Discussion entre le SWP-Grande Bretagne et Lutte Ouvrière : réponse de Lutte Ouvrière

Le Socialist Workers Party de Grande Bretagne nous a adressé, à la suite de la publication de l'article « sur la situation actuelle du mouvement trotskyste » paru dans le numéro 1 (juillet 1986) de Lutte de Classe, l'article que l'on lira ci-dessous. Il traite du bilan du mouvement trotskyste que dressent ces camarades et de leur politique vis-à-vis de celui-ci. Nous le publions dans ce numéro, ainsi qu'une réponse de Lutte Ouvrière. Nous espérons que le débat entre nos deux organisations qui débute ici se poursuivra, et, nous l'espérons, avec d'autres aussi, en rappelant que l'un des buts de cette nouvelle série de Lutte de Classe trilingue est justement d'engager la discussion avec les différents courants trotskystes et communistes révolutionnaires.

Réponse de Lutte Ouvrière

Bien que les camarades du SWP s'affirment en accord avec Lutte Ouvrière sur de nombreux points et partagent, paraît-il, notre appréciation du mouvement trotskyste mondial, il nous faut le dire d'entrée : à la lecture de leur article, il semble qu'un abîme sépare le SWP de Lutte Ouvrière. Et cet abîme est au coeur de nos méthodologies respectives, de nos philosophies.

 

Trotsky ou nostradamus ?

Quelle est en effet la raison de la situation actuelle de la Quatrième Internationale, c'est-à-dire la raison de l'échec du mouvement communiste révolutionnaire depuis la Seconde guerre mondiale, d'après le SWP ? Dans le fait que les prédictions de Trotsky ne se sont pas réalisées.

Pauvre Trotsky, transformé une nouvelle fois en prophète ! Mais en réduisant Trotsky à une sorte de Nostradamus de la révolution, le SWP présente sa propre pensée bien davantage que celle de Trotsky. Malheureusement.

Juger le militant Trotsky sur ses prétendues prévisions est le même type de pseudo-logique qui alimente tous ces détracteurs de Marx, d'Engels, de Lénine, qui affirment que, puisque leurs prédictions sur la révolution prolétarienne ne se sont pas produites, c'est que le marxisme serait une construction totalement erronée. Assimiler à des prévisions les marques et les affirmations de confiance venant de la part de militants, dans l'avenir, dans le prolétariat, dans l'activité de leur parti et dans leur propre action est une simple lecture, érudite ou pas, du marxisme, mais pas sa compréhension militante, c'est-à-dire correcte et réelle.

L'idée même que Trotsky prédisait l'avenir est une absurdité. Trotsky, jugeant comme tous les marxistes qu'à notre époque la révolution prolétarienne était possible, s'était donné pour tâche de bâtir l'instrument indispensable à sa réalisation, le parti mondial prolétarien révolutionnaire, la Quatrième Internationale. Il ne prédisait pas une révolution qui adviendrait automatiquement, quoi qu'il arrive. Il tentait de créer certaines des conditions qui permettraient cette révolution.

Certes, cinquante ans plus tard, force est de constater qu'il a échoué. Et pour les militants révolutionnaires, il est diablement important de comprendre pourquoi.

Mais ce n'est pas cette question que pose, et se pose, le SWP. Pour lui, Trotsky n'a pas échoué, il s'est trompé. C'est plus qu'une nuance. Il disait la révolution possible (ce que le SWP transforme en il prédisait la révolution, ce qui est plus qu'une nuance aussi), il disait aussi possible la construction d'un parti international révolutionnaire. Ni l'une ni l'autre ne sont advenues. Elles étaient donc impossibles.

Car c'est bien là la conclusion du SWP. La révolution prolétarienne après la Seconde Guerre mondiale, comme la construction de l'Internationale, étaient des chimères. Trotsky s'est trompé. Ce qui a été devait être. L'histoire était sans doute écrite de toute éternité. Inch Allah. Amen.

Voilà d'abord qui absout, pour l'essentiel, ceux qui ont hérité de la Quatrième Internationale de Trotsky, tous ces « trotskystes orthodoxes » que le SWP fustige si fort.

Car avouons-le, si rien n'était possible, ni faire la révoluton ni même construire le parti révolutionnaire, alors ils ont tout de même quelques excuses à n'avoir rien fait.

On s'interroge même. Si'la révolution est un rêve impossible pour l'instant, si même la construction d'un parti révolutionnaire est une douce utopie dans cette période, mais alors, pourquoi le SWP ?

Pour justifier leurs jugements, les camarades du SWP doivent cependant réécrire l'histoire. Ou du moins en gommer une partie. Et c'est toujours une inquiétante façon de raisonner.

