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- Lutte ouvrière n°3007
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Dans les entreprises
Ariane-Safran – Saint-Médard-en-Jalles : les patrons exigent, lajustice s’exécute
La Cour de cassation de Paris vient de casser le jugement du tribunal de Bordeaux qui, en mai 2024, avait condamné la direction de Safran-Ceramics pour sa responsabilité dans un accident de travail qui avait provoqué la mort d’un ouvrier et brûlé deux autres le 5 décembre 2013.
Ce jour-là, trois ouvriers travaillaient sur le démoulage d’un réservoir de 400 kg de propergol solide dans l’usine de Saint-Médard- en-Jalles, en Gironde, appartenant à l’époque à Safran. Cette poudre sert au décollage des fusées Ariane et au lancement des missiles balistiques. C’est un matériau hautement inflammable qui peut faire monter la temperature à plus de 4 000 degrés. L’opération aurait dû être réalisée à distance par un outillage adapté, mais il était toujours en réparation ce jour-là. Alors, pour ne pas ralentir la production, la direction a obligé trois ouvriers à l’accomplir de façon manuelle alors même que les risques d’un déclenchement de feu par électricité statique humaine étaient connus.
C’est précisément ce qui est arrivé, un arc électrostatique a allumé un feu de poudre. Deux ouvriers ont pu sortir par la porte de l’atelier mais ont été gravement brûlés. Le troisième n’en a pas eu le temps.
Dès le début de cette affaire, la direction a imposé le silence dans les rangs en demandant aux syndicats et aux salariés de l’entreprise de ne rien communiquer à l’extérieur. Puis, dans sa communication interne, elle a tenté de dégager sa responsabilité en parlant de « défaillance humaine », en clair, de rejeter la responsabilité sur les trois ouvriers qui n’auraient pas respecté les « règles de sécurité ». Quel cynisme !
Mais malgré ses efforts pour masquer les preuves et surtout sa responsabilité, les enquêtes paritaires internes, puis administratives et judiciaires, ont révélé des manquements graves aux règles de sécurité. Par exemple, les équipements anti-statiques censés protéger les ouvriers n’étaient pas conformes !
De toute façon, les trois ouvriers n’auraient jamais dû se retrouver en contact direct avec la poudre. En effet, en 2006, suite à un incendie de poudre identique qui n’avait heureusement pas fait de victimes, un nouvel outillage permettant d’opérer à distance avait été créé.
Les familles et les victimes ont dû attendre onze ans avant de voir la responsabilité de Safran enfin reconnue. En mai 2024, le tribunal de Bordeaux a condamné Safran- Ceramics pour homicide involontaire et à payer une amende ridicule de 225 000 euros. Malgré les preuves accablantes, Safran a décidé d’utiliser tous les recours juridiques pour refuser ce jugement, comme le font tous les grands groupes en espérant que de guerre lasse les victimes abandonnent ! Et mardi 10 mars, la Cour de cassation a donc donné raison à Safran en annulant sa condamnation sous prétexte que la Cour d’appel de Bordeaux n’avait pas précisé quel était le responsable de site ou d’entité. C’est dégager ainsi Safran en tant que tel de toute responsabilité ! Safran exige l’annulation de sa condamnation et la Cour de cassation s’est exécutée. Un troisième procès doit avoir lieu, dont la date reste indéterminée…