La grève des cheminots : premières leçons24/06/20182018Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/2018/06/193.jpg.484x700_q85_box-0%2C0%2C1383%2C2000_crop_detail.jpg

La grève des cheminots : premières leçons

Après trois mois de grève, le front syndical est en train de se fissurer avec le départ de l’Unsa et celui quasi annoncé de la CFDT. En revanche, la CGT et Sud-Rail appellent à continuer le mouvement en juillet et tout dépend évidemment de la détermination des cheminots.

Par sa durée, par le nombre de grévistes qu’il a mobilisés, le mouvement de grève des cheminots démarré le 3 avril est déjà d’un des plus importants conflits à la SNCF des vingt dernières années. Mais surtout, avec ses forces et aussi ses limites, il dresse depuis près de trois mois une fraction des travailleurs face au gouvernement, sous le regard de toute l’opinion ouvrière. Le mouvement est d’ores et déjà riche d’enseignements pour les grévistes d’aujourd’hui et de demain, à la SNCF comme ailleurs.

Non un pacte, mais une déclaration de guerre aux cheminots

Le pacte ferroviaire qui vient d’être voté par le Sénat le 13 juin et l’Assemblée nationale le 14 contient pour l’essentiel trois mesures : l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs avec le transfert obligatoire des cheminots au privé sous peine de licenciement, la transformation des trois établissements SNCF en sociétés anonymes, et la fin du recrutement au statut. De plus, la filialisation du fret a été annoncée. Il s’agit donc d’une attaque en règle contre les cheminots.

Il est encore loin d’être en application, et d’autres réformes pourtant votées et promulguées ont fini à la poubelle comme le contrat première embauche en 2006. Pour autant, nombre de politiciens et de journalistes ont salué ce qu’ils ont appelé le Blitzkrieg, la guerre et la victoire éclair du gouvernement puisqu’il s’est écoulé moins de quatre mois entre l’annonce de ce plan le 27 février et son adoption par l’Assemblée nationale et le Sénat. L’inquiétude des partisans de la réforme ne résidait évidemment pas dans le vote des Assemblées, tout aussi godillot l’une que l’autre dès qu’il s’agit de s’en prendre aux travailleurs. Non, leur crainte était le spectre de 1995, quand la grève des transports avait paralysé une bonne partie du pays et avait contraint le gouvernement Juppé à manger son chapeau et retirer sa réforme des retraites.

Malgré sa ténacité, le mouvement n’a pas eu une dynamique et une ampleur telles qu’il contraigne le gouvernement à reculer. Pourtant, au sein même des observateurs bourgeois, plusieurs relativisent cette victoire et ne cachent pas leur inquiétude.

L’objectif escompté était de mettre KO les cheminots, autant par le but que par les moyens mis en œuvre par Macron. En effet, en s’attaquant simultanément au monopole de la SNCF sur le transport ferroviaire, en la transformant en société anonyme, privatisable ultérieurement, et en supprimant le statut des cheminots qui leur garantit une certaine sécurité d’emploi, le gouvernement voulait montrer qu’il n’hésitait pas à démolir ce qui a constitué le cadre du quotidien de générations de cheminots. Il voulait montrer à la bourgeoisie et à tout l’électorat de droite qu’il était capable de s’en prendre frontalement à des travailleurs, même réputés combatifs, organisés syndicalement, sans craindre leurs réactions, contrairement à ses prédécesseurs.

Pour tenter de dresser une grande partie de l’opinion publique contre les cheminots, le gouvernement a de plus orchestré, à l’annonce de son plan, une véritable campagne de calomnies contre eux, en particulier contre le statut, présenté comme un privilège inouï et responsable des pannes et des retards à répétition de la SNCF.

Les cheminots sont eux bien placés pour connaître la véritable cause des dysfonctionnements : le manque d’effectifs et l’état d’abandon d’une grande partie du réseau. La récente paralysie, le 13 juin, de tout le réseau de la gare Saint-Lazare, en raison d’une pièce de signalisation défaillante datant de 1966, d’une valeur de 150 euros, dont les cheminots demandaient le remplacement sans succès, en est une illustration.

Alors cette campagne de dénigrement a peut-être porté ses fruits dans l’électorat antiouvrier ou le moins conscient, mais elle a eu pour effet d’ulcérer les cheminots – jusqu’aux cadres supérieurs – et de les dresser vent debout contre le gouvernement.

Ainsi, le SNCS, le syndicat des cadres supérieurs de la SNCF, a écrit en avril une lettre à la ministre des Transports : « Pour des raisons de stratégie politique, vous avez fait le choix, avec le président de la République et le Premier ministre, de livrer à la vindicte populaire les cheminots. » Peu habitué à revendiquer, le syndicat indiquait : « C’est pour défendre notre honneur, car le gouvernement touche à notre conscience professionnelle. »

On a donc vu dans cette grève non seulement les agents d’exécution et des petites maîtrises, mais aussi des cadres s’opposer à cette réforme. Le résultat du Vot’Action, montrant 95 % d’opposition au pacte avec une participation de 61 %, a confirmé ce refus que la participation à la grève indiquait déjà.

