Le PCF et l'élargissement du Marché Commun : une politique nationaliste et chauvine

Depuis le début de l'été, le Parti Communiste Français s'est lancé dans une campagne contre l'élargissement du Marché Commun à l'Espagne, au Portugal et à la Grèce, campagne qui, pour s'être quelque peu ralentie à la rentrée, n'en continue pas moins.

La position du PCF sur la question n'est pas nouvelle ; en mars dernier, lors de la campagne des élections législatives, les militants du PC ne collaient-ils pas sur les murs de Sète l'affiche suivante : « la Grèce et l'Espagne dans le Marché Commun, c'est pire que le phylloxéra. Votez Myriam Berbera, candidate du Parti Communiste Français » .

Début juillet, le PCF demandait la constitution d'une commission parlementaire « chargée d'étudier les conséquences de l'entrée de l'Espagne, de la Grèce et du Portugal dans le Marché Commun », et faisait largement état du refus du gouvernement.

Fin juillet, le PCF lançait des journées d'action dans le Languedoc-Roussillon, l'Aquitaine et le Midi pyrénéen ; fin août, c'était le tour d'une série d'autres régions. Par des distributions de tracts, des délégations dans les préfectures, le PCF prétendait « attirer l'attention sur les méfaits actuels de la construction européenne et de son élargissement » .

La campagne continue dans les colonnes de l'Humanité, de l'Humanité-Dimanche. Début octobre, la couverture de cet hebdomadaire était consacrée au problème de la « malaiga » : on pouvait lire, dans l'article principal, la comparaison entre les effets de cette « malaiga », un fléau dû à la pollution et à la chaleur qui asphyxie les poissons des étangs du Languedoc, et les effets qu'aurait sur le Languedoc l'élargissement du Marché Commun !

Nous reviendrons sur les arguments employés par le PCF pour justifier sa campagne.

Mais le fait qu'elle ait attiré l'attention sur un problème qui intéressait jusqu'alors uniquement les politiciens et ceux qui étaient directement concernés a donné l'occasion à tous les partis d'y aller de leur couplet sur l'élargissement du Marché Commun et sur l'Europe, dans le cadre de la préparation des élections au Parlement européen qui auront lieu au printemps prochain.

C'est une bonne occasion pour chacun de faire de la démagogie, dans la ligne de ses positions passées, et les uns et les autres dissertent sur les mérites comparés de l'unité de l'Europe et de l'indépendance nationale, comme si le Marché Commun et son élargissement faisaient avancer la première d'un pas ou attentaient à la seconde.

En faveur de l'élargissement, il y a les habituels partisans de l'Europe, Giscard, qui n'a pas ménagé les conférences et les tournées européennes, afin que chacun soit bien persuadé que l'élargissement du Marché Commun est son oeuvre ; Lecanuet, leader de l'UDF et habituel atlantiste ; le Parti Socialiste, qui s'est pourtant senti obligé, devant les craintes d'une partie de son électorat et la campagne du PCF, de demander des « conditions préalables » visant à mettre en place des « mesures de sauvegarde » pour l'agriculture et la viticulture françaises.

Contre l'élargissement du Marché Commun, il y a les habituels défenseurs de « l'indépendance nationale » : Chirac, au nom des intérêts des agriculteurs du midi, est parti en guerre sur ce sujet. C'est bien dans le cadre de la tradition gaulliste... et dans le cadre de sa politique d'opposition à Giscard.

Il faut reconnaître à cet ultra de l'indépendance nationale qu'est Michel Debré une position originale : il est pour l'élargissement... estimant que plus il y a de pays dans la communauté européenne, moins il sera possible à celle-ci de réaliser son unification politique.

Le PCF, lui aussi, rappelle son attachement à « l'indépendance nationale ». Et ce parti qui à ses origines se réclamait de l'internationalisme, de la nécessité d'instaurer une société débarrassée de toutes frontières, se fait comme d'habitude le chantre de la nécessité des États nationaux. Charles Fiterman, dans un rapport au Comité Central (voir l'Humanité du 26 septembre), rappelait ainsi la position du PCF : « Nous nous opposons catégoriquement à l'idéologie bourgeoise et social-démocrate sur le dépassement du cadre étroit de chaque nation. ( ... ) Notre orientation est donc claire : nous combattons sans ambiguïté la politique d'intégration européenne de Giscard et des dirigeants actuels de la CEE qui accentue la régression sociale et amputerait le patrimoine national » .

