Iran : Le parti Toudeh victime de Khomeiny... et de sa propre politique

La répression qui s'est abattue en Iran sur le Parti Communiste Toudeh depuis le mois de février dernier aurait atteint quelque 1 500 dirigeants, cadres et militants arrêtés sous l'accusation de trahison et d'espionnage au profit de l'URSS. Elle a été orchestrée de façon spectaculaire par le régime khomeinyste avec, en particulier, la diffusion télévisée des pitoyables « aveux » de son leader, Noureddine Kianouri, suivis de ceux de cinq autres dirigeants de son Comité Central.

Ce même Kianouri - qui aurait été exécuté au moment où nous écrivons - faisait preuve pourtant d'une allégeance totale à la hiérarchie religieuse, au point que certains opposants le baptisaient il n'y a pas si longtemps du titre « d'ayatollah Kianouri »...

Cependant, il serait difficile de prétendre que le parti Toudeh a été pris politiquement par surprise. II représentait pratiquement le dernier des partis politiques en Iran demeurant en dehors de celui mis en place par l'appareil religieux. II était clair que son heure finirait par sonner à lui aussi, et pourtant le Toudeh n'a rien fait non seulement pour s'opposer à Khomeiny, ne serait-ce que pour sa propre sauvegarde.

Après avoir appuyé la dictature, le pc toudeh accepte passivement d'en être victime

Au cours de la montée du soulèvement révolutionnaire anti-impérial en Iran, pendant l'année 1978, toutes les forces politiques anti-monarchiques du pays, depuis les courants bourgeois libéraux jusqu'aux organisations se réclamant d'un « Islam révolutionnaire » plus ou moins teinté de marxisme, toutes, PC Toudeh compris, se sont placées dans le sillage de l'ayatollah Khomeiny, le reconnaissant comme la direction effective du mouvement et sa direction unique.

Dès les manifestations de l'automne 1978, pourtant, un slogan lancé par l'encadrement religieux, « Un seul parti, le parti d'Allah », résonnait comme un avertissement. II était clair que le régime que Khomeiny allait mettre en place ne tolérerait pas la moindre velléité d'indépendance politique par rapport à l'appareil religieux.

De fait, Khomeiny s'en est pris d'emblée, aussitôt après la victoire de l'insurrection de Téhéran de février 1979, aux aspirations démocratiques que la chute du Shah avait libérées. II s'attaqua aux minorités nationales en premier lieu. Puis, bien vite, les uns après les autres, tous les partis et personnalités un tant soit peu indépendants de la hiérarchie chiite ont été réduits au silence, à l'exil, ou ont été liquidés dans les prisons du régime. Des leaders directement liés au pouvoir pendant toute une période, comme Ghotbzadeh ou Bani Sadr, en ont été évincés de la manière la plus brutale, le second n'ayant sans doute dû la vie sauve qu'à sa fuite d'Iran en temps utile.

La répression contre l'Organisation des Moudjahiddin du Peuple d'Iran a fait, quant à elle, des milliers de victimes. C'est une guerre d'extermination que lui a menée le régime, tout comme aux groupes plus restreints comme les trotskystes par exemple.

Pourtant, la plupart de ces différents courants ne s'opposaient pas à Khoneiny. Ils soutenaient le régime, même si les Moudjahiddin avaient fini au bout d'un certain temps par tenter de s'affirmer de manière autonome par rapport aux religieux au pouvoir, notamment en critiquant la répression contre le peuple kurde et les restrictions aux libertés démocratiques.

Mais un régime comme le régime iranien ne peut, par sa nature même, tolérer aucune concurrence politique. II doit contrôler la vie politique de façon absolue comme il régente la vie sociale jusque dans ses moindres aspects ; il n'y a pas de place pour la critique ou le débat même limités, même feutrés, dès lors qu'ils risquent d'apparaître sur la scène publique. Bien des hommes qui ont été éliminés par Khomeiny étaient de simples rivaux se plaçant exactement sur le même terrain que lui, mais dans une dictature qui, dans la mesure où elle s'appuie sur une partie des masses populaires, ne peut le faire qu'en les trompant par sa démagogie, tout rival est un ennemi qui doit être éliminé.

