Gaza - Après l’agression militaire israélienne

 

À l'issue de la conférence consacrée à la « reconstruction de Gaza » qui s'est tenue au Caire le 12 octobre 2014, les représentants des États participants se sont engagés à verser 5,4 milliards de dollars (4,3 milliards d'euros).

Sur les cinquante pays présents au Caire, la promesse du Qatar est la plus généreuse avec 800 millions d'euros, suivie par celles de l'Union européenne et des États-Unis, se montant respectivement à 450 et 315 millions d'euros.

Mais si l'on en croit les déclarations du ministre norvégien des Affaires étrangères à une chaîne de télévision égyptienne, seule la moitié de la somme promise sera affectée à la reconstruction de Gaza. C'est dire que l'aide sera bien en dessous des 4 milliards de dollars demandés par l'Autorité palestinienne pour « reconstruire Gaza ». Et comme le versement de ces sommes pourrait être conditionné à la reprise des « négociations de paix » avec Israël, reprise qui ne dépend ni de l'Autorité palestinienne ni du Hamas, il n'est pas dit qu'au final les Palestiniens bénéficient d'une aide substantielle.

Toute une discussion s'est par ailleurs engagée, d'où il ressortait que nombre d'États donateurs sont « fatigués » d'avoir à mettre la main à la poche après chaque intervention israélienne. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, s'est déclaré « très en colère » car, a-t-il expliqué, « en 2009, la communauté internationale s'était déjà réunie (en Égypte, pour la reconstruction de Gaza). Nous sommes à nouveau ici (...) Le cycle constructions-destructions se poursuit, il empire. » Certes, mais qu'ont donc fait tous ces « donateurs » qui se disent « frustrés » aujourd'hui, à commencer par les plus puissants comme les États-Unis ou les pays de l'Union européenne, pour empêcher l'État israélien d'envoyer ses avions bombarder Gaza ? Absolument rien ! Et surtout, rien n'est demandé à Israël concernant les réparations, alors qu'il est le premier responsable des destructions. C'est d'ailleurs une constante de ne rien exiger de cet État qui peut bombarder et massacrer impunément à Gaza, avec la complicité passive, si ce n'est active, des grandes puissances. L'opération « Bordure protectrice » a non seulement été la troisième agression militaire majeure sur Gaza en six ans, mais elle a également été la plus importante depuis le début de l'occupation des territoires palestiniens en 1967.

 

Gaza transformé en une prison à ciel ouvert

 

Dans la petite bande côtière de Gaza, longue de 41 km et large de 6 à 12 km, vivent plus de 1,8 million de personnes, ce qui en fait une des zones du monde les plus densément peuplées avec plus de 4 700 habitants au kilomètre carré. Plus d'un tiers des Gazaouis vivent dans un des huit camps créés en 1949, au lendemain de la naissance de l'État d'Israël, pour accueillir une partie des centaines de milliers de Palestiniens expulsés de leurs terres. Après la guerre des Six jours, la bande de Gaza passa sous administration israélienne. Plus que tout autre territoire, elle concentrait tous les éléments susceptibles d'en faire une véritable poudrière. C'est d'ailleurs dans un des camps de Gaza, celui de Jabaliya, qu'a commencé la première Intifada en décembre1987.

En août 2005, le gouvernement israélien, alors dirigé par Ariel Sharon, décida d'évacuer l'enclave de Gaza, contraignant les quelque 8 000 colons israéliens qui s'y étaient établis à partir. Si ce Premier ministre israélien, connu pour ses idées d'extrême droite, alla jusqu'à s'opposer à une poignée de colons israéliens, ce ne fut pas par pacifisme ou parce qu'il répondait enfin aux aspirations nationales des Palestiniens. Pas du tout. Sharon jugea seulement que la poursuite de l'occupation de Gaza était devenue trop difficile et trop coûteuse, préférant consacrer ses forces à la poursuite de la colonisation en Cisjordanie.

En fait, les dirigeants israéliens ont transformé la bande de Gaza en une véritable prison à ciel ouvert, n'autorisant qu'un ou deux points de passage, qu'ils peuvent décider de fermer à tout moment, coupant les Gazaouis de tout contact avec le reste du monde. Après la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en 2007, le gouvernement israélien soumit ce territoire à un blocus quasi total.

