Ukraine - La petite bourgeoisie, la bureaucratie post-soviétique et le jeu des puissances impérialistes : du bras de fer au bain de sang

Le bras de fer opposant depuis fin novembre l'opposition ukrainienne au président Ianoukovitch a pris un tour sanglant le 18 février. Ce jour-là, l'opposition, parlementaire avait annoncé une « offensive pacifique », en soutien à ses représentants à la Rada (l'Assemblée nationale) alors que devaient s'engager des discussions avec le pouvoir sur une réforme constitutionnelle et la mise en place d'un gouvernement dit « technique » qui ménagerait les deux camps en présence.

Après avoir soutenu politiquement et matériellement depuis le début la contestation du pouvoir en place, les grandes puissances d'Europe et d'Amérique, de plus en plus inquiètes devant ce conflit menaçant à tout moment de se transformer en guerre civile au centre du continent, avaient fortement conseillé aux principaux leaders de l'opposition d'accepter de faire des concessions. Ainsi, la veille de la manifestation du 18 février, les leaders de l'opposition avaient obtenu, non sans mal, de centaines d'activistes d'extrême droite qu'ils évacuent l'hôtel de ville de Kiev qu'ils occupaient depuis le 1er décembre.

L'extrême droite, avec ses groupes armés et entraînés qui, depuis des semaines, montaient la garde sur les barricades du Maïdan (terme ukrainien désignant la grand-place de Kiev, quartier général de la contestation) et encadraient les manifestations sans que l'opposition parlementaire ait prise sur eux, semblait avoir reculé sur l'évacuation de ce gigantesque bâtiment, une des conditions posées par les autorités pour procéder à une amnistie de milliers de manifestants poursuivis en justice et la libération de plus de deux cents autres.

Les gens de l'extrême droite, ceux du parti Svoboda (la Liberté), représenté depuis peu à la Rada, et plus encore ceux de Pravyi Sektor (Secteur de droite), une coalition de groupes néo-nazis, venus une nouvelle fois encadrer cette manifestation casqués, munis de boucliers métalliques et armés de gourdins, de cocktails Molotov, voire d'armes à feu, ont-ils voulu montrer que,« offensive pacifique » ou pas, ils restaient déterminés à affronter le pouvoir en place ? En face, ce dernier se sentait-il revenu en position de force depuis que les chefs de l'opposition, cornaqués par les ambassades et dirigeants occidentaux qui les chapitraient depuis des semaines, acceptaient d'engager des pourparlers ? Et sa police anti-émeutes voulait-elle montrer que, si le pouvoir avait dû jouer l'apaisement, elle gardait la maîtrise de la rue ?

À l'incendie du siège du parti des Régions, celui du président Ianoukovitch, répliqua celui de tentes des opposants sur le Maïdan, aux balles de la police les jets de cocktails Molotov, à la prise de barricades la réoccupation de la mairie de Kiev : les morts se comptaient par dizaines, dont des policiers, les blessés par centaines... Et parmi ces manifestants, bien sûr, comme chaque fois que des événements prennent une tournure aussi massive, il y avait nombre de jeunes, mais aussi de gens de tous âges, des gens ordinaires issus de diverses couches de la société, qui venaient exprimer leur rejet du pouvoir en place, sans pour autant forcément se reconnaître dans les leaders de droite et a fortiori dans les groupes d'extrême droite présents.

Pris au dépourvu, les gouvernements occidentaux, qui avaient misé sur un scénario de sortie de crise négocié et dont les ministres des Affaires étrangères avaient prévu de rencontrer Ianoukovitch le lendemain, firent savoir, sur le même mode que le secrétaire général de l'ONU, qu'ils considéraient que « le recours à de telles mesures [de violence] par l'une ou l'autre partie est inacceptable ». Pour eux qui avaient soutenu activement les opposants, y compris leur frange d'extrême droite que ministres et médias occidentaux feignaient de ne pas voir, il s'agissait d'essayer de faire revenir dans la casserole le lait qu'ils avaient contribué à faire bouillir.

Bien que Ianoukovitch ait annoncé avoir conclu une « trêve » avec l'opposition, le 20 février, les affrontements continuèrent. Il y eut à nouveau plusieurs dizaines de morts. Tandis que Kiev se trouvait à feu et à sang, la situation avait de toute évidence échappé au contrôle de Ianoukovitch comme de ses adversaires. Quant aux apprentis sorciers occidentaux, ils voyaient se dresser face à ceux le spectre d'une guerre civile qui ne dit pas encore son nom, avec le risque de déstabilisation sinon de partition de ce pays grand comme la France et presque aussi peuplé qu'elle : embrasement qui, selon toute probabilité, n'en resterait pas là, la Russie ne pouvant accepter la rupture des liens avec ce qu'elle considère comme une part d'elle-même. Comment en est-on arrivé là ?

