Quand le PSU, l'OCI et la LCR militent pour que Parti socialiste et Parti communiste restent unis

« L'extrême-gauche à la recherche de l'Union de la gauche », tel était le titre d'un article récent du Monde, consacré aux prises de position et aux problèmes des groupes d'extrême-gauche français après la rupture des négociations sur la réactualisation du Programme Commun entre le Parti Communiste et le Parti Socialiste. Ainsi, le quotidien bourgeois qui soutient Mitterrand, soulignait-il ironiquement les contradictions de la plupart de ces groupes.

Ils se voulaient très critiques vis-à-vis de l'Union de la gauche, c'est-à-dire de l'alliance entre le Parti Communiste et le Parti Socialiste, et du Programme Commun de gouvernement signé par ces deux partis en 1972. Ils ont passé des années à mettre en garde les travailleurs contre cette Union de la gauche. Mais lorsque cette Union semble mal en point, que les deux grands partis de gauche semblent sur le point de rompre, toute leur politique revient alors, explicitement, ou implicitement, directement ou indirectement, à militer pour... une alliance du PC et du PS.

Cela est vrai du PSU, mais aussi de l'Organisation Communiste Internationaliste et de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui sont des organisations trotskystes.

Le psu à la recherche d'un mauvais compromis... et de quelques sièges

Cela n'a certes rien d'étonnant de la part du PSU. Ce parti n'a jamais été autre chose qu'une fraction de la social-démocratie française. Elle s'était écartée du PS (alors la SFIO) lorsque celui-ci, usé par les responsabilités qu'il avait prises dans les gouvernements de la Quatrième République, voyait fondre son influence et le nombre de ses électeurs. Elle s'est à nouveau rapprochée de lui quand il a commencé à regagner, sous la conduite de Mitterrand, cette influence électorale. Un bon nombre de ses leaders, dont Michel Rocard lui-même, ont alors purement et simplement rejoint le PS. Et ce qui restait du PSU, en attendant sans doute de suivre l'exemple de Rocard, a tenté depuis quelques années de trouver une petite place aux côtés de l'Union de la gauche et en alliance avec elle. La seule perspective du PSU aujourd'hui, au-delà de ses critiques formelles de l'Union de la gauche et du Programme Commun et de son verbiage sur « l'autogestion » ou « l'écologie » (verbiage qui est aussi celui du PS d'ailleurs) c'est que l'Union de la gauche, en échange de l'apport des quelques voix que peut glaner le PSU, lui réserve quelques sièges. C'est ainsi qu'aux dernières élections municipales les candidats du PSU s'étaient glissés sur les listes de l'Union de la gauche. PS et PC estimeront-ils que les forces électorales du PSU valent de lui laisser quelques strapontins aux élections législatives ? Cela est une autre question et rien n'est moins sûr. Mais c'est en tout cas l'espoir du PSU.

Notons en passant que ni la nature du PSU ni sa politique actuelle n'empêchent la LCR de l'inclure régulièrement dans les forces à qui elle propose un front électoral de l'extrême-gauche. Le PSU a ignoré et méprisé ses propositions lors des dernières élections municipales. Toute son orientation aujourd'hui est dirigée vers l'Union de la gauche. Qu'importe ? Pour la LCR le but est toujours une alliance électorale avec ce petit bout, de plus en plus petit d'ailleurs, de la social-démocratie.

Michel Mousel, l'actuel secrétaire général du PSU, écrivait, immédiatement après l'arrêt des discussions entre le PC et le PS : « A quoi sert de se plonger dans le détail des mesures du Programme Commun ? Disons-le franchement : à l'éventualité d'un compromis entre une partie de la droite et une partie de la gauche qui se profile derrière le conflit actuel, nous préférons, sans hésiter, un accord, peut-être limité dans son objet au plus urgent, mais largement ouvert à toutes les organisations populaires ». Et la semaine suivante, dans Tribune Socialiste, l'organe du PSU, Victor Leduc renchérissait : « Nous préférons, en tout état de cause, un mauvais compromis à gauche à un compromis entre une partie de la gauche et une partie de la droite ».

Ainsi la position du PSU est bien claire. Quelles que soient ses mines effarouchées, ses réticences et ses critiques, hier et aujourd'hui, il soutient l'Union de la gauche. Et cela inconditionnellement, c'est-à-dire en se moquant parfaitement de savoir sur quelles bases et dans quel but le PC et le PS peuvent faire alliance. Il est vrai qu'au sein d'une large alliance, le PC et le PS peuvent, peut-être, faire une petite place au PSU. Alors que s'ils s'opposent ouvertement, ils ne peuvent se permettre, ni l'un ni l'autre, de faire le moindre cadeau à un partenaire trop faible. Et ceci explique sans doute la position du PSU.