Les conséquences ont été dramatiques pour la population. L'importation des matériaux de base n'étant pas autorisée et les exportations n'étant plus possibles, presque toutes les entreprises de Gaza se sont retrouvées à l'arrêt. La pêche, activité principale des Gazaouis, a été rendue quasiment impossible du fait de la restriction des zones maritimes autorisées aux Palestiniens. Plus de 40 % des Palestiniens de Gaza, et près de 70 % des jeunes, se sont ainsi retrouvés sans emploi. Pour 80 % de la population, la survie quotidienne dépendait - et dépend toujours - de la distribution d'une aide alimentaire, acheminée en fonction du bon vouloir des autorités israéliennes. Le blocus s'appliquait, et s'applique toujours, à des produits aussi essentiels que les médicaments, les matériaux de construction, l'essence et le fioul sans lesquels la centrale électrique et les installations de purification des eaux ne peuvent fonctionner.

 

Un territoire soumis à des interventions militaires régulières

 

Depuis son départ de Gaza, l'armée israélienne n'a jamais cessé d'y intervenir comme bon lui semblait. Régulièrement, des bombardements ont lieu. Des militants palestiniens sont la cible de missiles qui tuent également tous ceux qui ont le malheur de se trouver à l'intérieur ou à proximité du bâtiment visé. En 2006, en 2008 et en 2012, les habitants de Gaza ont dû subir des opérations militaires de grande ampleur, meurtrières et destructrices.

Sur les cinquante et un jours qu'a duré la dernière agression, du 8 juillet au 26 août 2014, quelque 700 tonnes de munitions ont été utilisées par l'armée israélienne, ce qui équivaut au largage de deux tonnes de munitions par kilomètre carré. Le dernier bilan fait état de 2188 morts du côté palestinien, dont au moins 1 658 civils, et de plus de 11 000 blessés. 13 % de l'ensemble des logements disponibles à Gaza ont été partiellement ou complètement détruits et quelque 110 000 personnes, ayant dû fuir les bombardements, sont toujours sans domicile.

Sur les 32 hôpitaux ou centres de santé, 17 ont subi des dégâts et six sont détruits. Les équipements d'approvisionnement en eau ont été grandement endommagés, privant 450 000 civils de tout accès à l'eau. La destruction de l'unique centrale électrique de Gaza prive d'électricité la totalité de ses habitants pendant approximativement vingt heures par jour, avec toutes les conséquences imaginables pour le fonctionnement des établissements nécessaires à la vie. Les bombardements n'ont pas épargné des infrastructures parrainées et contrôlées par l'ONU, y compris les écoles.

Pour justifier cette nouvelle guerre, les dirigeants israéliens ont, comme les fois précédentes, prétendu vouloir mettre fin aux tirs de roquettes sur Israël. S'est ajoutée cette fois-ci la « menace » qu'auraient représentée des tunnels permettant des infiltrations de commandos palestiniens en Israël.

La politique des groupes palestiniens qui s'en prennent aux populations civiles au prétexte de lutter contre la politique des dirigeants israéliens est non seulement criminelle mais sans issue, ne serait-ce que parce qu'elle développe un sentiment d'insécurité parmi la population israélienne, favorisant le réflexe d'unité nationale derrière l'armée et le gouvernement qui s'en trouve ainsi renforcé.

Mais la simple évocation du bilan de cette guerre permet de juger des « arguments » avancés par le gouvernement israélien qui, en matière de terrorisme, est autrement plus efficace et meurtrier. Officiellement, six civils israéliens ont été tués alors que, dans le même temps, le terrorisme aveugle de l'État israélien faisait des milliers de morts du côté palestinien. Contre la barbarie dont a fait preuve l'armée israélienne, les révolutionnaires se devaient d'être inconditionnellement solidaires des Palestiniens massacrés à Gaza.

 

Oppression et expropriation, deux constantes de la politique d'Israël

 

Ce nouveau bain de sang témoigne de l'impasse dans laquelle les deux peuples palestinien et israélien sont acculés. La responsabilité en incombe aux dirigeants israéliens qui, depuis la fondation de l'État israélien en 1948, ont toujours refusé de reconnaître les droits nationaux du peuple palestinien, usant de la force pour le soumettre et le spolier d'une partie toujours plus importante de ses terres. Cette politique a conduit, à partir de 1967, à l'occupation par l'armée israélienne de la Cisjordanie et de Gaza.

Quand, à la fin des années 1980, éclata la première Intifada, la répression s'avéra inefficace pour briser la révolte palestinienne. Les dirigeants israéliens se résolurent alors, en 1993, à signer les accords d'Oslo avec l'OLP, la principale organisation palestinienne avec laquelle ils avaient refusé toute négociation jusque-là, la qualifiant de terroriste.