Genèse d'une crise majeure au cœur de l'Europe

C'est le refus du président ukrainien Ianoukovitch de signer l'accord d'association avec l'Union européenne (UE) que les autorités négociaient depuis cinq ans, et cela à la veille du sommet européen de Vilnius des 28 et 29 novembre 2013, qui mit le feu aux poudres. Rappelant ce qui s'était passé lors de la « révolution orange » de 2004, le centre de la capitale fut secoué par une succession de vagues de manifestations, l'occupation de la place de l'Indépendance, la grand-place (Maïdan en ukrainien) rebaptisée Euromaïdan, les manifestants s'emparant également de divers bâtiments, dont certains où siègent habituellement des instances du pouvoir.

Les autorités répliquèrent violemment. Il y eut des morts par balles, des blessés par centaines. Mi-février, on comptait des centaines d'arrestations, plus de 2 000 actions judiciaires intentées contre des manifestants encourant jusqu'à quinze ans de prison. Une des principales revendications du mouvement était une amnistie complète et effective. S'y ajoutaient, mais là les courants participant au mouvement ne soutenaient pas toutes ces exigences, la tenue immédiate d'élections, la démission du président (celle du gouvernement avait déjà eu lieu), l'élaboration d'une nouvelle Constitution. Et, bien sûr, la remise en chantier du traité d'association avec l'UE.

La répression, qui fit un pas supplémentaire avec l'adoption par l'Assemblée nationale (la Rada), mi-janvier, de lois criminalisant toute forme de contestation, ne parvint pas à briser cette dernière. Confronté à une crise politique de grande ampleur et dont il ne voyait comment sortir, le pouvoir tenta alors de jouer l'apaisement. Il évinça le maire de Kiev, promu bouc émissaire des violences policières. Puis il engagea des pourparlers avec l'opposition parlementaire. Le gouvernement ayant démissionné pour laisser les mains libres au président, celui-ci proposa alors aux deux principaux leaders de l'opposition, Iatseniouk et Klitchko, les postes de Premier ministre et vice-Premier ministre. Ils refusèrent, de crainte que l'extrême droite mais aussi une partie des manifestants, qui ne se reconnaissent ni dans l'opposition de droite ni dans les groupes fascisants, ne les accusent une nouvelle fois de collusion avec le pouvoir.

Début février, le gouvernement ayant (très provisoirement) rangé la matraque semblait miser sur un essoufflement du mouvement. Il paraissait même parier sur son pourrissement, car l'opposition parlementaire, qui n'a guère de poids auprès de ceux qui animent l'occupation du Maïdan, semblait sans perspectives, en tout cas sans marge de manœuvre.

Aucune des parties ne semblant en mesure de l'emporter, l'Union européenne et les États-Unis s'activaient désormais au grand jour et en coulisses à concocter une solution de compromis, en multipliant les rencontres avec les leaders de l'opposition et Ianoukovitch, tout en recherchant la collaboration de Poutine, censé avoir l'oreille du pouvoir ukrainien.

Alliées autant que rivales, l'Europe et l'Amérique voulaient s'imposer chacune comme celle qui aurait mis un terme à cette crise. Une crise qu'elles avaient contribué à exacerber et qui a, dès le début, eu des relents de guerre froide contre la Russie, car ses implications débordaient de toute évidence les frontières de la seule Ukraine : elle impliquait, notamment dans le cadre de ce que l'Union européenne appelle son « partenariat oriental », l'immense territoire de ce qui avait été l'Union soviétique jusqu'à 1991.

Les manœuvres des grandes puissances

Depuis un quart de siècle, les puissances impérialistes qui dominent la planète n'ont eu de cesse de chercher à faire passer dans leur orbite des États issus de la décomposition de l'URSS. Les trois républiques baltes ont été les premières de la liste à être intégrées à l'OTAN ainsi qu'à l'Union européenne, et maintenant à la zone euro pour deux d'entre elles. La Géorgie a suivi, qui est candidate à l'entrée dans l'OTAN et dans l'Union européenne : elle vient d'ailleurs de parapher, le 28 novembre 2013, ce même accord d'association avec l'Union européenne qu'a refusé l'Ukraine.

Les États-Unis ont été à la pointe de l'offensive visant à réduire l'influence russe en ex-URSS, que ce soit en Europe orientale, dans le Caucase ou en Asie centrale. L'Union européenne, tiraillée qu'elle se trouve entre les intérêts et ambitions de l'Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne, peine à adopter une position commune en Ukraine. La Pologne, par exemple, voudrait étroitement lier l'UE à son voisin ukrainien, en qui elle voit une réserve de main-d'œuvre qualifiée très bon marché, et plus encore un possible allié, en tout cas un futur glacis face à Moscou. La France et l'Allemagne, elles, ne veulent pas de solutions qui exacerberaient les tensions avec Moscou, et d'abord parce que leurs gouvernements comptent sur l'influence de la Russie en Ukraine pour dégager une solution à cette crise, et pour partager le discrédit des mesures d'austérité que prendra contre la population le prochain gouvernement ukrainien, quel qu'il soit.

