Interventions des groupes invités (extraits)09/12/20172017Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/2017/12/188.jpg.484x700_q85_box-0%2C0%2C1383%2C2000_crop_detail.jpg

Interventions des groupes invités (extraits)

Combat ouvrier (Martinique et Guadeloupe)

Après l’incendie qui s’est déclaré mardi après-midi 28 novembre au CHU de Pointe-à-Pitre Les Abymes, l’hôpital n’est plus fonctionnel en l’état actuellement. Les malades ont été placés dans les autres établissements et cliniques privées, certains en Martinique. Et les employés devraient être répartis dans ces établissements. Mais ce que nous pouvons dire pour l’instant, c’est qu’il y a des années que les syndicats et nos camarades dans le bulletin dénoncent la vétusté de cet hôpital et les dangers que cette situation faisait courir. Eh bien, ce qui devait arriver est arrivé.

Un nouvel hôpital était déjà prévu. Les travaux de terrassement ont commencé il y a un an. Mais il ne serait opérationnel au mieux qu’en 2022. Là encore, il a fallu des années de revendication du personnel de santé pour faire admettre au gouvernement la nécessité d’un hôpital neuf. Il a fallu vaincre les hésitations et les atermoiements du gouvernement pendant toutes ces années. Et voilà où on en est aujourd’hui : plus de CHU et pas encore de nouvel hôpital. Il faudra donc non seulement hâter la construction du nouveau mais aussi réparer l’ancien qui est quand même réparable même s’il nécessite de gros travaux. Combien de temps cela prendra-t-il ? Voilà à quoi aboutit la politique d’économies drastiques du gouvernement sur la santé publique.

Les aides de la métropole... au patronat

Cela nous renvoie aux propos méprisants de Macron tenus en Guyane en octobre dernier. Il disait vouloir pour les outre-mer « une histoire qui ne sera pas faite de promesses non tenues, de milliards accumulés… et d’une relation toujours asymétrique où on regarde l’État comme quelqu’un à qui on demande et qui ne fait jamais assez et où l’État regarderait ces territoires comme une charge et non plus comme une chance ». Traduction : « arrêtez de réclamer des milliards, ne soyez pas une charge pour nous ! »

Mais les milliards dont parle Macron, ils ne vont pas à la population laborieuse, ils vont aux possédants et aux classes aisées de ces territoires d’outre-mer sous forme d’aides, de subventions, de défiscalisation, de zones franches, d’exonérations de charges sociales, de CICE.

Le mépris exprimé par Macron en Guyane n’est que la version tropicale du mépris qu’il exprime à l’égard des travailleurs de l’Hexagone envers ceux qui « foutent le bordel », « ceux qui ne sont rien », et tous ces « fainéants » qui manifestent contre la loi travail, et ceux qui « doivent travailler plus pour se payer des costumes ».

C’est aussi à ce mépris-là, à ce ton paternaliste, conjugués à la dégradation des conditions de vie et de travail, aux conséquences catastrophiques du chômage, que périodiquement les travailleurs et la population en outre-mer répondent par des manifestations de mécontentement multiples, par des grèves et des révoltes sociales, de la Nouvelle-Calédonie à la Guyane, en passant par La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe.

Lors de son dernier séjour en Guyane, c’est jusque sous ses fenêtres que Macron a entendu les cris de la grande manifestation de la population guyanaise avec le « Kolektif pou laguiyann dekolé » (collectif pour le décollage de la Guyane), les mêmes qui ont conduit la grève générale d’avril dernier et la montée de mécontentement populaire. C’est Macron qui s’est trouvé embarrassé et qui fut constamment sur la défensive. Ce ne sont pas les manifestants.

Macron se veut différent des autres, mais nous ressert les mêmes recettes éculées que ses prédécesseurs. Après la grève générale dans les DOM en 2009, Sarkozy avait organisé en grande pompe les « états généraux de l’outre-mer ». Après celle de Guyane cette année, Macron organise les « assises de l’outre-mer ». Hollande nous avait refilé une loi sur l’égalité réelle. À chacun sa petite popote politicienne pour l’outre-mer.

Les tapes dans le dos et les étreintes de Macron pour les sinistrés, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy après les ravages des cyclones, et ensuite en Guyane dans des quartiers populaires, ne font pas oublier que Macron, c’est l’homme du capital financier, le serviteur en chef des intérêts du patronat et des classes aisées aux Antilles autant que dans l’Hexagone.

Après les cyclones, ce sont déjà des millions que le gouvernement verse aux entreprises des Antilles sous une forme ou sous une autre pendant que, comme des vautours, elles rôdent autour des destructions pour accaparer le plus de marchés possible pour la reconstruction de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. La Banque publique d’investissement BPI-France est présente pour garantir les prêts des entreprises auprès des banques locales. Un moratoire des charges fiscales et sociales des entreprises est en vigueur jusqu’à la fin de l’année 2018 mais pourra être prolongé jusqu’en 2020. Et encore, après, le paiement de ces charges sera étalé sur cinq ans. Des assurances ont été données au patronat que la défiscalisation outre-mer serait prolongée jusqu’en 2020. Les groupes de pression patronaux comme la Fedom (Fédération des entreprises d’outre-mer) demandent avec force le maintien du CICE dans les DOM. Ils sont en passe de l’obtenir.

Les cyclones, révélateurs de l’oppression de classe

Toutes les facilités accordées au patronat sont bien plus importantes que celles qui sont mises en place pour la population. Pour les familles sinistrées, Macron avait déclaré en septembre qu’il fallait bousculer les procédures et la bureaucratie pour aller très vite. Mais à la mi-novembre rien n’avait encore été fait. Il a été prévu une aide pour les familles sinistrées les plus défavorisées et c’est bien le moins, une aide d’urgence qui atteindra 300 euros par adulte et pouvant aller jusqu’à 900 euros par foyer en fonction du nombre d’enfants. Mais, eu égard à la situation, ce n’est pas grand-chose. À Saint-Martin, le chômage chronique, hors dégâts cycloniques, est de plus de 33 %. Les ravages de ce cyclone-là sont permanents. Ceux du cyclone Irma n’ont fait qu’aggraver les choses.

Les cyclones sont un révélateur de misère, mais ils sont aussi un révélateur de l’exploitation patronale. En Guadeloupe, au moment du passage du cyclone Maria, certains patrons ont exigé de leurs travailleurs qu’ils viennent au travail alors même que l’alerte rouge était en vigueur – celle où l’on ne doit pas sortir de chez soi. D’autres entreprises comme Orange, dès 6 heures du matin, l’alerte rouge à peine levée, envoyaient des SMS aux employés pour leur intimer l’ordre de reprendre le travail, et cela sans se soucier des dégâts de leur habitation ou de leur santé. Certaines entreprises veulent retirer du salaire les deux ou trois jours de confinement obligatoires décidés par la préfecture. Certaines l’ont déjà fait.

Luttes défensives et attitude des dirigeants nationalistes

Alors, heureusement que la combativité existe toujours chez bon nombre de travailleurs.

En Martinique, la rentrée de septembre a été marquée par des manifestations sur la suppression des contrats aidés. Après la mobilisation des enseignants, la colère des employés municipaux s’est bien manifestée. Ils ont fait grève dans plusieurs communes. Cette colère a culminé lors d’une grande manifestation unitaire le 25 septembre, qui a mobilisé près de 5 000 personnes dont des professeurs, des parents d’élèves, des lycéens et étudiants et quelques maires devant la préfecture de Fort-de-France. On n’avait pas vu une telle mobilisation depuis la grève générale de 2009. Le gouvernement a cédé et maintenu les contrats aidés au moins pour une année.

Il faut citer aussi les mobilisations incessantes des employés du CHU de la Martinique. Le bâtiment n’a pas encore pris feu comme celui de Guadeloupe, mais il est au bord du gouffre. Pour résorber les 30 millions de déficit et 300 millions d’euros de dettes cumulées, la solution que propose le gouvernement, c’est une diminution du nombre de lits et du personnel… La situation est dramatique. Face à cela, il y a le combat de nos camarades mais aussi celui de tout le personnel soignant, les médecins, les cadres, les syndicats, qui se sont mobilisés au sein d’un collectif pour exiger des solutions d’urgence et pour contrer les plans du gouvernement.

Toujours en Martinique, c’est aussi une partie du personnel du parc naturel de la Martinique qui se bat avec une grande détermination contre un licenciement, mais aussi contre la souffrance au travail des agents et l’autoritarisme du président du parc naturel. Mardi 28 novembre, Alfred Marie Jeanne, président du Conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique (CTM), et principal leader indépendantiste, a envoyé les forces de l’ordre contre les grévistes qui occupaient le hall de la CTM. Ils ont été chassés manu militari. Les dirigeants nationalistes, indépendantistes de la CTM, montrent une fois de plus leur vrai visage. Ils méprisent et répriment les travailleurs.

Un nouveau rapport de force en faveur des travailleurs de la banane

Toujours en ce qui concerne les luttes, c’est sans doute la grève des travailleurs de la banane en Guadeloupe qui aura été la lutte la plus marquante de l’année aux Antilles. Elle a été dirigée par un comité de grève, soutenu par le syndicat CGTG.

Le fait particulier de cette grève, c’est qu’elle concernait pratiquement toutes les grandes plantations de banane, ce qu’on n’avait pas vu depuis de nombreuses années. Un fait nouveau aussi dans cette grève, c’est que de nombreux travailleurs immigrés, en particulier haïtiens, se sont joints au mouvement. Depuis quelques années, les travailleurs haïtiens sont en majorité sur les plantations de banane. Beaucoup faisaient grève pour la première fois et ils ont donc fait l’expérience de la grève.

La grève a duré du 18 mai au 28 juin. Ce qui a poussé ces travailleurs à se mettre en grève générale dans ce secteur, c’est la victoire gagnée en avril par ceux de la plantation Bois-Debout. Les travailleurs de cette plantation avaient pu récupérer une partie de ce que leur patron leur avait volé sur leur salaire et sur les primes de différentes manières depuis des années. Il se trouve que c’est le même problème partout sur les plantations. Les patrons volent des jours fériés, des congés annuels, ne paient pas entièrement les heures supplémentaires, et ce depuis des années. Ils imposent aussi le travail à la tâche, et lorsque cette tâche n’est pas entièrement réalisée le salaire est diminué, ou bien ils empêchent les ouvriers de travailler certains jours, en les renvoyant, et baissent leur salaire. Par la lutte judiciaire, les mobilisations et les grèves, ceux de Bois-Debout avaient pu récupérer une partie de ce que leur patron leur devait, parfois jusqu’à 11 000 euros.

Donc, les revendications des travailleurs de toutes les plantations en grève ont été la restitution des sommes volées. Ils réclamaient aussi des conditions de travail humaines, l’obtention d’un local syndical, et la mensualisation.

250 ouvriers agricoles ont fait grève en tout sur un total d’environ 800 déclarés, et 150 ont tenu le coup pendant toute la grève. Cette grève connut de nombreuses péripéties mais la grève marchante, quotidienne, qui est la grève traditionnelle aux Antilles chez les travailleurs agricoles, eut raison des patrons. Ces derniers finirent par signer un accord favorable ainsi que le paiement des jours de grève. Peu après, cependant, certains patrons ont remis en cause l’accord et ont procédé à des licenciements.

Alors, pour l’instant, qu’est-ce que cette grève a rapporté aux travailleurs de la banane sur le plan moral et matériel ?

Sur le plan matériel d’abord, ils ont obtenu le paiement des jours de grève avec d’abord un acompte de 700 euros payé immédiatement après la grève. Puis ceux qui avaient fait les 42 jours de grève ont obtenu 1 300 euros en plus. Ce qui leur a fait au total 2 000 euros. Bon, ce n’est déjà pas mal.