L'oci soutient mitterrand contre marchais

De son côté, depuis la fin septembre, l'OCI a engagé une grande campagne : son hebdomadaire Informations Ouvrières explique à longueur de colonnes qu'il faut l'unité « pour une majorité PS-PCF aux élections législatives » ou « pour en finir avec le gouvernement Giscard-Barre et la Cinquième République » (titre d' Informations Ouvrières du 12 octobre 1977). Ses militants sont mobilisés pour faire signer des pétitions qui demandent au PC et au PS de s'unir, ou encore envoyer des télégrammes aux directions du PC et du PS pour leur enjoindre de cesser leur dispute.

Informations Ouvrières a rapporté un certain nombre de discussions de ses militants avec des militants ou des sympathisants du PC. Par exemple ce dialogue entre un responsable de la section du PCF du 9e arrondissement de Paris et une délégation de l'OCI venue exiger « que se réalise immédiatement l'unité pour la satisfaction de toutes les revendications, pour en finir avec le gouvernement GiscardBarre, pour une majorité PCF-PS aux élections législatives » :

« Le responsable du PCF : « Nous avons les mêmes soucis, mais nous ne voulons pas d'un gouvernement de gauche qui fasse une politique de droite. Certes, il faut chasser Giscard, mais pour mettre en oeuvre le Programme Commun, pour assurer un vrai changement. On ne s'unit pas sur n'importe quelle politique. Nous ne voulons pas de pause comme en 1937 ou en 1947 ».

« Un membre de la délégation : Est-ce que la première condition n'est pas de chasser Giscard, donc de s'unir pour une majorité PCF-PS aux élections ? »

Et ce dialogue est répété ainsi partout où il y a des militants de l'OCI. Les militants ou sympathisants du PCF abordent, pour une fois, le problème de l'unité en posant et en se posant un certain nombre de questions : « L'unité, mais pour quoi faire ? », « Qu'est-ce que nous prépare un gouvernement Mitterrand ? », etc... Certes ce n'est que parce que leur propre parti est lancé lui-même dans une manoeuvre électorale. Mais qu'importe ? C'est tout de même mieux, à un degré de conscience plus haut, que lorsque, aveuglés par le mythe de l'unité, ils veulent à tout prix faire confiance à des gens qui s'apprêtent à les trahir, eux et la classe ouvrière, qui les ont déjà trahis d'ailleurs, comme le rappelait ce militant du PCF cité ci-dessus.

Et c'est le moment que choisit l'OCI pour venir prêcher... l'aveuglement justement. Oublions, dit-elle, la nature des politiciens socialistes, oublions qu'ils sont des hommes d'État bourgeois, laissons de côté la question de savoir sur quelles bases se fait l'unité, oublions que par le passé elle a servi à berner et tromper les travailleurs.

Ainsi, l'OCI est lancée dans une compagne pour cultiver les illusions des travailleurs. Illusions sur « l'unité » mais illusions aussi sur les élections et sur un futur gouvernement PC-PS. Car unité pour quoi faire d'après l'OCI ? Pour « une majorité PS-PC à l'Assemblée Nationale », pour « un gouvernement PC-PS ». Pourtant le gouvernement Mitterrand-Marchais, qui a des chances de se mettre en place dans quelques mois, sera un gouvernement bourgeois, se servant simplement de son étiquette « d'ouvrier », c'est-à-dire de la confiance que font les travailleurs dans le PCF ou le PS, que pour faire accepter à ces travailleurs l'ordre bourgeois, la crise et l'austérité.

Mais l'OCI veut ignorer cet aspect de la question sur lequel même les militants du PCF se posent des questions aujourd'hui. Pour les rédacteurs d' informations Ouvrières, une majorité PC-PS à l'Assemblée Nationale, un gouvernement PC-PS est le premier pas et aussi la porte ouverte à la révolution : « ... dans le mouvement qui s'engage, il y a, nécessairement, inévitablement, la crise révolutionnaire, l'irruption de millions d'hommes, de femmes, de jeunes sur la scène politique dont ils ont été écartés depuis des années et des dizaines d'années. Et dont tout le monde voudrait les tenir écartés.