Mais en même temps, si l'Allemagne apparaît aux yeux de l'opposition ukrainienne comme la principale puissance du continent, et celle qui aurait vocation à parler fort dans cette Europe orientale et centrale qui est son hinterland historique, la France défend aussi ses propres intérêts. Et d'abord ceux de ses groupes financiers, qui dominent le secteur bancaire en Ukraine, de son grand commerce (Auchan notamment), ainsi que de ses capitalistes de l'agro-alimentaire ou ceux qui, tel Charles Beigbeder, ancien numéro 2 du Medef, ont investi dans les riches terres noires de l'ancien grenier à blé de la Russie des tsars.

Autant dire que face aux États-Unis, principale puissance impérialiste mondiale, dont les enjeux se situent à une tout autre échelle - ce qui ne les empêche pas de pousser les pions de Chevron dans l'exploitation du gaz de schiste en Ukraine -, l'Union européenne, tiraillée entre les intérêts divergents de ses membres, n'a guère les moyens de ses ambitions en Ukraine. Et cela ne date pas de cet hiver. Cela s'est manifesté dans le fait, par exemple, que les dirigeants que la « révolution orange » avait portés sur le devant de la scène en 2004 semblaient, tel le président Iouchtchenko, avoir les yeux plus tournés vers Washington que vers Paris ou Berlin, qui n'avaient rien à lui offrir. Cette fois encore, on peut lire sur de pleines pages de la presse locale favorable à l'opposition, tel Den (Le Jour) du 4 février, des interviews où l'ambassadeur américain en Ukraine, après avoir assuré les contestataires de son soutien, leur dit, sur le ton d'un proconsul qui ordonne, ce qu'ils doivent faire : ne plus occuper de bâtiments publics par la violence, ne pas jeter de l'huile sur le feu, laisser les débats sur les « réformes » se faire entre parlementaires, accepter les offres d'apaisement du président... Bref, accepter une politique sanctionnée par les États-Unis.

Si l'Union européenne a dépêché des représentants à Kiev, ou à Munich lors de discussions sur la sécurité consacrées à l'Ukraine, les États-Unis y ont envoyé à diverses reprises leurs représentants au plus haut niveau : le secrétaire d'État, c'est-à-dire le ministre des Affaires étrangères, John Kerry et son adjointe chargée de l'Europe, Victoria Nuland. YouTube a publié une discussion entre cette dernière et l'ambassadeur américain déjà cité, discussion que les services spéciaux russes auraient interceptée. Cela a fait scandale dans les chancelleries, mais cela éclaire surtout le rapport des forces entre puissances impérialistes. On y apprend comment les deux diplomates américains « gèrent » les leaders de l'opposition ukrainienne qu'ils estiment pouvoir accéder au pouvoir. On les entend discuter des capacités des uns et des autres à gouverner, de ce qu'ils en attendent, de ce qu'ils leur demandent. Iatseniouk, bras droit de Timochenko et chef du parti Batkivchtchyna (la Patrie), a visiblement le soutien des responsables américains : l'ayant souvent rencontré, ils disent apprécier « son expérience économique et son expérience gouvernementale ». Chef du parti Oudar (le Coup), Klitchko « doit faire ses classes », et prouver qu'il n'est pas seulement attentif aux intérêts de Berlin. Quant à Tiagnibok, chef des néo-fascistes de Svoboda, s'il demandait récemment aux dirigeants ukrainiens de « mettre fin aux activités criminelles » de la « juiverie organisée », Nuland l'a reçu plusieurs fois. Elle le tient pour l'un des « trois grands » de l'opposition et voudrait que lui et Klitchko restent hors du futur gouvernement, afin d'apporter leur soutien de l'extérieur à un Iatseniouk qui le dirigerait avec l'onction de Washington.

Et l'Union européenne ? « Qu'elle aille se faire foutre », déclare la vice-ministre américaine. Ses propos s'étalant sur la place publique, elle a dû faire des excuses. Mais, comme dit le dicton : « Qui paie les musiciens choisit le morceau qu'ils vont jouer. » Cette Europe, qui a montré qu'elle n'avait ni l'envie ni les moyens de payer, en tout cas pas d'ouvrir à l'Ukraine un crédit à hauteur de ses demandes, et a apporté à l'opposition à Ianoukovitch un soutien que celle-ci juge bien chiche, ne peut guère masquer non plus qu'elle a, pendant vingt ans, refusé de faire le moindre geste à destination de ce pays. À moins de considérer comme un cadeau d'avoir subventionné sur son sol des centres de rétention pour sans-papiers lorsque, avec les derniers élargissements de l'Union européenne, ses nouvelles frontières orientales l'ont mise au contact direct de l'Ukraine.