Aujourd'hui, il n'existe plus officiellement en Iran que le Parti de la Révolution Islamique, le PRI. Il s'appuie sur les nervis qui se réclament du « Parti de Dieu », les « hezbollahi ».

La population est quadrillée par les organisations mises en place par les autorités religieuses : réseau des mosquées bien sûr, bandes d'hezbollahi, comités islamiques, Fondation des déshérités, Croisade pour la Reconstruction dans les campagnes, conseils islamiques sur les lieux de travail, « Office du péché » pour contrôler les mœurs, etc. Sans oublier l'armée des Gardiens de la Révolution, les fameux Pasdarans qui doublent l'armée officielle ou la police politique, la SAVAMA, qui a remplacé la SAVAK du Shah.

Que Khomeiny ait attendu quatre ans pour se débarrasser du Toudeh - d'autant plus que l'anticommunisme des religieux chiites n'a jamais été un mystère pour personne - est presque une prouesse à mettre à l'actif du parti de Kianouri.

Cela s'explique sans doute parce que le Toudeh s'est montré complètement inféodé au régime depuis les débuts de celui-ci. II a tout approuvé, notamment la répression contre les Moudjahiddin.

Citons pour résumer cette attitude, la déclaration au journal Le Monde de M. Ahmadi, membre de son Comité Central, au printemps dernier : « Nous avons même affirmé à maintes reprises que nous soutiendrions le régime même si ce dernier nous persécutait, évidemment à condition qu'il ne s'écarte pas de la voie de la révolution. Aujourd'hui, même après l'arrestation de nos dirigeants, notre politique d'appui à la révolution islamique n'a pas changé ». On ne saurait être plus complaisant.

Mais même dans ces conditions, même avec toutes ces professions de foi pro-khomeinystes, le Toudeh continuait d'exister comme parti indépendamment du parti officiel, il restait un corps étranger au sein de la dictature islamique, et ce simple fait devait inévitablement amener la dictature à vouloir l'éliminer.

II est significatif que dans ses « aveux » télévisés, Kianouri ait déclaré avoir, lui et le Toudeh, commis un crime parce que « au lieu de se dissoudre, ils ont accru le nombre de leurs membres et se sont renforcés » .

Tolérer l'existence d'un parti politique distinct de l'appareil du pouvoir n'est pas dans les possibilités d'un régime nationaliste instauré sur des contradictions sociales explosives comme l'est celui de l'Iran. Il ne peut pas se permettre de laisser en place un canal par lequel, pas forcément aujourd'hui mais dans le futur, une contestation pourrait trouver à s'exprimer. Un tel régime ne laisse le choix qu'entre soit la soumission totale à son leader en place, soit l'opposition totale.

A cette raison fondamentale qui condamnait le Toudeh à disparaître d'une façon ou d'une autre, quoi qu'il fasse, il y avait de plus pour les dirigeants islamiques des motifs de s'y attaquer maintenant, motifs liés à la situation actuelle de l'Iran.

Les mesures connues du régime au cours de la période récente vont dans le sens de rassurer les possédants. Selon les témoignages parus dans la presse, le courant le plus conservateur au sein de la hiérarchie religieuse, le courant « hodjatieh », se serait beaucoup renforcé au cours de ces derniers mois, et c'est un courant anticommuniste influent parmi les marchands et les entrepreneurs. Les velléités de la part d'une partie du Parlement de nationaliser le commerce extérieur, ou de confisquer les biens des riches qui ont fui l'Iran, ont été annulées sur décision suprême du « Conseil des Gardiens » comme « contraires à l'Islam », en particulier sous la pression de ce courant « hodjatieh ». II se discute même de restituer des biens précédemment confisqués ou de revenir sur des nationalisations.

er Mai 1983. Et les autorités intensifient leur propagande anti-marxiste, contre la notion de lutte de classe, à travers tous les canaux dont elles disposent.

Le Toudeh n'a certes qu'une très faible implantation ouvrière, mais il reste que l'accusation d'être des « espions Toudeh » pourra être aisément utilisée contre les travailleurs qui chercheraient à revendiquer.

