La division entre le Parti Communiste et le Parti Socialiste est-elle préjudiciable aux travailleurs ?

Lors de la fête des Jeunesses Communistes, à Saint-Denis, le 8 juin, Charles Fiterman, prenant la parole au nom de la direction du PCF, a de nouveau fait applaudir par l'assistance la perspective de la révolution socialiste. Il ne s'agit bien sûr que de paroles. Mais on n'en aurait certainement pas entendu de telles de la bouche d'un dirigeant du PCF, voici seulement quelques années, quand le Parti Communiste faisait de l'Union de la Gauche l'axe de sa politique, et que Marchais abjurait solennellement les références à la dictature du prolétariat, que le PCF traînait encore, comme vestiges de son lointain et bref passé révolutionnaire.

Ces proclamations « révolutionnaires » font partie de la politique que le Parti Communiste français mène depuis la rupture de l'Union de la Gauche, et qui peut se résumer à trois grands thèmes :

Premier volet : l'apologie de la lutte, et la tentative de présenter le PCF comme l'organisation qui dirige les luttes de toutes les catégories de la population exploitées ou opprimées, les travailleurs, les jeunes, les femmes, les étudiants, etc.

Second volet : les exhortations à rejoindre les rangs du Parti, à lui permettre de se renforcer, de passer le cap des 700 000 adhérents affirmés, pour atteindre celui du million.

Enfin dernier volet, mais non le moindre quant à la place que lui consacre la presse du PCF : les attaques tous azimuts contre les socialistes.

C'est sur ce plan-là que le contraste est le plus frappant par rapport à la période antérieure, et en particulier à la campagne des élections présidentielles de 1974, où le Parti Communiste avait engagé toutes ses forces pour faire voter Mitterrand dès le premier tour, sans un mot de critique.

Désormais, tous les sujets sont bons pour dénoncer le parti socialiste.

Sur le plan international, à propos du Cambodge, de l'Iran ou de l'Afghanistan, le Parti Communiste dénonce l'alignement des socialistes sur Carter et Schmidt.

Sur le plan intérieur, les socialistes sont accusés de s'aligner sur Giscard. L'humanité dénonce le « consensus socialo-giscardien », et accuse en substance les dirigeants du PS de s'accommoder de l'inflation et de l'austérité, et d'être même prêts à gérer cette dernière, au gouvernement, seuls ou avec des ministres de la majorité, et sans les communistes.

Quant à Mitterrand, que le Parti Communiste accuse d'avoir rompu l'Union de la Gauche en refusant une bonne réactualisation du Programme Commun, il est pour l'Humanité un « spécialiste du double langage », un « roué », un « champion de l'anti-communisme » qui, dès 1972, dès la signature du Programme Commun de la gauche (dit aujourd'hui l'Humanité ... qui ne l'a pas dit plus tôt) se serait explicitement fixé comme objectif d'affaiblir le Parti Communiste et de lui piper deux millions d'électeurs... Enfin, les dirigeants du PCF ont retrouvé le curriculum vitae de Mitterrand (égaré en 1974 ?) et rappellent à l'occasion certains épisodes de son passé : ses responsabilités dans la guerre d'Algérie - au sujet de laquelle on se souvient brutalement aujourd'hui que Mitterrand a contribué à « la pacification du pays au lance-flammes », dans l'affaire de Suez, en 1956, etc.

Bref, il s'agit de faire comprendre aux militants, sympathisants et électeurs du PCF - et plus largement de gauche que l'Union de la Gauche (c'est-à-dire l'entente électorale entre les dirigeants du PCF, du PS et du Mouvement des Radicaux de Gauche) n'est plus à l'ordre du jour ; qu'elle a été brisée par la faute des socialistes qui auraient changé ; qu'elle est à reconstruire « à la base et dans l'action » ; et qu'elle ne se reconstruira que si le Parti Communiste réussit à se renforcer.