Loin de diviser les cheminots entre eux, le gouvernement a réussi à les unir contre son projet, contre la direction de la SNCF qui a aussi multiplié mensonges et provocations à l’égard des grévistes. Loin de réussir à embarquer les cheminots derrière ses cadres autour du discours de Pepy, le PDG, sur le thème « battons-nous face à la concurrence pour être les meilleurs », il a au contraire conduit beaucoup de cadres et agents de maîtrise à se ranger avec les grévistes, en situation de légitime défense.

L’inquiétude des commentateurs bourgeois

Les plus conscients des commentateurs bourgeois voient le problème. Ainsi Raymond Soubie, ex-conseiller en relations sociales de Sarkozy, indique : « C’est la bonne méthode pour arriver à une loi, mais pas forcément pour la faire appliquer et embarquer tous les personnels dans sa mise en œuvre. » (Les Échos, 12 juin). Le journal Le Monde, dans son éditorial du 18 juin, relève pour sa part que « la bataille du rail n’est pas finie et elle va laisser des séquelles à la SNCF […]. L’entreprise offre un visage sinistré avec des relations sociales très dégradées. »

Un autre journaliste du Monde doute du coup de l’efficacité de la réforme : « Pour avoir une chance de réussir, une réforme doit recueillir un minimum d’assentiment de la part des principaux concernés. Or de ce point de vue, ce n’est pas gagné. Dans le climat délétère qui règne actuellement dans l’entreprise, on souhaite bien du courage à Guillaume Pepy pour retisser des liens sociaux passablement distendus au cours de trois mois de grève. » (Stéphane Lauer, 18 juin)

L’inquiétude de ces commentateurs est au contraire ce qui peut déjà faire la fierté des grévistes : ils ont collectivement relevé la tête. Les manœuvres de la direction (la retenue des repos comme jours de grève, l’embauche d’intérimaires ou de retraités pour remplacer les grévistes, les calomnies, etc.) tout autant que celles du gouvernement non seulement n’ont pas dissuadé les grévistes, mais elles ont renforcé leur détermination et leur cohésion. Le mouvement a touché la majorité des cheminots, de quelques jours de grève pour certains à plus d’une trentaine pour ceux qui ont suivi le calendrier fixé par l’intersyndicale, et même bien au-delà pour d’autres, sans qu’il y ait de coupure entre les uns et les autres. Et il est quasi impossible de trouver un défenseur de la réforme parmi les cheminots.

Les commentateurs de la bourgeoisie appellent cela un climat délétère. C’est au contraire un climat de lutte, de fierté, de solidarité opposé à l’individualisme et à la résignation qui donne le ton à la SNCF depuis quatre mois. Cela prépare bien l’avenir et les bourgeois de tout acabit ont raison d’être inquiets.

Le mépris du gouvernement à l’égard des syndicats

L’autre aspect spectaculaire et peu habituel de la tactique du gouvernement a été son mépris affiché vis-à-vis des organisations syndicales, du moins jusqu’au début de mai.

À son annonce du projet de loi, le gouvernement avait bien programmé un calendrier de discussions entre Élisabeth Borne, la ministre des Transports, et chacune des organisations syndicales. Mais Édouard Philippe prévenait d’emblée que les trois points de sa réforme n’étaient pas du tout négociables. Il indiquait aussi sa décision d’utiliser les ordonnances et d’aller au plus vite. C’était une provocation à l’égard des syndicats, habitués à être associés, au moins formellement, à certaines discussions.

Le 3 avril, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, dont le fonds de commerce est d’apparaître comme le bon négociateur, s’est indigné du fait que le gouvernement exprime « une forme de mépris à l’égard des partenaires sociaux et de la négociation collective » (Le Figaro, 3 avril). Mailly, alors à la tête de FO et qui a collaboré avec le gouvernement dans les ordonnances de la loi Travail à l’automne dernier, a craint de ne pouvoir jouer le rôle de pompier : « Quand l’herbe sèche, l’étincelle prend plus facilement », a déclaré Mailly au Monde le 9 avril. En fait, tous les syndicats réclamaient l’ouverture de réelles négociations.

