Motion : Pas d'accord !

Dans la lettre que nous avons adressée à la LCR fin juin, nous avons donné toutes les raisons qui devraient nous pousser à ne pas signer d'accord avec elle.

Il ne s'agit pas des désaccords que nous avons avec elle sur le plan politique ou sur le plan de la construction du parti. Ces désaccords ne nous ont pas empêchés dans le passé de nous présenter en commun et ces désaccords n'ont pas changé de nature dans ces domaines au point que cela nous empêcherait de le faire à nouveau.

Aux raisons qui avaient empêché un accord aux municipales (leur recherche de partenaires introuvables à gauche de la gauche, révélatrice de leur orientation politique et sociale) et aux présidentielles (leur volonté de discuter notre programme électoral), s'est ajouté le fait qu'elle s'était rangée dans le camp de "la majorité qui a élu ou plutôt plébiscité Chirac".

C'est la principale raison qui nous a fait refuser tout accord pour les législatives, et même finalement toute discussion, car on ne peut pas parler de discussion à propos de deux rencontres entre nos deux organisations.

La LCR n'est pas revenue sur son attitude. Elle en aurait fait la critique que cela ne nous aurait pas garantis contre une telle lâcheté politique dans l'avenir ; mais au moins elle bénéficierait d'un préjugé un peu plus favorable.

Nous lui avons écrit que "nous étions quasi unanimes à Lutte Ouvrière, à l'exception peut-être de certains camarades de la Fraction, à être heureux de ne pas avoir présenté une candidature commune au premier tour, pour voir, 48 heures après, nos deux organisations se séparer sur un point politique crucial car, pour notre part, nous considérons votre attitude comme une trahison de vos idées et des nôtres". Qu'est-ce qui nous dit qu'une telle attitude ne se retrouvera pas sous une forme ou sous une autre au lendemain des régionales ? La pression que nous exerçons en liant l'accord pour les européennes au respect de l'accord aux régionales ? Elle est de peu de poids sur la LCR et ses militants en regard des pressions qu'ils subissent de la part de leur milieu, et plus largement du milieu "de gauche".

En juin 2002, au moment des législatives nous avons considéré que trop de choses nous séparaient de la LCR, et en particulier son attitude du second tour, pour faire accord avec elle. Nous souhaitions aussi que tous les électeurs entendent ce que nous avions à dire et ne pas cautionner ce qu'ils diraient de différent par un appel à voter pour leurs candidats. Cela ne devrait pas avoir changé. Des listes communes sur un programme commun sont différentes d'une répartition, mais dans le fond cela ne change pas grand-chose.

Ils n'ont pas changé, et nous non plus. Nous avons suffisamment fait l'expérience de leurs retournements, de leurs compromissions, de leurs trahisons des idées révolutionnaires : il y a un moment où trop c'est trop. Il faut tirer les conclusions de ces expériences, pour nous et pour notre public, et ne pas les occulter. Nous verrons bien si dans les entreprises, dans les luttes, nous pouvons nous retrouver avec les militants de la Ligue pour "tirer la charrue dans le même sens". Les grèves du printemps dans l'Éducation nationale et plus récemment le conflit sur le foulard au lycée Henri-Wallon ont montré que là non plus, ce n'est pas si évident que cela, et que nos divergences ne sont pas seulement tactiques.

Nous avons justifié dans l'organisation les propositions que nous avons faites à la LCR avec pour principaux arguments :

1) si nous nous présentons ensemble nous nous ferons entendre plus fortement car nous serons deux organisations à défendre le même programme ;

2) nos électeurs, le milieu que nous visons, ne comprendraient pas que nous défendions des programmes proches sur des listes séparées ;

3) dans la conjoncture actuelle il vaut mieux faire un petit score à deux que deux plus petits scores séparément.

À cela on peut objecter que :

1) notre accord dans la campagne se limitera à la profession de foi. La LCR mènera sa campagne qui sera dans bien des endroits très éloignée de la nôtre et de la profession de foi. Nos désaccords se verront aussi à la télé en dehors des interventions officielles. Il suffit d'entendre Olivier Besancenot à la télé ou de lire ce qu'ils distillent dans la presse pour voir tout ce qui nous sépare et le manque de correction dont ils font preuve à notre égard. Il serait étonnant qu'un accord entre nous change fondamentalement les choses.

Nous avons pu vérifier lors des municipales, lors des législatives, combien la voix de la LCR dans une campagne décentralisée peut être plurielle, combien il y a de ses candidats que nous n'avons aucune envie de soutenir. Dans le cas d'un accord, nous allons nous trouver, que nous le voulions ou non, associés à cette pluralité et nous soutiendrons des gens qui nous sont hostiles et dans lesquels nous n'avons aucune confiance. Et, puisqu'après tout il faut tout envisager, nous prenons le risque de les faire élire et donc, dans une certaine mesure, d'être tenus pour responsables de ce qu'ils diront et feront dans un Conseil régional ou au Parlement européen.