Ainsi, dans l'acte d'accusation contre lui figure celle de « favoriser l'agitation ouvrière et de fomenter des troubles sociaux dans les usines » .

D'autre part, le régime iranien semble aussi chercher à se rapprocher des puissances occidentales. Avec un tarif pétrolier abaissé à trois reprises au cours de l'année 1982, il a remonté ses ventes de pétrole et il parvient à souscrire de nouveaux emprunts, à acheter des armes un peu partout dans le monde, via Israël notamment, à payer d'anciennes dettes envers l'Italie ou la France, à négocier des contrats à nouveau avec les pays occidentaux. Si le boycott américain existe toujours officiellement, l'Iran n'en vend pas moins du pétrole à Israël, accroît considérablement ses liens commerciaux avec la Turquie et, contribue même, selon la presse, à alimenter les réserves stratégiques des États-Unis avec du pétrole à moindre prix.

Rappelons d'ailleurs qu'au mois de mai, Khomeiny, en même temps qu'il interdisait le Toudeh a expulsé un lot de diplomates russes en poste en Iran. Tout cela ne peut pas être vu d'un mauvais œil du côté des puissances impérialistes.

De ce point de vue, les circonstances se prêtaient peut-être particulièrement pour Khomeiny à la répression contre le Toudeh. Mais, de toute façon, celle-ci était inscrite tôt ou tard dans la nature du régime tel qu'on l'a vu à l'œuvre durant plus de quatre années d'existence.

L'attitude du PC d'Iran attendant passivement de se faire mettre le couteau sur la gorge, protestant même de sa fidélité alors qu'on l'égorge, cette attitude suicidaire qui peut paraître contre nature, comment l'expliquer en revanche ? L'organisation des Moudjahiddin du Peuple d'Iran, alors qu'elle s'était placée elle aussi depuis la naissance du régime dans le sillage des religieux, a elle au moins choisi de se défendre les armes à la main lorsqu'elle n'a plus pu faire autrement même si c'est selon des méthodes de terrorisme peu efficaces peut-être. Apparemment, le Toudeh n'a même pas tenté de se défendre, et il a fait montre de la plus honteuse des capitulations.

Une telle attitude ne s'explique que parla nature de ce parti Toudeh, un parti stalinien, lié à l'URSS, qui, pour n'avoir été dans les années récentes guère plus qu'un appareil sans base importante dans les masses, a cependant connu des heures meilleures au cours de son long passé.tab

De la rupture d'avec la révolution au stalinisme, puis au déclin

L'histoire du mouvement ouvrier en Iran remonte au début du siècle, lorsque les idées des sociaux-démocrates russes pénétrèrent parmi les ouvriers du pétrole du Caucase en 1904-1905. La moitié des ouvriers du pétrole de Bakou étaient des émigrés persans, que les révolutionnaires russes tentèrent d'organiser dans un parti indépendant.

Dans leur pays, ils participèrent à la révolution constitutionnelle de 1905-1906. Lorsque les travailleurs de Tabriz se soulevèrent ensuite et organisèrent des conseils, les Anjomans, le Parti russe leur apporta son aide, tandis que le tsar apportait, lui, son aide militaire à la monarchie en place pour briser l'ensemble du mouvement.

La Révolution d'octobre 1917 joua aussi son rôle en direction de la Perse en abrogeant le traité scélérat de 1907 qui avait partagé le pays entre la Russie des tsars et la Grande-Bretagne. Des ouvriers travaillant en URSS fondèrent alors le groupe « Justice » devenu Parti Communiste d'Iran en 1919 et qui, s'implantant rapidement dans les régions du nord du pays, tint son premier congrès en 1920 sur les bords de la mer Caspienne. II compta alors plusieurs milliers de membres et organisa le mouvement syndical. Au Congrès des Peuples d'Orient à Bakou en 1920, la délégation du PC d'Iran était forte de 192 délégués.