S’ils avaient des doutes, le démarrage des discussions avec la ministre a achevé de les convaincre que leur consultation était de pure forme. Tous sont restés stupéfaits devant l’aplomb d’une ministre qui ne prenait même pas la peine de donner un argument ou une réponse à leurs questions. Rémi Aufrère, pour la CFDT cheminots, dit le 18 avril : « On s’interroge, car on se sent littéralement humiliés. […] Le gouvernement cherche son succès en rase campagne. C’est contre-productif à long terme. » Roger Dillenseger, pour l’Unsa, autre syndicat ayant soutenu les précédentes réformes, se désespérait : « Je n’ai jamais vu une telle méthode de négociation, si on peut appeler cela ainsi. »

Exemple du mépris dans lequel le gouvernement tenait les organisations syndicales : elles ont appris par la presse la date de la fin programmée du recrutement au statut au 1er janvier 2020, alors que cette date, très maigre consolation, devait être un point de négociation. Erik Meyer, dirigeant de Sud-Rail, lors de la conférence de presse de l’intersyndicale, s’est indigné avec les autres que la ministre n’ait pas jugé bon de les en informer. Il en a été de même pour l’annonce de la filialisation du fret ferroviaire.

C’est délibérément que le gouvernement a choisi de fouler aux pieds les offres de services des syndicats, y compris les plus collaborateurs, les contraignant, sous peine de perdre tout crédit auprès des cheminots, de former un front uni de façon inédite pendant trois mois.

Le revers de la médaille a été que, plutôt que de décourager les grévistes, son attitude méprisante a elle aussi contribué à la mobilisation dans la durée des cheminots. Finalement, au bout d’un mois de mouvement de grève, le 7 mai, Édouard Philippe a fait un geste en acceptant de recevoir les organisations syndicales qu’il ignorait jusque-là.

L’échec des basses manœuvres

Mais s’il changeait de ton, il était hors de question de céder quoi que ce soit aux cheminots. La reprise de 35 milliards de la dette de SNCF Réseau était une opération de diversion, prévue de longue date et qui ne concernait en rien les cheminots, même si l’intersyndicale en a fait un de ses premiers points de négociation. C’était une revendication des syndicats mais pas des cheminots.

Une autre tentative fut celle de la CFDT de faire valoir à l’Assemblée puis au Sénat des amendements, mais ceux-ci sont tellement dérisoires qu’il était impossible de les présenter devant les cheminots.

De ce fait, il était bien difficile pour les syndicats, en particulier l’Unsa et la CFDT, de se retirer du mouvement. Dillenseger, de l’Unsa, déclarait ainsi, d’après le journal Les Échos du 12 juin : « L’ambiance est compliquée car on négocie une régression sociale. » Il ajoutait : « Si je sors du mouvement, autant me faire ha­ra-kiri. » D’autant que les élections professionnelles sont prévues à l’automne prochain. Et si la direction de la CFDT a fait un pas vers la sortie, en appelant à assurer « les trains du quotidien » la semaine du baccalauréat, il est notable que ses propres militants ont refusé de défendre cette position dans bon nombre d’assemblées.

La politique de la CGT

La direction du mouvement a de fait appartenu à la CGT, qui est de très loin la principale organisation tant en termes d’effectif militant que d’influence chez les cheminots. Elle en a fait la démonstration dès le début du mouvement en organisant la manifestation nationale du 22 mars qui a regroupé 25 000 cheminots, actifs et retraités. Si les autres organisations syndicales s’y sont ralliées, la CGT rassemblait les quatre cinquièmes du cortège.

C’est aussi la CGT qui, quelques jours plus tôt, le 15 mars, a fait avaliser par l’intersyndicale le calendrier de grève par périodes de deux jours sur cinq à partir du 3-4 avril et qui a donné jusqu’à aujourd’hui au mouvement sa physionomie.

Quelle qu’ait été la surprise de nombreux militants, y compris de la CGT, à l’annonce de cette forme de grève intermittente, il est vite apparu que nulle part les cheminots n’étaient prêts à la déborder. Si une assemblée comme celle de la gare du Nord a, par exemple, voté le 22 mars le principe d’une grève reconductible à partir du 3 avril, celle-ci ne fut réellement suivie que par quelques dizaines de grévistes au-delà des jours du calendrier. Il en a été de même dans d’autres secteurs où des cheminots choisissaient de rester en grève reconductible entre deux périodes, mais de façon très minoritaire. D’autre part, si une fraction des travailleurs, majoritaire en particulier chez les agents de conduite et les contrôleurs, est restée en grève chaque jour du calendrier jusqu’à aujourd’hui, ce ne fut pas le cas dans tous les secteurs, bon nombre de cheminots faisant leur propre calendrier de grève… à l’intérieur du calendrier de l’intersyndicale.