Une politique « pro-russe » par défaut, mais pas seulement

Après l'éclatement de l'URSS, l'Ukraine, qui occupait la deuxième place en importance économique et démographique parmi les républiques soviétiques, a posé sa candidature auprès d'institutions du monde impérialiste comme l'OMC (Organisation mondiale du commerce), le FMI (Fonds monétaire international), la BRED (Banque pour la reconstruction économique et le développement de l'Europe de l'Est), puis l'UE. À l'appui de cette démarche, Kiev a multiplié les démonstrations d'indépendance à l'égard de la Russie d'Eltsine, puis de Poutine : soutien à des interventions militaires occidentales que la Russie condamnait ; organisation de manœuvres navales avec les États-Unis en mer Noire ; menace de ne pas renouveler à la Russie la location du port militaire de Sébastopol, sur la presqu'île de Crimée ; disputes sur le tracé des frontières des nouveaux États ukrainien et russe en mer d'Azov... Et, bien sûr, il y a eu les conflits répétés autour des gazoducs que l'URSS avait construits pour acheminer son gaz vers l'Europe centrale et occidentale, Kiev menaçant de fermer le robinet du gaz aux pays clients de la Russie, et celui des rentrées de devises qu'en tire l'État russe.

Depuis plus de deux décennies, malgré bien des vicissitudes, l'ouverture à l'Occident apparaît comme une constante de la politique de tous les présidents ukrainiens, qu'elle qu'ait été leur étiquette politique. Mais tout aussi constant a été le refus de l'Union européenne d'ouvrir sa porte à l'Ukraine, au moins jusqu'à ce simulacre d'ouverture qu'aurait été le contrat d'association présenté fin 2013.

L'attitude de l'État ukrainien depuis 1991 a été en partie conditionnée par cette politique européenne de la porte fermée. Mais pas seulement. Comment aurait-il pu rompre avec Moscou après trois quarts de siècle de construction et fonctionnement d'une économie commune, étatisée et planifiée, qui ont fait que l'Ukraine et la Russie ont des infrastructures industrielles étroitement liées, car participant de ce qui a été conçu comme un même tissu économique à l'échelle de l'URSS ? Manque d'imagination ou stupidité de bien des commentateurs occidentaux, ce n'est pas parce que les dirigeants ukrainiens auraient les yeux tournés vers Moscou que le tiers du commerce extérieur de leur pays se fait avec la Russie, ni qu'elle devance, et de très loin, la Turquie, seconde destination des exportations ukrainiennes avec seulement 6 % du total, ou l'Allemagne, second fournisseur de l'Ukraine avec 9,4 % du total. Les bureaucrates et les nantis ukrainiens ne sont ni pro-russes, ni pro-européens : ils défendent leurs seuls intérêts de prédateurs, contre les autres clans dirigeants en Ukraine, y compris d'ailleurs contre leur propre État, et bien sûr contre leurs « partenaires », qu'il s'agisse de leurs anciens collègues de la bureaucratie russe ou de capitalistes occidentaux cherchant à faire affaire en Ukraine.

Cela explique les atermoiements de Kiev qui, négociant depuis cinq ans un accord avec Bruxelles, refusa de le signer à quelques jours du sommet de Vilnius, qui devait célébrer en grande pompe le « partenariat oriental » des Vingt-Huit, autrement dit le passage de cinq ex-républiques soviétiques (Ukraine, Biélorussie, Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan) dans l'orbite des puissances impérialistes européennes.

Alors qu'il a déjà fallu enterrer le « partenariat méditerranéen » de l'Union européenne, qui visait à asseoir son influence, et celle de la France en particulier, sur les pays du pourtour de la Méditerranée, son « partenariat oriental », porté par l'Allemagne, principale puissance économique et politique du continent, se solde par un fiasco : outre l'Ukraine, l'Arménie et la Biélorussie ont refusé un statut d'État « associé ».

Crise économique et « contrat d'association »

Annonçant sa décision, tout en disant que, motivée par des raisons strictement économiques, elle n'avait rien de définitif, Ianoukovitch déclara : « Je sais que je risque de ne pas être compris. » Certes. Cependant, son attitude reflète assez bien les contradictions dans lesquelles se débat un pays comme l'Ukraine, dont l'économie n'existe comme produit de l'histoire qu'étroitement imbriquée avec celle de la Russie. Quant à l'Europe ou à l'Amérique impérialistes, elles n'ont jamais été en mesure de lui proposer quelque autre système à la place, qui puisse conserver à l'Ukraine sa place de pays industriellement développé. Et comment l'auraient-elles pu, alors que le système capitaliste tout entier vit une crise permanente et qui s'aggrave ?