Et voilà pourquoi il (un haut fonctionnaire soviétique, NDLR) s'écrie à l'adresse des dirigeants du PCF : « attention, casse-cou ! Vous allez être débordés ! Brisez , cassez tout ce qui peut ressembler à l'unité des rangs ouvriers 1 »

Et voilà la ligne que Marchais applique » ( Informations Ouvrières du 12.10.77)

Car l'autre conséquence de la politique de l'OCI c'est de concentrer tous ses feux sur le PCF. En effet, puisque ce qu'il faut c'est l'unité à n'importe quel prix, sur n'importe quelles bases, le fautif est, bien sûr, celui qui aujourd'hui fait mine de refuser justement cette unité sur n'importe quelles bases et qui prétend discuter du contenu : c'est-à-dire le PCF.

Il n'y a plus un mot de critique contre le Parti Socialiste dans Informations Ouvrières. Ah ! il est loin le temps où l'OCI dénonçait l'OPA du « politicien bourgeois Mitterrand » sur le Parti Socialiste. Francois Mitterrand n'est plus que le chef d'un parti ouvrier à qui l'on n'a rien à reprocher puisqu'il est « unitaire ».

Par contre Informations Ouvrières consacre article sur article à dénoncer les turpitudes de Marchais. Celui-ci est présenté comme un agent docile du Kremlin qui n'hésite pas à briser l'unité ouvrière pour empêcher que se forme une majorité PC-PS à l'Assemblée Nationale et donc un gouvernement PC-PS. Car l'OCI n'hésite pas à reprendre une thèse que tout le récent passé et toute la récente politique du PCF et de Marchais contredisent.

Et ainsi l'OCI en vient même à attaquer le PCF parce que celui-ci, par la bouche de Marchais, a menacé de ne pas se désister au second tour des élections législatives pour le candidat socialiste qui serait arrivé avant le candidat du PCF. Il s'agit bien sûr, de la part du PCF, d'un simple petit chantage. L'accord électoral lui est nécessaire autant qu'au PS. Mais ce chantage entre dans le cadre de la campagne actuelle du PCF contre le PS qui a pour but de regrouper les troupes et l'électorat du PCF et de miner la confiance des travailleurs en Mitterrand pour les amener à voter le plus nombreux possible pour le PCF. Pour cela il faut que le PCF apparaisse intransigeant et réellement prêt à rompre plutôt qu'à céder. Le fond de toute la querelle a d'ailleurs très bien été résumé par Marchais dans son récent rapport au Comité Central du PCF : « Le PCF ne peut consentir à donner au Parti Socialiste, dans ces conditions, c'est-à-dire en l'absence d'engagements clairs, précis, concrets de sa part, la possibilité d'utiliser le PCF comme un marchepied pour aller ensuite au gouvernement seul ou avec d'autres, mais sans les communistes ».

Cela indigne très fort Informations Ouvrières : « La position de Marchais, réaffirmée avec insistance depuis plusieurs jours, est intolérable !

C'est du front unique de classe le plus élémentaire qu'il s'agit, du vote classe contre classe.

Pas une voix pour les partis bourgeois. Désistement réciproque systématique et réciproque au deuxième tour entre les candidats du PCF et du PS, en faveur du mieux placé ».

Voilà donc où aboutit la politique de l'OCI : à un soutien inconditionnel à Mitterrand et aux politiciens du PS et à l'électoralisme le plus plat qui ramène l'unité ouvrière à un accord électoral entre le PC et le PS. Mais cet accord électoral, avec ou sans Programme Commun d'ailleurs, se renouvelle à chaque élection. Il ne peut manquer de se réaliser à nouveau en mars 78. L'OCI estimera-t-elle alors que le front unique ouvrier est réalisé ? Il est vrai que pour sauver les apparences, elle peut toujours se souvenir alors de ce qu'elle oublie complètement aujourd'hui après en avoir fait tellement de cas pendant des années : que cette alliance électorale PC-PS englobe toujours les radicaux de gauche. Cela n'a aucune importance et ne change en rien la nature de l'alliance Mitterrand-Marchais. Mais ca donnera au moins à l'OCI le prétexte pour prendre ses distances d'avec une solution politique sur laquelle elle aura contribué, à son modeste niveau, à accroiÎtre les illusions des travailleurs.

