Le "Bureau exécutif de la IVe Internationale" en quête de la "formule qui marche"

Si, en France, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en devenant le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a fait officiellement le choix d'abandonner le trotskysme, l'organisme international dont l'ancienne LCR faisait partie, et qui s'appelait encore récemment le Secrétariat unifié de la IVe Internationale 1, se maintient sous le nom de Bureau exécutif de la IVe Internationale. Précisons d'emblée que, si le NPA a rompu avec ce courant, certains de ses membres, et des plus en vue, sont à titre individuel également militants, voire dirigeants de ce Bureau exécutif.

Ce courant se présente toujours comme la seule continuation officielle de la IVe Internationale que Léon Trotsky avait fondée en 1938. Cela fait très longtemps que l'on peut discuter de la réalité de la chose. Sur un plan international, cela fait un bon demi-siècle que bien d'autres organisations, de taille variable, sont apparues qui prétendent, chacune pour son compte exclusif, représenter la continuité avec la IVe Internationale. Mais c'est sur un plan politique, et depuis bien longtemps, que la prétention de l'ex-Secrétariat unifié à incarner la filiation avec le mouvement fondé par Trotsky est le plus discutable.

Mais aujourd'hui quelle est donc la politique de ce regroupement et des organisations qui en dépendent ? On peut en avoir une idée à la lecture de sa presse. En parcourant, par exemple, le numéro d'août-septembre 2010 de la "revue d'information et d'analyse publiée sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale", Inprecor, force est de constater que la remarque de Lénine : "En politique, celui qui se fie aux étiquettes est perdu", n'a rien perdu de son actualité.

Éloge du "Bolivarisme dans un seul Venezuela" ?

Ce numéro, essentiellement consacré à ce qu'Inprecor nomme "le socialisme du XXIème siècle" au Venezuela, entend couvrir tous les aspects de la situation dans ce pays et de la politique que mène le gouvernement d'Hugo Chavez. Précisons que nous n'avons choisi de discuter, dans ce copieux dossier, que de ce qui nous semblait le plus significatif et de la démarche et du point de vue de ses auteurs, membres du Bureau exécutif s'exprimant dans la revue de cette organisation.

Il y a d'abord la formule "Socialisme du XXIe siècle" : utilisée sans guillemets à la Une de la revue et en tête du dossier, ni précision d'aucune sorte dans le corps du texte, on en conclut que les auteurs la reprennent à leur compte, bien que, ce qu'ils n'indiquent pas, la paternité en revienne au président vénézuélien, Hugo Chavez. Celui-ci qualifie encore plus volontiers son gouvernement et son régime de "bolivariens", en référence au général latino-américain Simon Bolivar qui, entre 1810 et 1830, contribua à ce que la Bolivie, la Colombie, l'Équateur, le Panama, le Pérou, le Venezuela arrachent leur indépendance à l'Espagne et qui tenta de les fédérer au sein d'une Grande Colombie. Passons sur le fait que nulle part Inprecor ne se pose la question de savoir en quoi ce qualificatif de "bolivarien" s'applique bien au régime de Chavez. Serait-ce parce que le combat de Simon Bolivar, pour populaire qu'il soit toujours en Amérique latine, n'a historiquement et socialement rien à voir avec le socialisme, du moins avec celui sur lequel s'accordent les marxistes ?

Que Chavez, ancien lieutenant-colonel de parachutistes, qui avait tenté de parvenir au pouvoir par un putsch en 1992, ait fini par y accéder par les urnes, en 1998, et cela sans que la classe ouvrière ait joué un quelconque rôle notable, et surtout politiquement indépendant, dans l'instauration du régime "bolivarien", c'est un fait. Ce n'est pas faire injure à Chavez que de le rappeler. Pas plus que ce n'est faire insulte au socialisme de constater que l'action politique de Chavez, qui ne prétend pas s'inscrire dans le cadre du mouvement ouvrier, mais dans celui d'un "bolivarisme" actualisé, c'est-à-dire d'un nationalisme bourgeois plus ou moins radical qui cherche à desserrer l'emprise de l'impérialisme nord-américain, bénéficie de ce fait, et du fait des quelques avancées sociales accordées à la population, d'un réel soutien de cette dernière. En témoigne encore la victoire du PSUV (le Parti socialiste uni du Venezuela de Chavez) aux élections législatives du 26 septembre.

