Les accords de Camp David : à défaut d'instaurer la paix, l'impérialisme assure son contrôle sur le Moyen-Orient

A Washington, négociateurs égyptiens et israéliens ont commencé, sous la haute surveillance du gouvernement américain, à mettre au point ce qui doit être l'accord de paix entre les deux pays. Pourtant, si nous le jugeons d'après les ambitions proclamées de ses signataires, qui ne sont rien moins que de ramener la paix au Moyen-Orient, l'accord de Camp David passé entre Begin, Sadate et Carter est très loin du succès. L'Égypte apparaît isolée. Tous les pays arabes sans exception, même si c'est avec des nuances d'importance, se sont déclarés contre cet accord. Il semble donc difficile, à première vue, qu'il puisse constituer le premier pas vers un accord général entre Israël et tous ses voisins arabes. Et pour bien marquer tout ce que les paroles de paix ont de dérisoire, dans les jours qui ont suivi, à Beyrouth, la guerre entre l'armée syrienne et les milices chrétiennes libanaises a pris un tour d'une rare violence.

Pour Carter, par contre, c'est le triomphe. Dans les sondages, sa cote remonte à une allure vertigineuse. Elle était tombée si bas que seule celle du Congrès était encore plus bas, les électeurs américains estimant qu'il n'y avait que leurs députés pour être encore plus inefficaces et indignes de confiance que leur président. Maintenant, nous dit-on, les candidats du Parti Démocrate aux prochaines élections viennent faire la queue à la Maison Blanche pour obtenir une visite de soutien de Carter dans leur circonscription, alors que jusqu'alors ils faisaient tous leurs efforts pour le maintenir au large. Le Congrès vote des propositions présidentielles qu'il refusait depuis des mois. Bref, c'est un succès tel que Carter lui-même, dans son style naïf et cul-béni, se présente tout simplement comme un homme « re-né ». Ce naïf d'ailleurs sait profiter des circonstances puisqu'il a immédiatement annoncé sa candidature aux élections présidentielles de 1980, alors que jusqu'ici on ne donnait pas un cent de ses chances d'obtenir un deuxième mandat.

Est-ce donc là simplement le produit d'une intoxication de l'opinion publique américaine par une propagande bien faite ? Ou bien les politiciens professionnels américains ont-ils tout de même des raisons de juger que, du point de vue de la bourgeoisie et de l'impérialisme américains, Carter a effectivement marqué des points et remporté un succès à Camp David ?

Le sort des palestiniens reste inchangé

Formellement, la seule chose certaine qui peut sortir de l'accord de Camp David - s'il est appliqué, bien entendu, ce qui reste tout de même à vérifier - c'est une paix séparée entre l'Égypte et Israël.

Le gouvernement- égyptien s'en défend et prétend viser à un règlement global. Pourtant, les textes eux-mêmes sont là. A propos des relations égypto-israéliennes et du Sinaï, les modalités de l'accord et ses dates d'application ont été définies précisément. Dans trois mois le traité de paix devrait être signé, dans trois ans les forces israéliennes devraient avoir évacué complètement le Sinaï ; celui-ci est divisé en trois zones dans chacune desquelles il a déjà été défini quelles troupes (égyptiennes ou de l'ONU) et combien pourront stationner : des effectifs égyptiens ne dépassant pas l'échelon de la division, à l'ouest, dans une zone de cinquante kilomètres de large le long du canal ; les forces des Nations Unies et des effectifs de police civile égyptienne à l'est, le long de la frontière israélienne, sur une zone de vingt à quarante kilomètres de large ; entre les deux, seulement trois bataillons égyptiens.

En revanche, rien n'est dit de l'avenir du Golan, la partie du territoire syrien occupée depuis 1967 par Israël. Et, surtout, les dispositions sont des plus vagues à propos de la Cisjordanie et de Gaza - c'est-à-dire des territoires palestiniens occupés depuis 1967 par Israël - et encore plus vagues à propos des réfugiés palestiniens qui ont été chassés de leur pays depuis 1948.

Une période provisoire de cinq ans est prévue durant laquelle devrait être élue une « autorité autonome » qui remplacerait l'actuel gouvernement militaire israélien en Cisjordanie et à Gaza. Une force de police palestinienne pourrait être créée, mais l'armée israélienne resterait dans les territoires, simplement regroupée dans certaines zones. Mais, au bout de ces cinq ans de situation « provisoire », rien n'est dit de ce qui doit advenir. C'est à discuter entre Israël, l'Égypte, la Jordanie et cette « autorité autonome » palestinienne mise en place sous la férule de l'armée israélienne.