Mais ce tout jeune et prometteur Parti Communiste ne résista pas d'une part aux méthodes d'épuration de Staline (notamment son leader Sultanzadeh, convoqué à Moscou, y « disparut » mystérieusement au cours des purges) et, d'autre part, à la répression orchestrée après le coup d'État (1921) de Reza Khan, le premier des Pahlavi. II fut interdit et décimé après les luttes ouvrières de 1929 dans l'industrie pétrolière sous contrôle britannique.

Autant dire que le PC d'Iran recréé sous le nom de Toudeh en 1941-1942, n'avait plus grand chose à voir avec le parti de 1920. En fait, il fut reconstitué alors directement sous l'égide de la bureaucratie stalinienne, et dans des circonstances particulières qui en faisaient en réalité avant tout un appendice de la diplomatie russe.

En effet, en 1941, les armées russes d'une part, et britanniques d'autre part, occupèrent l'Iran, chacune s'attribuant une zone de contrôle, l'Armée Rouge au nord et les Britanniques au sud, notamment dans la région où ils exploitaient le pétrole. Staline de son côté convoitait l'obtention d'une concession pour l'exploitation du pétrole du nord et cela allait faire l'objet de vifs marchandages avec l'impérialisme, même si, formellement, aussi bien l'URSS que la Grande-Bretagne garantissaient la souveraineté et l'intégrité du territoire iranien, et si, à la Conférence de Téhéran (1943) ces puissances et les États-Unis assurèrent l'Iran de leur aide pour l'après-guerre...

C'est dans ce contexte particulier que le PC Toudeh apparut en Iran comme une force politique à l'ombre de l'Armée Rouge en somme.

Le Shah, suspect de sympathies pro-allemandes, avait été déposé par les bons soins des Britanniques en 1941 et remplacé par son fils. II y eut alors un intermède durant lequel les prisonniers politiques furent libérés, les partis et syndicats réapparurent. Le Toudeh dirigea alors un « Conseil Central Unifié des syndicats iraniens » qui rassembla jusqu'à 400 000 adhérents en 1946, notamment dans l'industrie du pétrole du Khouzestan. II gagna aussi de nombreux intellectuels. II était salué comme le parti le mieux organisé et le plus puissant du pays. II avait par ailleurs une organisation dans l'armée qui compta jusqu'à six ou sept cents officiers.

Mais la politique de Staline et sa volonté d'obtenir le contrôle du pétrole de « sa » zone, allaient créer au Toudeh de sérieuses difficultés, après avoir aidé à le lancer.

Alors qu'il avait à peine entamé des tentatives d'alliance avec les nationalistes, le Toudeh les rompit pour soutenir les prétentions de la bureaucratie russe et les justifier au nom d'une nécessaire égalité de traitement avec l'impérialisme britannique et de l'équilibre indispensable...

II emboîta le pas aussi aux bureaucrates du Kremlin lorsque, en 1944-1945, ceux-ci jouèrent sur les aspirations nationales en Azerbaïdjan et au Kurdistan pour appuyer leurs marchandages avec l'impérialisme sur cette question du pétrole. Ils contribuèrent à impulser des Républiques autonomes dans ces deux régions (où le PC en tant que tel s'était d'ailleurs dissous), sous la protection de l'Armée Rouge, pour les laisser choir lorsqu'ils parvinrent à un accord avec le gouvernement iranien sur les concessions des gisements pétroliers du nord. En fait d'accord, les bureaucrates n'obtinrent d'ailleurs que la promesse de se voir accorder des droits exclusifs de prospection. Mais l'Armée Rouge évacua le pays sur cette promesse au printemps de 1946.

Cette année 1946 fut un tournant dans la situation en Iran. Bientôt dans le contexte des débuts de la « guerre froide », les promesses à Staline allaient être rejetées par le Parlement de Téhéran, les États-Unis allaient augmenter crédits d'armement et missions militaires. Il s'agissait de rétablir la monarchie fermement comme pilier de l'ordre impérialiste dans la région. En décembre, l'armée du Shah entrait à Tabriz et à Mahabad, les capitales des deux Républiques autonomes, massacrait impunément parmi les travailleurs, fusillait les militants et liquidait toute autonomie régionale.