Conséquence : pas d'unité électorale pour les prochaines élections présidentielles. Pas de candidat commun de la Gauche. Surtout pas de campagne pour Mitterrand. Le Parti Communiste a, d'ores et déjà, annoncé qu'il présentera son propre candidat au premier tour, et laisse même entendre que si le candidat socialiste restait en face d'un candidat de droite au deuxième tour, il pourrait bien, lui, le Parti Communiste, ne pas prendre position entre le bonnet blanc et le blanc bonnet.

Ce n'est pas que le Parti Communiste ait définitivement renoncé à la stratégie de l'Union de la Gauche. Son ambition est toujours d'accéder par la vole parlementaire au gouvernement. Il veut des ministres - il continue à l'affirmer - et ne peut en avoir sans une entente électorale et parlementaire préalable avec d'autres partis (et si ce n'est avec le Parti Socialiste, avec qui ?). Il n'a donc de chance de réaliser son rêve qu'à travers une nouvelle mouture de l'Union de la Gauche, ou à travers une encore plus problématique Union Nationale, si la droite y consentait.

Mais pour l'instant, le Parti Communiste déclare l'Union de la Gauche impossible. C'est que cette politique d'Union de la Gauche a été ces dernières années trop favorable au Parti Socialiste.

Le soutien sans réserve du PCF à Mitterrand, en 1974, a fait à l'époque de celui-ci le leader incontesté de la gauche, et a en outre permis au Parti Socialiste de rattraper et de dépasser, en quelques années, en ce qui concerne l'influence électorale, le Parti Communiste. Et cela n'a rien d'étonnant. Puisqu'à l'époque, même Marchais n'avait rien à reprocher à Mitterrand, rien à mettre en avant qui distingue le PCF du PS, pourquoi les électeurs auraient-ils, eux, fait une différence ? Pourquoi n'auraient-ils pas voté directement pour le parti de Mitterrand ?

Les dirigeants du Parti Communiste se sont engagés dans leur querelle avec le Parti Socialiste, qui a abouti à la rupture de l'Union de la Gauche, quand ils ont vu que le soutien sans réserve du PCF à Mitterrand aboutissait finalement à faire perdre des voix au Parti Communiste au bénéfice du Parti Socialiste, et que - plus grave encore à leurs yeux - le scrutin majoritaire pourrait bien transformer cette petite différence de voix en une grande différence de sièges.

Ce n'est pas un changement dans la politique du ps qui a amené le PCF à hausser le ton à la veille des élections législatives de 1978. c'est la crainte de tirer les marrons du feu pour son allié d'alors et concurrent, de faire élire, grâce à ses voix, une majorité de gauche, et de ne pas être assuré d'en tirer l'assurance d'une participation ministérielle pour la législature.

On comprend, dans ces conditions, que le PCF n'ait aujourd'hui aucune envie de soutenir le candidat du Parti Socialiste aux élections présidentielles de 1981, de rééditer la mauvaise opération de 1974, alors qu'il sait précisément que si ce candidat socialiste était élu, rien ne garantirait qu'il y aurait des « ministres communistes » au gouvernement.

Les choses changeront peut-être de nouveau à l'approche des élections. Mais, en attendant, circonstanciellement, le Parti Communiste met plus l'accent, dans sa propagande, sur la nécessité pour les travailleurs'de lutter, que sur ce qu'ils peuvent espérer des urnes.

Sur le plan syndical, et sur celui des luttes revendicatives, la conséquence de tout cela est un certain radicalisme de la CGT, qui s'efforce (à peu de frais, il est vrai, tant la CFDT et FO sont des concurrents effacés sur ce terrain-là !) d'apparaître comme la confédération syndicale la plus combative.

La politique du Parti Communiste suscite des réactions diverses chez les travailleurs, selon les sympathies politiques et l'engagement des uns et des autres, bien sûr, mais aussi selon le terrain sur lequel le Parti Communiste est jugé : celui des luttes revendicatives ou celui des perspectives politiques.

