Des mobilisations contre le racisme et les violences policières à la compréhension de leurs racines sociales

Les manifestations contre le racisme et les violences policières, parties des États-Unis après l’étranglement de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis, se sont répandues à travers le monde. En France, malgré l’interdiction de manifester sous des prétextes sanitaires, restée en vigueur jusqu’au 13 juin, 20 000 personnes se sont rassemblées à Paris le 2 juin. Des milliers d’autres ont manifesté ce jour-là dans plusieurs villes du pays tandis que d’autres manifestations massives avaient lieu au cours des semaines suivantes.

Ces manifestations ont surpris par leur ampleur. Les plus réussies n’ont pas été organisées par les habituelles organisations antiracistes, comme SOS Racisme ou le Mrap, liées aux partis de la gauche gouvernementale, mais par les réseaux d’associations de banlieue, en particulier le comité Vérité pour Adama Traoré. Ce comité a été constitué par la famille de ce jeune homme de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), après sa mort en 2016 suite à son arrestation violente par la gendarmerie. Ces manifestations ont rassemblé des gens de toutes origines, venus souvent des banlieues, et beaucoup de jeunes qui manifestaient pour la première fois. Ils sont venus exprimer leur révolte face aux contrôles policiers répétés, aux insultes, aux humiliations qu’eux ou leurs proches doivent subir, les coups et parfois la mort, quand ils croisent la police. Si beaucoup de pancartes reprenaient les slogans des manifestations américaines, « Black lives matter » (les vies noires comptent) ou « I can’t breathe » (je ne peux pas respirer), d’autres affirmaient « Pas de justice, pas de paix ». Cette jeunesse exprimait ainsi sa soif de justice. Les violences policières n’étant pas réservées aux Noirs ou aux Arabes, ni aux seuls jeunes habitants des banlieues, des pancartes évoquaient les noms de Steve Caniço, noyé à Nantes après une charge policière lors de la fête de la musique 2019 ; de Zineb Redouane, octogénaire morte en décembre 2018 après avoir été touchée par un tir de grenade lacrymogène en fermant ses volets pendant une manifestation à Marseille ; ou encore de Geneviève Legay, militante de 73 ans blessée à la tête à Nice en mars 2019 au cours d’une autre manifestation de soutien aux gilets jaunes.

Les jeunes qui se sont rassemblés pour dénoncer la mort de George Floyd, d’Adama Traoré et de tant d’autres, sont mus par leur révolte devant la violence quotidienne de la police dans les quartiers, le mépris et le racisme banalisés dont elle fait preuve à leur égard ou vis-à-vis de leurs amis. Cette révolte, comme toutes celles qui dénoncent une forme ou une autre d’oppression ou d’aliénation, est porteuse d’espoir. Mais pour que l’espoir débouche sur une transformation de la société, les jeunes mobilisés ne doivent ni rester sur un terrain apolitique en réclamant une chimérique justice, ni se laisser entraîner, consciemment ou non, sur les voies ouvertes par des organisations se plaçant sur un terrain communautariste.

La justice et la police contre les pauvres et les exploités

Le slogan « Pas de justice, pas de paix » a été beaucoup repris dans les manifestations. Mais réclamer la justice dans une société divisée en classes, c’est demander à un lion de devenir végétarien. La « justice républicaine » dont se gargarisent les politiciens de tous bords est avant tout destinée à maintenir un ordre social fondé sur le droit des patrons à faire des affaires en exploitant des travailleurs. La police, bras armé de la justice, est chargée de maintenir cet ordre coûte que coûte. Son rôle n’est pas de protéger la veuve et l’orphelin, mais la propriété privée. Il est d’empêcher les piquets de grévistes de bloquer une usine, ou d’aider les huissiers à expulser une famille qui ne peut plus payer son loyer. À toutes les époques, les classes dirigeantes ont désigné des « classes dangereuses » qu’il fallait parquer dans leurs quartiers de peur qu’elles ne viennent piller la propriété des riches. Le rôle de classe dangereuse, exploitée et maintenue dans la misère, a été longtemps occupé par le petit peuple des faubourgs de Paris, par les paysans ou les artisans ruinés venus chercher du travail et installés dans ce qu’on appelait la zone, cet espace de bidonville sur l’emplacement des anciennes fortifications parisiennes recouvert plus tard par le boulevard périphérique. Les « classes dangereuses » furent ensuite constituées par les migrants, au fur et à mesure qu’ils arrivaient pour construire les villes ou les autoroutes, faire tourner les usines ou creuser les mines : Italiens, Indochinois, Maghrébins avant les Noirs africains.