Mais auparavant, toujours dans le cours de l'année 1946, le Toudeh avait rendu un service au gouvernement impérial de Téhéran, dans lequel il eut d'ailleurs trois ministres durant une brève période. Au mois de juillet, alors qu'une grève des ouvriers du pétrole s'était déclenchée sur des revendications hostiles à l'impérialisme et au gouvernement, il mit tout le poids de l'organisation syndicale qu'il dirigeait pour briser le mouvement en trois jours. Laissant croire aux grévistes que le gouverneur militaire du Khouzestan n'interviendrait pas, il envoya des députés sur place pour faire reprendre le travail, après quoi l'armée ouvrit le feu sur les travailleurs, tuant 46 travailleurs et en blessant 170.

Ainsi le Toudeh dès sa création et dès qu'il a eu une existence réelle s'est montré un parti stalinien bon teint, fidèle à la diplomatie de l'URSS, ayant renoncé à toutes velléités révolutionnaires, n'ayant d'autre perspective que d'être accepté par les classes dirigeantes iraniennes, il était déjà prêt à sacrifier, non seulement la classe ouvrière, mais lui-même.

er mai 1951 par le gouvernement de Mossadegh. Celui-ci, grand bourgeois anticommuniste, s'opposait déjà auparavant à toutes les concessions sur le pétrole aussi bien aux Britanniques qu'aux Russes, il entendait le récupérer pour la bourgeoisie iranienne. C'est lui qui capitalisa le ressentiment anti-impérialiste existant au sein des masses populaires, et celles-ci se mobilisèrent largement dans cette bataille. Le Toudeh qui, bien qu'interdit depuis 1949 et pas officiellement légalisé par Mossadegh, conservait un certain poids, s'y opposa, expliquant que Mossadegh était un bourgeois, qu'il faisait le jeu des Américains, qu'il fallait d'abord un gouvernement anti-impérialiste pour ne poser qu'ensuite le problème du pétrole. II organisait des meetings pour la « paix mondiale »...

De fait, Mossadegh put ainsi canaliser le mouvement sous son seul contrôle, apparaissant comme le héros des aspirations nationales. Lors du coup d'État de 1953 organisé par la CIA, pour rétablir l'ordre en Iran et le Shah sur son trône, le Toudeh ne s'opposa en aucune manière. Il savait ce qui se préparait. Certains officiers de son organisation dans l'armée proposaient d'organiser une résistance, ils en attendirent l'ordre dans leurs casernes, mais l'ordre ne vint jamais.

Le fait d'avoir renoncé à toute politique révolutionnaire et même simplement radicale, s'est fait sentir dans les événements de la période 1951-1953. Le Toudeh ne faisait alors à cette occasion que refléter les hésitations et les contradictions de la diplomatie russe en face de l'épisode Mossadegh. Dans un premier temps, le Toudeh a finalement rendu service à Mossadegh en lui abandonnant la direction sous son autorité exclusive du mouvement populaire pour la nationalisation du pétrole ; dans un deuxième temps, en refusant le combat contre la menace du coup d'État, il s'est incliné sans résister devant le retour du Shah.

Et si certains leaders du Toudeh purent se réfugier en RDA, les travailleurs en Iran et ses militants parmi eux subirent une répression impitoyable qui fit des milliers de fusillés. L'ordre impérialiste allait régner en Iran pendant 25 ans, dans le démantèlement de l'opposition politique et syndicale et la terreur policière, jusqu'à la montée révolutionnaire anti-impériale de l'année 1978. Le Toudeh n'a fait une discrète réapparition, avec le retour d'exil de ses dirigeants, que sur la fin et il n'a joué aucun rôle dans ces événements.

Aujourd'hui, 30 ans après, cette attitude qui consiste à tenter de peser sur les maîtres du pays, ou au moins à s'accrocher à eux sans avoir de perspectives autonomes, vient de recevoir une nouvelle sanction dramatique. Pour s'être précipité, pour s'accrocher aux basques de l'ayatollah, toute honte bue, dès lors que la victoire de celui-ci sur le Shah est apparue acquise, le Toudeh a abouti à un nouveau suicide.