Le triple ou quadruple langage de la LCR au cours des négociations a montré que si un accord se fait, nous ne saurons pas vraiment avec quoi la LCR est d'accord. Nous sommes sûrs pour notre part que nous l'appliquerons, nous n'avons aucune garantie que ce sera le cas pour nos partenaires ; la direction aura signé, les troupes feront ce qu'elles voudront.

Si nous nous présentions seuls nous aurions la meilleure profession de foi que nous pourrions faire, sans aucun compromis et elle serait lue par autant de gens qu'une profession de foi commune qui ne pourra pas nous satisfaire entièrement. Nous n'aurons pas à partager le temps d'antenne et donc nous n'aurons pas à faire entendre quelque chose qui tiendra plus de la cacophonie que d'une campagne harmonieuse et coordonnée, ni à faire entendre et à cautionner (ou pire à nous démarquer) de choses dites au nom de la liste, avec lesquelles nous ne serons pas d'accord.

2) Il n'est pas sûr d'abord que ce soit absolument vrai. Il y a sûrement une partie de nos électeurs et une partie de nos sympathisants qui ne comprendront pas que nous recherchions l'accord avec la Ligue. Il y en a une autre qui comprend très bien : nous l'avons dit, les électeurs ont choisi entre Besancenot et Arlette. Lors des municipales, lorsque nous nous sommes présentés concurremment, ils ont su choisir aussi. Quand bien même cela serait entièrement vrai, d'une part nous pourrions nous expliquer et d'autre part rien ne dit que cela nous aliénerait beaucoup d'électeurs ou de sympathisants car ceux-ci sympathisent plus avec nous et nos idées qu'avec la LCR.

Surtout, nous n'avons aucun intérêt à laisser croire que ce que dit la LCR vaut ce que nous disons, qu'elle représente la même chose que nous, que Besancenot égale Arlette. Ce n'est pas vrai et nous n'avons pas à le laisser croire.

Il n'est pas juste de laisser croire à une extrême gauche unie alors qu'elle ne l'est pas, et que très certainement, elle ne le sera pas dans d'éventuelles luttes à venir.

Quant à ce que peut dire la presse, cela ne devrait pas rentrer en ligne de compte : de toute façon elle dira du mal de nous, accord ou pas accord.

3) Nous avons pu vérifier que nous n'obtenons pas avec la LCR la somme des voix que nous faisons séparément. Bien sûr, comme on ne peut se présenter ensemble et séparément pour une même élection, la démonstration est impossible, et il est aussi impossible de vérifier quelle proportion de la somme de nos voix nous recueillons à deux. Pourquoi cela cesserait-il de se vérifier ? L'accord ne présente donc pas spécialement d'intérêt sur le plan électoral. Je ne vois pas en quoi il serait plus désavantageux de faire 2 % ou 3 % ensemble plutôt que 1,5 % ou 2 % chacun.

Par contre, nous nous présentons pour défendre un programme, pour le faire approuver par les électeurs auxquels nous nous adressons, en même temps que nous leur demandons de montrer leur accord avec le type de militants que nous entendons représenter. Le score que nous faisons nous permet de mesurer l'écho que notre campagne et nos militants ont obtenu lors de chaque élection. Que ce score nous réjouisse ou nous attriste, c'est une indication précieuse : c'est le rôle "thermomètre" des élections.

En nous présentant avec la Ligue, nous changeons le thermomètre et par conséquent les résultats ne seront pas aussi significatifs. Il est préférable de savoir ce que nous, LO, avec notre programme et nos militants, représentons dans l'opinion populaire. De même qu'il n'est pas inintéressant de savoir ce que la LCR, son programme et ses militants représentent, même si ça doit ne pas nous faire plaisir.

De ces objections découle la motion suivante (le congrès de la LCR et ses conséquences sur les discussions en cours obligeront sans doute à en modifier les termes).

27 octobre 2003

Motion

Compte tenu de la politique de la LCR depuis 1999, de son attitude lors du second tour des élections présidentielles, un accord politique pour les élections de 2004 serait partiel et se déferait au lendemain même de ces élections ; la campagne commune se limiterait à la profession de foi et nous n'avons aucune garantie que le cadre que nous fixons sera respecté.

Nous avons la responsabilité de ne pas cautionner une politique que nous désapprouvons et que nous jugeons contraire aux intérêts que nous défendons.

Nous avons intérêt dans les échéances électorales qui viennent à nous présenter sous notre drapeau, et avec notre visage propre, à les défendre et à vérifier l'écho qu'ils rencontrent dans les classes laborieuses auxquelles nous nous adressons.

En conséquence, nous nous présenterons seuls aux élections régionales et européennes.