Ce qu'est le marché commun

Tous ces partis discutent de la question comme si c'était une question sérieuse, comme s'il s'agissait réellement de la construction d'une entité supranationale, sans frontières, à l'échelle de l'Europe 1

Or, ce qu'on appelle le Marché Commun n'a rien à voir avec cela, et consiste seulement en des ententes douanières passées à coups de marchandages entre des impérialismes de seconde zone, les impérialismes européens.

Certes, par ces ententes douanières, les États membres de la Communauté Économique Européenne ont réussi à se réserver une zone dans laquelle leurs produits se font mutuellement concurrence, mais n'ont pas à subir celle des États extérieurs. La part des échanges entre les pays de la Communauté a augmenté par rapport aux échanges avec les États d'autres pays.

Mais les marchandises ne circulent absolument pas librement, les échanges sont réglementés par un ensemble de traités, de contingentements, de quota, de compensations, par lesquels chaque pays cherche d'une part à protéger certains secteurs non concurrentiels de son économie, tout en ouvrant les marchés des autres pays membres à ses secteurs concurrentiels, et d'autre part à faire supporter le poids de ses problèmes économiques intérieurs à tous les autres.

Et le fait qu'un voyageur, passant d'un pays du Marché Commun à un autre, ne puisse pas emporter plus de 200 cigarettes est bien un symbole : le Marché Commun n'est en rien une unification du marché européen.. Pour les marchandises comme pour les hommes, les frontières nationales existent bel et bien.

Et on peut voir que, plus de vingt ans après la naissance par le traité de Rome signé en 1957 de la CEE, de cette Communauté Économique Européenne qui devait paraît-il être le prélude à une communauté politique, les États nationaux sont plus que jamais en place et n'ont rien abandonné de leurs prérogatives à une quelconque force supra-nationale.

Même sur le terrain économique, malgré toutes leurs belles déclarations, en dehors des ententes douanières, il a été hors de question pour les États européens de faire des pas de plus, il leur a été impossible par exemple de créer une monnaie européenne, nécessaire aux échanges, mais qui aurait supposé que chaque État renonce à être seul juge des manipulations qu'il fait à sa monnaie, seul juge du rôle économique ou politique qu'il veut lui faire jouer à l'intérieur de ses frontières.

L'impossibilité de dépasser le cadre des frontières nationales découle de la nature même des États bourgeois. Chaque État a été créé dans la violence, pour donner à la bourgeoisie nationale un instrument contre ceux qu'elle exploite dans son pays et pour la protéger des bourgeoisies concurrentes. Aucune bourgeoisie ne peut ni ne veut, tant sur le plan politique que sur le plan économique, se passer des services et de la protection de son propre État.

C'est pourquoi l'unification politique de l'Europe, telle que prétendent y arriver les hommes politiques pro-européens, est une utopie.

Aucune bourgeoisie ne renoncera de son plein gré à sa souveraineté.

C'est pourquoi cette unification dans le cadre capitaliste, si elle se fait un jour, ne pourra qu'être le fruit de la violence. La seule unification européenne possible, c'est celle qui pourrait être imposée, par la force, par l'État le plus Puissant. Mais même l'Allemagne hitlérienne, qui avait pourtant vaincu la plupart des pays européens et établi sa domination sur une grande partie de l'Europe, n'est pas arrivée à opérer cette unification.

Et les États européens peuvent bien passer des arrangements, conclure des accords : ce sont uniquement des contrats temporaires, qu'ils se réservent le droit de remettre en question dès que les intérêts de leur bourgeoisie respective l'exigeront, dès que les rapports de force qui auront servi de base à ces contrats changeront.

Aujourd'hui, c'est avec trois nouveaux pays que les États qui composent le Marché Commun pensent qu'ils ont intérêt à passer de tels contrats. Malgré les aléas de la crise ou à cause d'elle, en même temps que les différentes bourgeoisies exigent de leur État un protectionnisme accru dans certains domaines, ils veulent étendre le champ dans lequel ils bénéficient, grâce aux accords réciproques, de meilleures conditions pour réaliser des bénéfices.

Et si aujourd'hui Giscard défend cette extension, c'est que les trusts les plus importants doivent y trouver leur compte - en particulier les trusts agro-alimentaires qui vont pouvoir bénéficier de produits agricoles moins chers des pays de l'Europe du Sud.

