Le PSU

Malgré les affirmations du Parti Socialiste Unifié sur sa profonde originalité, ce n'est pas la première fois qu'il se crée en France un parti se réclamant de la social-démocratie et plaçant à la gauche des réformistes traditionnels.

Depuis la scission qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, donna naissance aux sections du Komintern, il a toujours existé, entre la Deuxième et la Troisième Internationale, des groupes plus ou moins importants, oscillant entre ces deux pôles. Généralement, ils étaient de faible importance, et leur existence était brève, que ce soit les organisations qui formèrent l'internationale Deux et demi vers 1920, ou celles qui constituèrent le bureau de Londres des années 1935. Lorsqu'il leur fallut choisir, il ne tardèrent pas à réintégrer (pour la plupart d'entre leurs militants) le giron de l'internationale réformiste. Le POUM espagnol ne peut même pas être considéré comme une exception. Né d'une fusion entre des militants trotskistes et des dissidents du Parti communiste espagnol, nul ne peut dire avec certitude quel avenir aurait été le sien s'il n'avait été liquidé par la réaction stalinienne.

En France il faut remonter au PSOP de Marceau Pivert pour rencontrer un parti d'une importance comparable à celle de l'actuel PSU, d'autant plus que par rapport à la SFIO de 1936, le PSOP était nettement minoritaire, tandis qu'aujourd'hui le PSU est bien plus vivant que le parti de Guy Mollet.

Le PSU est né voici quelques mois une fusion entre le PSA et l'UGS.

Cette dernière organisation résultait elle-même du rassemblement survenu en 1957 de très petits groupes :

- la Nouvelle Gauche que dirigeaient des chrétiens comme Bourdet, ou des staliniens mal repentis comme Martinet,

- le Mouvement de Libération du Peuple, résultant de la politisation d'une organisation d'entraide sociale (le Mouvement Populaire des Familles), le seul de ces groupes possédant une base ouvrière, bien que chrétien,

- enfin une fraction de Jeune République, organisation radical-socialiste issu du mouvement de Marc Sangnier.

Le PSA quant à lui était né d'une scission survenue en 1958 au sein de la SFIO. Mais cette scission n'avait pour cause que des désaccords immédiats, sur des problèmes limités, et non pas des divergences de principe quant aux voies vers le socialisme. Sur ce point l'unité des réformistes restait parfaite. Les hommes qui quittèrent la SFIO ne formaient qu'une gauche occasionnelle, il s'étaient tout autant compromis jusque là dans la collaboration avec la bourgeoisie que les autres dirigeants restés en place : Depreux, ministre de l'Intérieur, avaient aussi bien su utiliser les CRS que le « Jules Moch assassin » de la grève des mineurs de 1948.

Lorsque la victoire électorale du Front républicain amena Guy Mollet à la présidence du conseil en 1956, il fallait un homme de gauche pour pouvoir imposer aux pays des mesures telles que le rappel de plusieurs classes pour l'Algérie.

Mais, de la même manière que de Gaulle, homme de droite, seul capable d'imposer la négociation en Algérie aux ultras, se déconsidère peu à peu aux yeux de ceux qui le soutinrent en mai 1958, la SFIO ne pouvait pas mener une politique aussi impopulaire sans perdre son crédit auprès des masses. Il se trouva alors au sein de ce parti (comme chez les radicaux, leur allié électoral) des dirigeants pour penser que l'avenir politique de leur parti, et le leur par la même occasion, se trouvait fortement compromis. Lorsqu'en mai 1958, Guy Mollet s'engagea sur le soutien à de Gaulle, l'opposition qui s'était formé sur la question de la politique algérienne, se résolut à la rupture.

La scission ne résulta pas d'une volonté de la base, ce ne fut pas une fraction du parti qui le quitta, ce fut un groupe de dirigeants, qui, une fois la rupture consommée, lança un appel aux « vrais socialistes ». Que les jeunes qui les ont alors suivis aient nourri des illusions, qu'ils aient eu des velléités révolutionnaires, c'est fort possible, mais cela n'a rien changé au caractère du nouveau parti.

Il existait alors en France deux organisations, UGS et PSA ayant les mêmes bases de recrutement, la même inconsistance de programme, la même absence de principes. Si elles ne voulaient pas souffrir toutes deux de cette concurrence, il leur fallait fusionner. Ce qui fut fait.

Le parti né de cette fusion comptait des adhérents venus de tous les horizons. Il y avait une aile social-démocrate venant de la SFIO, et une aile stalinienne venant surtout de l'UGS : chrétiens que leur foi empêchait d'entrer au Parti communiste, ou militants que les « révélations » du XXe Congrès avait éloignés du PC, mais qui restaient dans le fond des staliniens. Il y avait enfin quelques jeunes, sincères, qui trouvaient enfin une organisation relativement importante à laquelle s'accrocher, où ils ne firent que s'enliser. La nature du PSU était déterminée par ses origines. Par son idéologie, par ses méthodes de travail, le nouveau parti se plaçait dans la tradition social-démocrate.

Si le PSU n'a pas encore eu l'occasion de participer au gouvernement, tout, la personne de ses cadres dirigeants comme son idéologie, indique que si l'occasion se présente, il n'y manquera pas. Il est d'ailleurs déjà lié moralement à la bourgeoisie. Né de la fusion d'organisations électorales, il ne pouvait être qu'un parti électoral. Sa propagande vise surtout les milieux petits-bourgeois et intellectuels, afin de préparer les prochaines élections, il n'est rien de plus qu'une machine politique parlementaire. Même s'il joue quelquefois de la phrase révolutionnaire, il n'en est pas moins, pour cela, bien au-dessous de ce que pouvait être la social-démocratie d'il y a trente ans, qui aussi réformiste qu'elle pouvait être, n'en restait pas moins, dans une large mesure, une organisation de classe du prolétariat.

En ce sens le PSU n'est même pas un parti social-démocrate, pas plus que l'actuel SFIO d'ailleurs. Depuis la dernière guerre mondiale la social-démocratie est morte en France.

Lors d'une éventuelle évolution vers un gouvernement « de gauche », dans le cadre de la Ve République, il paraît difficile que la SFIO ayant perdu son crédit, puisse jouer à elle seule un rôle important, le PSU espère alors apparaître comme son héritier légitime. Il pourrait plus facilement servir de partenaire au PC dans une quelconque combinaison électorale, de style Front populaire.

Mais son rôle ne peut aller plus loin. Artisan de la rénovation de la démocratie, tout comme les staliniens, il ne se propose de parvenir à ses buts que par des moyens parlementaires, dans un régime qui justement se moque du Parlement.

En réalité, la politique a ses lois, le PSU n'apparaît aux masses guère différent des staliniens ou même de la social-démocratie. Pour jouer le rôle qu'il voudrait dans un éventuel Front populaire, il lui manquera toujours les milliers de militants socialistes et communistes qui par leur dévouement et leur action de tous les jours dans les rangs du prolétariat exploité, ont su gagner la confiance des travailleurs à un point tel, qu'aujourd'hui, PC et PS malgré les innombrables trahisons, ont encore un prestige auprès des travailleurs que le PSU n'aura jamais.

Pour pouvoir monnayer la confiance des travailleurs, il faut d'abord la gagner. Si le PSU est capable du premier terme de cette condition, il ne l'est pas du second.