La lcr n'a pas d'autre perspective qu'un gouvernement pc-ps

Les positions de la Ligue Communiste Révolutionnaire sont certes assez différentes de celles de l'OCI. La LCR reste ouvertement critique vis-à-vis du PC et du PS. Et pourtant finalement elle en revient, elle aussi, à cultiver les illusions sur l'unité et sur un éventuel gouvernement PC-PS.

Certes la LCR a critiqué et continue à critiquer le Programme Commun et ses diverses « interprétations » aussi bien du PC que du PS : « Ce Programme Commun, les organisations révolutionnaires ne l'ont jamais soutenu. Elles ont expliqué, tout particulièrement lors des dernières municipales, que ce programme, jamais soumis à une large critique des travailleurs, que ce compromis de sommet entre des politiques dont aucune ne se propose de rompre avec l'économie de profit et les institutions de l'État bourgeois, ne pouvait pas répondre aux revendications et aux exigences ont !capitalistes des travailleurs, ne pouvait pas être la base d'une véritable unité ouvrière » (Appel de la LCR, l'OCI et le CCA « pour une large confrontation des travailleurs et de leurs organisations » ).

Certes, la LCR défend un autre programme plus radical, comme de nationaliser tous les grands secteurs économiques par exemple (est-ce le programme qu'il convient aujourd'hui de défendre ? C'est une question que nous ne discuterons pas dans le cadre de cet article).

Certes, la LCR explique les véritables raisons de la crise actuelle entre le PCF et le PS : « En fait, le PS et le PCF ne se disputent pas pour défendre au mieux les intérêts des travailleurs. Ils se disputent pour savoir lequel sera le plus fort, lequel aura la plus grosse part du gâteau électoral et gouvernemental », disait une déclaration du bureau politique de la LCR du 26 septembre. Certes, la LCR dénonce les véritables intentions de Mitterrand : « En fait, F . Mitterrand se prépare à gérer le capitalisme en crise comme Mario Scores ou Portugal et comme Callaghan en Angleterre », ajoute la même déclaration du bureau politique.

Mais le numéro du quotidien Rouge au lendemain de la rupture des négociations entre le PC et le PS (n° du 24-25 septembre 77) titrait, en très gros, « Il faut l'unité » ajoutant, en plus petit, « pour en finir avec l'austérité, pour chasser le gouvernement Giscard-Barre, pour imposer des solutions ouvrières à la crise ». Un titre qui, en fait, est pratiquement le même que ceux d' Informations Ouvrières.

Et le 26 septembre 77, le bureau politique de la LCR publiait une déclaration portant en titre : « Pour en finir avec l'austérité, pour chasser le gouvernement Giscard-Barre, pour imposer les solutions ouvrières à la crise, il faut l'unité ouvrière ».

Ainsi la LCR va répétant qu'il faut l'unité « ouvrière ». Or le lendemain de la rupture entre le PC et le PS, à propos de la manière dont ils vont se présenter aux prochaines élections, dans une période où l'énorme majorité des travailleurs est préoccupée par cette rupture et voudrait bien qu'intervienne une réconciliation, « l'unité » ne peut signifier que l'unité du PC et du PS en vue des prochaines élections.

D'ailleurs ce que la LCR donne comme perspective aux travailleurs, elle aussi, c'est... un gouvernement PC-PS. « Et nous appelons les travailleurs à lutter pour un gouvernement de leurs partis majoritaires, c'est-à-dire un gouvernement du PC et du PS. Pas un gouvernement gardant Giscard, pas un gouvernement soumis au chantage d'un Fabre, pas un gouvernement respectant l'économie de marché, pas un gouvernement cajolant la hiérarchie militaire, mais un gouvernement rompant effectivement avec la bourgeoisie et s'engageant à satisfaire les revendications ouvrières, un gouvernement s'appuyant sur la mobilisation des travailleurs organisés unitairement à la base et responsable devant eux ». ( Rouge du 7 octobre 1977).

En présentant les choses ainsi, la LCR pense avoir trouvé la réponse à la question que posait Alain Krivine dans Rouge du 3 octobre : « Les révolutionnaires, eux, qui ont toujours critiqué le Programme Commun se demandent comment pouvoir intervenir dans un débat qui oppose les deux appareils du mouvement ouvrier ». Elle pense avoir trouvé une excellente tactique pour profiter de l'inquiétude des travailleurs devant la situation politique et la rupture des deux grands partis de gauche et intervenir dans le débat.

C'est cela qu'elle a d'ailleurs tenté de concrétiser en proposant, en commun avec l'OCT et les CCA, au Parti Communiste et au Parti Socialiste, d'organiser partout des débats pour que les travailleurs tranchent entre les différentes propositions de programmes qui leur sont soumis.