De toute façon, ces pays, par le jeu d'accords qui datent en particulier de 1975, sont déjà des partenaires privilégiés du Marché Commun.

Jusqu'à récemment, le fait qu'y étaient en place des États dictatoriaux était un obstacle à leur intégration au Marché Commun. Non que les régimes dictatoriaux gênaient en soi les bourgeoisies européennes - qui commercent avec l'Afrique du Sud par exemple !

Mais le fait qu'ils soient capables d'imposer à leur classe ouvrière un niveau de vie très bas, que leurs capitalistes puissent profiter d'une main-d'oeuvre à bon marché, ne pas subir le poids des charges sociales, et donc bénéficier de prix de production plus bas et trop concurrentiels, voilà ce qui était inacceptable par les « démocraties » de l'Europe du nord-ouest.

L'obstacle est levé maintenant et les intérêts des grosses firmes agro-alimentaires européennes, se procurer les matières premières des pays d'Europe du sud, la perspective pour les autres trusts et un certain nombre d'industriels de disposer de nouveaux marchés industriels et de nouvelles possibilités d'investissement valent bien, n'est-ce pas, que certaines productions de l'Espagne ou du Portugal, comme le vin ou les fruits, viennent concurrencer ou ruiner les petits agriculteurs du midi de la France !

Ceci dit, même les plus chauds partisans de « l'ouverture » déclarent ne pas vouloir aller trop vite... et il semble bien que, si Marché Commun à douze il y a, ce sera pendant longtemps sous la forme d'accords partiels.

Mais, pas plus à douze qu'à neuf, les capitalistes ne seront capables de réaliser un véritable Marché Commun. Et cela marque les limites de la polémique entre les « pro-européens » et leurs adversaires, polémique qui porte en fait sur des nuances de la politique que la bourgeoisie a à mener pour protéger au mieux ses intérêts nationaux.

Pourtant, la question de la réalisation d'une véritable Europe sans frontières est plus que jamais à l'ordre du jour. Mais celle-ci ne pourra être l'oeuvre que des États-Unis Socialistes d'Europe.

Les frontières nationales : une aberration à notre époque

Depuis longtemps, les frontières nationales sont devenues un frein au développement économique. Cette incapacité des États bourgeois à abolir ces frontières, ces barrières surannées qui enferment les hommes et la production dans des cadres étroits, qui entravent le développement des échanges et l'essor économique, est l'une des raisons pour lesquelles les révolutionnaires socialistes combattent le capitalisme.

Aujourd'hui, l'état économique de la société, la division mondiale du travail que les progrès techniques, l'augmentation de la production, la rapidité des moyens de transport ont permis, exigent plus que jamais que soient levés tous les obstacles à l'essor de la production que sont les frontières nationales, exigent la libre circulation des marchandises et des hommes.

La division mondiale du travail, rendue possible par les progrès techniques, l'augmentation de la production, la rapidité des transports a permis à la société de réaliser des bonds énormes dans la production des biens. Et c'est la voie du progrès.

Sur le plan agricole, par exemple, si l'Espagne et le Portugal étaient mieux placés géographiquement que la France pour produire certains types de fruits, de légumes... ou de vins, plus facilement et à meilleur prix (à niveau de vie égal !), ne serait-il pas plus rationnel, plus conforme aux intérêts des consommateurs, de permettre à ces produits d'accéder librement au marché français ? Cela concurrencerait les produits français analogues ? Sans aucun doute. Et les producteurs devraient se reconvertir à d'autres productions : il n'y a là rien d'aberrant, bien au contraire. Le progrès est toujours passé par la reconversion - ou la disparition - des productions dépassées.

Mais cette reconversion, qui pourrait s'effectuer sans drame si elle était décidée en fonction des intérêts réels de la population, dans une société qui veille à ce que les producteurs concernés n'en aient nul préjudice, prend l'aspect d'une catastrophe - parce qu'elle s'effectue dans le cadre du régime capitaliste. C'est la pression économique, la mévente des produits, l'endettement qui obligent les cultivateurs à se reconvertir à leurs frais, ou les acculent, ruinés, au départ.

C'est toute l'organisation du système capitaliste qui vise à assurer les profits des plus gros, et uniquement ceux-là, sur le dos des producteurs, alors qu'il est nécessaire de concevoir l'économie de chaque pays, et l'économie mondiale, en fonction des intérêts des populations. C'est cette nécessité de réorganiser l'économie qu'il s'agit de donner comme perspective à la population laborieuse.