Rappelons à ce propos que, dans les années trente au Mexique, un autre officier supérieur devenu président de son pays, le général Cardenas, décida de distribuer 180 000 km² de terres aux paysans, de nationaliser les intérêts des compagnies pétrolières nord-américaines et de promouvoir toute une série de réformes permettant pour la première fois à de larges couches de la population pauvre d'accéder à l'éducation et à la santé. Mais à l'époque dans le mouvement communiste, qui soutenait bien évidemment ces réformes radicales, personne n'aurait eu l'idée de les qualifier, elles et leur auteur, de socialistes. Et Trotsky moins que quiconque, lui qui, à la tête de l'Opposition de gauche soviétique, menait le combat contre la dégénérescence bureaucratique de l'URSS et contre cette imposture stalinienne qui prétendait pouvoir construire le socialisme dans un seul pays.

Pour tous les marxistes - comme cela avait d'ailleurs été le cas pour Staline jusqu'à ce qu'il invente cette théorie du "socialisme dans un seul pays" pour s'en faire un drapeau contre les authentiques communistes - il ne peut y avoir de socialisme qu'à l'échelle internationale et à condition que la révolution ait triomphé au moins dans certains des pays les plus développés économiquement de la planète. Pour cette raison même, les oppositionnels communistes soviétiques combattaient comme une chimère réactionnaire - et la suite prouvera qu'ils avaient eu amplement raison - l'idée que le socialisme aurait pu s'édifier dans une URSS isolée, même si elle couvrait un sixième du globe et si son régime, lui, résultait d'une prise du pouvoir par la classe ouvrière, suivie d'une expropriation révolutionnaire des anciennes classes possédantes.

Il y a bien longtemps que, dans les faits, sinon dans les mots, l'ex-SU a renoncé à voir dans le prolétariat la classe qui doit diriger la révolution sociale. Mais, en politique comme ailleurs, la nature a horreur du vide. Et, après la mort de Trotsky, ce courant n'a pratiquement pas cessé d'attribuer ce rôle de direction des changements sociaux, sinon des révolutions, depuis les pays de l'Est européen dans l'immédiat après-guerre à la Chine, ou de Cuba à l'Algérie et au Vietnam, ici à l'armée de la bureaucratie russe, là à des partis staliniens, ailleurs à des mouvements nationalistes plus ou moins radicaux appuyés ou non sur des guérillas, voire sur la paysannerie. Corollaire de la chose, les différentes moutures d'un prétendu socialisme que croyait découvrir le Secrétariat unifié avaient toutes un caractère national, sinon nationaliste, prononcé, aux antipodes de ce qui devrait être la politique d'une internationale digne de ce nom.

Il ne faut donc pas s'étonner qu'Inprecor, publication du Bureau exécutif de cette prétendue "IVe Internationale", discute gravement sur une quinzaine de pages du "socialisme" du régime vénézuélien, en servant à ses lecteurs une version "bolivarienne" du "socialisme dans un seul pays".

Depuis plus d'un demi-siècle, de Tito à Mao, de Ben Bella à Castro et Che Guevara, et de Ho Chi Minh aux sandinistes nicaragayens, ce courant n'a cessé de prêter des vertus "socialistes", voire des positions "presque trotskystes", à des leaders de mouvements plus ou moins tiers-mondistes. Cela malgré la politique et les intérêts sociaux que ces mouvements défendaient, mais à cause du fait que, ayant le vent en poupe dans certains milieux de gauche et de l'intelligentsia occidentale, le courant représenté par le Secrétariat unifié les considérait comme des trains auxquels il était indispensable qu'il accroche son wagon. À chaque fois, cette organisation, qui avait renoncé à chercher à défendre une politique de classe indépendante pour la classe ouvrière dans le tiers-monde, a prétendu pouvoir peser sur le cours des événements, sinon de l'Histoire, en distribuant ses conseils à ces mouvements et à leurs leaders - qui, étrangers au mouvement ouvrier et n'ayant rien demandé, n'en avaient cure.

Mais les modes passent, et toute une partie de l'extrême gauche, dont le Secrétariat unifié, qui s'est retrouvée orpheline de la plupart de ses idoles "socialistes" passées, a pu se rabattre sur le leader "bolivarien" du "socialisme du XXIe siècle".