La police ou la gendarmerie sont avant tout antipauvres, antiouvriers, antigrévistes. Le préfet de Paris, Didier Lallement, l’a crûment illustré ses derniers mois en rabrouant une femme gilet jaune qui l’interpellait, par un « Nous ne sommes pas dans le même camp Madame ! » ; ou quand il a déclaré, en parlant spécialement des habitants de Seine-Saint-Denis : « Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté. » L’écrivain italien Pasolini, commentant les tirs de la police qui tua cinq manifestants en 1960, a bien résumé l’attitude fondamentale de la police : « Ce qui frappe […], c’est la froideur mécanique et organisée de la police en train de faire feu. […] La police italienne est quasiment organisée comme une armée étrangère d’occupation, postée au cœur de l’Italie. » Pour la police, les quartiers ouvriers et les banlieues sont considérés comme des territoires étrangers, ennemis, qu’il faut occuper, quadriller, « reconquérir » selon les mots des ministres de l’Intérieur qui se succèdent. C’est pour cela que la police déteste les attroupements de jeunes, qu’elle multiplie les contrôles, qu’elle considère les habitants de ces quartiers comme des délinquants potentiels, même quand ils partent au travail. Cette suspicion et ce mépris sont sociaux avant d’être raciaux. Comme toutes les occupations, le rôle demandé aux policiers dans les quartiers est pourrissant. En plus de faire face à la misère matérielle ou morale, aux trafics et à la violence engendrés par la pauvreté, ils subissent en boomerang leur propre violence et le mépris qu’ils affichent. Cela ne peut que renforcer chez eux la haine de la jeunesse, le racisme et bien d’autres préjugés existant dans toute la société. Ces préjugés sont des produits inéluctables d’une société divisée en classes.

Le racisme dans la police et l’héritage colonial

Le comportement de la police, son mépris pour les jeunes des quartiers et le racisme répandu dans ses rangs a d’abord des racines sociales. Mais il résulte aussi de l’histoire particulière de tel ou tel pays. Aux États-Unis, le racisme de la police est un héritage de l’histoire esclavagiste. Il a été utilisé par la classe dominante pour affaiblir la classe des travailleurs en la divisant. Chaque fois que les exploités de ce pays sont entrés en lutte, les dirigeants politiques au pouvoir ont toujours essayé d’arrêter la lutte en dressant les Blancs contre les Noirs, et en donnant quelques miettes de plus aux ouvriers blancs qu’aux ouvriers noirs. Cela dure depuis au moins la fin de la guerre de Sécession et la période de la Reconstruction (1865-1877) au cours de laquelle les Noirs à peine libérés de l’esclavage et des Blancs pauvres des États sudistes ont commencé à s’organiser ensemble, élaborer des revendications sociales et élire des représentants communs. En ce sens-là le racisme aux États-Unis peut être qualifié de racisme d’État.

En France, la période vichyste, jamais soldée au sein de la police, et le passé colonial, notamment celui de la guerre d’Algérie, ont laissé des traces dans l’appareil d’État. Nombre de policiers, en particulier des cadres, en poste pendant les années de la guerre d’Algérie, avaient fait leurs premières armes sous Vichy. Combien parmi les policiers présents lors du massacre des Algériens le 17 octobre 1961 à Paris avaient connu, même indirectement, les rafles antijuifs comme celle du Vel’d’Hiv’? Papon, préfet de police à Paris en 1961, était haut fonctionnaire sous Vichy, responsable à ce titre de la déportation de milliers de Juifs. Maurice Rajsfus, récemment disparu, a montré dans ses ouvrages les traces durables de cette époque au sein de la police[1]. Un jeune policier formé dans les années 1956-1962 où les rafles d’Algériens à Paris étaient courantes, où les passages à tabac sinon la torture n’étaient pas réservés à la casbah d’Alger, a acquis très tôt des réflexes racistes. Depuis, l’eau a certes coulé sous les ponts. Plusieurs générations de policiers se sont succédé dans les commissariats. Mais on ne peut entendre sans repenser aux années de la guerre d’Algérie, la phrase « Un bicot comme ça, ça ne nage pas » lâchée en avril 2020 à l’Île Saint-Denis, à propos d’un homme interpellé après qu’il eut sauté dans la Seine, par un policier, devant ses collègues hilares dont l’un a ajouté : « T’aurais dû lui accrocher un boulet au pied. »

