New president, old deal !

John Kennedy, catholique et démocrate, beau parleur et bien pensant, nouveau président des États-Unis, vient d'entrer en fonction sous les acclamations de la foule américaine et les louanges de la presse mondiale y compris celle du bloc soviétique.

Pour beaucoup de commentateurs il s'agit d'un nouveau Roosevelt, et d'un nouveau « New Deal ».Comme Roosevelt, Kennedy en venant au pouvoir, a à faire face à une récession économique, la quatrième depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il y a à l'heure actuelle 5 000 000 de chômeurs et on en prévoit 500 000 de plus d'ici la fin du mois. Si cette crise qui menace n'est en rien comparable à la situation de 1932 (12 000 000 de chômeurs soit près de 10 % de la population totale) les possibilités d'intervention de l'État américain sont bien plus limitées qu'à l'époque. Le New Deal de Roosevelt fut rendu possible par les énormes richesses accumulées par l'État américain. Le capitalisme américain jusqu'à la crise de 1929 n'avait cessé de se renforcer, il avait parcouru une courbe ascendante depuis la formation des États-Unis, l'immensité du territoire conditionnant un énorme marché intérieur qui avait permis le gigantisme industriel, l'absence d'empire colonial n'avait pas paralysé le développement de cet impérialisme qui par sa puissance même avait évincé toute concurrence du continent américain et avait, grâce à la Première Guerre mondiale sonnant le glas de l'Europe, permis aux USA de concurrencer même les vieilles puissances impérialistes dans leurs propres chasses gardées. L'État américain a pu en 1932 soutenir l'industrie et l'agriculture grâce à ses énormes réserves financières. Aujourd'hui, il n'en va guère de même. L'impérialisme américain a beau être de loin la première puissance mondiale, son État est depuis 30 ans bien appauvri.

Les subventions à l'industrie, le soutien des prix agricoles par le stockage aux frais de l'État, la dévorante industrie de guerre, le renforcement de l'armée permanente par la conscription obligatoire inexistante il y a 30 ans, et les injections de dollars aux quatre coins du globe pour soutenir les économies capitalistes chancelantes ont fait qu'en particulier depuis la fin de la Deuxième guerre, les États-Unis connaissent le recul du dollar face aux monnaies étrangères, l'inflation et les déficits budgétaires à la mesure de leur gigantisme.

Ce n'est pas Roosevelt qui en 1932 a sauvé la société américaine c'était ses propres économies. Il ne s'agit pas d'une question d'hommes. Si aujourd'hui la crise américaine devait s'aggraver, un nouveau New Deal est exclu.

A la limite, l'impérialisme américain, qui a infiniment moins de possibilités de manoeuvre qu'il y a 30 ans se verra, ces crises ne pouvant que s'aggraver et s'accélérer, acculé à la guerre comme seul moyen de survivre. Rien ne permet d'affirmer que cette éventualité s'accomplira sous la présidence de Kennedy, et ce n'est pas celle-ci qui l'empêcherait de se réaliser. Les télégrammes de félicitations venant des prétendus États socialistes ne feraient qu'abuser un peu plus les peuples sur cette question si l'on pouvait oublier que c'est le même Roosevelt du New Deal qui moins de dix ans après précipita son pays dans la guerre et permet à John Kennedy de dire élégamment aujourd'hui que : « les tombes des jeunes Américains qui ont répondu à cet appel encerclent le Globe ».

Dans un article « Roosevelt devant l'avenir » publié dans New International, organe du SWP (États-Unis) en février 38, Burhnam fait l'analyse de la personnalité de Roosevelt et de son rôle de brillant politicien de l'impérialisme américain. Il traite notamment de son aspect démagogique :

« Le loyalisme des masses envers l'ordre capitaliste doit être maintenu. Ceci ne peut pas être fait à l'aide d'idéologie propagé depuis des temps lointains et révolus par les partis républicains et démocrates. Ces idéologies font usage de mythes qui ne convainquent plus. Les États-Unis ont besoin d'un New Deal idéologique. L'idéologie New Deal n'est pas, en effet, une invention de Roosevelt mais seulement une adaptation. Il a puisé dans le réformiste traditionnel jusqu'à y inclure le « Front Populaire », assaisonné à l'américaine de jeffersonisme et de populisme et sous ce déguisement présenté comme un produit indigène américain. L'objet de l'idéologie c'est de convaincre les masses que le gouvernement - au moins pendant que Roosevelt est à sa tête - est leur gouvernement ; que leurs ennemis ce ne sont ni le capitalisme ni son État mais seulement « les 60 familles ». L'idéologie doit être secondée par un minimum nécessaire de concessions réelles ou apparentes, des faux frais que le capitalisme américain ne peut pas se permettre d'éliminer actuellement.