En ce qui concerne les sommes volées par les patrons comme les jours fériés et heures supplémentaires non payés, là après le reniement de l’accord par les patrons, seules deux plantations sur vingt ont versé entre 200 et 1 000 euros par travailleur. Or, sur l’ensemble des vingt plantations, le comité de grève avait calculé que les patrons devaient entre 1 000 et 25 000 euros par travailleur sur trois ans. Donc sur ce point, ça ne fait pas le compte.

Par contre, il y a autre chose qui fait le compte et qui est une vraie victoire, c’est que les travailleurs, après la grève, n’ont plus fait les heures supplémentaires. Ils arrivent à 6h du matin et partent à 13h. Avant la grève le patron leur imposait une tâche qui durait parfois jusqu’à 17h ou 18h, Beaucoup travaillaient dix à douze heures et cela n’était pas compté en heures supplémentaires. Après la grève, fini le travail à la tâche, finies les journées de dix à douze heures. Et même lorsque les patrons exigeaient le travail à la tâche, les travailleurs imposaient leur départ à 13h. Ça, c’est gagné.

Après le passage du cyclone Maria, il n’y a plus de banane évidemment. La plupart des travailleurs se retrouvent en chômage partiel et en formation. Sur les plantations il n’y a qu’un nombre restreint de travailleurs pour le nettoyage et la maintenance. Pour l’instant, l’état d’esprit de la grève générale, s’il a faibli, est loin d’être mort. Nous avons toutes les raisons de croire que les travailleurs, à la reprise sur les plantations, continueront de refuser de faire les heures supplémentaires.

Mais bien évidemment, c’est la victoire morale des travailleurs de la banane qui est la plus significative ! La grève a créé un nouvel état d’esprit, un nouveau rapport de force en faveur des travailleurs sur les plantations. Et ça, ça n’a pas de prix !

États-Unis

Tout au long de l’année écoulée, c’est Donald Trump qui a rythmé la vie politique aux États-Unis : par ses tweets scandaleux et son égo surdimensionné bien sûr, mais aussi par ses problèmes avec la justice. Le magistrat indépendant qui a commencé à enquêter sur les liens entre la campagne électorale de Trump et la Russie de Poutine semble maintenant s’intéresser aux relations d’affaires de Trump avec des oligarques russes qui blanchissent de l’argent aux États-Unis.

Cela ne veut pas dire nécessairement que Trump aura à mettre sa tête sur le billot. Changer de président autrement qu’en votant une fois tous les quatre ans menacerait la stabilité d’un système politique qui est déjà soumis à des tensions à cause des remous dans le Parti républicain.

Il y a des moyens d’écarter Trump, sans le destituer ni le poursuivre pour des crimes. Il a déjà été placé sous contrôle quand un général en retraite lui a été imposé comme chef de son état-major dans le but d’empêcher Trump d’interférer dans le processus législatif.

Les militaires eux-mêmes ont fait passer le message que le titre de commandant en chef, habituellement attribué au président, n’était qu’un titre honorifique. Quand Trump a essayé d’interdire l’accès de l’armée aux transsexuels, il lui a été dit que l’armée ferait ce qu’elle voudrait. Ensuite, quand ­Trump a menacé la Corée du Nord, deux généraux ont explicitement dit qu’ils n’appliqueraient pas l’ordre du président de lancer les armes nucléaires si les militaires considéraient que cet ordre était illégal.

Il n’est pas exclu que les choses continuent de cette façon, peut-être même pendant les trois ans qui restent à ­Trump avant la fin de son mandat.

Presque un an après son entrée en fonction, Trump n’arrive toujours pas à trouver des gens pour remplir de nombreux postes importants dans son gouvernement. Mais cela n’empêche pas les hauts fonctionnaires de faire fonctionner l’appareil d’État. Le fait que Trump est un déséquilibré mégalomane n’a pas eu de conséquences sur les intérêts américains dans le monde. L’essentiel de la politique du précédent gouvernement se poursuit, sans parler des guerres qui relient Trump à Obama et même à Bush. Et même sur des questions pour lesquelles ­Trump prétend définir une nouvelle politique – comme l’immigration en provenance du Mexique et des pays musulmans, ou bien sur les accords commerciaux internationaux, quand on regarde au-delà des fanfaronnades, il y a eu très peu de changements. Et ses fanfaronnades peuvent être utiles aux diplomates du ministère des Affaires étrangères en tant qu’arme dans les négociations.

Dans un sens, la bourgeoisie n’a pas de raison majeure de se débarrasser de Trump. Mais il est évident qu’une partie importante de la classe politique ne croit pas qu’il soit possible de contrôler Trump et veut garder en réserve l’option de la destitution.

Que Trump reste ou s’en aille, cela ne règle aucun des problèmes auxquels les travailleurs sont confrontés aujourd’hui – bien que beaucoup de gens à gauche fassent de Trump le principal problème et militent pour sa destitution.

Il est certain que Trump a systématiquement renforcé les idées racistes déjà présentes au sein de la population et il a même donné une tribune à l’extrême droite organisée. Mais un racisme virulent se développait déjà avant l’arrivée de Trump. Avant lui, des églises noires ont été incendiées, des immigrés venant du Mexique ont été attaqués par des milices, des cliniques pratiquant des IVG ont été détruites, et de jeunes Noirs ont été assassinés. Le Parti démocrate n’est pas une protection contre tout cela.

L’enquête sur Trump n’a pas non plus sapé le soutien de cette partie des travailleurs blancs qui ont voté pour lui en 2016. Trump a probablement perdu le soutien de quelques-uns d’entre eux. Mais les attaques contre Trump, en particulier celles qui viennent de son propre parti et des médias, ont manifestement convaincu les autres de lui rester fidèles. Son racisme ouvert plaît à certains. Mais il y a tous les autres, ceux qui avaient voté pour Obama quatre ans plus tôt, et qui ont voté pour Trump cette fois, pour exprimer leur dégoût de toute leur situation. Ils n’ont aucune confiance dans les milieux qui attaquent Trump. L’agitation pour le destituer renforce sa réputation ; et les attaques de ses collègues républicains ont le même effet.

Quant au Parti démocrate, Trump a été pour lui une bénédiction, lui permettant de faire oublier ses responsabilités dans une situation qui a été désastreuse pour les travailleurs. Sa misogynie a permis aux démocrates de passer pour les défenseurs des droits des femmes et à détourner contre Trump une grande manifestation de femmes pour leurs droits.

Pendant l’été, les militants du Parti démocrate sont intervenus dans des réunions publiques organisées par les Républicains dans leur circonscription, pour mettre les Républicains au pied du mur en exigeant qu’ils dénoncent Trump. Ils ont appelé cela un été de résistance. À l’automne, le Parti démocrate a lancé une campagne plus directement destinée à ramener vers eux les électeurs pour les prochaines élections. Cela s’appelait « lève-toi et organise », son but affiché était de « galvaniser les protestataires et les amener à travailler pour un objectif politique atteignable ». En d’autres termes, pour élire des Démocrates en 2018. C’est-à-dire prendre une fois de plus ses désirs pour la réalité en croyant que le parti qui a été écarté du pouvoir n’est pas aussi mauvais que celui qui est au pouvoir.

La situation politique cette année est bien différente de celle dans laquelle nous étions en 2016, quand la campagne électorale dans le Michigan pour le working-class party – un parti de la classe ouvrière – a été au centre de notre travail, et elle sera probablement plus difficile l’année prochaine. Mais nous présenterons à nouveau des candidats du working-class party dans le Michigan en 2018. Nous n’avons certainement pas beaucoup de forces, mais nous pouvons au moins offrir aux travailleurs la possibilité d’exprimer leurs propres intérêts. Nous le faisons pour des raisons politiques mais aussi pour des raisons juridiques. Pour conserver au working-class party ce droit de présenter des candidats, droit que nous avons obtenu en 2016 en récoltant 50 000 signatures, il faut qu’il présente des candidats tous les deux ans.

Par ailleurs, en avril prochain, nous allons commencer à récolter des signatures dans le Maryland pour obtenir le droit pour un working-class party d’être reconnu dans le Maryland. En Californie, où les règles électorales sont plus restrictives, il faudrait 700 000 signatures. Mais nous allons y présenter un de nos camarades, sans sigle de parti.

Dans toutes ces campagnes électorales, nous dirons que les travailleurs doivent s’organiser politiquement, qu’il n’y a aucun avenir avec ce que proposent les deux grands partis, qui non seulement nous mènent la guerre au profit de la classe capitaliste, mais cherchent à nous diviser. Et nous dirons que le monde du travail, quand il est organisé ensemble, conserve les moyens de répondre lui-même à ses problèmes.

Workers’ Fight (Grande-Bretagne)

L’année écoulée aura été mouvementée dans la petite Grande-Bretagne. D’abord, il y a eu les élections anticipées du 8 juin. La Première ministre conservatrice, Theresa May, a essayé d’augmenter sa majorité en demandant aux électeurs de voter pour son parti afin de renforcer sa position dans les négociations du Brexit. Mais, en fait, non seulement elle n’a pas renforcé sa position, mais elle a bien failli la perdre. Alors que les travaillistes gagnaient 30 sièges, son parti en perdait 13. Du coup, n’ayant plus la majorité absolue au Parlement, May a dû conclure un accord avec le DUP, le parti de l’extrême droite protestante d’Irlande du Nord.

Quant au Parti travailliste, il se pose désormais en gouvernement de rechange. Il promet le « Brexit doux » que préférerait le grand capital avec, en prime, une série de mesures d’apparence radicale destinées à entretenir les illusions de ses partisans. Et apparemment, cela semble marcher, tout au moins dans la jeunesse.

Puis, le 14 juin, s’est produit l’incendie de la tour de Grenfell – un véritable symbole du mépris des possédants envers la classe ouvrière. Pour ne pas déparer le richissime quartier londonien de Kensington, on avait recouvert cette tour HLM d’un revêtement. Or ce revêtement était inflammable, et c’est lui qui, en un clin d’œil, a propagé les flammes à toute la tour. Pris au piège, 71 des 293 habitants ont trouvé la mort.

Grenfell est venu souligner l’incurie sociale des gouvernements successifs. Mais cela n’a pas empêché le gouvernement May de poursuivre la mise en œuvre de mesures qui ne peuvent qu’aggraver les choses.

C’est le cas du « Crédit universel », un nouveau système d’allocations sociales, dont le film de Ken Loach, Moi, Daniel Blake, a donné un aperçu si réaliste. Les deux autres problèmes les plus criants sont la crise du logement et la détérioration rapide du service de santé. Ce dernier souffre d’une hémorragie de personnel du fait du Brexit. À Londres, par exemple, plus de 11 % du personnel de la santé vient du reste de l’Union européenne. Mais, en plus, l’insuffisance chronique du budget de la santé atteint un point critique. Ainsi, le temps d’attente moyen pour une consultation ou un traitement hospitalier est maintenant de 18 semaines – y compris pour les malades atteints du cancer.

En matière de logement, on compte environ un quart de million de sans-logis et le nombre de ceux qui sont contraints de dormir dans la rue ne cesse d’augmenter – à Londres, par exemple, ils sont plus de 8 000 chaque nuit. Et pourtant, bon nombre de ces SDF ont un travail, mais pas un salaire qui leur permette de se payer le luxe d’un loyer. Mais qu’importe ! Le ministère de l’Intérieur, lui, n’a rien trouvé de mieux que de se mettre à déporter les migrants de l’Union pris à dormir dans la rue !

Qu’en est-il donc du Brexit ? Il est omniprésent. L’inflation atteint 3,9 %. Or déjà les salaires réels n’avaient cessé de baisser depuis le début de la crise, en 2007. Comme l’écrivait un quotidien la semaine dernière : « La Grande-Bretagne, qui comptait parmi les plus performants des riches pays du G7 avant le référendum sur le Brexit, a été reléguée au rang des moins performants. La baisse du niveau de vie qu’elle connaît aujourd’hui est la pire qu’elle ait connue depuis les guerres napoléoniennes ».