Sur le terrain des luttes revendicatives, la politique du Parti Communiste (et de la CGT) rencontre la sympathie de larges couches de travailleurs. Les premières journées d'action lancées par la CGT ce printemps ont rencontré un certain succès. La répétition, et la dispersion volontairement recherchée de ces mouvements, ont certes toutes les chances de se traduire par une participation de plus en plus faible. Mais même si elles ne sont pas largement suivies, et même si elles ne soulèvent pas un énorme enthousiasme, les actions proposées rencontrent généralement une certaine sympathie dans la classe ouvrière, même de la part de ceux des travailleurs qui n'y participent pas, et de toute façon aucune hostilité. Les militants du PCF et de la CGT ne sont pas isolés. Et la plupart sont satisfaits d'appartenir à des organisations qui « font quelque chose » contre les patrons et le gouvernement.

Sur le terrain des perspectives politiques, les choses sont quelque peu différentes. Non pas tant pour les militants (du moins pour ceux qui restent, car la défaite électorale de 1978 et la rupture de l'Union de la Gauche en a découragé beaucoup) mais pour la grande masse des travailleurs.

Même si le PCF n'a pas de perspective pour l'immédiat, ses militants qui ont résisté au découragement de l'après1978 ont des raisons de satisfaction : le sentiment d'appartenir au parti apparemment le plus combatif... et la possibilité de pouvoir enfin dire tout haut ce qu'ils pensent de Mitterrand et du Parti Socialiste.

Mais chez les travailleurs du rang, le sentiment dominant inspiré par la politique du Parti Communiste est le malaise, né de l'incompréhension, voire la démoralisation face à la division.

De nombreux travailleurs, y compris parmi ceux qui votent traditionnellement pour le PCF, ne comprennent pas que celui-ci ait rompu l'Union de la Gauche, qu'il soit devenu agressif vis-à-vis du Parti Socialiste. Et même ceux qui seraient portés à lui faire confiance, qui pensent qu'il n'y a pas de fumée sans feu, et que le Parti Communiste n'a sans doute pas tort dans les critiques qu'il adresse au PS, sont tout de même troublés, et se demandent si cela valait la rupture.

La grande majorité des travailleurs, regrettent la querelle et la division entre le pc et le ps, et souhaiteraient revenir à la « belle époque » de l'union de la gauche. la plupart croient d'ailleurs que c'est la querelle pc-ps qui a valu à l'union de la gauche d'être battue aux élections de 1978 (alors que c'est bien plus vraisemblablement la défiance vis-à-vis de la gauche de la fraction de l'électorat centriste qu'elle avait besoin de gagner pour pouvoir emporter ces élections). et comme la division est rendue responsable de l'échec, et que la division persiste, chez tous ceux qui espéraient un changement par les urnes, existe aujourd'hui une certaine démoralisation, et le sentiment que l'avenir est bouché, qu'il n'y a pas de perspective.

Les racines de ce découragement sont donc les illusions électoralistes déçues - mais non détruites - de larges couches de travailleurs.

Mais dans ces conditions, quelle doit être l'attitude des révolutionnaires ? Doivent-ils dire aux travailleurs démoralisés : « Vous avez bien raison d'être découragés, car sans l'unité entre le PC et le PS la classe ouvrière ne peut rien faire » ? Ou bien doivent-ils au contraire expliquer : « Unité électorale ou pas entre le PC et le PS, la classe ouvrière n'a rien à attendre des élections. Il n'y a que par la lutte qu'elle peut améliorer son sort. Et pour entrer en lutte, comme pour vaincre, elle n'a pas besoin de l'unité électorale entre le PC et le PS » ?

Pour les révolutionnaires, qui se doivent de combattre toutes les illusions électoralistes, la question ne devrait même pas se poser. Pourtant, dans les faits, une bonne partie de l'extrême-gauche s'est transformée en nostalgiques de l'Union de la Gauche (même s'ils appellent cela autrement).