Quant aux réfugiés, l'accord se contente de leur promettre un règlement « rapide, juste et permanent ».

En fait, à partir de ce texte, chacun peut toujours imaginer l'avenir de la Cisjordanie, de Gaza et du peuple palestinien comme il en a envie.

Cela n'a pas manqué d'ailleurs. Quelques heures à peine après avoir apposé sa signature au bas des accords, Begin lui-même déclarait que l'armée israélienne était en Cisjordanie « pour toujours ». Et pendant plusieurs semaines, les « experts » américains et israéliens ont discuté à propos de l'interprétation des accords au sujet des colons israéliens en Cisjordanie sans parvenir réellement à s'entendre. Les premiers affirment que Begin s'est engagé à ne plus tolérer de nouvelles installations pendant cinq ans, les seconds que l'engagement ne serait valable que pour trois mois.

Certes, il n'a pas manqué de commentateurs politiques occidentaux, américains ou autres - et en France par exemple « l'homme de gauche » qu'est le professeur Duverger - pour expliquer aux Palestiniens tout ce que ces accords pouvaient leur ouvrir de perspectives. S'ils savent mener leur barque, se contenter de l'autonomie (sous la surveillance de l'armée israélienne) pendant au moins cinq ans, composer avec les autorités d'occupation, alors, disent ces bons apôtres, celles-ci finiront bien par accepter le fait d'un État palestinien.

En fait, cet accord n'engage personne à rien. Il est ambigu à souhait pour servir éventuellement à tous les usages. Il peut fort bien cacher la ferme volonté du gouvernement israélien de se maintenir dans ces territoires occupés, mais il fallait bien payer de quelques mots et de vagues promesses l'offre de paix séparée de l'Égypte. Celle-ci ne pouvait décemment pas conclure cet accord en disant ouvertement qu'elle abandonnait les Palestiniens à leur sort. La partie des accords sur le sort de la Cisjordanie et de Gaza et les interminables négociations qu'ils annoncent ne seraient alors que la sauce pour essayer de faire avaler au monde arabe l'accord israélo-égyptien.

Il est vrai aussi que cet accord pourrait être un premier pas vers la création d'un État palestinien indépendant. C'est la thèse que s'efforcent de développer maintenant les envoyés de Carter, le secrétaire d'État Cyrus Vance et l'ambassadeur américain Atherton, auprès des gouvernements arabes et des Palestiniens eux-mêmes... à défaut d'en avoir convaincu Begin. En acceptant le principe d'une autonomie de la Cisjordanie et de Gaza, même assortie de nombreuses et importantes réserves, les Israéliens auraient mis le doigt dans un engrenage. Les déclarations de Begin restreignant la portée de l'engagement israélien sur l'avenir de la Cisjordanie seraient seulement destinées à faire avaler en douceur l'idée de cette indépendance palestinienne à une opinion israélienne, dont la majorité reste encore persuadée que l'existence d'un État palestinien à ses frontières est un danger de mort pour Israël et les Israéliens, et à juguler une minorité d'extrême droite qui réclame le rattachement définitif de ces régions à Israël et l'implantation de colonies israéliennes.

Dans cette hypothèse, Begin jouerait vis-à-vis des colons israéliens de Cisjordanie et de l'extrême-droite qui l'a aidé à accéder au gouvernement, un jeu similaire à celui que De Gaulle joua en Algérie auprès de la minorité de pieds-noirs et de l'extrême droite française.

En attendant, Begin ne manque pas une occasion de rappeler que « Jérusalem restera pour toujours capitale de l'État juif », et qu'il n'est question d'évacuer aucune installation israélienne dans les zones occupées en dehors du Sinaï.

Et en fait, ce qui semble bien évident, c'est que si les accords de Camp David réservent toutes les possibilités, ils ne présagent rien du tout en eux-mêmes. Même si l'on admettait un instant - ce qui reste à prouver - que Begin est déjà secrètement acquis à l'idée de la constitution d'un État palestinien indépendant à long terme, celui-ci ne verra le jour que si les Palestiniens eux-mêmes l'imposent par leur lutte. C'est ce que firent les Algériens d'ailleurs, pour reprendre le parallèle avec De Gaulle.

L'OLP et l'ensemble des organisations palestiniennes ont rejeté les accords de Camp David et affirmé qu'elles entendaient continuer la lutte. Et c'est bien, en effet, la seule voie qui s'ouvre à elles si elles veulent finir par arracher la création d'un État palestinien, même dans l'hypothèse la plus favorable où les accords de Camp David seraient réellement l'annonce de la possibilité d'un changement de politique de l'État israélien.