Qu’en est-il des négociations du Brexit ? Il y avait trois questions à résoudre au préalable : la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord ; le futur statut des ressortissants de l’Union vivant en Grande-Bretagne ; et la facture du divorce à payer par la Grande-Bretagne. Sur ce dernier point, May avait d’abord proposé dix milliards d’euros. Depuis, elle serait allée jusqu’à quarante milliards. Mais cela suffira-t-il ? On peut en douter. Des calculs faits par le quotidien des affaires Financial Times estime son montant à soixante milliards d’euros !

Néanmoins, qu’il y ait accord ou non sur la facture du divorce, les remous qu’elle a causés dans les rangs conservateurs sont loin d’être finis. En réalité, plus May fait de concessions à la campagne hystérique des fanatiques du Brexit, plus elle leur donne de ministères, et plus elle alimente leurs surenchères au sein de son parti.

Qu’en est-il maintenant de la situation de la classe ouvrière ? Elle a subi beaucoup d’attaques, sous forme de suppressions d’emplois, de gel des salaires comme dans le secteur public ou encore contre les retraites. C’est ce qui s’est passé à l’usine BMW de Cowley où nous avons un bulletin. La direction y a d’abord imposé des retraites plus défavorables aux nouveaux embauchés. Puis elle a joué sur la division qu’elle avait créée pour aligner toutes les retraites vers le bas.

De même, les services postaux privatisés s’attaquent également aux retraites et cherchent à aggraver les conditions de travail. Lors d’un vote récent, 89 % des travailleurs ont voté pour la grève. Mais en 2013, lors de la privatisation, leur syndicat avait signé un accord prévoyant une procédure d’arbitrage obligatoire en cas de conflit. De sorte que maintenant, les travailleurs sont censés attendre encore sept semaines avant que le syndicat organise la moindre riposte – si tant est que ce soit le cas.

En fait, dans toutes les entreprises où nous avons un bulletin, il y a eu des votes montrant que les travailleurs sont mécontents et qu’ils seraient peut-être prêts à faire quelque chose. Ce qui leur manque c’est une direction qui ne se contente pas de protestations purement symboliques.

Lutte ouvrière/Arbeidersstrijd (Belgique)

Quand l’actuel gouvernement est arrivé au pouvoir en octobre 2014, son premier acte a été de repousser l’âge de la retraite à 67 ans. Nous disions à l’époque qu’il s’agissait d’une provocation vis-à-vis des appareils syndicaux, et que le gros de l’attaque allait suivre. C’est en effet le cas. En voici un petit aperçu.

Attaques antiouvrières tous azimuts

Le gouvernement prépare une refonte complète du système des retraites. Il est question d’un système à points : chaque année travaillée à plein temps et pour l’équivalent du salaire médian équivaudrait à un point. Vous gagnez moins, vous aurez moins d’un point. Mais surtout, le moment de la retraite venue, c’est la situation économique générale, l’état des bourses et des budgets d’État, tous ces aléas de l’économie capitaliste qui détermineraient la valeur de vos points.

En même temps, le gouvernement met en place une dérégulation profonde du marché du travail, à la façon Macron.

Une des mesures qui a frappé les esprits, parce qu’elle est déjà en application et touche beaucoup de gens, c’est la chasse aux malades de longue durée. Ils doivent maintenant se soumettre à un parcours de réintégration auquel participent le patron, le médecin du travail et le médecin traitant. Le hic est que les médecins peuvent vous déclarer définitivement inapte à exercer votre travail. Et dans ce cas, le patron a le droit de vous licencier. 70 % des parcours de réintégration déjà effectués se sont terminés par le licenciement du travailleur malade.

Lorsque la lutte de classe que mènent la bourgeoisie et le patronat atteint un tel degré, la concertation sociale à laquelle tiennent tant les appareils syndicaux devient caduque.

La dérégulation du marché du travail a par exemple été décidée en marge d’un conclave budgétaire par le gouvernement, sans consulter les syndicats.

Le gouvernement fédéral y montre d’autant plus de détermination que le PS n’est plus dans aucun gouvernement. Il n’y est plus au niveau fédéral depuis 2014. En région wallonne, où il était encore le parti le plus important lors des élections en 2014, il a été exclu du gouvernement cet été. Son ancien partenaire de coalition, le président du CDH (Centre démocratique humaniste), se prenant peut-être pour un Macron wallon, a « tiré la prise » du gouvernement wallon pour former une autre coalition, sans le PS.

Le PS ne menait pourtant pas une politique différente. L’austérité actuelle n’est que la continuation de l’austérité du gouvernement précédent, dirigé par le PS. Et il a pu compter sur la complicité des syndicats. Les dirigeants de la FGTB sont en effet généralement membres des partis socialistes. Mais le PS est usé par quarante ans de pouvoir et par une série de scandales. Et surtout, la bourgeoisie compte visiblement sur des gouvernements qui ne s’encombrent plus de longues négociations syndicales, où le PS jouait le rôle de facilitateur vis-à-vis de la FGTB.

Luttes sociales et politique des syndicats

Les appareils syndicaux en Belgique comptent de larges effectifs. Le taux de syndicalisation tourne toujours autour de 65 %, entre autres parce que les syndicats gèrent le paiement des allocations de chômage. Cela fait des appareils particulièrement lourds. Il n’existe pas de chiffres publics, mais des dizaines de milliers de gens sont embauchés par ou liés à ces appareils syndicaux.

Ces appareils sont dans l’opposition à ce gouvernement depuis 2014. Il y a eu des manifestations, une journée de grève générale en 2015, et un certain nombre d’arrêts de travail dans les services publics.

Mais ces mobilisations, décidées d’en haut et organisées de façon très bureaucratique, ont des objectifs très limités. Il s’agit pour les appareils de montrer au gouvernement et au patronat qu’ils ne peuvent pas se passer des syndicats, capables de mobiliser, tout en donnant des garanties au patronat qu’ils seront des bons partenaires sociaux. Cela a donné des mots d’ordre aussi prétendument radicaux que « faire tomber le gouvernement » et tout le monde comprend : remettre le PS en selle.

Lors de la première manifestation en 2014, 130 000 personnes étaient descendues dans la rue, toutes avec de bonnes raisons. Mais le soir, à la télévision, il était surtout question de la concertation sociale menacée.

Si bien que, début 2017, les mêmes syndicats qui parlent de faire tomber le gouvernement ont signé un accord interprofessionnel avec le patronat qui prévoit une augmentation maximale des salaires de 1,1 % en deux ans ! Cela veut dire que les patrons ne sont obligés à rien. Ils peuvent même baisser les salaires. Mais les dirigeants syndicaux se disaient contents que la concertation sociale ait fonctionné !

En 2016, la SNCB a connu une grève de dix jours contre la suppression de deux jours de congé. Pourquoi sur ce seul point, alors que les économies prévues représentent 4 000 suppressions d’emplois et que des problèmes sont légion ? Parce que le conseil d’administration de la SNCB l’avait décidé par-dessus la tête des syndicats qui y siègent. La grève a permis aux syndicats de renégocier l’affaire, c’est-à-dire de signer une autre façon de supprimer deux jours de congé.

Jeudi 30 novembre encore, les services publics wallons étaient en grande partie à l’arrêt, et notamment les transports publics (bus). En effet, le nouveau gouvernement wallon sans PS ne respecte pas les accords négociés avec l’ancien. Un accord bidon dont la FGTB wallonne faisait miroiter aux travailleurs des services publics en Wallonie qu’il les protégerait contre la réforme des pensions du gouvernement fédéral !

Ces trois années de mobilisations diverses n’ont aucunement permis aux travailleurs de reprendre confiance en leur force et de voir plus clair. Au contraire, ces mobilisations ont eu un effet démoralisant sur les militants. Ainsi, lors de la grève du 10 octobre dans les services publics, les piquets des chemins de fer étaient bien clairsemés et ceux qui étaient présents constataient que beaucoup de leurs camarades avaient baissé les bras après la grève de 2016. Cela dans une situation où il deviendra plus difficile de se mettre en grève.

D’ailleurs, la grève du 30 novembre, à l’appel du seul syndicat socialiste, n’était qu’une réussite partielle. Très souvent, grève veut dire qu’il y a une poignée de délégués, permanents et militants syndicaux, qui bloquent l’entrée des lieux de travail. Pour l’instant, la majorité des travailleurs laissent faire les syndicats et respectent les piquets. On n’en est pas encore à voir le patronat organiser les travailleurs pour briser ces piquets, mais de telles tentatives étaient en germe lors de la grève générale en 2015… Cela risque moins dans les services publics sur lesquels les syndicats concentrent leurs actions maintenant. Mais ces grèves gênent surtout les usagers, très peu le patronat, et la droite n’hésite pas à s’en servir pour discréditer la grève, les grévistes, les syndicats et l’idée même de la lutte collective.

Ainsi, la politique de la bureaucratie syndicale a surtout permis au gouvernement d’avoir les mains libres pour mener ses attaques, y compris contre les droits syndicaux. Il vient par exemple de faire voter une loi sur le service minimum à la SNCB.

Mais, avec ou sans les syndicats, les travailleurs n’ont pas d’autre choix que de se battre. Et ils le font.

En septembre, ceux de l’usine Volvo Cars à Gand ont fait grève pendant quatre jours contre la surcharge de travail, le licenciement d’intérimaires et le travail du samedi. C’était la première grève depuis trente ans dans cette usine et elle est partie des travailleurs du rang. La délégation syndicale n’a rien trouvé de mieux que d’invoquer une prétendue règle qui prescrit une majorité en faveur de la grève de 66 % de travailleurs, non-grévistes compris, pour que le syndicat la reprenne à son compte. Lors du vote à bulletins secrets, 56 % des travailleurs ont malgré tout voté pour la continuation de la grève. Et les syndicats… ont appelé à reprendre le travail.

Le PTB et les directions syndicales

Mais le vrai problème, ce ne sont pas les syndicats. C’est le manque de militants révolutionnaires. Or, du moins en Wallonie, le discrédit des partis politiques classiques profite actuellement surtout au PTB, qui monte dans les sondages. Ce parti ex-maoïste a des militants dans les entreprises et dans les syndicats. Mais le PTB n’a pas eu un seul mot de critique vis-à-vis des directions syndicales, laissant ainsi ses militants sans autre direction.

Nous sommes très petits, mais nous avons défendu, au moins sur le papier de nos tracts, la perspective de la démocratie ouvrière et des comités de grève.

Bund Revolutionärer Arbeiter (Allemagne)

Plus de deux mois après les élections législatives, c’est toujours le suspense : quelle coalition va gouverner le pays ? Depuis que les négociations entre conservateurs (CDU/CSU), libéraux (FDP) et Verts ont volé en éclats, les espoirs se portent vers une poursuite de la grande coalition entre la CDU de Merkel et le Parti social-démocrate SPD. Ce dernier avait au début catégoriquement refusé cette option. Depuis, il est en train d’y revenir, à son corps défendant : il sait qu’il risque de le payer cher et aurait vraiment préféré un passage par l’opposition pour se réconcilier avec sa base et dans l’espoir de retrouver son électorat.

Un mécontentement des deux bords de l’électorat

En effet les résultats électoraux, qui rendent la formation d’un gouvernement stable un peu plus compliquée, traduisent un mécontentement grandissant vis-à-vis de cette grande coalition qui a gouverné ces dernières années. Un mécontentement des deux bords de l’électorat.

Il y a l’électorat conservateur des classes moyennes, qui trouve que la CDU a mené, sous Merkel et la grande coalition, une politique trop sociale-démocrate, avec l’introduction d’un salaire minimum, d’une loi contre l’augmentation abusive des loyers et évidemment avec sa politique envers les réfugiés.

Et il y a une partie de la classe ouvrière qui doit se battre au jour le jour pour s’en sortir, victime de l’explosion des contrats précaires et mal payés, des petites retraites, des loyers qui grimpent… et à qui CDU et SPD n’ont pas arrêté de raconter que tout allait bien en Allemagne et qu’il y a du travail en abondance. Beaucoup en veulent à ces politiciens arrogants qui leur disent en somme qu’ils n’ont pas à se plaindre et que, s’ils ne trouvent pas de travail, ce serait de leur faute.