Dans ses pourparlers avec Bruxelles, l'Ukraine avait fait valoir que, les soubresauts de la crise financière mondiale de 2007-2008 l'ayant mise à genoux, elle avait un besoin immédiat de 20 milliards de crédits. L'UE lui proposa 700 millions. Et à des conditions draconiennes : les mêmes que celles imposées à la Grèce, ou que celles « offertes » par le FMI à l'Ukraine au tournant des années 2000, quand son économie reprenait un peu de couleurs après une décennie d'effondrement, conséquence directe de la disparition de l'URSS. Aujourd'hui, son économie est en récession, les caisses de l'État sont vides, les fameuses agences de notation internationales ont encore récemment abaissé la note du pays, considérant qu'il est au bord du défaut de paiement. Conséquence : Kiev n'a pas pu trouver preneur sur les marchés internationaux pour ses derniers lancements d'emprunt, même en proposant des rendements usuraires. Quant à la monnaie nationale, la gryvnia, de l'avis général sa dévaluation est inévitable. Et, pour prix d'un statut d'associé, les dirigeants européens exigeaient que Kiev mette en œuvre « des réformes, des réformes, des réformes », selon la formule du commissaire européen à la Politique de voisinage !

Ces mesures, les gouvernants ouest-européens ont laissé entendre, sans vouloir trop en préciser le contenu, qu'elles seraient « douloureuses ». Bien sûr, pas pour les grands groupes financiers, industriels et commerciaux, notamment européens, qui opèrent déjà en Ukraine et qui exigent encore plus de liberté pour y faire des profits. En revanche, tout le poids de ces mesures porterait sur les classes laborieuses ukrainiennes. Déjà fortement frappées par le chômage (surtout dans l'ouest du pays, où cela a favorisé la progression des ultra-nationalistes de Svoboda), leur pouvoir d'achat, avec un salaire moyen de l'ordre de 700 euros pour un travailleur qualifié à Kiev, est en outre rongé par l'inflation.

Or ce que propose l'Union européenne, ce serait d'amputer fortement ce que les travailleurs ukrainiens ont pour vivre, comme lors du premier « plan d'aide » à l'Ukraine du FMI, patronné par l'UE à la fin des années 1990, quand la gryvnia avait perdu la moitié de sa valeur en quatre ans.

Des « oligarques » qui jouent sur tous les tableaux

Les conditions de restructuration et d'ouverture des marchés, qu'imposait l'UE avec son contrat d'association, auraient été défavorables à de larges pans de l'économie ukrainienne, notamment dans l'industrie, qui pèse pour un tiers dans le produit intérieur brut (PIB) du pays. Mais certains secteurs - l'énergie, l'agriculture... - ou plutôt ceux qui les contrôlent auraient pu trouver un intérêt à cet accord même fortement inégalitaire. Cela vaut également pour ceux des bureaucrates et affairistes prêts à se transformer en intermédiaires du pillage du pays par les groupes capitalistes occidentaux. Mais combien d'autres, parmi les privilégiés locaux, y auraient eu plus à perdre qu'à gagner ? Apparemment, la réponse à cette question ne va pas de soi. Et elle divise les cercles du pouvoir et de la fortune.

L'attitude qu'ont adoptée plusieurs « oligarques » ukrainiens durant cette crise est en tout cas révélatrice des choix face auxquels se trouvent les privilégiés du système. L'Ukraine a, comme la Russie, ses oligarques, des membres de la bureaucratie qui ont prospéré sur le pillage de l'économie étatisée après la fin de l'URSS, sous l'aile protectrice d'une caste dirigeante restée politiquement déterminante dans l'accès aux sources d'enrichissement. Certains d'entre eux ont pourtant critiqué les choix répressifs du gouvernement dès décembre 2013, et même soutenu la contestation, parfois ouvertement.

Parmi quelques dizaines d'oligarques ukrainiens, seuls une douzaine sont connus d'un large public car ils possèdent les grands médias. Détenant ou contrôlant d'autres secteurs d'activité en marge d'un secteur public qui reste important, ils ont un poids économique non négligeable : on estime que trois d'entre eux, Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche du pays avec 11 milliards d'euros, Viktor Pintchouk et Igor Kolomoïski, représentaient 12 % du PIB ukrainien.

La plupart ont la source de leur richesse dans l'est du pays, avec ses mines, sa sidérurgie, sa pétrochimie. Akhmetov doit sa fortune au fait d'être devenu le « roi de l'acier » dans le Donbass, le fief politique de Ianoukovitch ; une assise au sein de la puissante bureaucratie de l'Est industriel qui avait permis à Ianoukovitch de devenir Premier ministre du président Koutchma, à la fin des années 1990, et de favoriser de bien des manières ses protégés.

Dmitri Firtach, lui, est devenu le magnat de la chimie et de l'énergie, toujours sous l'aile protectrice du clan Ianoukovitch. Durant le précédent gouvernement, celui issu de la « révolution orange » de 2004, Firtach n'avait pas les faveurs d'Ioulia Timochenko : Premier ministre de Iouchtchenko, celle qu'on appelait la « princesse du gaz » avait la haute main sur les gazoducs et n'entendait partager avec personne les revenus colossaux qu'ils génèrent. Les dirigeants « orange » s'étant discrédités, Ianoukovitch devint président en 2010, cette fois sans être accusé de tricherie. Il mit fin au monopole d'importation du gaz et jeta en prison Timochenko qui en avait fait sa chose : la chance souriait à Firtach. Soutenu par Kiev, il négocia un accord de fourniture de gaz à tarif préférentiel avec le géant russe Gazprom, ce qui permit de conclure de juteux contrats d'approvisionnement gazier avec certains pays de l'UE.