Les dirigeants israéliens acceptèrent de concéder une autonomie extrêmement restreinte à une administration palestinienne appelée Autorité palestinienne (AP) s'exerçant sur Gaza et une petite partie de la Cisjordanie. Mais ils se refusèrent à accepter la création d'un État palestinien. Par ces accords, il s'agissait d'abord et avant tout de confier aux dirigeants de l'OLP les tâches de police contre la population palestinienne que l'armée israélienne ne parvenait plus à assurer.

En fait, le « processus de paix » n'a jamais eu un début de commencement de réalisation. Le Premier ministre israélien qui signa les accords d'Oslo ne fit que reconnaître l'OLP mais sans jamais s'engager à la moindre reconnaissance d'un État palestinien. Sur ce point, Rabin, que l'on présente encore comme ayant voulu réellement la paix, était pourtant très précis dans la politique qu'il défendait et ne cachait aucun de ses objectifs. À un journaliste qui lui demandait si l'accord passé avec le leader palestinien Arafat était une première étape vers un État palestinien, Rabin répondit : « C'est exactement le contraire. Il s'agit d'un accord intérimaire qui permettra aux Palestiniens de gérer leurs affaires propres (...) mais nous maintiendrons la sécurité des implantations, nous aurons le contrôle et la sécurité des Israéliens circulant dans les Territoires et tout le dispositif de sécurité extérieur, le long du Jourdain et au sud de la bande de Gaza. »

Et un mois avant son assassinat, Rabin précisait toujours : « Nous envisagerons une solution permanente avec un État d'Israël qui inclura la plus grande partie de la terre d'Israël de l'époque du Mandat britannique, et à ses côtés, une entité palestinienne qui sera un foyer pour la plupart des résidents palestiniens vivant dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Nous voulons que cette entité soit moins qu'un État et qu'elle gère de manière indépendante la vie des Palestiniens sous sa responsabilité. Les frontières de l'État d'Israël (...) seraient au-delà des lignes qui existaient avant la guerre des Six-jours. Nous ne retournerons pas aux lignes de 1967. »

Dans le même temps où les dirigeants de l'Autorité palestinienne s'engageaient à contrôler et au besoin à réprimer leur propre population, les gouvernants israéliens poursuivaient la politique de colonisation. Aujourd'hui, il y aurait plus de 382 000 colons en Cisjordanie et 200 000 à Jérusalem-Est. Et leur nombre continue d'augmenter, l'actuel gouvernement de Netanyahou les appuyant ouvertement. Rien que durant les six premiers mois de l'année 2014, plus de 7 500 nouveaux colons se seraient installés. À la fin du mois d'août 2014, les autorités israéliennes ont annoncé la saisie de 400 hectares de terres au sud de Bethléem, en Cisjordanie, ce qui constitue la plus grande saisie réalisée durant ces trente dernières années. Rappelons que la division de la Cisjordanie en trois zones établie par les accords d'Oslo est toujours en vigueur, 60 % du territoire restant sous administration militaire israélienne.

 

L'autorité palestinienne, entre opposition et collaboration

 

Tous les gouvernements israéliens qui se succédèrent, même les plus à droite, ont continué, quoique chichement, à reconnaître l'Autorité palestinienne qui leur était finalement bien utile dans la mesure où elle jouait un rôle tampon avec une partie de la population de Cisjordanie, contribuant à lui faire accepter son sort.

Cette reconnaissance a minima laisse à l'Autorité palestinienne de faibles marges de manœuvre, d'autant que l'État israélien conserve tous les moyens de la contrôler complètement. À plusieurs reprises, l'État israélien s'est par exemple refusé à reverser le produit des taxes douanières qu'il est censé percevoir pour le compte de l'AP, tout le commerce extérieur palestinien transitant par Israël.

Sur le plan des relations commerciales, la dépendance des Palestiniens vis-à-vis de l'économie israélienne est quasi totale, 90 % des échanges dans les deux sens se faisant avec Israël. En l'absence de monnaie palestinienne, c'est le shekel israélien qui est utilisé pour les échanges courants, ce qui permet à l'État israélien de garder la main sur l'ensemble du système financier palestinien.