Tendance à la droitisation, tous bords confondus

Ce mécontentement a fait baisser les scores de la CDU et du SPD. Il a profité au Parti libéral FDP, qui a fait une campagne propatronale et à droite, et plus encore au parti d’extrême droite AfD, qui a fait 12,6 % des voix. C’est la première fois qu’un parti d’extrême droite entre au Parlement allemand depuis les années 1950. Et tout le cirque actuel autour de la formation d’un gouvernement risque de renforcer le dégoût général de la politique et, par là, de renforcer l’extrême droite.

Tous les partis vont probablement évoluer plus à droite encore, à commencer par la CDU. En effet les pertes de la CDU et les succès électoraux du FDP et de l’AfD ont déjà bien renforcé l’aile droite de la CDU, critique de la politique de Merkel. Jusque-là l’alliance fiable avec le SPD avait servi de contrepoids à Merkel face aux critiques de son aile droite. Le refus inattendu du SPD, le soir des élections, de continuer la grande coalition, a largement contribué à affaiblir la position de Merkel.

Attaques antiouvrières en préparation et licenciements présents

On risque aussi de voir une accélération des attaques du gouvernement contre le monde du travail. En fait, ces dernières années, alors que les attaques dans les entreprises n’arrêtaient pas, il n’y en avait pas tant de la part du gouvernement, en tout cas comparativement aux pays voisins. D’abord Schröder en avait déjà imposé tant avec des conséquences graves, notamment les lois Hartz, et puis les recettes de l’État étaient plus élevées que les années précédentes ; en plus, l’économie se trouvait artificiellement relancée par une grande spéculation immobilière.

Cela dit, le relativement bon état des entreprises allemandes accélère surtout la spéculation fiévreuse sur leurs actions. Le DAX, l’équivalent allemand du CAC 40, qui, à la veille de la crise de 2008, avait atteint un record historique de 7 000 points, se trouve maintenant… à plus de 13 000 points.

En tout cas, le patronat fait entendre clairement qu’il attend maintenant du gouvernement la mise en œuvre d’attaques de plus grande envergure contre le monde du travail. Deux champs d’attaques se dessinent déjà. D’abord le temps de travail : le patronat veut imposer le droit d’exploiter les travailleurs quand cela l’arrange. Et tous les partis, du SPD à l’extrême droite, leur préparent le terrain, avec le Parti libéral en tête qui revendique carrément l’abolition de toute réglementation – qu’il s’agisse du travail du dimanche ou du volume horaire maximum par jour.

L’autre attaque se fait sous le mot d’ordre : industrie 4.0. Tous les partis expliquent qu’il faudrait d’urgence faire avancer la numérisation pour que l’industrie allemande reste compétitive, mais que cela entraînerait automatiquement la destruction de beaucoup d’emplois. Tout un battage idéologique qui semble non seulement servir de prétexte pour de nouvelles subventions au patronat, mais aussi préparer le terrain à de nouvelles lois antiouvrières sous prétexte de sauver la compétitivité de l’industrie allemande.

Ajoutons que les syndicats de l’industrie participent au matraquage idéologique. Ils expliquent que cette transformation de l’industrie est nécessaire, mais qu’ils se battront pour obliger le patronat à financer… des formations de reconversion.

Les directions syndicales justifient donc le caractère prétendument naturel des licenciements, au bonheur du patronat qui n’attend pas cette fameuse industrie 4.0 pour licencier. Au contraire, les plans de licenciements battent leur plein. Le plus récent, c’est Siemens qui, avec un bénéfice de plus de six milliards d’euros, veut fermer plusieurs usines et licencier 7 000 travailleurs. C’est la même chose pour le géant de l’acier ThyssenKrupp, pour Bombardier, Volkswagen, Commerzbank, Deutsche Bank, Deutsche Bahn Cargo… Pour le moment, en dehors de quelques manifestations symboliques, ces licenciements ne provoquent pas de réaction.

Mobilisations dans les hôpitaux

En revanche, le secteur hospitalier a connu cette année quelques mobilisations. Le manque de personnel, qui devient insupportable, a fini par changer l’ambiance parmi le personnel soignant, jusque-là quasiment sans traditions de lutte et peu syndiqué. Le syndicat de secteur, Verdi, qui voit là une occasion pour recruter, a entamé une campagne avec des journées de mobilisation pour revendiquer plus de personnel. Verdi tient la mobilisation à bout de bras. Elle est organisée de façon très bureaucratique. La centrale à Berlin décide par exemple combien d’hôpitaux dans le pays ont le droit de faire des journées de grève, et quand. Mais quand même, des travailleurs se mobilisent, souvent pour la première fois de leur vie, et avec des revendications offensives. Et cela change agréablement du discours commun des patrons, partis politiques et syndicats de l’industrie, qui racontent que réduire le personnel et travailler plus est inévitable.

 

Discrimination contre les travailleurs turcs et montée de l’extrême droite

Deux événements politiques surtout ont marqué le climat. D’abord, les tensions entre les gouvernements allemand et turc. Du côté des travailleurs turcs, ces tensions ont renforcé un réflexe de défense du gouvernement turc et, las de se justifier, un refus de nombre de travailleurs de discuter politique avec des Allemands. En revanche, beaucoup de travailleurs allemands, polonais, etc., en ont discuté toute l’année, ne comprenant pas que leurs collègues turcs semblent soutenir pareil dictateur. Et, avec le ton qui montait entre les deux gouvernements, ils devenaient plus réceptifs aux discours de droite. Beaucoup prenaient par exemple position pour leur État, l’État allemand, disant qu’il ne devrait pas se laisser humilier par Erdogan. Nous avons essayé de faire réfléchir à la discrimination vécue par les travailleurs turcs, aux rapports de domination réels entre les deux pays, tenté d’œuvrer pour que le fossé entre travailleurs ne se creuse pas plus encore.

Le deuxième événement, c’était les élections. Pour la première fois, nombre de travailleurs se posaient la question de voter pour l’extrême droite. Avec des arguments de classe, il a été possible d’en toucher et dissuader quelques-uns, une minorité certes. Bien des gens ont aussi été choqués par la soudaine montée des scores de l’extrême droite. Certains jeunes se disaient qu’il faut sans attendre agir pour lutter contre cette évolution, ce qui a permis des discussions.

Avec la fin du long fleuve tranquille de la situation politique en Allemagne, suite à la victoire de Trump, au Brexit, à la peur du Front national en France et à la montée de l’extrême droite maintenant en Allemagne aussi, certains commencent à se poser des questions sur cette évolution menaçante du monde. Espérons que l’indifférence et l’apolitisme qui prévalent laissent place à plus de curiosité et d’intérêt pour les idées de ceux qui veulent changer le monde.

Voz obrera (Espagne)

On ne peut pas séparer la crise catalane de la situation générale de toute l’Espagne, de l’aggravation de la situation de crise économique à l’échelle de tout le pays. Celle-ci a des conséquences pour les classes populaires dans toutes les autonomies, les grandes régions du pays.

Les racines économiques de la crise catalane

Bien que les médias et le gouvernement nous répètent que la reprise économique est là, la réalité est tout autre. Selon l’Institut national de statistique lui-même, il y a plus de risque de pauvreté actuellement qu’en 2011, quand Rajoy, chef de la droite, le Parti populaire (PP), est arrivé au gouvernement.

Ce même organisme signale que les familles espagnoles ont aujourd’hui des revenus inférieurs aux années précédentes, quand, disent-ils, la crise a frappé le plus dur.

Et tout cela malgré le fait que, effectivement, le PIB du pays a augmenté. Cette richesse ne va pas aux travailleurs mais dans les poches des riches et dans les paradis fiscaux. L’exploitation à l’origine de cette richesse est devenue la norme, comme dans le cas des femmes de ménage des hôtels qui travaillent pour 2,15 euros par chambre.

La réforme du Code du travail de Rajoy remonte à cinq ans déjà et ses conséquences se voient clairement : emploi précaire et temporaire partout. Cette réforme a beaucoup facilité les licenciements collectifs en supprimant l’autorisation administrative préalable qui était nécessaire. Beaucoup de jeunes travailleurs n’imaginent même plus en rêve obtenir un jour un emploi fixe avec des conditions correctes. Le peu de travail qui est créé est réparti, ce qui est démontré par le fait que les heures travaillées dans les entreprises n’ont pas augmenté. Le travail qui, avant, était réalisé par un travailleur à temps complet, l’est aujourd’hui par trois à temps partiel. De cette manière, le chômage se maintient un peu en dessous de quatre millions.

Les salaires sont en chute libre pour ceux qui conservent un emploi, et encore au prix de la perte de nombreux droits. Dans la chaîne de sous-traitance en cascade, les conditions de travail se dégradent à chaque étape et les heures nécessaires pour arriver à un salaire correct sont interminables. Tout cela pendant que les grandes banques et les grandes entreprises augmentent leurs bénéfices déjà considérables.

Luttes de dockers, d’enseignants, et marches de la dignité

Face à cette situation qui ne s’améliore pas, les travailleurs et la population en général montrent leur mécontentement mais, cette année, il n’y a pas eu de grandes luttes. C’est plutôt le contraire, de la démoralisation partout et une démobilisation généralisée.

Il y a eu des luttes, par exemple celles de Panrico, Coca-Cola, dans l’industrie de la viande, etc., mais uniquement des luttes défensives et plus ou moins isolées. Nous avons également connu une grève générale dans l’enseignement, contre la réforme imposée par le gouvernement, qui se dirige vers un modèle d’enseignement plus élitiste, une grève plutôt bien suivie.

La lutte peut-être la plus intéressante, et qui a beaucoup fait parler, a été celle des dockers dans les ports, qui se sont mobilisés à travers toute l’Espagne, comme un seul homme, contre la réforme imposée par le PP, et qui a reçu un appui international. Le gouvernement voulait libéraliser le secteur, un mot qui en général recouvre le fait que les entreprises les plus puissantes imposent leurs conditions, en écartant les droits et les conditions de travail dont les dockers profitaient jusque-là.

Non seulement les ports espagnols étaient paralysés, mais les dockers d’autres pays comme à Marseille ou à Tanger promettaient également de se mobiliser si leurs camarades n’étaient pas entendus par le gouvernement. Après cinq mois de lutte et de très nombreuses attaques de la presse et du gouvernement, les dockers ont signé la fin du conflit, qui n’a pas pu éviter complètement la libéralisation du secteur mais a arraché certaines garanties.

Cette année encore ont eu lieu les Marches de la dignité, qui ont commencé en 2014, pour manifester une journée de manière unitaire, avec toutes les organisations et partis qui dénoncent le chômage et l’austérité. Ces marches ont réuni jusqu’à deux millions de personnes sous le slogan commun « Pain, travail et logement ».

Pour nous, ce jour a une grande importance car la classe ouvrière descend en tant que telle dans la rue, unie et mettant en avant ses propres intérêts de classe. C’est pour cela qu’en mai dernier nous sommes retournés dans les rues de Madrid, malheureusement beaucoup moins nombreux mais tout de même plusieurs milliers.

Répression gouvernementale

D’autre part, la répression continue de tomber sur tout ce qui bouge. La liste des poursuites judiciaires, amendes et y compris peines de prison contre des travailleurs, des militants et y compris des artistes, continue de s’allonger.