Lié aux clans que la « révolution orange » porta aux commandes, Petro Porochenko a été ministre avant 2010 et est un magnat de l'agro-alimentaire. Ses produits furent les premiers touchés par le blocus douanier russe l'été dernier, quand Moscou donna à Kiev un avant-goût de ce qu'il lui en coûterait de se tourner vers Bruxelles.

Ne devant pas grand-chose au clan présidentiel actuel, Porochenko n'a pourtant pas cessé ces derniers mois de se proposer pour prendre la tête d'un éventuel gouvernement de coalition. Son attitude fait pendant à celle qu'ont adoptée d'autres oligarques qui, obligés du président, ne veulent pas insulter l'avenir quand celui-ci ne parvient pas à imposer son ordre. Ils ont donc donné la parole à l'opposition dans leurs journaux et sur leurs chaînes de télévision, en publiant des déclarations réprouvant les violences policières et appelant le pouvoir à négocier.

Certains vont même plus loin. Firtach soutient financièrement le parti Oudar du champion mondial de boxe devenu la figure de proue de la contestation, Vitali Klitchko. Homme d'affaires prospère, gendre de l'ex-président « pro-russe » Koutchma et coqueluche du parti de la chancelière allemande Angela Merkel, avec lequel il est relation financière, on pourrait dire de Klitchko qu'il incarne à lui seul le souhait des nantis du régime de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. Quant à Kolomoïski, autre oligarque en vue, on le soupçonne d'aider le parti néo-fasciste antirusse Svoboda, en pointe dans le mouvement anti-Ianoukovitch.

Ces hommes des clans et milieux politico-affairistes de la bureaucratie post-soviétique ont prospéré, avec l'appui du clan présidentiel actuel, dans le cadre des liens qui unissent l'industrie ukrainienne à la Russie. Mais ils ont aussi diversifié leurs activités en Europe de l'Ouest et aux États-Unis. Peinant à s'y débarrasser de l'image de mafieux, ils aimeraient que leur fragile « respectabilité » ne pâtisse pas trop de leurs liens avec Ianoukovitch et la Russie. Il leur déplaît aussi que les « troubles » qui frappent le pays depuis plus de deux mois perturbent, ou puissent perturber, la bonne marche de leurs affaires. Alors ils se démarquent et cherchent à étendre et diversifier leurs protections.

Pour beaucoup, cela commence par se concilier les hommes et clans pour l'heure écartés du pouvoir, mais qui pourraient y accéder si se mettait en place un gouvernement de coalition ou à l'issue de la présidentielle que Ianoukovitch vient de décider d'anticiper.

En Ukraine comme en Russie, on le sait, nul ne peut espérer faire fortune sans une « krycha » (un « toit », cette protection acquise contre rémunération auprès du pouvoir). Or l'expérience fâcheuse de l'homme jadis le plus riche de Russie, Khodorkovski, envoyé en camp pour dix ans et dépouillé d'une partie de sa fortune par la seule volonté de Poutine, ou celle de Timochenko, cette politico-affairiste de haut vol que Ianoukovitch a gardée en prison malgré les appels des gouvernements européens et américain - même si, le 21 février, la Rada a décidé de la libérer -, sont là pour rappeler aux parvenus locaux ce que leur statut de privilégiés a de précaire. De là à se demander si un accord labellisé UE ne pourrait pas les protéger de leur propre État, et des hommes qui le colonisent, il n'y a qu'un pas. Certains veulent sans doute croire que cela ferait disparaître ce que la Coface, organisme public français d'assurances pour le commerce extérieur, désigne, concernant l'Ukraine, comme des « lacunes persistantes en termes d'environnement des affaires ». En clair : l'arbitraire et une corruption généralisée des autorités (sur 177 pays examinés, l'Ukraine figure au 144e rang du classement que Transparency International a publié fin 2013).

Et puis, un rapprochement avec l'Europe pourrait les mettre à l'abri des appétits de leurs homologues grands-russiens. Surtout en cette période de crise mondiale où l'Ukraine se trouve particulièrement affaiblie économiquement, au bord du défaut de paiement et moins que jamais en mesure de marchander avec ses partenaires.

À avoir fait un peu monter les enchères en jouant Bruxelles contre Moscou et inversement, Ianoukovitch a obtenu de la Russie la promesse d'une réduction du prix de ses livraisons de gaz et d'un crédit de 15 milliards d'euros. Si Moscou ne se contente pas des 4,5 milliards qu'il a versés, essentiellement pour éponger les créances locales des banques russes, et débloque le reste quand il aura des assurances sur ce que fera le prochain gouvernement ukrainien, Ianoukovitch espère pouvoir boucler son budget.