C'est que la rupture de l'Union de la Gauche a aussi déçu tous ceux qui, dans la petite bourgeoisie intellectuelle, ou dans les milieux syndicalistes, se situaient au carrefour des influences social-démocrates et staliniennes, et qui se reconnaissaient entièrement dans la politique de l'Union de la Gauche. Et l'existence de ce milieu de militants ou de sympathisants du PS et du PCF, qui aspirent à un retour à la situation antérieure, qui s'opposent parfois à leurs directions respectives (surtout à celle du PCF) au nom de l'unité, a amené toute une partie de l'extrême-gauche, dans l'espoir de se lier à ces militants, à se faire à son tour le champion de l'unité entre le PC et le PS.

Dans la pratique, comme c'est incontestablement le Parti Communiste qui a provoqué la rupture de l'Union de la Gauche, ceux qui se font les champions de l'unité entre le PCF et le PS se retrouvent d'ailleurs à reprocher plus ou moins ouvertement au Parti Communiste son attitude vis-à-vis du Parti Socialiste.

Les révolutionnaires n'ont pourtant pas à déterminer leur politique en recherchant ce qui est susceptible de plaire à telle ou telle couche de militants plus ou moins déçus par la politique des organisations traditionnelles, à telle ou telle nouvelle « avant-garde large », pour s'exprimer dans un jargon qu'affectionne l'extrême-gauche. Les révolutionnaires ont d'abord à dire la vérité à la classe ouvrière. Et la vérité, c'est que Marchais a raison de dire que Mitterrand est un politicien bourgeois, qui ne cherche qu'à venir gérer les affaires de la bourgeoisie, comme il l'a si souvent fait dans le passé.

Cela ne signifie évidemment pas que les travailleurs puissent faire confiance à Marchais et au Parti Communiste Français. Le simple fait que Marchais et le PCF se soient bien gardés de dire la vérité sur Mitterrand en 1974 en est une preuve suffisante. C'est la preuve que demain, s'il y voit un moyen de satisfaire ses ambitions électorales et gouvernementales, le Parti Communiste sera bien capable de faire de nouveau alliance avec Mitterrand, ou avec d'autres qui ne vaudront pas mieux. C'est la preuve que Marchais, lui aussi, n'aspirait qu'à venir gérer les affaires de la bourgeoisie.

Et cela ne signifie pas non plus que la politique du Parti Communiste Français, par rapport au Parti Socialiste, soit juste aujourd'hui. Mais ce n'est certainement pas du point de vue électoraliste, ni du point de vue des nostalgiques de l'Union de la Gauche, que les révolutionnaires doivent critiquer la politique actuelle du PC vis-à-vis du PS.

Le Parti Socialiste n'est guère autre chose, aujourd'hui, en France, qu'une machine électorale à l'usage des notables et des aspirants notables « de gauche ». Il n'existe guère dans la classe ouvrière, et surtout dans les entreprises, si ce n'est à travers les liens, somme toute assez lâches, qui l'unissent aux appareils syndicaux de la CFDT et de FO. Mais il n'en possède pas moins une certaine influence sur la classe ouvrière. Et un parti défendant réellement les intérêts des travailleurs, cherchant à organiser leurs luttes et à leur donner le maximum de chances de succès, ne pourrait pas ne pas tenir compte de cette influence du Parti Socialiste, et ne pourrait pas ne pas avoir de politique en direction de celui-ci. Sans renoncer à critiquer la politique du Parti Socialiste, il devrait - surtout dans une période comme celle que nous traversons actuellement, où la classe ouvrière subit les attaques du patronat et du gouvernement - proposer au Parti Socialiste, et à travers lui, à ses militants et aux travailleurs qu'il influence, des objectifs de lutte qui puissent avoir l'assentiment de ces travailleurs, et de la majorité de la classe ouvrière.