Le dernier fait en date qui nous a indignés, c’est la demande de deux ans de prison pour un youtubeur qui a interviewé un membre du GRAPO, une organisation armée d’extrême gauche démantelée il y a des années et dont la plupart d’entre nous ne se souviennent même pas de l’existence. L’objectif du gouvernement est de nous apprendre à avoir peur et que cela, en plus de la précarité, fasse taire la contestation. Il répète en boucle le message : il faut faire respecter strictement la loi, et cela justifie les poursuites en justice contre des syndicalistes simplement pour être intervenus sur un piquet de grève. Le plus savoureux c’est que le PP, un parti dont de nombreux responsables sont en prison et qui compte autour de 900 cas de corruption, exige ce strict respect de la loi ! […]

La crise catalane

La crise politique en Catalogne est devenue nationale et déchaîne les passions. Le gouvernement de Catalogne était composé de membres de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), le parti de ­­centre-gauche traditionnellement indépendantiste, et le Parti démocrate européen catalan (PDeCAT), parti de droite, nationaliste et maintenant indépendantiste. Ce gouvernement était appuyé par la Candidature d’unité populaire (CUP), gauche anticapitaliste. Il a décidé de suivre sa feuille de route vers l’indépendance, premièrement en organisant un référendum que l’État central avait interdit, et ensuite, au vu des résultats, en proclamant la République catalane. Le gouvernement catalan s’affrontait directement de ce fait au gouvernement central de Rajoy.

Ce dernier a envoyé en Catalogne des bateaux remplis de policiers et de gardes anti-émeutes, réussissant ainsi à étouffer le désir de larges secteurs de la population de choisir son avenir politique.

Le mécontentement populaire qui existe en Catalogne, du fait de la crise et de l’austérité, existe dans toute l’Espagne. En Catalogne il a été conduit vers le souverainisme par les manœuvres des uns et des autres, aussi bien les politiciens catalanistes que les politiciens dits espagnolistes ou unionistes. Un match entre voleurs, c’est ainsi que nous le résumons.

La conséquence, c’est la polarisation de la société catalane en deux moitiés et un appui généralisé au gouvernement de Rajoy dans le reste du pays. Cela a permis de faire passer au second plan la réalité sociale, la corruption et la politique antiouvrière des uns et des autres. Voilà pour résumer une situation qui a été très mouvante au jour le jour, avec une véritable hystérie d’accusations et de contre-accusations. Le discrédit de Rajoy a disparu ; il sort de cette crise renforcé, appuyé en plus par les socialistes et le parti de centre droit Ciudadanos.

Le pire est que l’indépendantisme a renforcé l’extrême droite qui, en raison de notre passé récent, des quarante ans de dictature, n’apparaissait pas ouvertement jusqu’à aujourd’hui, ce qui peut donner une idée de la droitisation qui s’est produite en Espagne. Pour la première fois depuis la mort de Franco on a vu des drapeaux monarchistes en quantité significative aux balcons des quartiers populaires. Y compris en Catalogne le conflit a permis à la droite espagnoliste et à certaines personnalités socialistes, d’organiser des mobilisations massives pour l’unité de l’Espagne et de créer un état d’esprit d’hostilité active à l’indépendance parmi la population catalane non souverainiste.

Il est certain qu’en dehors des manœuvres politiciennes des uns et des autres pour le pouvoir et le contrôle des institutions, il existe également une mobilisation populaire en faveur de l’indépendance qui répond et s’affronte à la politique antisociale qu’a menée le PP contre la population. Cependant le nationalisme est un piège qui ne peut mener qu’à une impasse les travailleurs et les classes populaires en Catalogne et dans le reste du pays. Les bénéficiaires de cette situation sont la bourgeoisie et ses partis politiques, qui s’affrontent pour le contrôle de secteurs de l’appareil d’État et des bénéfices qu’ils peuvent en retirer au travers des différents budgets. Le problème est que l’indépendantisme est appuyé en Catalogne par une fraction importante de la population.

Cette situation génère une tension, un antagonisme parmi les classes populaires. À la montée du catalanisme répond celle de l’espagnolisme. On disait souvent que Franco, par sa répression, avait fait plus que n’importe qui pour la montée du catalanisme ; c’est vrai aujourd’hui pour Rajoy.

Le capitalisme en Espagne comme en Catalogne a parié sur les sentiments patriotards pour imposer la même politique, la même exploitation au profit de la bourgeoisie. Son outil le plus efficace : dresser les travailleurs et les classes populaires les uns contre les autres et dévier la crise économique et sociale sur son terrain.

C’est précisément cette crise économique et sociale qui a déterminé, en dernière analyse, le virage de la droite catalaniste et de sa base petite-bourgeoise vers l’indépendantisme. Cette fuite en avant leur a permis de se mettre à la tête de la mobilisation et de se poser en victimes du vieil autoritarisme issu du franquisme de l’État espagnol et du gouvernement de Rajoy. Avec Puigdemont en Belgique, dans son exil d’opérette, et une partie de ses ministres en prison ou devant les tribunaux, le climat s’est dégradé. Ils sont déjà tous en campagne électorale, puisque Rajoy a convoqué des élections régionales en Catalogne pour le 21 décembre.

Le processus catalan n’aurait pas eu d’autre répercussion que les manœuvres politiciennes des partis s’il n’y avait pas eu une mobilisation réelle et massive, depuis plusieurs années, en faveur de l’indépendantisme. Cette orientation s’est concrétisée par une lutte pour le droit d’organiser un référendum dont le résultat aurait force de loi, puis par l’organisation du référendum du 1er octobre de cette année, la résistance aux tentatives de Rajoy d’empêcher ce référendum par la force, et l’opposition à l’article 155 de la Constitution, qui a permis de dissoudre le Parlement catalan, de convoquer de nouvelles élections et de mettre en prison une partie du gouvernement catalan.

Une mobilisation sur le terrain de la bourgeoisie

Cette mobilisation populaire pour l’organisation d’un référendum s’est faite au travers de Comités de défense du référendum, les CDR, transformés ensuite en Comités de défense de la République. Dans beaucoup de quartiers populaires, de petites villes et de villages, ces comités ont organisé le référendum, résisté à la police et participé aux grandes manifestations. Cela a donné un caractère populaire à l’organisation du référendum. Au cours de la dernière grève, mercredi 8 novembre, ils ont coupé des routes et des voies ferrées. Mais ces comités citoyens, qui regroupent des gens de sensibilités politiques diverses, ne sont pas allés au-delà des simples revendications démocratiques et indépendantistes, avec une absence totale de perspective de classe.

Le monde du travail est resté à la marge, dans sa grande majorité, en tant que classe. Cela ne signifie pas qu’il n’a pas participé, individuellement, aux mobilisations. Mais ses intérêts, ses nécessités et ses revendications propres ne sont pas apparus. On peut même dire qu’ils ont été masqués par toute la crise politique et la répression du gouvernement central... et catalan. Pour donner un exemple, dans quelques jours, six participants à un piquet de grève en 2012 seront jugés sur la demande de l’entreprise Starbook et des institutions catalanes, qui demandent six ans de prison. Pendant ce temps, tout ce qui apparaît dans les médias ce sont les prisonniers politiques catalanistes.

Le nationalisme n’est pas seulement une impasse pour le monde du travail, c’est décidément un poison très dangereux, qui n’hésite pas à recourir au mépris envers les autres et qui comprend y compris parfois un certain racisme dans bon nombre de ses arguments.

En tant que groupe politique nous sommes restés pratiquement seuls à défendre les idées communistes et internationalistes. La majorité des groupes d’extrême gauche se sont mis à la remorque des mobilisations indépendantistes en prétendant que la Catalogne est opprimée et que cette mobilisation populaire va affaiblir la droite espagnole, voire la monarchie. Des courants parlent même d’une révolution catalane. […]

Nous sommes certains que tôt ou tard le monde du travail se manifestera par ses luttes et mettra en échec les stratégies de la bourgeoisie avec ses nationalismes, ouvrant ainsi des perspectives de lutte pour le communisme. Bon courage dans votre travail militant, camarades, l’avenir appartient à notre classe, la classe ouvrière.

Lutte ouvrière (La Réunion)

La situation sociale et économique à La Réunion reste toujours marquée par le taux élevé du chômage. Fin octobre, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A était de 135 700 sur une population de 851 000 habitants. Ce nombre a augmenté de 0,4 % en trois mois. Toutes catégories confondues, le nombre de chômeurs avoisine les 150 000.

Dans ce contexte de chômage massif, la baisse des contrats aidés décidée par le gouvernement au mois d’août est lourde de conséquences. Le nombre de contrats aidés serait passé au second semestre 2017 de 11 000 à un peu moins de 4 000. Les conséquences ont été immédiates. Par manque de personnel, la rentrée scolaire a été décalée de cinq jours dans la plupart des communes.

Dans les entreprises, les licenciements continuent. À Immobilière Réunion, une entreprise mise en liquidation judiciaire il y a deux mois et demi parce que son propriétaire Apavou, classé 169e fortune de France par le magazine Challenges, devait 7 millions d’euros à la Sécurité sociale et aux caisses de retraite, 39 salariés se sont retrouvés sur le carreau ; chez Mobile Réunion, filiale de SFR, 40 salariés ont subi le même sort à peu près pour les mêmes raisons. Et encore plus récemment, ce sont 40 ouvriers d’Arcelor Mittal qui ont été licenciés, la moitié de l’effectif, sous prétexte que les concurrents cassaient les prix.

La jeunesse, dont 60 % est au chômage, paie un lourd tribut à la politique du gouvernement et aux agissements du patronat et n’a pas d’autre perspective que la précarité. Les « carrefours de l’emploi » ou autres job dating sont des exercices humiliants où il faut essayer de se vendre en moins de 10 minutes et dont on sort rarement avec un contrat ou même une promesse d’embauche. Fin novembre, 700 chômeurs sont venus à un job dating tenter de décrocher un des 70 emplois proposés par une entreprise d’intérim dans les secteurs de la grande distribution, de l’entretien des espaces verts ou des services à la personne. Il s’agissait d’emplois d’une ou deux semaines à un mois maximum !

La « préférence régionale » et le PCR

Un mauvais bruit de fond accompagne la situation dégradée que vivent les travailleurs, les chômeurs, les familles populaires : c’est ce qui se cache sous le terme de la préférence régionale. De droite et de gauche, élus, intellectuels, économistes proclamés relaient l’idée que ce ne sont pas les patrons qui sont responsables du chômage mais ceux qui viennent prendre le travail des Réunionnais. Ce miroir aux alouettes qu’agitent aujourd’hui la plupart des élus a été mis en avant d’abord par le PCR, notamment son fondateur Paul Vergès qui défendait « un programme pour les Réunionnais, fait par les Réunionnais ». Vergès et ses successeurs ont fait de la préférence régionale leur principal cheval de bataille.

Le poison régionaliste tue l’idée de lutte de classe dans la classe ouvrière.

Le PCR défend le projet d’« une collectivité unique » dans le cadre de la Constitution de la République. Il justifie cette demande par l’expression « les Réunionnais sont capables ».

Cette idée faussement simple, qui assimile dans un même vocable patrons et ouvriers, range les classes populaires derrière les intérêts des patrons et de la petite bourgeoisie.

Avoir plus d’autonomie pour adapter des lois, voire légiférer pour passer des accords de libre-échange avec les pays voisins en « repensant au rôle de La Réunion dans la zone océan Indien » et ses relations avec Paris et l’Europe, voilà l’essentiel de la politique du PCR.

Patrons, exploiteurs dormez tranquilles !

Aujourd’hui le PCR a perdu beaucoup de son influence mais sa politique a préparé le terrain à d’autres y compris à la droite qui dirige la région. Son président, à son tour, souhaite la mise en place d’un nouveau cadre législatif, d’une loi organique d’expérimentation et d’adaptation spécifique à La Réunion sur les sujets majeurs tels que la fiscalité des entreprises, l’aménagement du territoire ou encore la coopération régionale.

Régionalisme syndical et alignement derrière la bourgeoisie

Ces orientations déroulent un tapis rouge sous les pieds du patronat qui n’agit bien sûr qu’au nom des intérêts de La Réunion et des Réunionnais.

Les syndicats de travailleurs y compris la CGTR n’ont au fond pas d’autre politique.

