La Cisjordanie sous la botte israélienne

La décision de l'Égypte d'ajourner sine die les pourparlers avec Israël sur « l'autonomie » des territoires occupés par les Israéliens depuis 1967, sans le moindre résultat, est tout un symbole. Les accords de Camp David prévoyaient explicitement que ces pourparlers devaient avoir abouti à la date du 26 mai 1980. Il n'y a toujours pas le moindre changement, pour ne pas parler d'une solution, en vue dans ce qu'on appelle la question palestinienne. Cela est d'ailleurs souligné par le développement de la tension en Cisjordanie même : recrudescence des attentats, les uns dirigés contre les colons israéliens, les autres contre des personnalités palestiniennes, aggravation de la répression des forces d'occupation israéliennes contre la population palestinienne, succession des manifestations et des grèves de cette population.

L'autonomie et les accords de camp david

La Cisjordanie, la bande de Gaza et le Golan forment ce qu'on appelle « les territoires occupés » depuis la guerre de 1967, durant laquelle Israël les a pris respectivement à la Jordanie, à l'Égypte et à la Syrie. A l'époque s'y ajoutait aussi le Sinaï, rendu depuis à l'Égypte.

Une population d'un million deux cent mille Arabes vit dans ces territoires. Les gouvernements israéliens qui se sont succédé ont prétendu au début que leur statut et leur administration directe par les forces armées israéliennes étaient provisoires. Leur sort définitif serait déterminé après la signature de la paix avec les pays arabes. Il est vrai que parallèlement, ils affirmaient aussi qu'ils ne renonceraient jamais au contrôle de certaines régions stratégiques ou à la partie Est de Jérusalem (coupée en deux depuis 1948, l'Ouest en territoire israélien, l'Est en territoire jordanien).

Les accords de Camp David en septembre 1978 prévoyaient, après le retrait progressif des forces israéliennes du Sinaï et le retour de celui-ci à l'Égypte, qu'une autonomie serait accordée, pour 5 ans, aux territoires occupés. Cette autonomie ne correspond pas du tout à ce que revendiquent les organisations et la population palestiniennes : l'indépendance. Et ni Begin ni Sadate n'ont jamais trouvé personne parmi les Palestiniens pour approuver ces accords de Camp David, qui restent muets sur ce que devrait être le statut de ces territoires, au bout de cette période de 5 ans.

L'encre du traité de Camp David n'était pas encore sèche que Begin lui-même affirmait que l'autonomie ne signifiait ni indépendance, ni droit du peuple palestinien à décider de son sort, même à terme. « A Camp David, nous n'avons pas utilisé le mot d'autodétermination, mais celui d'autonomie. Il n'est pas question de souveraineté ou d'État » répétait-il encore dans une interview au journal Le Monde, le 18 mai 1980.

Cette autonomie, acceptée en paroles, aurait dans les faits un contenu dérisoire. Tout ce que le gouvernement israélien veut bien promettre, ce sont quelques vagues concessions concernant les tâches administratives subalternes. Un conseil administratif d'une douzaine de membres, serait créé et serait responsable de secteurs telles la Santé et l'Éducation. Mais seuls les habitants arabes dépendraient de cette administration tandis que les habitants des colonies de peuplement israélien resteraient directement sous juridiction israélienne. Les habitants palestiniens de Jérusalem « une et indivisible » d'après Begin, donc juive, ne pourraient pas bénéficier de cette « autonomie ». Et, sur l'ensemble des territoires, l'armée israélienne serait la garante de la « sécurité ».

Il suffit d'ailleurs de rappeler que les Israéliens refusent d'associer les organisations palestiniennes - et en particulier l'OLP - à la discussion de cette autonomie, pour avoir une idée de ce à quoi s'était engagé Begin à Camp David.

Cette autonomie fut cependant présentée par la propagande égyptienne comme un premier pas vers l'autodétermination, et même l'éventuelle institution d'un État palestinien.

Le jeu de sadate

Sadate a fait de sa politique de paix avec Israël la pierre angulaire de sa politique intérieure et extérieure.