Ce serait le seul moyen, soit de montrer à la fraction de la classe ouvrière influencée par le PS que celui-ci ne veut rien faire, s'il refuse la lutte commune. Soit de le contraindre à aller de l'avant, sous la pression des travailleurs, s'il accepte ses propositions.

Mais le Parti Communiste n'aborde jamais ses relations avec le Parti Socialiste de cette manière-là. D'abord parce que la seule unité qu'il envisage en fait avec le Parti Socialiste, c'est l'unité électorale. Ensuite, et c'est lié au point précédent, parce que dans ses périodes d'unité électorale avec le PS il renonce le plus souvent à toute critique de la politique de celui-ci, comme il l'a fait en 1974. Et que dans ses périodes de brouille, comme son objectif n'est pas de mettre la classe ouvrière dans les meilleures conditions pour lutter, mais simplement d'apparaître comme plus radical que le PS, pour renforcer son influence dans la classe ouvrière, il critique, mais sans proposer aucun objectif sur lesquels les travailleurs qu'il influence et ceux qui sont influencés par le PS pourraient se retrouver pour une lutte commune.

Et c'est cela que nous, révolutionnaires, pouvons aujourd'hui reprocher à la politique du Parti Communiste vis-à-vis du Parti Socialiste. Non pas de le critiquer, car dans l'ensemble ses critiques sont justes (bien que certaines d'entre elles puissent être gratuites, ou de mauvaise foi). Mais de ne proposer aucun objectif de lutte contre les conséquences de la crise et la politique du gouvernement et du patronat, sur lesquels pourraient se retrouver ensemble les travailleurs influencés par le PCF et ceux qui sont influencés parle PS. C'est au contraire de cultiver les actions isolées, qui permettent au PCF, et à la CGT, d'apparaître à bon compte comme plus radicaux que leurs rivaux sociaux-démocrates.

Mais de toute manière, ce n'est pas à cet aspect-là des choses que pense l'immense majorité des travailleurs, qui regrette la rupture de l'unité entre le PC et le PS (pour la bonne raison qu'à l'époque de l'Union de la Gauche, il n'y avait pas plus d'unité dans la lutte, mais seulement l'unité du PC et du PS pour dire aux travailleurs que pour obtenir satisfaction... le plus sage était d'attendre l'es élections). Encore une fois, ce que regrette la plupart des travailleurs, c'est l'unité électorale perdue entre le PCF et le PS

Alors, dans ces conditions, pour des révolutionnaires, faire du problème de « I'unité » le centre de leur politique est un non-sens. Toute référence à l'unité en général ne peut être comprise par les travailleurs que comme un regret de l'Union de la Gauche. Et ajouter « unité dans les luttes » ne change rien au problème. Car, plus que les paroles, ce qui compte, c'est la musique unitaire, et la manière dont elle est comprise actuellement. Sans compter que réclamer aux dirigeants du PCF et du PS de réaliser « l'unité dans la lutte », en général, cela ne veut rien dire.

Si la combativité de la classe ouvrière était grande, les révolutionnaires, même minoritaires, auraient sans doute la possibilité de mettre en avant un programme de revendications et de moyens de lutte correspondant aux aspirations des travailleurs. Ils pourraient alors tenter de mettre les dirigeants réformistes au pied du mur, en les obligeant à se prononcer publiquement sur un tel programme. Ils pourraient proposer à l'ensemble des organisations se réclamant de la classe ouvrière « l'union dans la lutte » pour atteindre ces objectifs concrets.

Mais nous ne sommes pas actuellement dans une situation où la combativité de la classe ouvrière serait nettement au-dessus de ce que lui proposent les appareils syndicaux. La classe ouvrière a certes répondu présent lors des premières journées d'action que la CGT lui a proposé ce printemps. Mais, apparemment, devant la répétition de celles-ci, c'est plus la lassitude devant des actions à répétition, que le désir de faire plus, qui s'est manifesté. Et la seule arme des révolutionnaires, c'est la combativité des travailleurs. Tant que celle-ci reste à un niveau relativement faible, les révolutionnaires ne disposent d'aucun levier qui leur permette d'agir, en particulier qui puisse leur permettre de faire bouger les organisations réformistes qui sont majoritaires dans la classe ouvrière.

