Élections régionales : le sens de la présence des listes Lutte ouvrière20/09/20152015Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/2015/09/ldc170.jpg.484x700_q85_box-14%2C0%2C1226%2C1753_crop_detail.jpg

Élections régionales : le sens de la présence des listes Lutte ouvrière

Aux prochaines élections régionales, qui auront lieu les 6 et 13 décembre, Lutte ouvrière présentera des listes dans toutes les régions de France continentale ainsi que dans l'île de La Réunion. Par ailleurs, nos camarades de Combat ouvrier présenteront une liste en Guadeloupe. La Martinique et la Guyane, ayant changé de statut, ne sont pas concernées par les régionales, mais auront droit, aux mêmes dates, à des élections à une « collectivité territoriale », issue de la fusion des anciens conseils général et régional. Combat ouvrier sera présent dans ces élections à la Martinique.

Personne ne peut avoir la naïveté de penser que, même s'il y avait des élus communistes révolutionnaires, ceux-ci pourraient peser sur la gestion des régions par les conseils régionaux, ces assemblées de notables. Les conseils régionaux ont bien peu de prérogatives et surtout des moyens et des budgets limités, même pour financer les services publics qui sont de leur ressort. Certes, la gestion de certains transports et celle des lycées, par exemple, relèvent de la compétence des régions, et ce sont des domaines où les choix faits ont des implications pour les travailleurs. Mais les problèmes fondamentaux, ceux du chômage et des salaires, les attaques du grand patronat et de ses représentants politiques contre la condition ouvrière, ne se posent certainement pas à l'échelle des régions mais à celle du pays, et en réalité même au-delà.

Les conseils régionaux étant des assemblées de notables, constituées de représentants de la bourgeoisie locale et de catégories privilégiées de la région, les élus qui tenteraient de faire entendre les intérêts des travailleurs seraient évidemment dans un milieu socialement hostile. Leur rôle se limiterait à être les yeux et les oreilles des classes pauvres pour surveiller les décisions prises et dénoncer toutes celles qui vont à l'encontre des classes populaires.

Cela n'est pas négligeable. Encore que les tribunes constituées par les conseils régionaux sont de bien modestes tribunes où la voix des élus ne porte pas loin.

Les conseils régionaux sont des institutions de l'appareil d'État de la bourgeoisie. Accessoirement des fromages pour les notables locaux. Pour les vedettes des grands partis politiques qui visent plus haut, les élections régionales constituent un marchepied. Pour les seconds couteaux de la caste politique, une place de conseiller régional est un lot de consolation.

La répartition des sièges entre grands partis et la composition des exécutifs régionaux ne sont certainement pas indifférentes aux coteries de la bourgeoisie locale, pour l'attribution de différents marchés publics, pour certains choix d'investissements susceptibles de favoriser certains plutôt que d'autres. Mais cela ne changera pas fondamentalement la gestion des régions du point de vue de la classe sociale qui en profite.

D'autant que la constitution et les règles de fonctionnement des niveaux de base et intermédiaires de l'appareil d'État bourgeois (municipalité, département, région, etc.) font qu'en réalité, seul l'exécutif de ces organismes est en situation de prendre des décisions. La démocratie bourgeoise est ainsi faite : il n'y a pas de contrôle de bas en haut, mais une surveillance de haut en bas par l'appareil d'État central (ministères, préfectures...).

Reste que les élections régionales ayant lieu au même moment à l'échelle de l'ensemble du pays, elles revêtent un caractère national. Les concurrents des différents appareils politiques auront beau mettre en avant tel projet régional ou tel autre et faire de la démagogie à ce sujet, au lendemain du premier tour, tous les commentaires porteront sur la répartition des votes entre les formations politiques.

Ces élections constituent une occasion de s'exprimer politiquement à l'échelle nationale. C'est cet aspect qui concerne et qui doit concerner tous ceux qui se revendiquent du camp des travailleurs.