Pour exemple, le 5 septembre, à l’initiative des patrons du BTP, organisations patronales et syndicats de salariés de la branche dont la CGTR BTP, se sont réunis au sein d’une interpro et ont appelé les salariés et les « chômeurs qualifiés » à défiler ensemble bras dessus, bras dessous, dans les rues de Saint Denis pour réclamer un « plan Marshall pour sauver la filière à l’agonie ». Pas moins de 3 000 personnes se sont retrouvées derrière la banderole commune, suivant les seuls mots d’ordre du patronat, à savoir la sanctuarisation des charges sociales et du CICE, le gel de la dégressivité des exonérations de charges sociales pour les salaires supérieur à 1,4 SMIC, La Réunion en zone franche globale, etc.

Les chantiers étaient fermés et la journée payée… à ceux qui étaient à la manifestation, durant laquelle les patrons ont fait des pointages des ouvriers présents. Cette pression a d’autant pu s’exercer que le secrétaire général de la CGTR-BTP a déclaré qu’il était disposé à faire grève comme ça tout le temps du moment que les patrons payent !

Un autre exemple : en juin et juillet, durant plusieurs semaines, des planteurs manifestaient et réclamaient aux patrons usiniers, le groupe Tereos, une revalorisation du prix de la tonne de canne. Avec leurs actions et manifestations, les planteurs allaient même retarder l’ouverture de la campagne sucrière.

Dans ce conflit les politiciens de tous bords, PCR inclus, n’ont pas cessé de défendre exclusivement le point de vue des planteurs, la défense de la filière canne. La CGTR de son côté, a à juste titre apporté son soutien à la lutte des planteurs contre les usiniers, mais ses dirigeants n’ont pas voulu appeler les travailleurs du secteur, notamment les ouvriers d’usines et les ouvriers agricoles, à rejoindre le mouvement des planteurs sur la base de leurs propres revendications.

Pour eux, il était seulement question de défendre la filière canne contre Tereos qui dicte sa loi à La Réunion.

Le délire du « grand remplacement »

Le poids du chômage et les frustrations qu’il engendre amènent une partie de la petite bourgeoisie mais aussi certaines catégories de travailleurs qui aspirent à occuper des postes de responsabilités, d’encadrement à s’exprimer contre les Zoreils – les Français de métropole.

Certains individus en viennent même à considérer qu’il existe un mécanisme mis en place par l’État français depuis de nombreuses années pour vider La Réunion des Réunionnais pour les remplacer par les Zoreils.

Pas plus tard qu’il y a quinze jours, un débat était animé par un enseignant en économie ayant pour titre et pour thème : « Le grand remplacement ? L’accès des Réunionnais aux emplois locaux et les conséquences démographiques sur la société réunionnaise. » C’était, selon le conférencier, sa 57e intervention en huit mois. Sur cette période il aurait eu au total 2 300 personnes pour venir l’écouter.

Son intervention visait à démontrer que les Réunionnais subissent la préférence métropolitaine (celle des cadres métropolitains) ; qu’un « génocide invisible » (expression empruntée à un indépendantiste réunionnais) va se produire si les Créoles ne réagissent pas pour ne pas se retrouver en minorité vers 2070 dans leur propre pays comme ça s’est produit, selon lui, avec les Kanaks, les Guyanais, les habitants de Saint-Martin. Selon lui, ce n’est pas faire du racisme anti-zoreil que de défendre cette position. C’est le rejet d’une politique colonialiste. Ce conférencier, qui se dit de gauche, s’est même permis de citer Marx et Engels pour leur faire dire qu’il « faut savoir mettre la lutte de classe de côté » un moment !

Il y avait une cinquantaine de personnes d’une moyenne d’âge de 55 ans à ce débat. Un public plutôt de gauche : syndicalistes de la CGTR, dirigeants de la FCPE, militants du PS, du PCR, des personnes qui se réclament d’extrême gauche mais sur des positions nationalistes.

Nous sommes intervenus pour défendre un point de vue de classe (nous présentant comme Lutte ouvrière, nous revendiquant de Marx, d’Engels, de Lénine) en disant que nous trouvons légitime que les Réunionnais veuillent travailler et vivre dans leur île mais qu’il ne faut pas se tromper de cible ; qu’il faut désigner les vrais responsables du chômage que sont les patrons, les capitalistes qui licencient avec l’aide des gouvernements. Nous avons affirmé que les travailleurs à La Réunion auraient raison de se battre pour avoir du travail, mais sur un terrain de classe, qu’ils soient noirs, blancs, créoles, zoreils.

La petite bourgeoisie, les familles dont les enfants ont fait des études supérieures mais ne trouvent pas de travail ne se tournent pas vers la lutte de classe. Ils observent que des emplois bien rémunérés sont accaparés selon eux par des réseaux de métropolitains. On retrouve de plus en plus ce discours chez certains enseignants, des militants politiques de groupuscules nationalistes ou associatifs s’en rapprochant.

Ce sentiment anti-zoreils est moins marqué au sein des classes populaires qui elles ne briguent pas des postes supérieurs. Mais en revanche, au sujet du logement, des aides sociales, les propos sont plus tournés contre les Mahorais, les Comoriens, les Malgaches accusés de prendre la place des Réunionnais.

Les travailleurs ont leurs propres intérêts à défendre

Cette période de crise avec le poids du chômage, la dégradation des conditions de travail et de vie, est un terrain fertile pour de fumeuses théories comme « le grand remplacement » qui ne peuvent qu’alimenter des courants nationalistes ou d’extrême droite. Toutes ces idées contribuent à brouiller la conscience de classe des travailleurs mais ne leur lient heureusement pas les mains. Les travailleurs le montrent régulièrement en menant des luttes dans leurs entreprises et plus généralement en se mobilisant contre les attaques du patronat et du gouvernement.

Il y a eu quelques grèves cette année, notamment les ouvriers du BTP de la nouvelle route du littoral pour des augmentations des salaires et des primes ; à La Poste pour de meilleures conditions de travail, au Groupement des personnes handicapées, dans les Finances publiques, dans les hôpitaux pour dénoncer les suppressions d’emplois.

Dans les écoles de la ville du Tampon, des Atsem se sont mises en grève pendant plusieurs semaines avec le soutien des enseignants et des parents pour dénoncer la baisse des contrats aidés et réclamer des embauches.

À Mayotte, nous restons en permanence attentifs à ce qui s’y passe. La population et les travailleurs ont montré de la combativité à plusieurs reprises en faisant grève et en manifestant, dans certains cas durant plusieurs semaines, au Port de Longoni, au CHM, dans l’Éducation nationale, dans le groupe Colas, etc. pour des augmentations de salaires, de meilleures conditions de travail ou plus généralement contre la vie chère.

Union africaine des travailleurs communistes internationalistes (UATCI, Côte d’Ivoire)

La mutinerie des soldats

Cette année a été marquée par plusieurs mutineries de soldats qui revendiquent des rémunérations et des grades supérieurs. Des caches d’armes impliquant des hautes personnalités ont été découvertes à Abidjan et Bouaké, une importante ville dans le centre du pays. Ces mutineries se produisent régulièrement puisque que le président actuel, Ouattara, s’est hissé au pouvoir en s’appuyant sur des hommes en armes qui rappellent périodiquement qu’ils existent et sont prêts à faire parler les armes s’ils n’obtiennent pas satisfaction. C’est un feuilleton à rebondissement qui risque de revenir sur le devant de la scène à l’approche des futures élections présidentielles prévues pour 2020.

L’insécurité à Abidjan et l’intérieur du pays

Depuis près de trois ans, les habitants des quartiers populaires d’Abidjan vivent sous la menace permanente des jeunes délinquants appelés « microbes ». Avec leurs machettes, ils agressent impunément les pauvres gens. Le gouvernement, de temps en temps quand il y a des événements comme l’organisation des Jeux de la francophonie, fait semblant de lutter contre cette délinquance. Une fois les rideaux tombés, les opérations de lutte tombent aussi.

La question des déguerpissements

L’autre violence que vivent les petites gens des quartiers pauvres vient des autorités elles-mêmes : il s’agit des opérations dites de déguerpissement qui consistent à chasser les habitants des quartiers précaires ainsi que tous ceux qui essaient de survivre en faisant du petit commerce sur les bords de trottoirs. En fait, les petites gens sont poussées vers les quartiers périphériques de la ville, pour laisser place aux promoteurs immobiliers qui en ont de plus en plus besoin. Ces déguerpissements se font à coups de bulldozers qui rasent à grande vitesse tout un quartier sous la surveillance des soldats armés. Ils détruisent tout sur leur passage, même les biens et les meubles que la famille n’a pas pu emporter à temps. C’est le cas aujourd’hui de plus de mille familles qui habitaient dans l’emplacement actuel du nouveau stade de football en construction. À cela s’ajoute le déguerpissement des trottoirs en vue des grands événements, comme ça été le cas à Abidjan qui vient d’accueillir le sommet Union européenne-Union africaine (UE-UA).

Le problème foncier, l’ethnisme et la xénophobie

Dans les campagnes c’est surtout dans l’Ouest que l’on assiste à des violences à caractère ethnique ou xénophobe en lien avec le problème foncier.

Comme on l’a déjà vécu dans le passé, c’est dans cette région forestière de l’Ouest que des populations venues du Nord ainsi que des Baoulé venus du centre ont afflué au fil du temps parce que la terre y est bonne pour la culture du café et du cacao, ce qui n’est pas le cas dans toutes les régions du pays. Cette région est considérée comme un eldorado, comparativement à la sècheresse et la misère qui sévissent dans d’autres régions. Le problème qui se pose aujourd’hui, c’est que les terres se font rares et sont à la fois convoitées par ceux qu’on appelle les natifs ou autochtones et aussi par ceux qui sont arrivés plus tard. Des forêts dites classées, dans lesquelles l’État interdisait toute plantation, ont été phagocytées. Les gens s’y sont installés pour y pratiquer l’agriculture.

Tout cela ne va pas sans créer des tensions. Ainsi, il n’y a pas plus de deux mois, il y a eu des morts dans la région de Guiglo. Des villages ont été brûlés. Plusieurs milliers de Baoulé ont dû partir suite à un conflit avec les populations Guéré natives de cette région. Dans une telle situation il faut s’attendre à la montée de l’ethnisme et de la xénophobie, sans compter que des politiciens n’hésitent pas à souffler sur la braise pour assouvir leurs ambitions personnelles.

Actuellement, plus d’un millier de militaires sont déployés dans cette région pour s’interposer entre les belligérants.

Pour notre part, nous ne manquons aucune occasion de dénoncer le poison de l’ethnisme et de la xénophobie, pour qu’il ne s’installe pas dans les rangs des travailleurs que nous touchons. Ce genre de propagande affaiblit les travailleurs et renforce le camp des exploiteurs. Il faut donc le dénoncer et lutter sans compromission contre tout ce qui divise et affaiblit le camp des travailleurs et des pauvres.

L’aggravation de la situation des travailleurs

Nous vivons tout cela dans un contexte de dégradation continue de la situation des travailleurs. Cette dégradation a commencé il y a de cela plus de trente ans ! Cette année ne fait pas exception. Vivre avec un salaire de 91 euros, qui est le salaire minimum officiel par mois, est difficile, tellement le coût de la vie est cher.

Le secteur privé moderne totalise un peu plus de 500 000 salariés. Seuls 100 000 d’entre eux sont déclarés et cotisent à la caisse de retraite. Tous les autres sont par conséquent des journaliers corvéables à merci.

La pression du chômage aidant, les travailleurs continuent d’en prendre plein la figure. Les conditions de travail se dégradent.

La situation des travailleurs dans les usines

Quant à la situation des travailleurs dans les usines, elle n’est pas bien meilleure. À l’effort physique s’ajoute le fait que les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles, sans parler de la pression constante des patrons pour augmenter la production.

Par exemple, à Darling, une entreprise d’un millier de travailleurs située dans la zone industrielle de Yopougon, qui fabrique des mèches de cheveux, la plupart des travailleurs sont des journaliers, pour ainsi dire payés à la tâche. À chaque fois qu’un nouveau produit arrive dans la production, cela se traduit par une augmentation considérable du surtravail et de la pression patronale.