Même l'aide pour la reconstruction de Gaza, qui vient d'être accordée, transitera en partie par Israël pour être ensuite gérée et redistribuée par l'AP. Comme l'a résumé cyniquement Avigdor Lieberman, ministre israélien des Affaires Étrangères, après la conférence du Caire à laquelle Israël ne participait pas : « La reconstruction elle-même ne se fera pas sans nous... Israël est un acteur indispensable de la reconstruction de la bande de Gaza »... après avoir été l'acteur de sa destruction !

Mais au-delà des gouvernements israéliens successifs, la responsabilité de la situation actuelle incombe à la politique que les puissances impérialistes ont menée dans la région. En effet, si le gouvernement israélien peut se permettre de nier les droits des Palestiniens et se sent libre d'agir comme bon lui semble, c'est qu'il peut compter sur le soutien inconditionnel des États-Unis et d'autres puissances impérialistes. Dans cette région du Moyen-Orient si stratégique pour les intérêts occidentaux, les dirigeants israéliens ont montré leur capacité à mobiliser leur population et à l'amener à se battre avec détermination contre les États ou les peuples arabes avoisinants. C'est ce qui leur vaut de bénéficier de l'appui indéfectible des États-Unis, qui disposent ainsi d'un allié autrement plus fiable que les États arabes de la région, plus soumis à la pression de leurs populations.

Pour s'imposer dans cette région, les puissances impérialistes ont dressé les peuples les uns contre les autres. Et aujourd'hui, il est toujours dans leur intérêt que se poursuivent ces oppositions payées au prix fort par les populations juive et arabe.

 

L'autorité palestinienne, dans le giron de l'impérialisme

 

Pour autant, les États-Unis ne peuvent se passer d'alliés dans le camp arabe. L'Autorité palestinienne est l'un d'eux. Du coup, ils sont prêts à débourser quelques millions pour payer les fonctionnaires de l'AP ou pour reconstruire des infrastructures sans lesquelles la vie n'est pas possible, par exemple pour rebâtir une centrale électrique dont ils savent qu'elle sera probablement à nouveau détruite par les avions israéliens. En fait, l'Autorité palestinienne doit son existence à l'aide internationale sans laquelle elle ne pourrait pas boucler son budget. Durant les années 1994-2000, le volume des aides attribuées à l'AP a oscillé en moyenne autour de 500 millions de dollars par an. Puis cette aide a doublé à partir de 2001, et continué à croître dans les années qui ont suivi. Comme l'a exprimé un diplomate occidental à un journaliste, à l'occasion de la conférence du Caire, les États payent pour garantir la « stabilité ». Et pour cela, ils payent d'abord pour doter le pouvoir palestinien d'une police : 35 % du budget de l'Autorité palestinienne est consacré à la sécurité et plus de la moitié de ses employés appartiennent aux services de sécurité.

Ces financements ont eu deux principaux effets : le développement des appareils de l'AP et par conséquent celui de son poids économique et, presque par voie de conséquence, la corruption de la direction palestinienne. Cela a permis à toute une couche sociale de prospérer et de vivre convenablement. Issue de familles à la puissance ancienne ou constituée de nouveaux affairistes devant leur fortune à leurs liens avec des responsables de l'AP, une bourgeoisie domine l'économie palestinienne qui, pour être faible, n'en est pas moins source de profits pour une minorité. Ainsi il faut citer la famille Al-Masri, dont le patriarche Munib al-Masri, âgé de 80 ans, surnommé le Rothschild palestinien, a fait fortune bien avant la création de l'Autorité palestinienne. Mais ce proche de Yasser Arafat a su allier son « patriotisme » à un sens certain des affaires. Il dirige une société, PADICO, omniprésente dans tous les secteurs de l'économie, de la construction à la téléphonie. D'autres membres de la famille, cousins et neveux, dirigent des entreprises importantes, dans l'immobilier et le secteur bancaire notamment. Ces riches Palestiniens n'ont pas à subir les humiliations en franchissant les barrages israéliens car ils bénéficient de cartes de VIP, obtenues auprès d'officiels israéliens. Pour cette couche de privilégiés, la création de l'Autorité palestinienne a été une source d'enrichissement.

Par contre, pour la grande masse des Palestiniens, les conditions de vie sont toujours aussi difficiles, notamment à cause du chômage qui touche officiellement près d'un tiers de la population de Cisjordanie, certainement bien plus en réalité.