Le secrétariat unifié, puis le Bureau exécutif, en distributeurs de conseils

Évidemment, il est difficile de comparer un Chavez, ancien haut gradé de l'armée parvenue au pouvoir dans le cadre électoral légal, avec un Castro qui avait créé et animé des années durant une guérilla contre le régime et l'armée du dictateur Batista et qui accéda au pouvoir sur la vague d'une insurrection paysanne et populaire. Mais l'ex-SU, en matière de trains auxquels s'accrocher, se contente de ce qu'il trouve. Et sans pour autant changer son discours.

Onze années ont passé depuis l'accession de Chavez au pouvoir. Et si cela "a suscité de nombreux espoirs tant en Amérique latine que sur d'autres continents", écrit Inprecor, entre les avancées que représentent les lois sur l'éducation, sur la propriété de leur logement pour les habitants des barrios, sur les conseils communaux, ce qu'Inprecor appelle "démocratie participative", d'une part, et, d'autre part, la corruption endémique de l'administration, les reculs du gouvernement devant les détenteurs privés du capital, le fait qu'il tolère l'assassinat de militants ouvriers et paysans, l'organe du Bureau exécutif est loin de brosser un tableau idyllique de la situation.

Mais cela ne suffirait pas à expliquer pourquoi Inprecor ne cesse d'osciller entre décerner des bons points au régime et ne pas lui ménager ses critiques. En fait, dès son premier chapitre intitulé Un projet toujours à définir, la revue laisse pointer le bout de l'oreille. Le problème serait, à l'écouter, que "trop peu de visions ou décisions politiques émanent de ceux qui pourtant devraient être les "cadres" de la révolution", que le régime pèche par "l'absence d'une direction collective", que "le projet bolivarien manque cruellement de débats idéologiques et d'une analyse en profondeur des conditions objectives".

Il n'échappera à personne que, malgré les défauts bien réels qu'Inprecor lui attribue, le "bolivarisme" ne réussit finalement pas si mal à mener sa barque. Mais, au Secrétariat unifié devenu Bureau exécutif, on ne se refait pas : si Chavez voulait bien accepter quelques conseils - voire quelques conseillers, comme quand cette même prétendue IVe Internationale avait envoyé l'un de ses principaux dirigeants auprès de Ben Bella après l'indépendance algérienne - les choses iraient mieux. Au Venezuela ? Ou à la direction du Bureau exécutif ? En tout cas, ce dernier croit pouvoir faire profiter Chavez de quelques recettes sûres en matière économique. "Jusqu'à présent, professe Inprecor, on assiste à un modèle de développement qui ne se pose absolument pas la question de l'impact écologique et qui n'est pas toujours en accord logique avec les besoins de la population." Ah, si la population voulait bien être en accord avec "la question de l'impact écologique" et que Chavez, apprend-on un peu plus loin, veuille bien se préoccuper des "énergies renouvelables", Inprecor en rosirait de plaisir ! Et avec elle ce qui s'appelle Bureau exécutif de la IVe Internationale, dont le congrès mondial en 2010 - et ce n'est pas tous les ans qu'il a l'occasion de se réunir en congrès - a été presque exclusivement consacré à la question... écologique !

Question plus décisive pour les marxistes, celle de l'État est quand même abordée par Inprecor. Pour constater que l'ex-lieutenant-colonel Chavez n'a, évidemment, pas brisé l'appareil d'État de la bourgeoisie vénézuélienne ? Non, de cela il n'est nulle part question. Pourtant, s'il est un continent où l'appareil d'État, sous sa forme policière et armée, a de longues traditions d'intervention pour écraser le mouvement populaire et la classe ouvrière - et cela sous toutes sortes de gouvernements : que l'on se souvienne de celui, dit de gauche, d'Allende au Chili ! -, c'est bien l'Amérique du Sud. Mettre en garde contre ce risque, montrer en quoi un gouvernement, même "populaire" comme celui de Chavez, n'en prémunit en rien les masses si celles-ci ne prennent pas elles-mêmes leur sort en main, ce devrait être impératif pour qui se revendique du marxisme révolutionnaire.

Au lieu de cela, Inprecor cherche "à faire réfléchir le gouvernement" (!) sur l'existence de "groupes paramilitaires armés jusqu'aux dents (et sur les) conséquences désastreuses que pourrait avoir ce fléau à long terme sur le processus bolivarien et sur la société vénézuélienne dans son ensemble."