C’est le même constat à Filtisac, une entreprise textile. Il y a une trentaine d’années, sur un effectif de près de 2 000 travailleurs, il n’y avait pas de travailleur journalier. Avec la modernisation des machines, mais surtout avec la course au rendement, l’effectif est passé aujourd’hui à moitié. En plus, les anciens sont remplacés par des journaliers encore plus corvéables.

Aujourd’hui, la situation des travailleurs continue de se dégrader gravement. Tôt ou tard, il y aura le coup de trop ou une étincelle qui finira par mettra le feu à la poudre, comme cela a été le cas chez les fonctionnaires.

La lutte des fonctionnaires

C’est cette dégradation des conditions d’existence et le coup de trop venant du gouvernement qui a voulu baisser la retraite des fonctionnaires au même niveau que celui du privé tout en montant le niveau de cotisation, qui a fini par déclencher le plus grand mouvement de grève des fonctionnaires jamais vu dans ce pays. Cette grève avait commencé à la fin de l’année 2016. Elle portait notamment sur des revalorisations salariales, sur la retraite et sur des arriérés de salaires non perçus datant de plusieurs années auparavant.

Au final, le mouvement a été victorieux. Le gouvernement a cédé sur la plupart des revendications, y compris sur les arriérés de salaires dont il ne voulait pas entendre parler.

La situation dans le secteur du bâtiment

Les grands chantiers d’État sont arrêtés depuis quelques années. Apparemment, pour cause de problèmes de trésorerie. Du coup, la majorité des travailleurs se débrouillent sur des petits chantiers.

Mais quelques gros chantiers s’annoncent. C’est le cas, notamment, de la construction d’un complexe sportif, avec un grand stade de football, qui doit accueillir la CAN 2021. Pour l’instant, ils sont près de 700 sur le chantier. Mais en rythme de croisière, ce sont 1 500 travailleurs qui y travailleront. Déjà des grèves et des luttes ont commencé.

Organisation des travailleurs révolutionnaires (Haïti)

Commençons par rappeler que le président actuel, Jovenel Moïse, issu du parti de l’ancien président Martelly, a été élu en janvier 2017 grâce au large soutien financier des riches du pays et aux magouilles centrales, avec un demi-million de voix environ sur 6 millions d’électeurs. L’abstention massive de plus de 80 % de l’électorat donne une petite idée de son impopularité.

Les premiers mois de son mandat sont marqués par des scandales de corruption, de détournements de fonds publics qui éclaboussent son gouvernement. Mais ce n’est pas une surprise quand on connaît son appartenance politique ainsi que la clique de politiciens dont il s’est entouré. Son indifférence et sa complaisance à l’endroit de ces hauts fonctionnaires corrompus contraste avec son discours d’investiture et ses nombreuses déclarations publiques au cours desquelles il promettait que la bataille contre la corruption serait sa priorité.

Il a plutôt livré une bataille acharnée contre les classes pauvres par l’augmentation des prix des produits pétroliers quelques mois après son installation. Le carburant étant un produit stratégique, les prix du transport en commun ont automatiquement doublé, voire triplé dans certains cas et, comme un effet boule de neige, les prix des produits de consommation courante ont suivi la tendance. Le coût de la vie grimpe, ce qui vient aggraver les conditions de vie des classes pauvres. Les dépenses augmentent et les salaires diminuent. De nombreux travailleurs sont désormais obligés de se rendre au travail à pied, d’autres s’abstiennent d’acheter à manger dans la journée. Des familles avouent ne pouvoir faire à manger qu’une fois par semaine. La plupart des travailleurs de la zone contractent des prêts usuriers pour pouvoir tenir le coup et s’endettent jusqu’au cou avec les intérêts. Des jeunes, dépités et désespérés, fuient le pays par milliers notamment vers le Chili où le visa d’entrée n’est pas nécessaire.

Partout des voix s’élèvent pour dénoncer l’attitude du président, qui tord le cou de la population pauvre tout en faisant des cadeaux aux plus riches.

Contestation de la classe laborieuse

Mais le chef de l’État n’en a cure. Au contraire, il a choisi d’en rajouter une couche par la hausse de certaines taxes sur des services largement utilisés par la population pauvre dans le cadre du nouveau budget. Le président ne voulait pas ajuster le salaire minimum mais il ajuste les taxes et en crée même de nouvelles dans le cadre du nouveau budget. C’était la grogne dans les quartiers !

Jouant sur cette colère grandissante, les leaders de l’opposition politique ont appelé à gagner les rues, ce que des milliers d’habitants de quartiers pauvres ont fait pour crier leur ras-le-bol. Et le nombre ne fait qu’augmenter à chaque manifestation. Jamais le budget national n’avait été à ce point au centre des discussions des couches pauvres de la population. Dans les entreprises, les quartiers populaires, dans les transports en commun, on parle de budget criminel, d’un président et des parlementaires qui veulent saigner davantage les classes laborieuses par des taxes. Les manifestations ont contraint le gouvernement à faire marche arrière en éliminant les nouvelles taxes et en supprimant la plupart des ajustements à la hausse.

Le gouvernement est sorti affaibli de ce mouvement de contestation, qui est sans doute loin de toucher à sa fin. Pas plus tard que la semaine dernière, des milliers de jeunes de quartiers ont encore foulé le macadam pour réclamer cette fois le départ du président.

Du point de vue des luttes, les travailleurs des entreprises ont également rendu au gouvernement la monnaie de sa pièce. Ils ont même démarré en premier, donnant ainsi le ton.

Quelques mois après l’installation du gouvernement le 7 février, une importante mobilisation ouvrière qui a duré environ trois mois – de mai à juillet 2017 – allait en finir avec le peu d’illusions qu’on avait sur lui dans la classe ouvrière. Prisonnier des patrons, Jovenel Moïse, petit patron lui-même, n’avait pas voulu ajouter un centime au salaire minimum, jusqu’à l’intensification des manifestations ouvrières qui l’ont contraint à le faire.

On chiffrait entre 15 000 et 20 000 les travailleurs qui défilaient à chaque manifestation vers le Palais national, le Parlement ou en direction du ministère du Travail pour exiger la revalorisation du salaire minimum.

Ce mouvement social occupe l’actualité pendant tout un trimestre. La presse bourgeoise était obligée d’en parler. Et certains journalistes ont pris fait et cause pour les ouvriers en condamnant publiquement la répression policière contre les manifestants qui travaillent beaucoup et gagnent très peu.

Dès le début de l’année 2017, en février, l’OTR a lancé une campagne sur la zone et dans la presse pour l’augmentation du salaire minimum et l’amélioration des conditions de travail. Cette agitation devait culminer au 1er mai avec une manifestation pour commémorer cette date. La manifestation a eu lieu avec quelque 300 participants et a été relayée par la presse et surtout sur la zone industrielle, où cela alimentait les conversations quotidiennes. Sitôt informés des échos positifs de la manifestation, nous avons prolongé l’agitation via des tracts. Accueil chaleureux par les travailleurs. L’idée de continuer la mobilisation prenait corps progressivement dans la classe ouvrière, ce qui a poussé des syndicats du textile à lancer un appel à la manifestation, toujours pour la revalorisation du salaire minimum. Les ouvriers s’apprêtaient à répondre massivement à l’appel, quand ces mêmes syndicalistes ont décidé d’annuler leur mot d’ordre et de différer la manifestation à une date ultérieure, arguant qu’ils étaient en négociation avec le gouvernement. Les ouvriers étaient déçus et en colère, traitant les syndicalistes de petits magouilleurs, de sous-fifres des patrons.

Certains de nos camarades d’entreprises nous ont conseillé de ne pas mettre les pieds ce jour-là sur la zone, craignant qu’on ne soit pris à partie par les ouvriers en colère contre les syndicalistes, avec lesquels la majorité nous confond. On a choisi de s’y rendre quand même avec des tracts appelant les ouvriers à ne compter que sur eux-mêmes, à manifester avec ou sans les syndicalistes. Le début des échanges n’a pas été facile mais, au final, ils ont applaudi les camarades et les tracts sont partis comme des petits pains. C’était pour nous une petite victoire de nos idées et de notre tactique.

Les syndicalistes se sont vite ravisés en lançant sans tarder un autre appel pour la semaine suivante. Plusieurs milliers de travailleurs se sont présentés sur les lieux de travail avant de descendre dans les rues pour exiger l’augmentation du salaire minimum. À chaque appel, cela a été ainsi, pendant environ un trimestre, ponctué de manifestations et de grèves. Pas besoin de dire que les patrons étaient furieux mais ils jouaient sur deux tableaux. Dans la presse, ils montaient au créneau pour vanter la gentillesse de leurs ouvriers respectueux et laborieux en tirant à boulets rouges sur des syndicalistes violents, radicaux et d’autres fauteurs de trouble venant semer la pagaille au sein de leurs entreprises. Tandis que dans les entreprises, ils réa­gis­saient violemment, en appelant la police pour tabasser les ouvriers à l’intérieur même de certaines usines, en révoquant ceux pointés du doigt comme des leaders. Il y a eu donc une vague de révocations mais la majorité des ouvriers licenciés se sont fait embaucher dans d’autres usines parce que les patrons ont aussi besoin de main-d’œuvre expérimentée pour exécuter leurs commandes dans le meilleur délai.

Les représailles des patrons ont certes provoqué une certaine démoralisation chez des travailleurs mais la majorité ont gardé cet état d’esprit combatif pendant toute l’année en débrayant de temps à autre pour protester contre tel abus ou telle injustice. Récemment, des travailleurs d’une entreprise ont observé une semaine de grève pour exiger le retrait d’une taxe prélevée sur leur salaire. Plus d’une douzaine d’autres ont enchaîné et ont obtenu également gain de cause. Cela a été une réaction presque simultanée de milliers de travailleurs d’usines différentes qui se sont soulevés comme un seul homme pour protester contre la perception de cette taxe par la direction des entreprises. Les travailleurs acquièrent progressivement de la conscience. Ils relèvent la tête et ont compris que c’est par la lutte qu’ils arracheront la satisfaction à leurs revendications. C’est un pas qualitatif qui n’est pas passé inaperçu. […]

Sınıf Mücadelesi (Turquie)

À la suite de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, Erdogan et son gouvernement ont déclaré une guerre ouverte à leurs anciens amis et associés de la confrérie de Fetullah Gülen avec lesquels ils avaient pourtant partagé le pouvoir à partir de 2002. Mais dès 2012, des problèmes sont survenus pour le partage du gâteau, rapidement suivis d’une guerre ouverte. Et effectivement, depuis le coup d’État raté, la liquidation a commencé. Elle ne s’est pas limitée aux milieux gülénistes, et s’est étendue aux opposants, les Kurdes, les milieux de gauche y compris certains kémalistes.

Depuis lors, licenciements, arrestations et emprisonnements se succèdent. Chaque semaine, particulièrement dans les régions kurdes, plusieurs dizaines de policiers, militaires ou enseignants sont licenciés sans indemnités ou arrêtés, accusés d’être des « Fetocu » (gülénistes), des terroristes du PKK ou des terroristes de gauche.

Devant la dégradation de la situation et craignant un autre coup d’État militaire, Erdogan a décidé de changer la Constitution pour s’attribuer les pleins pouvoirs. C’était le but du référendum du 16 avril dernier. Bien qu’il ne respecte déjà ni lois ni Constitution, Erdogan et son entourage veulent se mettre pour l’avenir à l’abri des poursuites judiciaires. Quand il a décidé le référendum, Erdogan était sûr de l’emporter. Mais son crédit s’use très vite et quelques semaines avant la date fatidique, les sondages donnaient le non gagnant. D’où le large appel aux votes des Turcs d’Europe et notamment d’Allemagne. Le gouvernement allemand n’ayant pas voulu marcher avec lui, Erdogan est devenu fou furieux et a insulté publiquement Angela Merkel. Finalement il a eu la majorité à quelques voix près, grâce à des manipulations, notamment dans les campagnes. Mais dans l’ensemble des grandes villes, il n’y est pas parvenu. La nouvelle Constitution devrait permettre au chef de l’État d’avoir les pleins pouvoirs. Comme on l’entend dire, il serait le nouveau sultan. Mais il doit encore gagner les élections municipales et présidentielle prévues en 2019. Le bruit court maintenant qu’il organiserait des élections anticipées...