 

La rivalité entre le Hamas et le Fatah

 

Le Fatah, principale composante de l'OLP, est à la tête de l'Autorité palestinienne depuis sa création. La corruption de ses membres et le fait qu'il est apparu à la population comme complice des pressions israéliennes ont engendré des déceptions au sein de la population ce qui a ouvert la voie au Hamas. Rappelons que ce parti islamiste a bénéficié à ses débuts du soutien des autorités israéliennes qui voyaient en lui un moyen d'affaiblir les mouvements nationalistes qui se disaient laïcs et progressistes. Cette tactique a fini par se retourner contre les dirigeants israéliens quand le Hamas a conquis une audience en reprenant à son compte le drapeau du nationalisme palestinien. En janvier 2006, le Hamas a remporté les élections législatives et a constitué son propre gouvernement. En butte aux pressions internationales, à celles de l'État israélien, et devant le refus du Fatah de céder le pouvoir, les islamistes ont dû accepter la formation d'un gouvernement d'union nationale. Ce gouvernement vola finalement en éclats, le Hamas prenant le contrôle de Gaza, tandis que celui de la Cisjordanie restait aux mains du Fatah.

À Gaza, le Hamas a utilisé les mêmes méthodes dictatoriales que son concurrent, pourchassant et emprisonnant les opposants. S'y est ajouté « l'ordre moral » que les islamistes ont, dans une certaine mesure, instauré à Gaza, les femmes ayant été les premières victimes de leurs idées archi-réactionnaires. La police des mœurs a bien tenté de s'immiscer dans tous les domaines de la vie sociale, mais s'est heurtée fort heureusement à bien des résistances car nombreux sont les Palestiniens qui supportent mal les interdits imposés par les religieux.

En avril 2014, le Fatah et le Hamas se sont mis à nouveau d'accord pour former un gouvernement d'union nationale, constitué de technocrates censés n'appartenir à aucun parti. Ce gouvernement, formé en juin, s'est réuni pour la première fois à Gaza le 9 octobre 2014. En réalité, sur le terrain, aucun des protagonistes n'accepte visiblement de lâcher une miette de pouvoir à son concurrent dans la zone qu'il contrôle. L'avenir montrera la durabilité de cette « réconciliation ». Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a là aucun enjeu pour la grande masse des Palestiniens, car le Fatah et le Hamas, qu'ils soient associés ou non dans un même gouvernement, représentent chacun à leur façon les intérêts des catégories sociales les plus aisées, auxquels s'ajoutent pour le Hamas les intérêts de la hiérarchie religieuse.

 

Affirmer les perspectives internationalistes et du communisme

 

Alors, quelles solutions, quel avenir pour les classes populaires de cette région du monde qui, depuis des décennies, se heurtent à l'impasse des nationalismes ?

Dans cette situation d'impasse sanglante, les manifestations qui ont eu lieu en Israël à plusieurs reprises contre la guerre à Gaza ont montré qu'il ne pouvait pas y avoir unanimité nationale. Certes très minoritaires, ceux qui ont manifesté, malgré les pressions de l'extrême droite nationaliste, représentent l'espoir que soit mis fin à la spirale guerrière. Il est à souhaiter qu'une fraction des Israéliens finissent par s'opposer à leur gouvernement et par se convaincre qu'il n'y a pas de paix possible sans que soit reconnu aux Palestiniens le droit à disposer de leur propre État, droit qui leur a été refusé jusqu'à aujourd'hui.

Mais pour les pauvres et les exploités, cette lutte contre l'oppression nationale ne peut jamais se dissocier de la lutte contre l'impérialisme. La création d'un État palestinien ne suffira pas à changer le sort des masses palestiniennes. Un tel État, quelles que soient ses délimitations et l'étendue de sa souveraineté, ne mettra pas fin au sous-développement, à la misère et aux inégalités. Au contraire, il trouvera sa place dans l'ordre impérialiste, comme l'Autorité palestinienne aujourd'hui, et il aura pour mission de faire accepter son sort à sa population.

Pour les plus pauvres, la fin de l'oppression n'est possible qu'avec le renversement de l'ensemble du système impérialiste fondé sur la domination et l'exploitation du monde par quelques grandes puissances. C'est ce combat que devront mener ensemble les travailleurs et les exploités de cette région, juifs et arabes. C'est le combat que devra mener demain le prolétariat quand il retrouvera le chemin de la lutte révolutionnaire et des idées internationalistes. Et c'est cette perspective qu'il est essentiel que les communistes révolutionnaires continuent de faire entendre aujourd'hui.

21 octobre 2014