Les contrôles au faciès sont une réalité. Selon une enquête du Défenseur des droits de janvier 2017, les jeunes « perçus comme noirs ou arabes ont une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés ». L’expression « perçus comme noirs ou arabes » montre que le racisme se mélange aux préjugés sociaux : les contrôles visent tous les jeunes de banlieue, dès lors qu’ils sont en groupe ou qu’ils arborent une tenue, une coiffure ou un look trop caractéristique. Un autre rapport du Défenseur des droits a dénoncé « des ordres et des consignes discriminatoires enjoignant de procéder à des contrôles d’identité de bandes de Noirs et de Nord-Africains et des évictions systématiques de SDF et de Roms». Cela signifie qu’à un certain niveau de la hiérarchie, traquer les pauvres et traquer les Noirs et les Arabes a fini par se confondre. Ces dernières semaines la presse a mis en lumière l’existence de groupes Facebook sur lesquels des milliers de policiers déversent des insanités racistes, antisémites, homophobes et sexistes. N’en déplaise à Castaner, l’accumulation de témoignages et d’enquêtes montre que le racisme dans la police n’est pas l’apanage de quelques « brebis galeuses ».

Des mercenaires méprisés par leurs employeurs et des recrues pour l’extrême droite

Pour maintenir les pauvres à leur place, pour leur faire accepter l’ordre social qui les opprime, les possédants ont, dès l’apparition des États, fait appel à « une force publique distincte de la masse du peuple » selon les mots d’Engels, autrement dit, une police. Et dès les premiers États, les policiers ont été des mercenaires issus eux-mêmes des classes exploitées et chargés de défendre l’ordre social : « Le métier de sbire paraissait si dégradant au libre Athénien qu’il préférait se laisser appréhender par un esclave », souligne Engels dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État (1884)… Comme le disait récemment à la radio l’écrivain haïtien Dany Laferrière, en parlant de la police américaine : « Le policier blanc défend les intérêts des riches, qui vivent dans de beaux manoirs, pas du tout racistes, qui ne rencontrent jamais de Noirs. » Sur le fond, les policiers ne sont pas mieux traités que le personnel des hôpitaux ou tant d’autres travailleurs qui subissent les coupes budgétaires, la course à la productivité, les suppressions d’emplois. Ils protestent régulièrement contre l’état de leurs locaux ou de leur flotte de véhicules, leurs conditions de travail et de rémunération. Même pendant le confinement, quand ils ont été envoyés contrôler les attestations dérogatoires de sortie, en particulier dans les quartiers populaires, « on a dit aux gars qu’il fallait aller sur le terrain, sans masque, alors que tout le reste de la société se confinait. Tout le monde devait se protéger, sauf eux » a reconnu un haut fonctionnaire de la police interviewé par le journal Le Monde (28 au 29 juin).