Évidemment, il peut se targuer de quelques résultats en ce qui concerne directement les relations israélo-égyptiennes. Cahin-caha, elles se sont normalisées, avec la restitution progressive par Israël à l'Égypte du Sinaï et de son pétrole, avec l'échange d'ambassadeurs et la réouverture des frontières entre les deux pays.

Pour Sadate cependant, obtenir des concessions des Israéliens à propos des territoires occupés serait sans aucun doute d'une grande importance. Non pas que Sadate se préoccupe réellement du sort de la population de ces territoires, ni qu'il veuille obtenir des garanties réelles pour elle : qu'il ait signé les accords de Camp David et accepté de négocier une autonomie dont les Palestiniens ne veulent pas, le prouve assez !

Mais d'abord, il lui est difficile vis-à-vis du monde arabe, dont il s'est déjà coupé et auprès de qui il passe pour un traître en s'engageant dans la voie de la paix séparée avec Israël, d'admettre officiellement qu'il a renoncé complètement à défendre les intérêts des Palestiniens.

D'autre part, la réconciliation avec Israël lui avait permis de faire miroiter à la population égyptienne l'espoir que la fin de l'état de guerre lui rendrait la vie moins difficile. Cette population est en train de s'apercevoir qu'il n'en est rien, évidemment. Et toutes les oppositions à Sadate, de droite comme de gauche, des Frères Musulmans comme des Nassériens, font porter aujourd'hui leur attaque sur sa politique pro-israélienne. Pour restaurer son prestige auprès de la population, pour essayer de lui redonner espoir que sa situation pourrait changer avec une paix entre les Arabes et Israël, comme pour désamorcer les oppositions, Sadate aurait sans doute bien besoin de pouvoir faire état de concessions israéliennes en faveur des Palestiniens.

Or, il n'a pas obtenu de la part d'Israël ces concessions qui lui auraient permis de justifier les accords de Camp David et de sauver la face. Bien plus, c'est au moment où les négociations approchaient de la date qui était supposée marquer leur conclusion que le gouvernement israélien a proposé de faire officialiser par le Parlement l'acte d'annexion définitive de Jérusalem.

Sadate a avalé bien des couleuvres depuis deux ans. Celle-là lui restait sans doute en travers de la gorge. En tous cas il a préféré rompre - pour combien de temps ? - les négociations et se retrouver ouvertement réduit à demander aux États-Unis de faire pression, encore une fois, sur Israël.

Israël et l'Égypte ont été amenés, en effet, à s'enager dans des négociations sous la pression des États-Unis. Le problème de ces derniers était, et est toujours, de contrôler la situation au Moyen-Orient, région d'importance primordiale, ne serait-ce qu'à cause du pétrole. Or la guerre du Kippour, en 1973, avait montré que l'état de tension permanente qui régnait entre Israël et ses voisins arabes pouvait dégénérer, à n'importe quel moment, en guerre, alors même que l'impérialisme américain ne le souhaitait pas ou ne l'estimait pas conforme à ses intérêts.

A ce souci de désamorcer, ou plutôt de mieux contrôler le conflit israélo-arabe, s'ajoute celui de disposer d'alliés capables d'intervenir dans cette région. De ce point de vue, particulièrement depuis le renversement du Shah en Iran, l'alliance de l'Égypte lui est précieuse. Il pourrait donc sembler que cela devrait inciter les États-Unis à faire pression sur Israël et à amener celui-ci à faire les concessions nécessaires susceptibles d'aider Sadate à se maintenir.

La colonisation de la cisjordanie

Pour l'heure, la politique de Begin est celle de l'intransigeance complète.

Le gouvernement Begin est arrivé au pouvoir, en 1977, en s'appuyant sur la droite et l'extrême-droite, c'est-à-dire sur les partisans du grand Israël, qui pensent que les territoires occupés doivent faire partie intégrante de l'État d'Israël. Mais il n'a eu qu'à poursuivre la politique de ses prédécesseurs. Il a continué à créer des colonies juives en utilisant des terres domaniales de Cisjordanie ou même en expropriant des terres appartenant à des Arabes. Ces nouvelles colonies ont été principalement implantées au coeur même de la Cisjordanie, là où la population arabe est la plus dense. Elles représentent pour les Palestiniens des foyers permanents de provocation et de tension.