Le rôle des socialistes révolutionnaires est d'expliquer aux travailleurs et aux paysans qu'ils ont tout à gagner à la libre circulation des hommes et des marchandises, et que c'est l'organisation capitaliste de la société, à l'échelle nationale comme à l'échelle européenne, qui est la cause de leurs maux.

L'abaissement des barrières douanières ne se traduit pas, dans le Marché Commun, par la possibilité, pour le consommateur, de se procurer des produits moins chers, même si les prix de production sont plus bas, mais par la possibilité, pour les capitalistes, de réaliser des profits plus juteux.

C'est l'organisation capitaliste qui pousse les agriculteurs à produire pour l'exportation, c'est-à-dire à uniformiser leurs productions, au détriment de la qualité et du goût des produits, pour qu'elles répondent aux normes européennes de calibre, de conservation, etc.

C'est cette organisation capitaliste qui les oblige à se mettre à la merci des sociétés qui commercialisent, acheminent leurs produits - et refusent de le faire quand les cours sont trop bas, entraînant ainsi des destructions massives.

C'est cette organisation capitaliste, la misère où elle maintient une partie de la population, la baisse du niveau de vie des travailleurs dont elle s'engraisse, qui limitent la consommation intérieure, qui font que d'un côté des tonnes de fruits produits ne trouvent pas preneur, tandis que de l'autre les hommes et les femmes qui en auraient besoin n'ont pas les moyens de les acheter.

Et, tout en montrant concrètement les responsabilités du capitalisme, les socialistes révolutionnaires ont à proposer aux travailleurs des villes et des campagnes de se battre pour changer le sens de l'économie, de se battre pour instaurer une société où soient pris en compte les besoins réels des populations.

Une telle perspective, bien sûr, ne s'oppose pas au soutien de toutes les luttes que peuvent mener les petits paysans pour tenter de maintenir ou d'améliorer leur niveau de vie. Mais si les travailleurs ont à soutenir les luttes des paysans, ils ne sont nullement solidaires de ce qu'il y a de réactionnaire, de nationaliste dans leurs revendications.

Les vraies raisons de la campagne du PCF

En menant campagne contre l'élargissement du Marché Commun, le PCF prétend défendre les intérêts des petites gens. Et certaines des mesures qu'il préconise, comme la fermeture des frontières aux produits qui pourraient concurrencer les produits français, constituent peut-être une protection momentanée pour certaines catégories de la population, pour certains paysans. Mais elles ne résolvent rien quant au fond de leurs problèmes et ne leur offrent aucune perspective.

De toutes façons, les raisons pour lesquelles le PCF a lancé sa campagne sont bien loin de ces préoccupations.

Elles sont au fond fort simples : profitant de la légitime inquiétude des paysans du midi de la France, le Parti Communiste profite du fait qu'il est à nouveau loin du pouvoir pour se lancer dans une campagne démagogique destinée à lui rendre une partie de son crédit électoral, sur le dos de Giscard... et surtout du PS, dénoncé comme le bradeur des intérêts des paysans et l'instrument en France de l'Allemagne - via le social-démocrate Schmidt.

Le Parti Communiste ne pouvait pas, tant qu'il pensait accéder au pouvoir, se permettre une démagogie irresponsable aux yeux de la bourgeoisie.

Mais les perspectives gouvernementales se sont éloignées... et il a pu reprendre un vieux thème de propagande et exploiter ainsi les sentiments qu'il avait contribué à créer, en d'autres temps.

C'est que le PCF, traditionnellement, a mené campagne contre le Marché Commun. Il y a vu, à sa création, et à juste titre, l'un des aspects de la politique atlantiste des USA dirigée contre l'URSS, à laquelle il était encore très lié à l'époque.

Cependant, c'est toujours au nom des intérêts nationaux qu'il a prétendu s'opposer au Marché Commun.

Pendant une quinzaine d'années, il a mené une politique hostile au Marché Commun en proposant sa suppression.

Ce n'est qu'en 1972, à la signature du Programme Commun, que le PCF a cessé de faire de cette question un cheval de bataille, sans pour cela revenir sur le bien-fondé de ses positions antérieures, mais en acceptant comme un fait établi et irréversible le Marché Commun.

Le Programme Commun non seulement reconnaissait le Marché Commun, mais encore ne mettait d'autre restriction à l'entrée des pays d'Europe du Sud dans celui-ci, que la fin de leur régime dictatorial.