Mieux, ou pire, il lui est reproché d'avoir "fait son deuil de réformer en profondeur l'État pour tenter de le rendre plus efficace". Si l'on comprend bien, Chavez ne serait pas assez... réformiste, et ce sont des gens qui prétendent représenter la IVe Internationale qui le disent ! Si les auteurs de l'article ont jamais lu des écrits de Marx, Lénine, Trotsky et d'autres révolutionnaires marxistes combattant le réformisme, il faut croire qu'ils se sont empressés de tout en oublier.

En revanche, les auteurs de l'article consacrent une longue tirade à accuser Chavez de mobiliser "deux cents fonctionnaires pour répondre quotidiennement aux requêtes des Vénézuéliens faites à travers Twitter et du blog www.chavez.org.ve", un "dialogue direct entre Chavez et la population au travers de Twitter (qui) semble démontrer qu'une réforme en profondeur de l'appareil d'État n'est toujours pas à l'ordre du jour". Comprenne qui pourra.

La "formule qui marche"... sans le Bureau exécutif ?

Tout cela serait risible, si ce n'était pitoyable, car Inprecor est quand même considérée comme la revue d'un courant qui fait toujours référence à la IVe Internationale. Encore que cette référence n'ait plus rien à voir avec la réalité. Ainsi, Inprecor a choisi de se demander en titre de son dossier comment "le Socialisme du XXIème siècle" pourrait "trouver la formule qui marche" puisque, à en croire ses auteurs, "la révolution bolivarienne n'est jusqu'à présent pas parvenue à imposer son propre imaginaire collectif."

Évidemment, si la "révolution" est avant tout affaire d'"imaginaire collectif", la question de la classe ouvrière, de son parti, de la politique qu'il propose, de l'organisation du prolétariat, de son intervention consciente dans la vie politique et sociale, de sa prise du pouvoir, n'ont rien à faire là. Et ultime conséquence de la chose, la question même de l'existence d'une IVe Internationale semble bien près de passer, elle aussi, à la trappe.

"S'il est un domaine dans lequel la politique de la révolution bolivarienne a modifié les rapports de forces, c'est sans doute celui de l'intégration régionale", s'enthousiasme Inprecor, qui relève les accords d'échange pétrole vénézuélien contre médecins cubains ou la création de l'ALBA (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique), un traité de commerce unissant huit pays, certains tout petits, d'Amérique latine. Et de "saluer la ligne anti-impérialiste de la diplomatie vénézuélienne (...) en claire opposition à Washington et à ses prétentions hégémoniques." Encore qu'Inprecor préfère ne pas rappeler les embrassades Chavez-Ahmadinejad de 2006, qui pourraient jeter une ombre sur la "claire" ligne du "bolivarisme".

Mais il en faudrait plus pour empêcher les auteurs de l'article de s'exclamer en conclusion : "Comment ne pas applaudir" à toute une série de réformes ; "Comment ne pas soutenir" des lois "s'inspirant des principes de Bolivar, de souveraineté et d'indépendance nationale, de justice sociale, d'égalité sociale..." qui seraient "autant d'actes concrets qui ne peuvent nous faire douter de l'intérêt de l'expérience bolivarienne et de l'exemple qu'elle peut représenter de par le monde."

Certes, ils rappellent certaines de leurs réserves comme le fait qu'aux "réformes aux claires avancées sociales, qui semblent être un pas de plus dans la construction du Socialisme du XXIe siècle, peut succéder une série d'attitudes et de décisions qui ont de quoi (faire) douter de la cohérence dans la ligne politique établie". Mais pas au point, même quand Inprecor rappelle les "relations parfois très étroites, voire incestueuses (du régime), avec les intérêts du capital privé", de faire douter la revue du Bureau exécutif. Imperturbable, elle conclut que, "après onze années de pouvoir, on peut supposer que le processus a su construire un certain nombre de fondamentaux" et que, pour que "le chemin vers le Socialisme du XXIe siècle ne se convertisse en une chimère de plus (...) il est donc plus que temps que ce processus s'accélère."

Vers quoi ? Vers des "fondamentaux" dont la revue "suppose" - si tant est que cela signifie quoi que ce soit - qu'ils ont été construits ? Mais lesquels ? Ceux du "Socialisme du XXIe siècle" dans un seul pays dont le régime entretiendrait "des relations très étroites" avec le capital privé ?