Ils résument, en effet, dans cet article les quarante années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale ainsi : « Au lieu de s'effondrer, le stalinisme s'est étendu de l'Elbe au Pacifique. Au lieu de stagner et décliner, les forces productives se sont considérablement développées pendant ce qui a été le boom le plus long de l'histoire du capitalisme. »

Ainsi, le SWP oublie tout simplement que ces quarante années ont vu des bouleversements révolutionnaires sur au moins les trois quarts de la planète, dans tout le monde colonial et semi-colonial, la mobilisation des masses les armes à la main dans des douzaines de pays, la création de dizaines de nouveaux États indépendants.

A la lumière de l'histoire de ces quarante années sur l'ensemble de la planète, et pas seulement en Grande-Bretagne ou en France (quoique en Grande-Bretagne et en France les possibilités d'une politique révolutionnaire, et donc d'une intervention des révolutionnaires, ont peut-être été quelquefois bien plus grandes que l'analyse succincte donnée ici par le SWP ne le donne à penser - mais c'est un autre débat qu'il nous faudrait avoir avec le SWP), il devient en tout cas plus difficile de se contenter de dire que les « prédictions » de Trotsky se sont révélées fausses.

Et la vraie question, pour les militants communistes révolutionnaires, devient : pourquoi, alors que des bouleversements révolutionnaires se sont produits aux quatre coins de la planète, le prolétariat n'y a-t-il jamais joué aucun rôle indépendant ? Pourquoi, même, les communistes révolutionnaires n'y ont-ils jamais eu une interventon primordiale, sinon décisive ?

C'est à partir de ces questions, et pour répondre à ces questions, que Lutte Ouvrière dresse le bilan de la Quatrième Internationale et fait l'inventaire du mouvement trotskyste. Le SWP, lui, se dit d'accord sur ce bilan et cet inventaire, mais c'est pour en conclure qu'ils sont bien les preuves que rien n'était possible, contrairement à ce que disait Trotsky. Si c'est cela, il y a malentendu. Nous ne sommes d'accord qu'en surface ; sur le fond, tout nous sépare.

Les camarades du SWP aiment bien, semble-t-il, - démarche universitaire - aller chercher dans Marx lui-même quelques citations qui justifieraient leurs analyses actuelles. Alors, qu'ils ne s'arrêtent pas aux Grundrisse. Les analyses socio-économiques de Marx n'avaient, pour lui-même, de sens que parce qu'elles prenaient place dans une philosophie plus fondamentale et plus large, celle qu'il résumait dans une de ses thèses sur Feuerbach : « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, mais il s'agit de le transformer ».

En lisant le texte que les camarades du SWP nous ont adressé, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'à propos de Trotsky et même, peut-être plus grave, à propos du monde contemporain, ils se conduisent davantage en philosophes qu'en marxistes.

 

La question de l'URSS est-elle le critère ?

Il ne s'agit pas ici de relancer le vieux débat sur la nature de l'État soviétique, disent les camarades du SWP. Il est vrai qu'il ne peut se faire dans le cadre de cette première discussion sur la situation du mouvement trotskyste, et que, s'il doit avoir lieu entre nous, nous devons le renvoyer à plus tard.

Mais le SWP n'en consacre pas moins une bonne partie de son article à cette question. En fait, pour le SWP, si les « trotskystes orthodoxes » ont failli, c'est parce qu'ils n'ont pas adopté l'analyse de l'URSS qui est celle de ces camarades et parce qu'ils considèrent toujours l'État soviétique comme un État ouvrier dégénéré.

C'est en fait une nouvelle manière de redire une nouvelle fois la même chose : révolutionnaires, vous serez sauvés (que le SWP nous pardonne ce vocabulaire calviniste, mais des « prédictions » de Trotsky à l'« orthodoxie » des trotskystes, c'est lui qui a donné ce style à cette discussion) non par vos oeuvres, mais par vos analyses.

Mais le SWP a beau répéter longuement que ce qui a été décisif dans la dégénérescence de la Quatrième Internationale, ce fut l'analyse de l'URSS, la démonstration de cette proposition reste à faire.

En quoi et où, en effet, le fait de qualifier l'URSS d'État capitaliste d'État, a-t-il permis à des militants communistes révolutionnaires d'intervenir plus efficacement, de construire plus vite une organisation ouvrière révolutionnaire ? Car c'est bien là la question si l'on veut juger ; a contrario, du raisonnement tenu par le SWP contre les « trotskystes orthodoxes ».