Les accords de Camp David, malgré les protestations des Égyptiens n'allaient pas arrêter la création de nouvelles colonies. Il en existe aujourd'hui soixante-huit, et cinquante neuf autres doivent s'y installer d'ici 1985. Et sur l'ensemble des territoires occupés on compte déjà environ vingt mille colons juifs, sans compter les soixante mille juifs installés dans les quartiers neufs construits dans la partie arabe de Jérusalem.

La plupart des colons qui s'installent en Cisjordanie, avec l'aval et l'appui du gouvernement israélien, sont des militants du Goush Emounim, un mouvement d'extrême-droite. Leur but avoué est l'expulsion de tous les Arabes de Cisjordanie. Ils constituent des groupes armés, qui multiplient les actes de vandalisme et les provocations contre les Palestiniens.

Et quand la population palestinienne, travailleurs, commerçants, étudiants et lycéens, réagit aux provocations par des grèves, des manifestations, des rassemblements, c'est alors l'armée israélienne qui réprime. Le couvre-feu, les fouilles systématiques accompagnées d'actes de banditisme, les interventions souvent meurtrières contre les grévistes et les manifestants, les responsabilités collectives, telle la destruction systématique des maisons supposées avoir abrité un terroriste ou dont les habitants sont accusés d'avoir tout simplement jeté des pierres sur les voitures de l'occupant, les déportations enfin, sont maintenant monnaie courante.

En Cisjordanie aujourd'hui, l'État sioniste applique la même politique qui, il y a trente ans, a permis de créer Israël. Dans les premiers jours du mois de juin, les attentats perpétrés contre plusieurs maires cisjordaniens en sont une belle illustration. Tout le monde sait qu'ils sont le fait de l'extrême-droite israélienne qui s'en est réjoui publiquement. L'armée israélienne elle-même, quelques jours auparavant, avait annoncé qu'elle avait découvert un plan de cette extrême-droite visant à perpétrer une série d'attentats contre la population palestinienne. Mais c'est contre les manifestations et les grèves de protestation de la population palestinienne que cette armée a été mobilisée. Ce sont des maisons de Palestiniens qui ont été détruites. Ce sont des Palestiniens qui sont menacés d'expulsion.

Tout se passe comme si la politique du gouvernement israélien, indépendamment des accords de Camp David et des paroles sur l'autonomie des territoires, n'avait qu'un but : créer une situation de fait accompli, rendre la présence des Israéliens irréversible non seulement à Jérusalem, mais dans toute la Cisjordanie.

Tout se passe comme si le gouvernement israélien, en s'aidant des groupes d'extrême-droite, visait à implanter des colonies juives et à expulser le maximum de Palestiniens.

La politique des états-unis

er mars dernier quand le représentant des États-Unis à l'ONU a voté une résolution condamnant explicitement la politique de Begin. Le surlendemain, Carter indiquait que ce vote était une erreur de son représentant...

Il est difficile, en cette période électorale, de faire la part de la politique extérieure des USA, de la politique électorale de Carter et des pressions du lobby juif. Mais le fait est que les États-Unis s'efforcent par les déclarations, prudentes et mesurées, de faire des gestes vis-à-vis des pays arabes et surtout de l'Égypte, sans exercer de menace ou de pression réelle à l'égard d'Israël.

Et toute la politique de Begin montre que c'est bien ainsi qu'il comprend la position des États-Unis : ceux-ci ne feront rien, ne peuvent rien faire, ne veulent rien faire contre Israël.

L'État d'Israël constitue, depuis sa naissance, le plus sûr allié et le meilleur gendarme de l'impérialisme au Moyen-Orient. L'armée israélienne, suréquipée et surentraînée, est en permanence sur pied de guerre. L'impérialisme l'a fait intervenir à plusieurs reprises conformément à ses intérêts, en particulier en 1956 en Égypte contre Nasser. Et elle constitue en permanence un instrument dont l'impérialisme peut se servir pour menacer les régimes ou les peuples récalcitrants de la région et les amener à composer.

Or, si les États-Unis voulaient faire réellement pression sur l'État israélien pour qu'il accepte de faire quelques concessions vis-à-vis des pays arabes, ils devraient lui couper les vivres, ralentir les livraisons d'armes et d'argent... et prendre le risque, pour casser sa résistance, de l'affaiblir. Mais cela affaiblirait du coup cette force de gendarmerie.