Populariser le programme de lutte pour les travailleurs

Toute la vie politique, toutes ses règles de fonctionnement et jusqu'à la pression sociale dans cette démocratie bourgeoise qu'est la France, font que les élections sont dominées par les grands partis de la bourgeoisie qui obscurcissent, canalisent, transforment les opinions exprimées par l'électorat. Tout est fait pour que les opprimés n'aient pas d'autre choix - pour reprendre l'expression concise de Lénine - que celui d'élire ceux qui participeront à leur oppression pendant les années suivantes. Et l'électorat populaire, s'il est dégoûté de la politique des partis qui sollicitent ses suffrages, ne peut leur signifier sa réprobation que de manière apolitique, par l'abstention.

Pour notre part, nous considérons qu'il faut donner à l'électorat populaire un autre choix que de se départager entre des formations politiques de nuances différentes, mais qui se situent toutes sur le terrain du capitalisme et du pouvoir de la bourgeoisie, ou de se replier dans l'apolitisme.

Chaque fois que l'occasion se présente, dans toutes les élections, l'électorat populaire doit pouvoir se prononcer sur une politique représentant les intérêts de la classe ouvrière à court et à long terme. Il faut non seulement que ces intérêts s'expriment dans ce qu'ils ont de spécifique, mais surtout dans ce qu'ils ont de fondamentalement opposé à ceux de la bourgeoisie.

La classe capitaliste a une longue tradition pour faire passer ses intérêts de classe pour ceux de toute la société. C'est ce mensonge qui est véhiculé par les partis de la bourgeoisie et c'est même à cela qu'on les reconnaît. C'est ce que propagent les médias.

Eh bien, il faut que cette fraction du monde du travail qui rejette ces balivernes puisse le dire par son vote !

Toutes les listes Lutte ouvrière se présentent au nom d'un programme de lutte proposé aux travailleurs, visant à empêcher la grande bourgeoisie de faire payer aux travailleurs la crise de son économie. Ce programme, que nous nous efforçons de populariser aussi bien dans nos activités quotidiennes que lors de toutes les campagnes électorales, est de plus en plus d'actualité avec l'aggravation de la crise de l'économie capitaliste et des attaques du grand capital contre la classe ouvrière. Il s'articule autour de ces exigences vitales qui sont :

combattre le chômage, c'est imposer l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire ;

imposer des salaires et des retraites décents et garantir leur pouvoir d'achat par leur augmentation automatique au rythme des hausses de prix ;

supprimer le secret des affaires pour dévoiler les arnaques des banquiers et les choix criminels des grands actionnaires qui préfèrent licencier et augmenter le chômage plutôt que de devoir diminuer leurs profits.

C'est sur les profits et les fortunes de la grande bourgeoisie qu'il faut prélever de quoi financer le coût des mesures indispensables pour arrêter l'appauvrissement de ceux qui n'ont pas de capitaux et qui ne peuvent vivre que de leur travail.

Nous dénoncerons la hausse des impôts et des taxes qui frappent les salariés alors même que l'État n'augmente pas en conséquence sa contribution aux services utiles à la population, en particulier dans les domaines de la santé et du transport. En consacrant une part importante du budget au paiement des intérêts sur les dettes de l'État, celui-ci contribue au parasitisme du grand capital, de plus en plus financier.

Nous redirons qu'il ne suffit pas de voter pour ce programme pour l'imposer à la grande bourgeoisie. La récente expérience grecque montre que les élections, même lorsqu'elles permettent à l'électorat populaire d'exprimer clairement son refus de l'austérité, ne pèsent rien face à la domination de la bourgeoisie. Demander aux tenants du grand capital de respecter la démocratie et l'expression électorale lorsqu'elle va à l'encontre de leurs intérêts, c'est chercher à convaincre un loup de devenir végétarien. C'est surtout tromper les classes exploitées, les désarmer face à la classe capitaliste qui les exploite et les opprime.

Pour pouvoir imposer ses exigences, il faut que la classe ouvrière commence par se reconnaître dans ce programme et le fasse sien. Les campagnes électorales constituent une occasion pour populariser ce programme. Il faut la saisir.