Mais, ce faisant, il a provoqué la colère de toute une partie de la population qui avait placé - à tort ou à raison, c'est une autre question - ses espoirs dans la conclusion d'un accord avec l'Union européenne.

La petite bourgeoisie descend dans la rue

En tournant le dos à cette perspective, que le régime avait pourtant lui-même vantée jusque-là, et en signant un accord de collaboration économique avec Moscou, Viktor Ianoukovitch a déclenché une crise majeure. Dans un premier temps, on a pu constater qu'elle avait un air de déjà-vu, celui de la prétendue « révolution orange » de 2004. Mais, depuis le 18 février, cette crise s'est emballée. Et elle a viré à l'affrontement ouvert et massif entre le pouvoir et son opposition, même si les leaders parlementaires de cette dernière semblent avoir été débordés par la frange la plus radicalisée des manifestants, parmi lesquels - pour autant que l'on puisse en juger de loin - l'extrême droite joue un rôle notable.

Fin novembre, le quartier général de la contestation a été d'emblée, comme il y a dix ans, la place de l'Indépendance, transformée en un camp de tentes retranché par ceux que les médias occidentaux ont présentés avec enthousiasme comme des jeunes tournés vers l'Europe, par opposition au président et à la formation sur laquelle il s'appuie, le parti des Régions, décrits comme pro-russes.

Sur le devant de la scène, on a aussitôt retrouvé certains des protagonistes de la crise de 2004, et d'abord Ianoukovitch qui, à l'époque, venait d'accéder par la fraude à un fauteuil présidentiel que la pression de la rue allait le forcer à quitter : ses tombeurs et les dirigeants occidentaux le disaient déjà inféodé à Moscou. Face à lui, on trouve comme alors Ioulia Timochenko. Chef du parti de droite Batkivchtchyna, elle est emprisonnée pour des trafics financiers au profit de son propre clan quand elle était Premier ministre : une chose banale. Le piquant de l'affaire est que les juges ont condamné cette dame pour avoir signé un contrat gazier avec Moscou qui favorisait outrageusement la partie russe : un comble pour une personnalité se disant pro-européenne !

Mais depuis 2004, d'autres formations et politiciens ont percé, sur fond de récession et d'accroissement de la pauvreté, qui tous se situent ouvertement à droite ou à l'extrême droite du spectre politique : le parti Oudar de Klitchko ; les néo-fascistes de Svoboda ; les pronazis de Pravyi Sektor... Mais si les réactions du pouvoir et sa contestation sont bien plus violentes qu'il y a dix ans, sur le fond, on trouve à l'initiative du mouvement, et parmi ceux qui lui donnent sa consistance et son image, les mêmes forces sociales qu'alors.

Les premiers à avoir contesté la décision de tourner le dos à Bruxelles furent les étudiants, surtout ceux des universités privées de la capitale, celles qui reçoivent le plus de dotations des gouvernements ou institutions occidentaux. Mais quand les autorités ont lâché leur police anti-émeutes contre ces quelques centaines de protestataires, la violence de la répression a apporté des troupes au mouvement : des petits entrepreneurs de province, des petits-bourgeois de Kiev, nombreux dans une ville où dominent les activités tertiaires. Il s'agissait là de gens motivés, car enrageant de voir que l'on contrariait les opportunités que l'Europe leur aurait proposées et dont beaucoup avaient déjà escompté les hypothétiques retombées. Certains, des jeunes mais pas seulement, y voyaient la possibilité d'une plus grande ouverture sur le monde, d'aller étudier à l'étranger, de voyager avec moins de contraintes. D'autres, plus prosaïques, en attendaient des occasions de faire des affaires, ou de développer les leurs, sans avoir à verser des pots-de-vin à une multitude de parasites, sans avoir à craindre, comme en Ukraine ou en Russie, que des bureaucrates mis en appétit ne veuillent vous spolier.

Ces aspirations, car il faut bien leur donner un nom, certains les appellent « démocratie », les nationalistes « indépendance à l'égard de Moscou », d'autres « esprit européen ». Mais, quant au fond, les manifestants de cet hiver à Kiev, et ceux qui sympathisent avec eux, ont les mêmes aspirations que le gros des bataillons qui contestaient Poutine à Moscou, fin 2011-début 2012. Ils aspirent à pouvoir mener une vie de consommation, à faire librement des affaires, à vivre ce qu'on a appelé le « rêve américain », bref, à tout ce qui motivait et mobilisait des millions de petits-bourgeois des grandes villes de Russie et d'Ukraine soviétiques, il y a un quart de siècle, lors de la perestroïka gorbatchévienne.