C'est un risque qu'ils ne peuvent ni ne veulent prendre, parce que, parmi leurs alliés possibles, Israël occupe au Moyen-Orient une place particulière et unique.

Israël n'est pas en effet seulement un allié comme peuvent l'être ou ont pu l'être bien d'autres régimes. Il est le seul pays où les États-Unis ne disposent pas seulement de l'appui d'un appareil d'État, mais de celui de toute une population, soit quatre millions de personnes, que la politique de l'État sioniste a acculée à combattre le dos au mur. Israël est le seul pays du Moyen-Orient où toute la population se trouve engagée aux côtés de l'impérialisme US, en qui elle ne voit pas le symbole de l'oppression, mais au contraire le garant de sa survie.

Alors l'État israélien sait bien qu'il peut se permettre de mener sa propre politique, et de poursuivre ses propres buts expansionnistes. Il sait que, tout comme il s'est lié à l'impérialisme quand il s'est constitué, réciproquement l'impérialisme a besoin de lui. Il sait que les États-Unis sont prêts à chercher appui auprès de tous les régimes disposés à jouer le rôle de gendarme pour son compte, mais qu'il n'y a aucune raison pour qu'ils sacrifient un allié sûr au profit de régimes qui sont, soit peu sûrs, soit peu solides, comme l'Égypte de Sadate ou l'Arabie Saoudite.

Israël, lui, a été, depuis sa création, un allié fidèle qui n'a jamais changé ses alliances et qui n'a jamais été menacé par une révolte de son propre peuple. Et c'est pour cela que Begin peut se permettre de ne tenir aucun compte des quelques gestes de mauvaise humeur du grand protecteur américain.

L'opposition au gouvernement begin

Pourtant, même si elle fait corps derrière l'État sioniste, la population israélienne paie elle aussi le prix de sa politique. Elle est prise dans l'engrenage de haine qu'ont mis en mouvement le nationalisme et le militarisme, et se retrouve contrainte de vivre constamment sur le pied de guerre. Elle est obligée de subir les conséquences économiques de cette politique, c'est-à-dire, par exemple, une inflation galopante, plus de 100 % en un an, due à la part énorme du budget de l'État qu'il faut consacrer a l'armée et à l'armement.

Et il semble qu'une partie d'entre elle s'en émeuve.

Le gouvernement Begin bénéficie sans doute de l'appui d'une bonne partie de l'opinion publique du pays, persuadée que la sécurité des frontières passe par la mainmise sur les territoires occupés, et que son droit sur « la Judée et la Sammarie » (les noms bibliques de la Cisjordanie) est imprescriptible.

Mais des voix discordantes s'élèvent. Certaines sont haut placées. Le général Dayan l'an dernier, le général Weizmann, tout récemment, ont démissionné avec éclat, le premier de son poste de ministre des Affaires étrangères parce qu'il n'avait pas les coudées assez franches dans les négociations avec l'Égypte, le second de son poste de ministre de la Défense parce qu'aucun progrès n'a été fait depuis un an dans ces négociations.

Sans doute l'ont-ils fait pour réserver leur propre avenir politique, en visant même la succession de Begin. Mais s'ils ont estimé utile de se démarquer de lui dans ce sens-là, c'est qu'ils estiment eux-mêmes que l'opinion d'une partie de la population israélienne est lasse de devoir payer pour entretenir la guerre, l'armée et les implantations, est lasse de ne voir aucune issue à la situation... La presse française s'est également faite l'écho d'autres protestations, telles celles du journal Haaretz, un grand quotidien, qui dit déplorer de voir qu'Israël en soit venu à opprimer un autre peuple, ou celle du mouvement « Pour la paix maintenant ». Celui-ci, après avoir, au moment des accords de Camp David, salué les initiatives de Begin, combat maintenant la politique d'implantation et dénonce la répression dans les territoires occupés.

Les plus radicaux de ces hommes ou de ces courants d'opposition dénoncent la colonisation juive des territoires occupés. Les autres reprochent simplement au gouvernement Begin ses excès et de ne pas savoir « discuter » avec l'Égypte.