Mais, même à supposer que l'accélération du "processus", terme maintes fois répété par les auteurs qui, on l'a vu, lui donnent pourtant un contenu plus que mitigé, désigne "l'accélération de la prise du contrôle des banques et de l'appareil productif", la mise en place "d'une planification cohérente et ambitieuse", comme indiqué dans le dernier paragraphe du texte - sans doute une réminiscence d'écrits (trotskystes) du... XXe siècle -, nulle part il n'est dit quelle force sociale, quelle classe pourrait mettre en œuvre ce programme, ni quelle organisation politique le défend et comment. S'agit-il de s'adresser à la classe ouvrière ? Le texte ne l'envisage ni de près ni de loin. Et encore moins évoque-t-il la nécessité de la construction d'un parti communiste révolutionnaire qui se donnerait comme tâche de mener le prolétariat au combat.

En revanche, on voit bien, et tout le texte le dit et le répète, que c'est à l'État bolivarien "qui ne veut pas se réformer", à son appareil dirigeant "qui entretient des relations étroites avec le capital privé", que ce qui s'appelle encore la IVe Internationale adresse ses conseils.

Une vieille tradition pour un courant qui, depuis bien longtemps, a cessé de défendre la nécessité de construire une internationale et des organisations communistes révolutionnaires dans chaque pays, ne cherchant à s'appuyer que sur le prolétariat, et non pas à donner des conseils à des leaders nationalistes, certes plus ou moins radicaux, qui ne rêvent que d'une chose - qu'ils la baptisent ou pas "socialisme" : créer les bases d'un développement moins dépendant de l'impérialisme pour leur propre bourgeoisie... quand bien même, individuellement, voire collectivement, les bourgeois de leur propre pays ne leur en savent aucun gré.

Évidemment, à courir depuis des décennies après les chimères du "socialisme" à la Tito, Ben Bella, Castro ou version sandiniste ou encore bolivarienne, on finit par être rattrapé par la réalité. L'article cité en donne une bonne illustration,lui qui consacre tout un chapitre à l'appel lancé par Chavez, fin 2009, à créer "une Ve Internationale qui devrait, selon lui, rassembler des partis de gauche et des mouvements sociaux" et qui "a immédiatement suscité un grand intérêt parmi la gauche radicale au niveau mondial." En tout cas, parmi les milieux que côtoient les militants du Bureau exécutif, si l'on en juge par les discussions à ce sujet au dernier congrès, déjà évoqué, de ce mouvement. Certes, lors dudit congrès, il n'a pas été adopté la proposition de saborder ce courant au profit de la Ve Internationale chaviste... dont la réunion constitutive avait été ajournée au même moment par les autorités vénézuéliennes. Mais, même après ce qu'Inprecor qualifie d'effet d'annonce de la direction "bolivarienne", le Bureau exécutif, en la personne de François Sabado, donc la direction de ce courant, a fait savoir qu'il était "important que (ses) militants s'impliquent, autant que possible, dans la construction de la Ve Internationale, sans préjugés, mais en réaffirmant nos positions anti-impérialistes, anticapitalistes et écosocialistes. Une implication nécessaire pour faire triompher une Vème Internationale qui se doit d'être indépendante de quelque gouvernement que ce soit."

En clair, car le dernier morceau de phrase n'est là que pour camoufler un alignement derrière Chavez, au sein d'un rassemblement de "partis de gauche et de mouvements sociaux" - il n'est même pas évoqué des partis ou organisations révolutionnaires, a fortiori trotskystes - le fin du fin de la politique du Bureau exécutif de cette IVe Internationale-là, ce serait de faire comme la LCR avec le NPA : disparaître en tant qu'organisation ayant encore des liens, il est vrai de plus en plus difficiles à percevoir, avec le marxisme révolutionnaire.

29 septembre 2010

  • 1. En 2003, ce qui était connu depuis quarante ans dans l'extrême gauche comme le Secrétariat unifié de la Quatrième internationale, ou SU, s'est transformé, sur fond d'éparpillement croissant de ses sections, en un Bureau exécutif de la Quatrième internationale doublé d'un Comité international de la Quatrième internationale. Dans le corps de cet article nous parlerons donc du «Bureau exécutif» ou de l'"ex-SU" pour désigner ce courant