C'est sur cette base que le PCF était prêt - et sera prêt de nouveau demain - à gouverner. S'il se permet aujourd'hui quelques écarts critiques, ils sont bien limités et se placent sur un terrain qui n'offre aucun danger pour la bourgeoisie !

La démagogie de la campagne du PCF et ses dangers

Parce qu'elle s'appuie, d'une façon démagogique, à la fois sur les craintes réelles, les aspirations, et les pires préjugés, la campagne lancée par le PCF a rencontré des échos, du côté des paysans, mais aussi du côté d'un certain nombre de travailleurs.

L'interdiction de l'entrée en France des produits de l'Europe du Sud, la protection de la production « française » réclamée par le PCF répond, par exemple, à une crainte bien fondée ; celle qu'ont les paysans de voir certaines de leurs productions devenir invendables du fait de la concurrence étrangère.

Le commerce international permet en effet à ceux qui sont en bonne place pour le mener, les trusts agro-alimentaires en particulier, de concurrencer la production des paysans français avec des denrées produites dans les pays où le niveau de vie est moins élevé et les coûts de production plus bas.

Mais la démagogie du PCF, c'est d'entretenir l'illusion qu'en luttant contre l'extension du Marché Commun, les paysans pourront empêcher les trusts agro-alimentaires de poursuivre leurs agissements !

Les capitalistes français n'ont pas eu besoin de « marché commun » pour importer du porc... chinois... ou d'ailleurs, du vin espagnol.

Quand l'Humanité dit que « l'élargissement du Marché Commun sera la ruine d'une partie importante de la paysannerie de notre pays » , elle se fait l'écho de la peur qu'ont les petits agriculteurs de ces régions d'être les dindons de la farce. Et certes, dans tous les marchandages, c'est souvent les petits producteurs qui font les frais des avantages accordés aux plus gros. Mais ce qui est démagogique, c'est justement de rejeter sur le Marché Commun, et uniquement sur le Marché Commun, cet état de choses !

Dans France Nouvelle, on peut lire : « Le Marché Commun, que les communistes ont qualifié de construction anti-ouvrière et anti-paysanne, a entraîné la disparition d'un million d'agriculteurs et a fait de l'Europe du Nord une immense Agence pour l'Emploi de neuf millions de chômeurs » .

Quel beau tour de passe-passe pour faire disparaître la crise capitaliste et la volonté des capitalistes de la faire payer aux travailleurs et aux petites gens, pour continuer à assurer leurs profits !

Et, en tout cas, c'est bien indépendamment de l'élargissement du Marché Commun que se pose avec acuité le problème du chômage, que s'est posé le problème des agriculteurs du Sud-Ouest et d'ailleurs... Qu'à cela ne tienne ! On est démagogique ou on ne l'est pas !

Mais il y a pire dans la démagogie. Il y a que l'ensemble de la propagande faite sur le thème « Non à l'entrée de l'Espagne, du Portugal dans le Marché Commun », qui fait tout pour réveiller les réflexes nationalistes et chauvins, revient en fait à présenter aux paysans français comme principal ennemi le paysan espagnol. Et par contrecoup, à faire apparaître aux ouvriers espagnols les ouvriers français comme des ennemis, des adversaires agressifs qui les attaquent sans raison.

Le PCF mène là une politique criminelle. Elle dresse la classe ouvrière de chaque pays l'une contre l'autre. Elle divise les travailleurs au lieu de leur montrer leurs intérêts communs, et, en indiquant aux travailleurs des différents pays de faux ennemis, elle les détourne du combat contre leurs vrais ennemis.

Face aux protestations du Parti Communiste d'Espagne - partisan, quant à lui, au côté de sa propre bourgeoisie, de l'entrée de l'Espagne dans le Marché Commun - , qui accuse le PCF de pratiquer un chauvinisme de clocher, Marchais profite de l'occasion pour réaffirmer « nous élaborons notre politique de façon indépendante, du point de vue de notre peuple, de notre nation » .

Et tous ceux qui se placent sur le terrain des intérêts de la classe ouvrière doivent combattre cette politique du PCF et oeuvrer au contraire à montrer aux travailleurs et aux paysans des deux pays quels sont leurs véritables ennemis, et combattre cette propagande nationaliste et chauvine qui pousse les exploités dans les bras mêmes de ceux qui les exploitent, leur propre bourgeoisie.