Certains s'inquiètent de voir naître un courant « fasciste » israélien qui, s'appuyant sur les colons de Cisjordanie et s'activant dans des actions terroristes contre les Palestiniens, semble s'enhardir et se renforcer, et qui peut peut-être menacer demain les Israéliens eux-mêmes.

Mais, même quand ils prétendent se situer à gauche, ils restent en fait, fondamentalement, sur le même terrain que l'actuel gouvernement : celui du sionisme.

Aucun de ces courants ne se prononce sur le droit du peuple palestinien à l'indépendance. Aucun n'explique que la seule possibilité pour que les Israéliens et les Palestiniens puissent, peut-être, cohabiter en paix, passe par la rupture immédiate avec la politique sioniste, et par la reconnaissance immédiate du droit du peuple palestinien, non seulement à l'autonomie, mais à créer, comme il le désire, son propre État. Aucun ne déclare que c'est aux Israéliens, qui depuis tant d'années sont les oppresseurs et les conquérants, à faire la preuve qu'ils renoncent à imposer la loi de l'État juif à la population arabe.

Il n'y a pourtant pas trente-six politiques possibles. S'il n'y a pas rupture avec le sionisme, la seule politique d'Israël est alors celle de Begin, visant à s'assurer le maximum de positions aux dépens des Palestiniens. Il peut peut-être y avoir des nuances dans la façon de le faire, mais aucune qui change la situation, aucune qui inverse le rapport d'oppresseurs à opprimés des Israéliens envers les Palestiniens et, en conséquence, aucune qui règle la question palestinienne, qui puisse amener les Palestiniens à abandonner la lutte et les Israéliens à cesser d'être une armée en campagne campant en territoire ennemi. Et si, demain, de nouvelles élections ont lieu et amènent au pouvoir soit les travaillistes, soit un Dayan ou un Weizmann, ce sera la politique de Begin qui continuera... comme c'est la sienne qui avait commencé avant lui avec ces mêmes travaillistes.

Ce serait pourtant aussi dans l'intérêt de la population israélienne de rompre avec le sionisme. Sur elle aussi, même si ce n'est pas pour l'instant d'une manière aussi dramatique que pour les Palestiniens, pèsent les dures conséquences de cette politique : aggravation des conditions de vie, insécurité, menace permanente de la guerre. Aujourd'hui c'est surtout l'extrême-droite qui, exploitant les préjugés d'une partie de cette population, fait parler d'elle. Personne ne peut exclure pourtant la prise de conscience d'une autre partie de cette population, particulièrement les classes laborieuses, et son entrée en lutte contre le sionisme.

Il apparaît plus que jamais que la population palestinienne ne peut compter que sur son propre combat et sur la rupture d'une fraction des Israéliens d'avec le sionisme, pour modifier le rapport de forces en sa faveur et forcer l'État israélien à tenir compte de son existence et de ses revendications.

Ce n'est d'ailleurs que ce combat des Palestiniens ou cette cassure dans la société israélienne, qui puissent amener les États-Unis eux-mêmes à faire réellement pression sur les Israéliens. Si la situation devenait telle qu'Israël ne puisse assumer son contrôle dans les territoires occupés, si cela mettait en jeu sa capacité à intervenir au Moyen-Orient et à y jouer les gendarmes, si les intérêts américains étaient du coup en danger, c'est alors d'ailleurs que les États-Unis pourraient avoir davantage besoin de trouver l'appui de régimes arabes comme celui de Sadate. Alors ils pourraient peut-être accepter et même appuyer l'instauration d'un État Palestinien. Mais ce ne sera que lorsque cela aura déjà été gagné dans les faits par les Palestiniens eux-mêmes, avec ou sans l'aide d'une partie des Israéliens, un peu comme l'impérialisme vient d'accepter et de favoriser un pouvoir noir au Zimbabwe.

En attendant, les derniers développements de la situation ont confirmé, s'il en était besoin, que les Palestiniens ne peuvent pas compter sur Begin, bien sûr, mais pas non plus sur Sadate ni sur Carter, et donc sur aucun accord entre les trois pour leur apporter liberté et indépendance. Celles-ci ne peuvent être octroyées par aucun accord de Camp David, mais seulement arrachées par la lutte des opprimés.