arrêt de production coûtant aux actionnaires, et envoyer les mineurs à la mort.

Cent- vingt ans plus tard, chacun repeint en bleu-blanc-rouge le souvenir des mineurs, même les jeunesses RN du Pas-de-Calais leur ayant rendu hommage. Mais si l’extrême droite est prête à pleurer la mort des mineurs, transformés en symbole de la tradition régionale, elle préfère ignorer la colère ouvrière et la puissante grève qui démarra dans les corons quatre jours après la catastrophe.

Car loin de reprendre la version de la compagnie et du gouvernement, qui parlaient d’épouvantable tragédie et du danger inhérent au travail des mineurs de fond, ceux-ci accueillirent les officiels et les représentants de la mine présents aux obsèques, le 13 mars 1906, aux cris de « Assassins ! », « Vive la grève ».

Les travailleurs, les familles endeuillées ne voulaient pas de la pitié des autorités et de la direction : ils voulaient la justice. Et c’est pour l’obtenir qu’ils se mirent massivement en grève dès le lendemain. À l’initiative de délégués du jeune syndicat des mineurs CGT, qui s’était formé en 1902 en opposition au « vieux » syndicat réformiste, des comités de grève se formèrent dans les puits pour revendiquer « huit francs huit heures », pour une journée de travail de huit heures payée huit francs. Ces délégués combatifs poussèrent pour que la grève s’étende et bientôt, 40 000 mineurs des compagnies du Pas-de-Calais et du Nord cessèrent le travail.

Face à la grève, le gouvernement et la direction remisèrent vite les discours de condoléances et organisèrent la répression. Clémenceau, alors ministre de l’Intérieur, envoya l’armée occuper les corons, interdire l’entrée des maisons des syndicats et surveiller tous les lieux pouvant abriter des réunions de grévistes. 20 000 soldats en tout furent envoyés pour encadrer et surveiller les grévistes et le principal animateur de la grève fut jeté en prison. Le gouvernement répondit au renforcement de la grève par une répression accrue, la ville de Lens fut mise en état de siège et le couvre-feu imposé, tandis que les patrons des mines tentaient de morceler le mouvement en proposant des négociations compagnie par compagnie. Finalement, la grève s’arrêta début mai, après quelques concessions salariales accordées par les différentes compagnies.

Cent-vingt ans après, rappeler que des dizaines de milliers de mineurs se sont mis en grève et ont lutté pendant deux mois contre une loi du profit meurtrière reste l’hommage le plus conscient qu’on puisse rendre aux 1099 victimes de la catastrophe de Courrières.

Partager