Dans une telle situation, les révolutionnaires ne peuvent guère faire plus que de faire de la propagande. Mais au moins doivent-ils mener une propagande qui puisse redonner confiance en elle-même à la classe ouvrière, et non pas qui la renforce dans ses nostalgies de l'Union de la Gauche.

Et par rapport au problème de la division entre le PC et le PS (qui au demeurant n'est pas le seul facteur qui entre en compte dans la désorientation de la classe ouvrière, loin de là, car la crise pèse aussi de tout son poids), les révolutionnaires loin de joindre leur voix au choer des pleureuses de l'unité, doivent expliquer aux travailleurs que la division entre le PC et le PS n'est pas un drame, que les travailleurs doivent se préparer à la lutte pour imposer la satisfaction de leurs revendications, et qu'ils n'ont pas besoin de l'unité entre le PCF et le PS, ni d'ailleurs entre la CGT et la CFDT, pour cela.

L'unité des organisations réformistes, politiques comme syndicales, s'est d'ailleurs bien plus souvent réalisée pour enterrer des mouvements, que pour en lancer.

Que l'on se rappelle par exemple mai 1968. Il n'ya pas eud'appel unitaire des Confédérations syndicales à la grève générale. La grève est partie de la base, d'initiatives locales. Et l'unité des Centrales syndicales ne s'est faite que pour enterrer le mouvement, en signant ensemble d'abord le fameux constat de Grenelle, en poussant ensemble à la reprise ensuite.

C'est d'ailleurs dans la logique des choses. Les partis ouvriers réformistes, que ce soit le PCF ou le PS, les Confédérations syndicales réformistes, ont ceci de commun qu'ils ne veulent, ni les uns ni les autres, prendre l'initiative de luttes susceptibles de mettre la bourgeoisie en difficulté. Cela ne signifie pas qu'ils ne puissent pas se retrouver à la tête de grèves générales. Mais cela signifie que, dans la majorité des cas, lis s'y sont retrouvés bien malgré eux, et qu'ils n'en ont assuré la direction que pour mieux contenir le mouvement dans des limites acceptables pour les classes dominantes.

C'est pourquoi l'unité des organisations ouvrières réformistes s'est bien plus souvent faite contre les travailleurs, que dans leur intérêt. C'est pourquoi elle n'est nullement, en elle-même, un avantage pour la classe ouvrière.

La division entre le PCF et le PS, et celle qui dans une certaine mesure la double entre la CGT et la CFDT, peut même dans certaines conditions jouer un rôle positif pour les travailleurs.

En effet, cette division implique des possibilités de surenchère entre partis politiques et entre Confédérations syndicales. Et dans une période de montée de la combativité ouvrière, une telle surenchère pourrait être la brèche par laquelle pourrait s'engouffrer cette combativité.

Bien évidemment, il ne s'agit pas de tordre le bâton dans l'autre sens, et de crier « Vive la division », face à ceux qui crient « Vive l'unité ». Mais il s'agit d'expliquer aux travailleurs que leurs possibilités de lutte, et de victoire, ne dépendent pas des relations plus ou moins amicales ou plus ou moins hostiles qu'entretiennent entre eux les partis réformistes, dans leur concurrence électorale, et les grandes centrales syndicales, dans leurs rivalités de boutique.

L'avenir de la classe ouvrière dépend avant tout de sa confiance en elle-même, en ses propres forces, en ses propres capacités à gérer ses propres affaires, en sa détermination. Et c'est à renforcer cela, c'est-à-dire la conscience de classe du prolétariat, que doivent s'employer les révolutionnaires.