Le SWP a aujourd'hui, nous dit-il, une organisation de plusieurs milliers de membres. Nous apprécions certainement cela à sa juste valeur. Mais il y a de par le monde, plusieurs organisations trotskystes « orthodoxes » qui ont sensiblement la même taille que le SWP, dont Lutte Ouvrière. Il y a en Grande-Bretagne même, c'est-à-dire né et grandi exactement dans le même contexte que le SWP, au moins un groupe trotskyste « orthodoxe » qui a la même taille que le SWP, et même probablement qui est un peu plus grand. La taille atteinte aujourd'hui par le SWP ne prouve donc rien quant à la justesse de ses analyses.

Est-ce alors que le SWP a maintenu une orientation ouvrière et révolutionnaire que tous les groupes trotskystes « orthodoxes » auraient abandonnée ? Mais, tout d'abord, le SWP reconnaît lui-même qu'au moins l'un d'entre eux, Lutte Ouvrière, a bien aussi maintenu cette orientation. Le lien entre le fait de conserver l'analyse de l'URSS de Trotsky et d'abandonner l'orientation ouvrière n'est donc pas automatique.

Bien plus, en sens contraire, la politique du SWP ne nous semble nullement démontrer que l'analyse capitaliste d'État de l'URSS est une garantie contre l'adaptation d'un groupe au réformisme.

Prenons simplement un petit exemple dans l'actualité. Nous sommes d'accord avec le SWP -nous l'avons déjà écrit dans un article d'un précédent numéro de Lutte de Classe auquel le SWP fait allusion, - nous le redisons dans un autre article de ce même numéro - sur le fait que l'orientation du groupe Militant, cet autre groupe anglais trotskyste d'au moins la même taille que le SWP, qui pratique l'entrisme au Parti Travailliste depuis plus de trente ans, l'amène à s'adapter à la politique des Travaillistes. Mais cela ne signifie pas que la politique du SWP, bien que fort différente dans la forme, lui évite forcément de suivre un chemin similaire. Ainsi, aujourd'hui même, alors que le Parti Travailliste est en train d'évoluer de plus en plus à droite ; que Neil Kinnock et ses amis disent quasi-ouvertement que s'ils arrivent demain au gouvernement, ils mèneront une politique semblable à celle de Margaret Thatcher, c'est-à-dire qu'ils feront payer la crise aux travailleurs et aux classes pauvres, que faut-il penser de la politique du SWP qui, dès maintenant, alors que la date des élections n'est pas encore connue, a annoncé qu'il ne présentera pas de candidats et qu'il fera voter pour ceux du Parti Travailliste ? Pour un groupe de la taille du SWP, ce refus d'affronter le Parti Travailliste dans ces circonstances, le soutien qu'il lui apporte, même prétendument critique, n'est-il pas finalement une adaptation aux réformistes symétrique de celle du Militant ?

Alors, que l'analyse de l'URSS du SWP soit un garde-fou contre une orientation suiviste par rapport aux réformistes, il reste en tout, cas au SWP à nous en convaincre par sa politique elle-même. C'est d'ailleurs justement de sa politique (comme de celle de Lutte Ouvrière d'ailleurs, s'il le veut) que nous proposons au SWP de discuter.

 

L'internationale impossible aujourd'hui ?

C'est à propos de la construction de l'Internationale que la méthodologie du SWP à la fois apparaît le plus clairement et se révèle le mieux pour ce qu'elle est.

Une internationale n'est pas possible aujourd'hui, nous disent les camarades, qui nous reprochent d'avoir toujours pour but la reconstruction de la Quatrième Internationale. Encore une fois, on peut se demander ce qu'ils reprochent aux différentes fractions de la Quatrième Internationale. Pas d'avoir échoué, en tout cas, puisque la réussite était, paraît-il, impossible !

L'Internationale ne sera possible, nous disent-ils, que lorsque, à l'exemple des Bolcheviks en 1917 la direction d'une révolution victorieuse aura imposé son autorité à tous les révolutionnaires de la planète. Autrement dit, l'Internationale sera possible quand elle sera faite. Certes, personne ne peut contester cette proposition. Tout le monde croit de même à la révolution, même ses adversaires, quand la révolution est faite.

Mais le propre des militants révolutionnaires n'est-il pas de savoir que la révolution est possible... bien avant qu'elle ne soit faite. Et n'est-il pas aussi de préparer, bien avant, les instruments de cette révolution ? Alors, devant l'absence d'une véritable Internationale, y a-t-il une autre question possible pour les militants communistes révolutionnaires que celle de trouver quelle politique permettra d'avancer dans la voie de sa construction et quels sont les pas possibles aujourd'hui même, dans cette voie ?