Noureddine Kianouri est un homme qui a été formé dans l'appareil stalinien et qui était resté très lié avec les dirigeants de Moscou pendant son exil. Et sans doute pour lui la diplomatie russe, face au phénomène Khomeiny, anti-communiste réactionnaire mais nationaliste aussi se heurtant de fait aux USA, n'avait pas d'autre rôle que celui de l'otage. Sans être sûr d'être payé de retour, Moscou devait donner des gages. Le sacrifice de son homme lige en était un.

Mais de toute façon, indépendamment de la diplomatie soviétique, le Toudeh, en tant que parti qui se dit communiste, qui se veut le représentant des travailleurs et des pauvres, mais qui a renoncé à toute politique révolutionnaire, n'avait pas par lui-même d'autre voie politique. II n'avait pas de perspective autre que de tenter d'accrocher son wagon au régime nationaliste. Tant qu'il a été toléré par les chefs religieux, il a maintenu une apparence d'existence politique à l'ombre de l'imam, mais dès lors qu'a été donné le signal de sa disgrâce, il n'a même pas manifesté les ressources politiques d'un Bani Sadr ou des Moudjahiddin.

Les pc dans les pays sous-développés

Le PC Toudeh en Iran fournit une nouvelle illustration du type de parti produit par la dégénérescence de l'Internationale Communiste et sa transformation en simple instrument de la diplomatie de Staline à travers le monde.

Des conditions révolutionnaires de leur création dans la foulée de la Révolution russe, ces appareils staliniens n'ont absolument rien conservé. De la tutelle de la bureaucratie stalinienne, ils ont en revanche conservé une rare servilité et une capacité certaine à « coller » aux régimes en place, à s'agripper au statu-quo. Dès lors qu'ils ont rompu tout lien avec la cause du prolétariat international, ces partis, dans la mesure où ils ont maintenu cette étiquette de parti communiste qui ne correspond plus à rien en ce qui les concerne, se sont voués la plupart du temps à simplement rechercher le régime qui voudra bien les admettre à son service.

Dans les pays où la démocratie bourgeoise les admet, et jusqu'ici elle n'a guère fait plus que les tolérer, ils peuvent prétendre à un peu plus d'existence au travers des différents canaux sociaux, des multiples possibilités que peut offrir le réformisme dans des pays prospères. Le fait, en quelque sorte, de chasser sur les terres de la social-démocratie traditionnelle, a permis ainsi pendant une époque à certains PC occidentaux de se trouver, avec plus ou moins de succès selon les pays, une certaine base dans la population laborieuse et alors d'exister un peu à la manière de la social-démocratie.

Mais dans les pays sous-développés et les régimes dictatoriaux, cela ne leur est pas permis. Et le plus souvent ils se trouvent devant des impasses totales, soumis au seul bon vouloir des leaders nationalistes du moment.

Bien souvent, comme en Algérie ou comme en Égypte, les PC de ces pays se sont franchement dissous d'eux-mêmes, consacrant l'état de fait. Mais souvent aussi, ils ont fini sous les coups de la répression et les massacres comme en Indonésie en 1965 ou au Soudan, dans les pires des défaites, les défaites sans combat.

De leur passé d'allégeance à Staline, les partis communistes des pays sous-développés ont hérité non seulement, bien sûr, l'incapacité organique de mener une politique révolutionnaire prolétarienne, mais même sur les bases nationalistes d'avoir une politique indépendante propre et d'être autre chose qu'une force d'appoint aux nationalistes. Les seules exceptions où l'on ait vu des partis staliniens prendre eux-mêmes la tête des luttes nationalistes, en Chine ou au Vietnam par exemple, eurent lieu dans des pays où, volontairement ou par la force des circonstances, ces partis ont rompu avec Moscou à un moment où la bureaucratie russe continuait à imposer à tous ces partis communistes du monde une stricte obéissance à ses diktats. Mais par cette rupture justement, ils changeaient en quelque sorte de nature et devenaient d'authentiques partis nationalistes.

Ce n'est pas le cas du Toudeh, ni de la plupart des partis communistes formés par le mouvement stalinien, dont il est, ou était peut-être, l'un des derniers représentants parmi les plus caractéristiques.