Annexes - II

Dans son intervention, Jacques Morand fait allusion à un texte paru dans l'hebdomadaire Lutte Ouvrière du 12 octobre 1990, il y a donc quinze ans. Morand ajoute que les camarades de la minorité possèdent des photocopies de ces articles et que tous ceux qui le veulent pourront aller le leur demander.

Comme cela s'est dit au Congrès, la plupart des présents n'ont pas encore eu l'occasion de le faire. C'est pourquoi nous publions ici les trois articles publiés dans une page de notre hebdomadaire.

Cette révolte d'une ZUP de Vaux-en-Velin avait bien des différences avec ce que nous avons connu en novembre. Superficiellement c'est pareil, mais dans le détail, en quinze ans, on s'aperçoit qu'entre cette affaire et ce que nous avons connu récemment, il y a une évolution.

D'abord cette révolte fut limitée à Vaux-en-Velin où avait eu lieu la mort du jeune motard, le 6 octobre. Cela ne s'est pas étendu à d'autres villes, par imitation pure et simple, voire par concours sur internet. En tout cas, les jeunes en question s'en sont pris au centre commercial du quartier et à une vingtaine de magasins, ils n'ont pas brûlé les voitures de leurs voisins, ils n'ont pas brûlé d'écoles, ils n'ont pas brûlé des garages d'autobus ou des autobus avec conducteur et passagère impotente. Il y a là déjà plus qu'une nuance dans les actes des révoltés de 1990 et de ceux de 2005.

Ensuite, cela ne s'est pas étendu par imitation imbécile dans d'autres villes de la région lyonnaise ou de France. C'est ceux qui étaient directement concernés qui ont agi.

Enfin, on remarquera que tout en comprenant la colère de ces jeunes et en dénonçant la responsabilité de l'État, nous n'avons pas flatté les modalités de leurs actions, en disant qu'ils étaient "une fraction de la jeunesse prolétarienne". Nous avons même parlé d'eux en écrivant : "la délinquance et la révolte asociale de la jeunesse pauvre ont toujours existé". Et asociale, pour nous, cela veut dire le contraire du sentiment d'appartenir à une classe sociale déterminée et "fraction de la jeunesse prolétarienne", est une description qui n'a aucun sens politique ou social.

Donc, ce que nous avons écrit aujourd'hui, contrairement à ce qu'affirme Morand, n'est pas le contraire de ce que nous écrivions en 1990 mais, au contraire, dans la droite ligne de ce que nous écrivons aujourd'hui devant une généralisation par imitation irréfléchie et inconséquente de proche en proche. Et notre conclusion était qu'aujourd'hui la responsabilité immédiate est principalement celle de l'État, le problème de l'éducation et aussi bien sûr celui du mouvement ouvrier.

Rappelons qu'aujourd'hui aussi les remarques que nous faisons sur la forme de la révolte des jeunes figurent au sein de larges développements sur la pauvreté, l'habitat et surtout le chômage. Mais il n'empêche qu'on ne peut pas tout excuser sous prétexte qu'on appartient au prolétariat. Nous le disons dans nos interventions, il y a bien des actes du prolétariat en lutte que nous réprouvons et nous l'avons même écrit. Et puis, parmi les électeurs et les troupes de Le Pen, il y a des ouvriers, des travailleurs dont beaucoup sont xénophobes ou racistes. Dirions-nous qu'il faut les considérer eux aussi comme une "fraction du prolétariat" dont le mouvement ouvrier dans son ensemble devrait s'inspirer ?