La question de l'Internationale n'est d'ailleurs pas différente de celle de la construction d'un véritable parti ouvrier révolutionnaire en Grande-Bretagne, dont les internationalistes savent bien qu'ils n'iront pas l'un sans l'autre. Ce parti n'existe pas aujourd'hui. Mais les camarades du SWP ne se contentent pas de dire qu'un véritable parti ouvrier révolutionnaire n'existant pas dans leur pays, c'est donc la preuve qu'il est impossible. Ils militent pour tenter de le construire, se posent la question de la politique à mener, des pas concrets à faire pour avancer vers cette construction. Du moins nous le supposons, sinon le SWP ne serait pas un groupe de militants révolutionnaires, mais au mieux un atelier d'universitaires « marxistes », c'est-à-dire des professeurs qui se contentent de travailler à décrire le monde tel qu'ils le voient à l'aide d'une terminologie empruntée à Marx. Cette espèce politique existe en abondance dans notre monde contemporain, et tout spécialement dans les pays anglo-saxons, mais nous pensons que le SWP doit s'en méfier comme de la peste.

Une véritable Internationale n'existe pas aujourd'hui pas plus qu'un réel parti ouvrier révolutionnaire dans aucun pays. Aucune direction (ni le SWP, ni Lutte Ouvrière, ni aucune autre) n'a fait ses preuves et n'est reconnue par le reste du mouvement révolutionnaire mondial comme telle. Alors, que faut-il faire ? Le constater et se croiser les bras... en attendant que les circonstances objectives nous apportent une Internationale toute faite, indépendamment de l'activité des révolutionnaires (ce qui n'a aucune chance de se produire car il ne peut pas y avoir de développements révolutionnaires en dehors de l'activité des révolutionnaires) ? Ou bien tenter tout ce qui est possible dans la direction de la création de l'Internationale, essayer d'en jeter les bases et de la préparer ?

Ce qui serait possible dès aujourd'hui c'est l'établissement de relations entre les différents courants qui se veulent communistes révolutionnaires, des échanges d'expériences et de militants, des débats systématiques sur leurs politiques respectives. Cela ne suffirait pas à créer une politique commune. Pas davantage à dégager une direction internationale reconnue. Mais cela aiderait à former des militants ayant une expérience et une vision internationales de même qu'à établir des liens entre ces militants, malgré leurs divergences actuelles. Et ce serait déjà poser une des conditions nécessaires, même si elle n'est pas suffisante, à la création d'une véritable Internationale. Il en faudra d'autres ! Certes, il faudra bien d'autres épreuves pour que se jugent les programmes, les politiques et les groupes des différents courants, et que s'imposent à tous, ceux qui montreront leur validité dans les combes de la classe ouvrière. Mais, sous prétexte qu'il en faudra bien d'autres, refuser de faire le pas possible maintenant, semble une bien étrange méthode pour des marxistes militants.

 

Les relations fraternelles qui font peur...

L'argumentation du SWP contre ce qu'il appelle la « naïveté » de Lutte Ouvrière à un air connu. Les différents courants qui composent le mouvement trotskyste interational ont des divergences trop profondes pour pouvoir établir des relations fraternelles, à plus forte raison échanger des militants. Cela revient à dire que pour collaborer, même partiellement, il faut d'abord se mettre formellement d'accord sur tout.

Remarquons que c'est là très exactement l'attitude de différents courants trotskystes « orthodoxes », qui nous ont déjà fait pour l'essentiel la même réponse jusqu'ici. Il est tout de même drôle de noter la « compréhension » que le SWP dit lui-même avoir pour l'attitude du Secrétariat Unifié envers Lutte Ouvrière, ce même Secrétariat Unifié envers qui le SWP dit par ailleurs partager nos reproches et nos critiques politiques essentiels.

Certes, les différents courants trotskystes ont de grandes divergences entre eux, sinon, on peut l'espérer, ils ne se diviseraient pas en différents courants. Mais ces divergences empêcheraient-elles toute relation entre eux ? C'est ce qui reste à démontrer là encore.

Le SWP nous demande ironiquement si nous serions prêts à établir les relations que nous proposons avec la Spartacist League , le SWP des États-Unis ou encore le PCI français, chacun de ces groupes étant semble-t-il pour les camarades l'archétype d'une déviation particulièrement répugnante. Mais, pour sa part, Lutte Ouvrière ne craint la confrontation avec aucun d'entre eux... même la confrontation fraternelle. Jusqu'ici, ce sont eux - comme le SWP d'ailleurs qui se retrouve, là encore, qu'il le veuille ou non, partager la même attitude que ceux qu'il condamne bien fort - qui semblent ne pas pouvoir supporter la confrontation, surtout fraternelle, avec Lutte Ouvrière. Les camarades du SWP devraient bien le savoir : c'est le PCI qui a, dans le passé, creusé un fossé entre ses militants et notre organisation, en recourant parfois à la calomnie ou au mensonge. Pas Lutte Ouvrière.