Plus d'un million de Palestiniens dans les territoires occupés, un million et demi dans les pays qui bordent Israël restent donc dressés contre Israël et vont continuer à soutenir et alimenter des organisations qui mènent le combat militaire contre Israël, ou à tout le moins entretiennent une agitation terroriste. Et cette situation ne pourrait changer que si un État palestinien indépendant voyait le jour ou alors si le peuple palestinien et ses organisations étaient complètement annihilés par Israël ou par d'autres. C'est dire qu'en toute hypothèse, l'état de guerre virtuel va continuer et que les soldats israéliens ne sont pas près d'abandonner la mitraillette pour la seule charrue.

Rien n'est réglé avec la syrie et la jordanie

Cette situation des Palestiniens suffit à dresser toute l'opinion nationaliste arabe contre Israël. Et s'appuyant sur cette opinion, prenant prétexte du sort des Palestiniens, un certain nombre de régimes et de gouvernements arabes, sincèrement ou le plus souvent démagogiquement, continueront à mobiliser leur peuple contre Israël. Certes, la plupart du temps, ils n'ont aucune envie de passer des paroles aux actes, leur véritable but n'est pas de mener vraiment la guerre contre-Israël, le sort des Palestiniens est le cadet de leurs soucis, et toute leur propagande et leur mobilisation anti-israélienne n'ont d'autre but que de détourner leur propre peuple des vrais problèmes ! Mais cela maintient depuis trente ans dans toute la région un état de tension permanent.

C'est vrai que si Israël n'avait pas existé, un certain nombre de gouvernants arabes l'auraient inventé tant celui-ci leur est commode pour des raisons de politique intérieure.

Mais à ceux-là, les accords de Camp David n'enlèvent aucun prétexte pour continuer le même jeu. Le sommet du « Front de la fermeté » qui s'est réuni à Damas quelques jours à peine après Camp David a montré qu'Algérie, Lybîe, Syrie et autre Yémen du Sud entendaient bien poursuivre la même politique et continuer à prendre prétexte du sort des Palestiniens pour mobiliser l'opinion arabe contre Israël, d'autant plus facilement d'ailleurs qu'à l'exception de la Syrie, l'éloignement de ces pays par rapport à Israël fait de leurs déclarations de guerre et de leurs rodomontades des gestes et des paroles sans portée effective. Il en est de même pour l'Irak qui s'efforce de surenchérir encore sur les pays du « Front de la fermeté » et propose d'autant plus aisément une confrontation avec l'ennemi » que cette confrontation serait supportée pour l'essentiel par d'autres, Syrie, Liban, ou Jordanie.

A ces raisons démagogiques de refuser la paix avec Israël, les pays limitrophes de celui-ci en ont d'autres plus précises. Israël en effet occupe une partie du territoire de la Jordanie comme de la Syrie. On ne voit donc pas comment ces deux pays pourraient faire la paix avec Israël sans qu'au minimum il y ait un engagement ferme d'Israël d'abandonner les territoires occupés.

Or les engagements d'Israël à propos de la Cisjordanie sont pour l'instant si vagues et si lointains qu'ils équivalent à pas d'engagement du tout. Le roi Hussein de Jordanie a beau être la créature de l'impérialisme américain, il ne peut pas accepter de faire la paix à ces conditions. D'ailleurs Hussein préfère peut-être qu'Israël continue à occuper la Cisjordanie plutôt que d'y voir se créer un État palestinien indépendant qui risquerait de lui être hostile. Maintenant il peut continuer à se poser à bon compte comme le défenseur des Palestiniens en refusant un accord avec Israël. Et pour qu'il accepte cet accord, il faudrait sans doute qu'Israël lui garantisse que les Palestiniens sont réellement neutralisés, en remettant la Cisjordanie sous la coupe de Hussein par exemple. Mais cela, il faudrait le faire admettre d'abord aux Palestiniens eux-mêmes, qui n'en veulent pas pour le moment.

Quant à la Syrie, il est impensable qu'elle puisse accepter l'annexion du Golan par Israël. Or pour l'instant il n'y a pas un mot du gouvernement israélien pour laisser entendre qu'il est prêt à négocier un retrait de ce territoire. Au contraire du Sinaï ou même de la Cisjordanie, l'occupation du Golan par l'armée israélienne est présentée comme une chose indispensable à la sécurité d'Israël. A ces conditions, la paix avec la Syrie n'est pas pour demain.

Un seul gagnant l'impérialisme américain

S'il est donc une situation à laquelle s'applique la formule « rien n'est réglé », c'est bien celle du Moyen-Orient, au lendemain de Camp David. Au mieux, l'on va vers un accord de paix formel entre l'Égypte et Israël, mais rien n'apparaît changé, ni dans les territoires occupés, ni dans les relations entre Israël et ses autres voisins arabes.