La différence entre ces deux époques, c'est qu'aujourd'hui les petits-bourgeois ukrainiens (ou russes) sont peu ou prou persuadés qu'on leur a volé leur rêve - on, ce sont « les voleurs et les escrocs au pouvoir » pour reprendre un slogan des manifestants - et que, en fait du capitalisme qu'ils avaient idéalisé, ils auraient eu un capitalisme de bandits.

Que les bureaucrates-affairistes aient confisqué à leur profit les ressources de l'économie ukrainienne (ou russe) en écartant des gens qui se considéraient comme d'honnêtes outsiders du « business », c'est un fait. Que l'Union européenne puisse restaurer à l'usage de ces derniers un capitalisme de libre concurrence, c'est se bercer d'illusions. Ou tourner les pages d'un livre d'histoire à rebours.

L'Ukraine du « rêve européen » de certains serait encore plus largement ouverte aux produits occidentaux, mais ceux qui pourraient se les offrir seraient encore moins nombreux qu'actuellement. Car les « réformes » que prônent les dirigeants des grandes puissances et la pénétration accrue de marchandises occidentales, produites ailleurs pour le compte de grands groupes ouest-européens et américains, auraient inévitablement pour effet de conduire de nombreuses entreprises ukrainiennes à la fermeture, et leurs travailleurs à la rue.

Et pour contraindre ceux-ci à accepter leur sort, il y aurait toujours les Berkout, (« aigles royaux » en ukrainien), la police anti-émeute, mais aussi ces groupes fascisants, dont Svoboda n'est que le plus connu. Durant les événements de ces dernières semaines, et surtout depuis la mi-février, on a vu que cette mouvance a des troupes, qu'elle dispose de groupes paramilitaires, avec un équipement ad hoc, ainsi que du soutien financier de certains milieux occidentaux et de magnats locaux.

Cette extrême droite ne se contente pas d'afficher une idéologie réactionnaire abjecte, raciste, antiouvrière ; sa xénophobie et son nationalisme lui servent à diviser les rangs de la population travailleuse pour l'affaiblir. Dans l'Ouest ukraïnophone, les nationalistes expliquent tous les maux dont souffre la population par le diable « moscoutaire », qui chercherait, comme sous les tsars et sous Staline, à « priver l'Ukraine de son âme », disent-ils. Mais dans les autres régions, elles largement russophones, Svoboda n'est pas en reste pour tenter d'exploiter les frustrations sociales, la haine des nantis et des parasites, qu'elle décrit comme forcément juifs ou russes, et jamais comme ukrainiens.

Le pire est que, durant ce mouvement, tout comme il y a dix ans, ceux qui voulaient sincèrement dire leur refus d'un pouvoir honni, car corrompu et répressif, n'ont trouvé face aux hommes du pouvoir que ceux de la droite dans ses diverses variantes, parlementaire ou extrême. Cette droite se sentait d'ailleurs si sûre, en l'absence de toute force qui lui dispute son hégémonie sur l'opposition au régime, que, début février, elle a même envisagé d'appeler à une grève générale pour la fin du mois.

Le fait est que personne, absolument personne n'a cherché à s'adresser aux travailleurs en tant que tels, et à plus forte raison au nom de leurs intérêts de classe. Et, pour autant que l'on puisse en juger de loin, au moins jusqu'à la mi-février les travailleurs sont restés très à l'écart du mouvement de ces derniers mois. Parce que les gens qui constituent le gros du mouvement contestataire et ceux qui manifestent, même si tous ne suivent pas la droite ou l'extrême droite, appartiennent à un monde autre que celui du travail ? Parce que les travailleurs considéraient instinctivement les idées mises en avant par le mouvement comme étrangères sinon hostiles à leurs préoccupations, à leurs intérêts ?

En tout cas, à notre connaissance, pas un parti ni un groupe n'a cherché à montrer aux travailleurs en quoi ils avaient intérêt à s'opposer à la fois à la clique dirigeante dite pro-russe, avec ses oligarques et ses policiers anti-émeutes, mais aussi à ceux, dits pro-européens, qui lorgnent la place et dont l'idéologie affiche ouvertement son hostilité aux intérêts de la classe ouvrière.

Prise entre l'impérialisme d'un côté, la Russie de Poutine et la bureaucratie de Ianoukovitch de l'autre, la population travailleuse d'Ukraine voit se dresser contre elle les Berkout tout comme les nervis de Svoboda. La crise actuelle souligne de façon sanglante à quel point il lui manque des groupes, des organisations révolutionnaires, qui veuillent et sachent s'adresser à la classe ouvrière de ce pays, dans toutes les langues qu'elle emploie, pour défendre auprès d'elle une politique de classe. Une politique qui indique clairement aux travailleurs ce qui les oppose fondamentalement à leurs exploiteurs et à ceux qui sont leurs serviteurs politiques, au système dont ceux-ci se réclament, et cela quelle que soit leur étiquette ou la langue dans laquelle ils donnent des ordres à leurs chiens de garde.

21 février 2014