Et puis, il ne s'agit pas de s'abriter derrière le fait que le SWP juge nuisible pour lui - à notre avis, sans doute à tort - d'établir des relations avec la Spartacist League, le SWP-USA ou le PCI. Les relations du SWP avec les autres courants regardent le SWP. Nous n'avons certes pas l'intention de lui dicter sa conduite en la matière. Tout au plus pouvons-nous la juger. Mais ses relations avec nous, Lutte Ouvrière ?

Pourquoi l'envoi de cet article à Lutte de Classe, s'il était impossible de confronter systématiquement la politique des uns et des autres ? S'il est possible d'entamer un débat sur l'état du mouvement trotskyste, ou encore la nature de l'État soviétique, il ne peut être impossible de discuter de l'intervention du SWP dans la vie politique en Grande-Bretagne ou de celle de Lutte Ouvrière en France. Certes, la question de l'adaptation au Parti Travailliste ou aux Trade Unions, ou celle de l'activité réelle dans la classe ouvrière, sont plus épineuses et plus sensibles... mais elles sont tout aussi importantes pour les militants et du SWP et de Lutte Ouvrière.

De même, pourquoi donc serait-il impossible d'échanger des militants qui se formeraient au contact et au sein d'un autre groupe que le leur ? L'intérêt de partager une expérience pratique dépend, nous dit-on, de la mesure dans laquelle les groupes ont des bases politiques communes. Mais le fait de se déclarer communistes révolutionnaires est déjà une base politique commune largement suffisante. Il n'est pas vrai qu'il faille être d'accord sur tout, pour pouvoir partager une expérience. D'ailleurs, tout le monde le sait bien la vraie raison de ceux qui refusent ces échanges est ailleurs : c'est la crainte de voir leurs propres militants subir d'autres influences. Lutte Ouvrière, pour sa part, n'a pas cette crainte.

Un échange de militants ne serait pas seulement une façon de former de véritables internationalistes, des militants au courant et comprenant les problèmes posés dans d'autres pays que celui où ils militent ordinairement. C'est aussi pour un groupe une façon de comprendre vraiment la politique des autres groupes, pour l'avoir concrètement vécue et suivie au moins par certains de ses membres.

Cela éviterait déjà des malentendus et des aveuglements sur la politique des autres, comme le SWP vient d'en donner encore tout récemment un exemple avec l'article qu'il a publié dans la Socialist Worker Review sur la grève des cheminots en France. L'auteur est manifestement venu voir, en journaliste, c'est-à-dire en observateur, cette grève. Mais il n'y a compris, à la grève comme à la politique suivie par Lutte Ouvrière dans celle-ci, que ce qu'un observateur peut y comprendre, pas plus que ce que la majorité des journalistes bourgeois y ont vu. C'est-à-dire pas grand'chose.

Des militants du SWP qui auraient eu l'occasion, dans les rangs de Lutte Ouvrière, de vivre la grève d'une autre façon, en militants et non en journalistes, n'auraient peut-être pas été d'accord avec notre politique. Ils auraient au moins vu ce qu'elle était. Et la discussion à ce sujet avec le SWP serait plus riche et porterait sur les vrais problèmes.

Il est possible que le SWP puisse nous faire les mêmes reproches à propos de ce que nous disons de la vie politique britannique et de son intervention propre. Mais la différence, pour l'instant, c'est que nous, nous sommes prêts à cette confrontation fraternelle avec lui et ses militants.

 

Pour poursuivre le débat

Le SWP a tort de se piquer parce que nous ne l'avons pas cité dans un précédent article de Lutte de Classe, parmi les « grands » groupes trotskystes. Nous ne donnions que quelques exemples. La liste n'était pas, et ne se voulait pas, exhaustive.

Nous ne voulions en tout cas pas exclure le SWP du mouvement trotskyste. S'il s'affirme trotskyste (même non-orthodoxe), c'est lui qui choisit et nous enregistrons, au même titre que nous enregistrons les affirmations semblables des groupes « orthodoxes ».

Nous sommes prêts à ébablir avec lui les relatons que nous proposons à l'ensemble du mouvement trotskyste. La preuve d'ailleurs, l'acceptation sans hésiter de notre part de l'article qu'il nous a envoyé pour participer au débat que nous avons engagé dans cette revue sur la situation du mouvement trotskyste.