On est loin de la paix au Moyen-Orient. Mais, au-delà du prêchi-prêcha très chrétien de Carter, est-ce la paix que veulent les États-Unis ? Est-ce de la paix dont l'impérialisme américain a besoin dans cette région du monde ? Rien n'est moins sûr.

L'impérialisme, américain mais aussi anglais et français, s'est servi depuis trente ans d'Israël comme un gendarme pour le Moyen-Orient. L'armée israélienne suréquipée et surentraînée, en permanence sur pied de guerre, exerce une menace constante sur tous les pays voisins, prête à intervenir à tout moment.

Cette arme, que l'impérialisme a fait intervenir effectivement à plusieurs reprises, et dont en tout cas il s'est servi en permanence pour menacer les régimes récalcitrants de la région et les amener à composition, les États-Unis n'ont certainement pas l'intention ni de l'abandonner ni de la laisser rouiller. A preuve le soin qu'ils continuent à apporter, au moment même où l'accord de Camp David était discuté et signé, à entretenir et équiper l'armée israélienne. Ainsi actuellement est négociée à Washington une aide militaire de 13,5 milliards de francs à Israël. Et Carter s'est engagé à construire deux aérodromes militaires en Israël pour compenser les prétendues pertes de position de l'armée israélienne dans le Sinaï.

Mais pour que l'armée israélienne continue à constituer une arme entièrement sûre et prête à intervenir sur l'injonction de l'impérialisme, il faut qu'elle, et avec elle toute la population israélienne, soit convaincue d'être sous la menace permanente des Arabes. C'est cette conviction qui a permis depuis trente ans de faire d'Israël cet État supermilitarisé.

Que la même tension demeure donc dans les relations d'Israël avec le peuple palestinien, la plupart de ses voisins arabes immédiats et même la plus grosse partie du monde arabe, n'a donc rien qui puisse déplaire à l'impérialisme. De cette manière, la pression sur la population israélienne pour lui faire accepter de rester sur le pied de guerre se maintient.

Le vrai problème pour les États-Unis n'est pas la paix au Moyen-Orient dont ils se moquent. Il est de contrôler ce qui se passe dans cette région du monde. Et plus précisément il est d'éviter que naissent des conflits que l'impérialisme lui-même ne souhaite pas et ne veut pas.

Car à dresser les peuples les uns contre les autres, on finit par créer des situations explosives qui peuvent échapper complètement même à ceux qui les ont créées. Ainsi, du fait de la tension permanente entre Israël et ses voisins arabes, à tout moment il y a le risque qu'éclate une nouvelle guerre, même si les États-Unis ne la souhaitent pas, simplement du fait que ce Moyen-Orient est une véritable poudrière et qu'un léger incident peut suffire à y mettre le feu.

C'est ce genre de risques que les États-Unis se sont employé à réduire depuis 1973 et la guerre du Kippour, la dernière guerre ouverte entre Israël, l'Égypte et la Syrie. Ça a été le sens de tous les efforts du gouvernement américain depuis Kissinger, car la politique de Carter et Camp David ne sont que la continuation de la politique commencée sous Nixon.

En amenant Israël et l'Égypte à conclure une paix séparée - et encore une fois celle-ci se prépare depuis cinq ans, date des premiers pourparlers américano-égypto-israéliens qui aboutirent aux premiers retraits partiels des Israéliens dans le Sinaï - les États-Unis réduisent considérablement les risques de voir une guerre éclater sans qu'ils le veuillent entre Israël et ses voisins arabes. Sans l'Égypte, en effet, le monde arabe peut beaucoup plus difficilement envisager de soutenir une guerre contre Israël. Ni la Syrie seule, ni même la Syrie et la Jordanie ensemble, même aidées par le reste des États arabes, n'apparaissent de taille à s'attaquer à l'État hébreu.

Certes, d'un autre côté, le fait d'être assuré de ses arrières du côté de l'Égypte pourrait rendre Israël encore plus libre de s'attaquer à la Syrie ou d'aller jouer les gendarmes au Liban au profit des chrétiens par exemple. Washington peut cependant penser qu'il a suffisamment de moyens de pression sur un Israël qui dépend absolument de lui tant du point de vue financier que militaire, pour l'empêcher de se lancer dans une nouvelle guerre sans le feu vert de son protecteur américain.