Les policiers font un sale boulot mais ils ne sont pas bien traités par ceux dont ils défendent les privilèges. Leur rôle répressif indispensable pour le pouvoir conduit certes les ministres à leur rendre hommage régulièrement et à apporter un soutien quasi inconditionnel à ceux qui commettent des violences. Mais les belles paroles et les médailles à titre posthume ne suffisent pas. Il aura suffi que Castaner, sous la pression des manifestations antiracistes, annonce la fin de la méthode de l’étranglement lors des interpellations et la suspension immédiate des agents de police soupçonnés « de façon avérée » de racisme, pour qu’il déclenche une fronde dans la police. Son piteux recul, donnant une sorte de permis de tuer aux policiers, n’aura pas suffi à arrêter le mouvement. Les policiers se sentent assez forts et légitimes pour braver l’interdiction de manifester en tenue et avec leurs véhicules de service, pour défiler devant le siège de Radio France, accusée d’être trop critique envers le comportement de la police, ou pour obtenir la censure d’une fresque peinte à Stains (Seine-Saint-Denis) en hommage à Adama Traoré. La faiblesse politique de Macron qui, faute d’une base large, faute d’un soutien populaire, a besoin de la police pour réprimer des mouvements de révolte comme celui des gilets jaunes et tous ceux que la crise et les attaques patronales ne manqueront pas de faire éclater, cette faiblesse renforce les plus réactionnaires des policiers et facilite l’implantation dans leurs rangs de militants et d’organisations ouvertement d’extrême droite.

Des études d’opinion montrent que le vote pour l’extrême droite est nettement supérieur dans la police et la gendarmerie à celui de l’ensemble de la population. Un article de Libération (10 juin), reprenant des enquêtes du Cevipof ou de l’Ifop, indique des taux de vote pour le RN ou pour Marine Le Pen à plus de 50 % tant aux régionales de 2015 qu’à la présidentielle de 2017, en comptant à la fois les policiers actifs et les retraités. Ces chiffres atteignent 67 % si on ne compte que les seuls actifs. Ces policiers ne votent pas forcément pour l’extrême droite par racisme. Ils le font aussi par nationalisme, pour l’idée qu’ils se font de l’ordre, et, comme bien des travailleurs, par dégoût de tous les autres partis qui se sont succédé au pouvoir et qu’ils rendent responsables du délitement de la société. Cette progression de l’extrême droite dans la police est un effet direct de la dégradation de la société sous les effets de la crise économique.

Combattre le racisme sur un terrain de classe

Pour éviter d’avoir à rendre des comptes sur le comportement général de la police, pour tenter de discréditer les manifestations de la jeunesse, Macron et ses porte-parole ont accusé les organisateurs des rassemblements d’être « manipulés par des associations antiracistes non universalistes »[2], autrement dit des militants communautaristes cherchant à parler au nom des Arabes ou des Noirs. Dans son allocution du 15 juin, il a dénoncé ceux qui veulent déboulonner les statues des colonisateurs en parlant « d’un combat récupéré par les séparatistes ». Il reprenait le vocabulaire déjà utilisé en février à propos des quartiers qui échapperaient « aux lois de la République » et seraient contrôlés par les « islamistes politiques », ceux qu’il appelle des séparatistes. Macron utilise ce langage pour décrire les quartiers dégradés par la pauvreté, soumis aux bandes de trafiquants ou à l’emprise de fondamentalistes, mais jamais pour décrire les ghettos des riches barricadés derrière leurs enceintes privées. C’est d’autant plus un choix de classe que toute sa politique au service des riches et du patronat aggrave la situation des habitants des quartiers populaires qu’il méprise.

Le choix des mots utilisés par Macron et ses conseillers n’est pas anodin. Cynique et manœuvrier, il met le doigt sur une division réelle au sein du mouvement antiraciste entre les associations comme SOS racisme, le Mrap ou la Licra, qui affirment combattre le racisme au nom de la morale ou de prétendues valeurs républicaines, et d’autres associations ou personnalités qui dénoncent d’abord l’héritage colonial. Illustration de ces oppositions, le comité Adama, organisateur du rassemblement du 2 juin, n’a pas voulu participer au rassemblement appelé par SOS racisme le 9 juin, jour des obsèques de George Floyd.