Affirmer la nécessité de renverser le pouvoir de la bourgeoisie

Nous voulons également contribuer à ce que, dans ces élections, comme dans toutes les autres, s'affirme le courant politique qui se place dans la perspective du renversement du pouvoir de la bourgeoisie sur la société. Un courant qui se situe clairement dans la tradition communiste révolutionnaire du mouvement ouvrier.

L'organisation capitaliste de la société est non seulement incapable d'assurer à tout un chacun de quoi faire face à ses besoins élémentaires, mais elle pousse l'humanité vers la barbarie. L'actualité illustre de multiples manières la contradiction explosive entre les progrès du savoir humain et le plongeon de la vie sociale dans la barbarie. L'avenir de l'humanité ne peut pas être cette organisation économique et sociale basée sur la propriété privée des moyens de production, le profit individuel, le marché et la concurrence.

Les listes de Lutte ouvrière se placent dans la perspective du renversement de l'ordre capitaliste, et de l'organisation communiste de la société.

Pour que la politique communiste révolutionnaire puisse s'exprimer clairement, et pour que l'électorat populaire puisse se prononcer sur cette politique, nous nous refusons à toute alliance électorale avec des organisations qui se situent sur le terrain de la société capitaliste actuelle. L'argument suivant lequel tous ceux qui critiquent la politique du gouvernement socialiste sur sa gauche devraient se regrouper pour se présenter ensemble aux élections est dérisoire. Participer à des listes Front de gauche, mélangées ou pas avec des écologistes ou des socialistes « frondeurs », saupoudrées de militants d'extrême gauche ou de personnalités associatives, c'est-à-dire apolitiques, à quoi cela avancerait-il ? En revanche, ce serait noyer les idées de la lutte de classe dans un fade méli-mélo, une façon de servir une nouvelle tromperie aux classes exploitées.

Les élections, les régionales comme les autres, ne peuvent être utiles qu'à la condition de contribuer à élever la conscience de classe des exploités, à leur permettre de réaliser que leur avenir à court et à long terme dépend du rapport de force qu'ils sont capables d'imposer à la grande bourgeoisie, aux possesseurs de capitaux qui dominent l'appareil d'État comme les partis politiques.

Le règne de la bourgeoisie exige de ses représentants le mensonge, ne serait-ce que pour dissimuler l'exploitation derrière « l'intérêt national » et autres balivernes destinées à propager l'idée que les intérêts de la bourgeoisie sont ceux de toute la société. L'émancipation des travailleurs exige au contraire de dévoiler les intérêts de classe opposés et leurs affrontements incessants.

Nous utiliserons la campagne électorale pour exprimer notre opposition aux deux regroupements politiques des partis de la bourgeoisie, celui de gauche comme celui de droite, qui se relayent au pouvoir depuis des décennies, mais aussi dévoués l'un que l'autre pour servir les intérêts du grand patronat et des banquiers, quitte à démolir pour cela les conditions d'existence de la majorité laborieuse de la population.

Nous dénoncerons l'escroquerie du Front national, qui s'oppose d'autant plus bruyamment en paroles aux grands partis du système qu'il est écarté de la mangeoire du pouvoir, mais qui est tout autant au service des riches que tous les autres et véhicule des idées réactionnaires encore plus abjectes.

Nous chercherons à populariser sur toutes les questions d'actualité le point de vue qui correspond aux intérêts politiques des travailleurs, aussi bien en matière de politique intérieure que pour ce qui est de la situation internationale.

Nous profiterons de toutes les occasions pour montrer que, derrière toutes les injustices, toutes les formes d'oppression, comme derrière toutes les expressions de la montée de la barbarie qui marquent la période actuelle, il y a le maintien de l'ordre social capitaliste et par là même de l'impérialisme, et que l'avenir de la société dépend de la capacité de la classe ouvrière, de ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre, à renverser le pouvoir de la bourgeoisie et à réorganiser l'économie et la vie sociale.