La situation créée par l'accord de Camp David, qui n'est que la consécration de la politique américaine dans cette région depuis cinq ans, correspond donc tout à fait aux intérêts de l'impérialisme américain. Les risques de voir un conflit éclater sans qu'il l'ait expressément souhaité pour ses intérêts propres sont éloignés et réduits, mais il reste suffisamment de tensions entre Israël et les Arabes pour que le premier demeure sur le pied de guerre et que les Israéliens continuent à croire à la nécessité de former ce peuple en armes, gendarme à la disposition de l'impérialisme.

On peut ajouter, de plus, que la façon dont les États-Unis ont réglé le différend entre l'Égypte et Israël peut leur permettre de faire miroiter à la Syrie ou la Jordanie la perspective de récupérer un jour leurs territoires perdus... s'ils acceptent de rentrer dans le jeu des négociations proposées par la diplomatie américaine. Ainsi s'ouvre la perspective d'années de négociations, ce qui ne signifie pas la perspective de résultats...

Les États-Unis peuvent maintenant attendre et voir. Ce n'est certainement pas la paix, ni pour les Israéliens, ni pour les Palestiniens, ni pour les peuples arabes de la région. Mais c'est une situation contrôlée bien plus étroitement par l'impérialisme. Et c'est tout ce que celui-ci demande, d'autant plus qu'il a pratiquement réussi à écarter son concurrent mondial, l'URSS, de ce règlement. Celle-ci apparaît aujourd'hui sans réelle influence sur le sort de cette région du monde, où elle semblait pourtant, il y a seulement quelques années, s'être solidement implantée.

L'intérêt des peuples israélien et arabe

Certes, si l'impérialisme a incontestablement marqué des points ces dernières années, situation concrétisée par les accords de Camp David, il ne dispose tout de même pas de tous les atouts. Et un certain nombre de facteurs qui peuvent bouleverser la situation actuelle échappent à son contrôle.

Bien des choses dépendent en particulier des peuples de cette région du monde et des luttes qu'ils peuvent engager pour la défense de leurs propres intérêts.

Le peuple palestinien d'abord dont la mobilisation et l'organisation croissantes depuis 1967 a changé les données du jeu politique dans la région. Malgré la répression dont il a été la victime tant de la part du gouvernement israélien que des gouvernements arabes, en premier lieu jordanien et syrien, il demeure le principal obstacle à une stabilisation de la région sous l'égide de l'impérialisme.

Le peuple égyptien aussi qui, aujourd'hui, d'après ce que l'on peut en savoir, applaudit Sadate et la paix, las qu'il est de trente ans d'efforts de guerre que lui imposèrent les gouvernements égyptiens successifs. Mais il risque de voir bien vite que la paix conclue par Sadate ne changera rien à son sort, à sa misère et à son oppression. Les fellahs du Nil verront peutêtre diminuer les risques d'aller mourir sans trop savoir pourquoi dans le Sinaï. Mais on peut être sûr que les milliards qui ne seraient plus consacrés à l'armée (en admettant que l'armée égyptienne du fait de la paix absorbe un peu moins d'argent qu'avant, ce qui n'est pas certain) ne seront pas consacrés à améliorer la vie des paysans et des ouvriers mais seront ramassés d'une manière ou d'une autre par les classes possédantes. Les illusions sur Sadate ne dureront pas indéfiniment.

Le peuple israélien enfin, dont, ces derniers temps, un certain nombre de signes, et en premier lieu les manifestations du mouvement « Pour la paix maintenant » avaient montré la lassitude. Les dirigeants de ce mouvement se sont ralliés complètement ces derniers jours à Begin et à sa politique. Enthousiasmés, disent-ils, par les résultats de Camp David, ils ont appelé à manifester en faveur de Begin, eux qui appelaient quelque temps auparavant à manifester contre. Mais les milliers d'Israéliens las de l'état de guerre, las de vivre l'arme au poing et de jouer les garde-chiourme des populations arabes de la région, ne vont peut-être pas mettre longtemps à s'apercevoir que Camp David n'a rien changé pour eux de ce point de vue.

Certes, pour que les aspirations et les luttes des uns et des autres ne soient pas dévoyées, il faudra qu'ils se donnent des organisations qui représentent leurs intérêts. Et il faudra qu'en premier lieu ils rompent complètement avec tous les nationalismes, juif ou arabes. Non seulement ces nationalismes ne représentent que les intérêts des bourgeoisies arabes ou israélienne, mais de plus, à un moment ou un autre, ils finissent toujours par pactiser avec l'impérialisme ou à se mettre à son service. S'il est pourtant une situation où seule une politique internationaliste et prolétarienne peut apporter à la fois la fin de l'oppression et la paix, c'est bien celle du Moyen-Orient.