Les discriminations auxquelles se heurtent les jeunes issus de l’immigration, même après plusieurs générations, non seulement face à la police mais encore à l’école ou dans les administrations, alimentent l’idée qu’il y aurait un racisme d’État, un racisme systémique. Ces constats ont conduit des sociologues à forger le terme de « racisés » et de « non-racisés », comprendre, les Noirs et les Arabes opposés aux Blancs. Certains d’entre eux dénoncent « le privilège blanc » qu’auraient de fait tous les Blancs, par naissance, quels que soient leur situation sociale et leur parcours de vie ! Ces idées, largement reprises par les militants politiques ou antiracistes implantés dans les quartiers populaires, parmi ceux qui soutiennent et animent le comité Adama Traoré, ouvrent effectivement la voie au communautarisme. Ce courant d’idées propose aux jeunes des quartiers populaires de se définir comme des membres de telle ou telle communauté, religieuse, ethnique ou culturelle plutôt que comme des membres de la classe des travailleurs, confrontés à l’exploitation, au chômage, aux divisions multiples alimentées par le capitalisme. En ce sens, ces idées représentent une impasse pour cette jeunesse.

Mais la responsabilité de cette évolution incombe au Parti socialiste et aux partis de gauche qui ont abandonné et trahi les jeunes de banlieue dans les années 1980. Le Parti socialiste au pouvoir, sous François Mitterrand, a récupéré la révolte de la jeunesse d’alors contre le racisme. Des milliers de jeunes de banlieue, enfants de l’immigration, avaient cru que l’arrivée de la gauche au pouvoir changerait leur vie et mettrait un terme au racisme. La crise aggravait la transformation de nombre de cités de banlieue en ghettos, dégradés par le chômage et la pauvreté. Mais les attentes de ces jeunes, organisateurs en 1983 d’une grande Marche pour l’égalité et contre le racisme, ont été trahies comme l’ont été celles de tous les travailleurs. En créant SOS racisme, le PS a voulu canaliser leur révolte, la dépolitiser en la cantonnant sur le terrain de la morale. Le PS n’avait qu’un paternalisme grossier à leur offrir, comme le dénote le slogan « Touche pas à mon pote ». À la même époque, la gauche au pouvoir accompagnait les premiers grands plans de licenciements, dans l’automobile ou la sidérurgie, qui frappaient de plein fouet les parents de ces jeunes. Confronté en 1983 à des grèves sur les salaires dans des usines automobiles de la région parisienne, auxquelles participaient beaucoup d'OS immigrés, Pierre Mauroy, premier ministre socialiste, les qualifia de "grèves manipulées par les ayatollahs". Le PCF ne se distingua guère. Dans ces années 1980-1990, ses positions sur l’immigration n’étaient pas plus claires. En 1991, le programme de son congrès contenait par exemple cette phrase : « Il est de l’intérêt commun des travailleurs immigrés comme des travailleurs français, alors que le chômage prend des proportions considérables, d’arrêter toute immigration nouvelle. » Cette politique ambiguë, paternaliste ou carrément réactionnaire de la part de partis héritiers du mouvement ouvrier, l’absence de partis capables de s’adresser à ces jeunes sur un terrain de classe, en a poussé certains à fonder des mouvements comme le Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB). Elle a ouvert un boulevard à des forces se plaçant sur le terrain du communautarisme ou de la religion. Cette voie est une impasse car on ne peut combattre le racisme dans la police ni les discriminations multiples dans les institutions sans abattre l’organisation sociale qui les entretient. Il faut donner à la jeunesse mobilisée aujourd’hui contre les violences policières les moyens d’accéder à cette conviction et ce programme. Le meilleur avenir que puisse avoir cette jeunesse, qu’elle vive ou pas dans les banlieues, c’est de prendre sa place, aux côtés de tous les travailleurs, qu’ils soient précaires ou moins précaires, en activité ou au chômage, français ou immigrés, enfants ou petits-enfants d’immigrés, avec ou sans papiers, dans le combat contre la dictature des capitalistes sur toute l’économie.

30 juin 2020

 

[1]     Par exemple : Maurice Rajsfus et Jean-Luc Einaudi, Les Silences de la police. 16 juillet 1942-17 octobre 1961, L’Esprit frappeur, 2001 ; ou Maurice Rajsfus, La police hors la loi. Des milliers de bavures sans ordonnances depuis 1968, Le Cherche midi, 1996.

 

[2]     Interview de Sibeth N’Diaye sur France Inter le 15 juin 2020.