Mais cette proposition de débats, outre le fait qu'elle n'a guère de chance de se réaliser, aboutit en fait à renforcer les illusions dans l'unité du PC et du PS et d'un gouvernement PC-PS. Car, aujourd'hui, elle n'a pas d'autre signification que de laisser entendre aux travailleurs qu'ils ont une chance de dicter leur programme électoral au PS et au PC et sa conduite à un futur gouvernement Marchais-Mitterrand, que celle-ci dépendrait d'engagements électoraux et finalement que l'enjeu fondamental de la période pour la classe ouvrière c'est d'envoyer au Parlement une majorité PC-PS avec un bon programme pour avoir ensuite uh gouvernement PC-PS.

Et c'est bien là qu'on en revient fondamentalement. La propagande pour l'unité, même lorsqu'on ajoute « ouvrière », ne peut être comprise aujourd'hui que comme l'unité du PC et du PS. Et d'ailleurs quand la LCR concrétise le but de cette unité, c'est bien d'un gouvernement du PC et du PS et de rien d'autre dont elle parle.

Ainsi, malgré ses critiques à l'encontre du PS, du PC et de l'Union de la gauche, la LCR aboutit à dire aux travailleurs que leur seule possibilité pour changer quelque chose c'est de passer par un gouvernement Mitterrand-Marchais. Elle ajoute qu'il faudra être vigilant et sans doute faire pression sur ce gouvernement. Mais Mitterrand et Marchais au pouvoir c'est quand même cela que la LCR présente pour la seule solution. Et cela aboutit à pousser les travailleurs, même critiques, derrière le PC ou le PS. Et aussi dans la voie électoraliste. Car aujourd'hui c'est tout de même bien par un accord électoral du PS et du PC aux prochaines élections qu'il y a la meilleure chance qu'un gouvernement PS-PC voie le jour.

Dissiper ou créer des illusions ?

La tâche des révolutionna ires aujourd'hui n'est pas de se faire les champions de l'unité. Demain, grâce à une alliance d'une sorte ou d'une autre, il y aura peut-être un gouvernement PC-PS. Mais cet éventuel gouvernement Mitterrand-Marchais ne peut être qu'un gouvernement bourgeois au service de la bourgeoisie.

Dans ce contexte, la tâche primordiale des révolutionnaires est d'expliquer aux travailleurs ce qui les attend, d'aider à dissiper leurs illusions dans ce gouvernement qui va se prétendre leur représentant et qui gouvernera en faveur de leurs ennemis, de les préparer politiquement et moralement à affronter ce gouvernement, de leur montrer qu'au-delà il y a d'autres perspectives pour la classe ouvrière, de faire comprendre que le sort des travailleurs ne repose pas sur un gouvernement Mitterrand-Marchais, sa bonne volonté ou même la possibilité d'influer sur lui, mais d'abord sur leurs capacités de s'organiser indépendamment de ce gouvernement et même contre lui.

On ne prépare pas cela aujourd'hui en inculquant qu'en dehors de l'unité il n'y a pas de salut, que la rupture de l'alliance électorale entre le PC et le PS, ou leur échec électoral aux prochaines élections serait la fin de tout e possibilité pour la classe ouvrière.

Et présenter une propagande pour l'unité électorale PS-PC comme une politique de Front Unique ouvrier, comme le font l'OCI et même parfois la LCR, n'est rien d'autre qu'une aimable plaisanterie.

D'abord parce qu'une politique de front unique est une proposition d'alliance entre les révolutionnaires et les réformistes alors qu'ici il s'agit simplement de pousser à l'unité deux organisations réformistes, depuis longtemps intégrées dans la société bourgeoise, unité qui ne peut se faire que sur le dos des travailleurs.

Ensuite parce qu'une politique de front unique consiste à regrouper les forces de la classe ouvrière sur un but et un programme précis, même s'ils sont limités. Or ici l'unité c'est, au pire, pour l'OCI, une unité indépendamment de tout programme et, au mieux, pour la LCR, une unité pour chercher quel programme pourrait permettre... l'unité.

Le résultat c'est que les tentatives opportunistes de ces organisations pour avoir l'oreille des travailleurs déçus par les frictions entre le PC et le PS, n'aboutissent qu'à renforcer les illusions de leurs propres sympathisants et militants dans les élections et dans les politiciens à la Mitterrand et à la Marchais.