Les campagnes électorales et la construction du parti communiste révolutionnaire

La classe ouvrière ne pourra retrouver confiance en ses forces et conscience de sa capacité à transformer la société qu'à travers bien des luttes sur le plan social comme sur le plan politique. Cette conscience n'est pas désincarnée, suspendue dans l'air. Elle ne peut se concrétiser que dans un parti qui se donne clairement pour objectif le renversement du pouvoir de la bourgeoisie. Pour pouvoir devenir l'instrument indispensable de la classe ouvrière pour conquérir le pouvoir, un parti communiste révolutionnaire est avant tout cela : l'incarnation de cette conscience de classe. Une boussole pour que les travailleurs se repèrent dans la vie politique, identifient clairement leurs ennemis, reconnaissent leurs faux amis. Pour leur permettre de dégager une politique correspondant à leurs intérêts de classe dans l'enchevêtrement des événements. Seul un tel parti peut faire en sorte que les multiples escarmouches que les travailleurs seront amenés à engager contre le grand patronat et son État, qui seront l'indice de leur regain de combativité, soient situées dans la perspective de la révolution sociale.

Les campagnes électorales ne sont qu'un des multiples combats politiques que le mouvement ouvrier aura à mener.

Mais permettre de s'exprimer à la fraction de l'électorat populaire qui se retrouve dans ces perspectives et afficher par là même la permanence de ces idées contribue à préparer l'avenir.

Pour paraphraser une expression célèbre, les idées révolutionnaires ne deviennent une force que lorsque les masses s'en emparent. Mais encore faut-il que ces idées ne disparaissent pas. Encore faut-il qu'il y ait des militants, une organisation politique, fût-elle faible, qui les défendent, qui les propagent inlassablement. Dans leurs activités politiques au quotidien. Mais aussi, en se saisissant des opportunités offertes par la démocratie bourgeoise elle-même. Les campagnes électorales offrent la possibilité ‒ même à des organisations de taille modeste ne pouvant prétendre être un parti avec ce que cela implique de présence dans le pays ‒ de défendre leur politique au-delà des limites forcément étroites de leur milieu habituel. Elles offrent aussi la possibilité de confronter la politique qu'elles défendent à celles des partis de la bourgeoisie. Même si ces possibilités sont étroitement encadrées, rognées par le parti pris des grands médias, il faut les saisir.

Le parti communiste révolutionnaire ne pourra se constituer que si la classe ouvrière fait surgir de ses rangs des milliers, des dizaines de milliers de militants capables de gagner la confiance de leurs camarades dans leurs entreprises, dans leurs quartiers. Les difficultés plus ou moins grandes qu'il faudra vaincre pour construire ce parti dépendent de l'état d'esprit, de la combativité et surtout du niveau de conscience de l'ensemble des travailleurs. Ce niveau de conscience a été abaissé, affaibli par des décennies de trahisons, de mensonges des organisations créées pourtant, à l'origine, par le mouvement ouvrier lui-même. Le stalinisme en particulier, en voie de disparition comme phénomène spécifique différent du réformisme de la social-démocratie, n'a pas fini de peser sur les consciences et sur la transmission des idées et des traditions de lutte de classe.

Cette conscience ne pourra renaître à l'échelle où il faudrait qu'elle renaisse qu'à travers des épreuves sociales, des affrontements de classe. Mais cela se fera d'autant plus rapidement qu'existera un courant politique défendant clairement la tradition communiste révolutionnaire.

La crise de l'économie capitaliste elle-même et ses conséquences dans une multitude de domaines de la vie sociale pousseront tôt ou tard les nouvelles générations à se poser des questions et à y chercher des réponses. Il faut qu'elles les trouvent.

La classe ouvrière de ce pays a su s'engager à plusieurs reprises dans le passé dans la reconstruction de partis incarnant ses intérêts politiques. Ces partis se sont usés et ont fini par être récupérés et intégrés dans l'ordre bourgeois. Cela signifie qu'il faut recommencer la tâche.

Les élections sont une occasion de montrer qu'il existe dans ce pays des femmes et des hommes qui souhaitent qu'un tel parti renaisse et reprenne le combat séculaire pour l'émancipation des travailleurs. C'est en cela que des élections, même mineures et sans aucune conséquence en elles-mêmes, peuvent jouer leur rôle dans la renaissance d'un parti communiste révolutionnaire.

18 septembre 2015

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