La Turquie n’échappe pas à la crise mondiale. De plus, comme Erdogan joue cavalier seul face aux États-Unis et autres pays impérialistes, ces derniers commencent à diminuer leurs aides sur le plan économique et financier, avec comme conséquence la baisse importante de la livre turque, qui a perdu 25 % en un an. Il s’ensuit une baisse similaire du pouvoir d’achat, notamment des petits commerçants, qui sont avec les paysans la base électorale d’Erdogan.

Le principal parti d’opposition, le CHP, dit social-démocrate, essaie depuis plusieurs années de profiter de l’usure au pouvoir du parti d’Erdogan, l’AKP, pour prendre la place. Cet été, il a organisé une marche dite pour la justice d’Ankara à Istanbul. Son leader, Ḵılıçdaroğlu, a lui-même fait la route, 450 kilomètres à pied, entouré de militants. À la fin du parcours s’est tenu à Istanbul un meeting enchaînant les généralités et la démagogie à l’égard des milieux islamistes, au nom d’un bon islam. Enfin, récemment, un nouveau parti, le « Bon Parti », est apparu sous la direction d’une ancienne dirigeante d’extrême droite, Mme Akşener, qui a déjà fait ses preuves en tant que ministre de l’Intérieur et présidente du Parlement. Des sondages lui donnent entre 15 % et 20 % des voix. Certains médias y voient une chance de possible coalition avec le CHP. Usé par son passé au gouvernement contre les masses pauvres des villes et des campagnes, ce dernier ne peut constituer seul une alternative à l’AKP au pouvoir.

L’état d’exception étant toujours en vigueur, les grèves et mouvements sociaux sont interdits. Malgré cela, des mouvements se produisent. Dans l’industrie de la chaussure, notamment, où 50 000 travailleurs sont employés dans diverses villes, presque toujours dans de petites usines. Leur lutte porte sur les conditions de travail mais aussi sur les salaires qui n’ont pas été augmentés depuis presque dix ans. Ils ont réussi à se coordonner et à mener des actions plusieurs semaines durant, en entraînant des travailleurs immigrés syriens. Après plusieurs semaines de lutte, ils ont obtenu en moyenne 50 % d’augmentation.

Dans les mines de charbon de Zonguldak, sur la côte de la mer Noire, les 4 000 travailleurs sont entrés en mouvement début novembre malgré l’opposition de la direction de leur syndicat et les menaces du gouvernement. Celui-ci veut privatiser ces mines comme il l’a déjà fait pour d’autres, mais les mineurs s’y opposent car ils prévoient les conséquences, notamment les accidents comme, en 2014, à la mine de Soma, où 301 mineurs sont morts.

À Zonguldak l’équipe de nuit n’est pas remontée et a occupé la mine, l’équipe de jour restant en surface et entrant à son tour dans le mouvement. Ce mouvement était illégal, mais le gouvernement s’est bien gardé d’intervenir de crainte de déclencher un mouvement général. Il a renoncé à la privatisation après seulement deux jours de grève.

Dans l’industrie d’État du verre, à Lüleburgaz, dans la partie européenne de la Turquie, la direction avait décidé de limiter la production et a licencié 90 travailleurs. Mais au bout de vingt jours de mobilisation, la direction générale a été obligée de les réintégrer dans une autre usine, à Eskişehir. Là aussi les travailleurs ont mené leur lutte eux-mêmes, sans le soutien de la direction de leur syndicat.

Enfin, dans la métallurgie, les conventions collectives auraient déjà dû être renouvelées depuis septembre, entre les patrons et la direction syndicale, mais à ce jour rien n’est encore en discussion. Le patronat voudrait imposer des augmentations très inférieures au coût de la vie. Les syndicats, notamment le plus puissant, Türk-İş, ont déjà eu des problèmes au printemps 2015 lors du renouvellement de la convention, notamment chez Renault à Bursa. Lors de réunions préparatoires avant l’été, les travailleurs les ont prévenus que, s’ils signaient des conventions collectives sans leur consentement, ils ne les accepteraient pas.

Visiblement, malgré l’atmosphère répressive, le gouvernement et le patronat craignent toujours les réactions de la classe ouvrière. Et après le référendum d’avril, lorsque le gouvernement a tenté de diminuer les indemnités de licenciement, le patronat lui-même a réagi en expliquant que ce n’était vraiment pas le moment.

L’état d’exception n’a pas paralysé la classe ouvrière. Quant aux gesticulations d’Erdogan, face au mécontentement général, il n’est pas sûr qu’elles fassent impression encore longtemps.

L’Internazionale (Italie)

En Italie aussi, dans les milieux de la bourgeoisie, parmi les journalistes et un certain nombre d’intellectuels, il y a un courant d’optimisme quant à la marche de l’économie. Partout, on entend parler de reprise, partout sauf parmi les travailleurs, qui continuent à vivre une crise faite de chômage, de précarité et de bas salaires.

Mais cette « reprise », d’après les représentants du gouvernement et ses soutiens, devrait s’établir autour de 1,5 % et elle est au centre des polémiques politiques dans cette période qui précède les élections générales qui auront lieu au printemps.

En fait, le gouvernement s’attribue le mérite de cette reprise. En revanche, l’opposition accuse le gouvernement, ou plutôt les deux gouvernements qui se sont succédé, d’être responsables de l’écart entre la reprise en Italie et celles des autres pays d’Europe.

Dans un climat politique de plus en plus conflictuel, marqué par l’approche des élections, la Confindustria (le Medef italien) a précisé son orientation. D’après ses représentants, il s’agit de faire bloc autour des réformes déjà ­réalisées par le gouvernement Renzi et poursuivies par celui de Gentiloni. C’est en particulier le Jobs Act, une espèce de loi travail dont l’application transforme en pratique tout le monde du travail en une vaste mer de précarité.

Mais le patronat en même temps dicte la ligne du gouvernement à venir qui, quelle que soit sa couleur, devra continuer à soutenir les patrons et les banquiers en leur destinant des parts toujours plus grandes du budget de l’État sous forme de dégrèvements fiscaux, de subventions à l’investissement, etc.

Dans l’ensemble, la grande bourgeoisie est satisfaite de la politique de Renzi d’abord, de Gentiloni ensuite. Mais le consensus électoral suit ses propres dynamiques et aujourd’hui, selon tous les sondages, le PD, le parti de Renzi, est en forte chute. Renzi a eu l’idée de faire le tour de l’Italie dans un train spécial, pour « parler avec le cœur du pays », avec le « pays réel », la « société civile », etc. Mais les résultats ne sont pas flatteurs et souvent il s’est trouvé face à des contestations très dures.

Renzi voudrait donner du PD une image différente de celle du gouvernement qui est pourtant son émanation. Par exemple, il a mené une bataille contre le gouverneur de la Banque d’Italie, Ignazio Visco, pour ôter à son parti l’image de parti des banquiers, une image qui lui a énormément nui après la faillite ou la quasi-faillite des banques Monte Paschi di Siena, Banque de l’Étrurie, Banque populaire de Vicenza, etc. Des milliers de petits épargnants ont été trompés ou dépouillés et cela représente des centaines de milliers de voix aux élections. Alors, il lui faut essayer de se montrer de l’autre côté de la barricade par rapport aux banquiers, en rejetant la responsabilité sur le manque de vigilance d’institutions telles que la Banque d’Italie ou la Commission des opérations de Bourse.

De son côté Gentiloni s’est révélé un peu plus que le simple clone que Renzi aurait souhaité. Le succès le plus grand qui lui est attribué est probablement l’action de son ministre de l’Intérieur, Minniti, pour stopper en Libye les migrants provenant du reste de l’Afrique. Tous les camarades savent de quoi il s’agit. Le traitement réservé aux migrants dans les camps libyens inclut le commerce d’esclaves. Malheureusement, pour l’opinion publique Minniti est celui qui a « arrêté l’invasion » et cela contraint même les représentants du centre-droit à se féliciter, sur ce point, de l’action du gouvernement.

À gauche du PD, il y a eu cette année une scission qui a regroupé de vieux dirigeants, dont les ex-secrétaires d’Alema et Bersani, et qui voudrait réunir, au moins sur le plan électoral, d’autres morceaux de la gauche. Pour aider à mesurer de quelle gauche il s’agit, signalons que, dans la polémique sur la reconduction du gouverneur de la Banque d’Italie, elle s’est rangée de son côté contre Renzi. La raison avancée était qu’il faudrait défendre la stabilité du système bancaire !

Le centre-droit semble avoir de bonnes chances de se rétablir. Berlusconi, qui est encore inéligible du fait de ses condamnations, voudrait regrouper les diverses sensibilités du centre-droit. Salvini, le leader de la Ligue (l’ex-Ligue du Nord), frétille car il croit pouvoir être le chef du centre-droit de demain. Mais du côté de Forza Italia, le parti de Berlusconi, personne n’est enthousiasmé par cette perspective.

Le mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo, selon les sondages, serait aujourd’hui le premier parti du pays. Pour le moment, il dit qu’il refusera toute alliance politique. La nouvelle loi électorale a été faite sur mesure par le PD et Forza Italia pour interdire au mouvement Cinq Étoiles d’arriver au gouvernement, et il y a des chances qu’elle y réussisse.

Du point de vue électoral en tout cas, le problème principal qu’auront tous les partis sera de convaincre les électeurs d’aller voter. Aux récentes élections régionales en Sicile, moins d’un électeur sur deux a voté, et à celles pour la municipalité d’Ostie, un sur trois.

L’abstention est souvent l’expression d’un détachement rageur vis-à-vis de la politique, des politiciens, des puissants, mais aussi des immigrants « qui nous prennent le travail », « à qui on donne 35 euros par jour » ou « qui nous passent devant pour l’attribution des logements HLM ». Il y a eu une multiplication des épisodes d’agressions physiques ou de menaces verbales à l’égard des immigrés.

Lors de ces épisodes, comme lors de la récente irruption d’un groupe de skinheads dans un local de l’association Save the children, à Côme, des militants fascistes et néonazis étaient activement présents.

La classe ouvrière, les salariés en général, n’ont rien vu de la fameuse reprise. Les embauches de travailleurs sont à 70 % des contrats à durée déterminée. Le revenu des jeunes travailleurs serait de 36 % inférieur à celui de leurs parents.

Au cours de l’année, il y a eu, comme l’année précédente, des luttes et des mobilisations ouvrières. La plus importante a peut-être été celle des travailleurs de l’acier, à Tarente et à Gênes. Mais à chaque fois, il s’est agi de luttes défensives, dans le cadre de la crise du secteur et des suppressions d’emplois. Ces luttes ne sont d’ailleurs pas terminées.

La grève des travailleurs d’Amazon a représenté quelque chose de différent, avec des caractéristiques dont le mouvement ouvrier devrait s’inspirer. On y a vu des jeunes travailleurs se tourner à nouveau vers la lutte collective, dire qu’il faut faire passer les besoins des travailleurs d’abord, avant les nécessités du patron, en choisissant de faire grève justement le jour du Black Friday. Il y a eu la référence explicite aux profits du groupe, non plus vus comme intouchables, mais comme une réserve à laquelle il est juste et normal de prétendre, puisqu’elle est constituée par la sueur des travailleurs. On peut y voir aussi la nécessité de l’internationalisme, car la grève a également éclaté en Allemagne. Les mouvements de grève développent des embryons précieux de conscience politique de classe.

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