La question n’est pas d’opposer telle tactique en soi, comme la grève reconductible, au « 2 sur 5 », comme étant la recette miracle valable en tout temps et en tout lieu et surtout indépendamment de ce que les travailleurs sont prêts à faire. Un mouvement peut commencer par une simple journée d’action comme le 13 mai 1968 et déborder vers une grève générale sans même d’appel syndical. Et même des journées d’action suffisamment rapprochées comme en 1995 ont pu permettre aux militants de s’appuyer sur des secteurs déjà mobilisés pour entraîner les autres.

Créer une dynamique ou la verrouiller ?

Loin de vouloir créer une dynamique, la CGT cheminots précisait dès le 16 mars, au lendemain de la parution du « calendrier », son objectif dans un rapport interne destiné aux secrétaires de syndicats : « Avoir une mobilisation stable dans la durée pour passer les étapes de la stratégie gouvernementale et leur faire comprendre qu’ils ne gagneront pas en attendant le pourrissement. » L’objectif était donc d’atteindre une mobilisation stable, en fait d’accompagner le calendrier législatif et celui des négociations. Il ne s’agissait pas de donner l’initiative aux cheminots mais de cantonner leur lutte à soutenir les négociateurs syndicaux.

Plutôt que de tenter de convaincre qu’il faudrait à un moment ou à un autre jeter ses forces dans la bataille, toujours dans le même rapport, la fédération CGT flattait la grève à l’économie : « Tous les cheminots, que ce soient ceux qui veulent s’économiser, ou ceux qui veulent perturber la production, pourront s’y retrouver. »

Et elle tenait à verrouiller d’avance toute initiative de la base, y compris la sienne propre, en concluant : « Il va nous falloir être clairs avec le moins de voix dissonantes possible. Nous ne pouvons pas refaire la stratégie en fonction de l’humeur, des tergiversations environnantes sur les sites. Il n’y en a qu’une seule. »

Derrière « l’humeur, les tergiversations », il s’agit en fait, dans le langage suffisant de bureaucrates, de l’opinion des travailleurs. Pour eux, ceux-ci doivent être capables de supporter plus d’un mois de retenues sur salaire mais pas de décider de leur grève !

La méfiance allait jusqu’aux rangs même de la CGT, la fédération recommandant de « tenir les assemblées générales régulièrement, avec des AG de syndiqués avant celles de cheminots » afin que ceux-ci ne parlent que d’une seule voix.

Après le succès du 22 mars, dans une autre note interne, elle interdisait le lendemain à ses militants et syndiqués « de prendre part à un quelconque vote pour une reconduction le 5 avril ».

Tout cela montre la crainte de la CGT de ne pas maîtriser le mouvement. Or, c’est en créant une dynamique, en s’appuyant sur l’enthousiasme et l’énergie des grévistes, sur leur nombre qui multiplie par cent les forces militantes, en les transformant en acteurs de la grève, qu’un mouvement peut prendre le caractère incontrôlable d’une réaction en chaîne.

Mais un mouvement incontrôlable, c’est aussi ce que craignent les directions syndicales. Et ce mouvement l’a encore prouvé.

Ce n’est que lorsqu’elle a vu que le mouvement avait peu de chances de la déborder, que la direction de la CGT a dans une certaine mesure lâché la bride, autorisant par exemple des assemblées interservices là où elle s’y était opposée.

Il est vain de spéculer sur le fait qu’une grève reconductible aurait ou non pu enclencher une autre dynamique. D’une part parce qu’on ne refait pas l’histoire. Mais surtout parce que le rôle de militants ouvriers dévoués à leur classe n’est pas de faire des diagnostics a priori et de les imposer, mais de s’appuyer sur la volonté, le niveau de conscience et de combativité des grévistes au fur et à mesure de la lutte. « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » était la formule fondatrice de la Ière Internationale ouvrière. Cela commence par le fait que les travailleurs soient maîtres de leur mouvement et la seule forme de lutte adaptée est celle qui s’appuie sur la conscience et la détermination des grévistes à chaque étape.

Cela n’a rien non plus à voir avec la posture de la fédération Sud-Rail dont le seul fait d’armes a été de déposer un préavis de grève reconductible mais sans jamais y appeler par elle-même, ni d’ailleurs chercher à s’en donner les moyens. Elle s’appuyait sur la stratégie de l’intersyndicale dont elle tenait à faire partie d’un côté, tout en la critiquant localement en fonction des circonstances et des opportunités.

Fondamentalement, Sud-Rail défendait tout autant que les autres ses intérêts d’appareil : être reconnu comme interlocuteur et négociateur par le gouvernement, tout en gardant un œil rivé sur les prochaines élections professionnelles.

Les acquis du mouvement

Le mouvement n’a pas eu la puissance de dépasser et déborder le cadre fourni par les organisations syndicales. C’est sa principale limite.

Mais dans ce cadre, pendant trois mois, les travailleurs du rail ont fait de multiples expériences. Des dizaines de milliers d’entre eux ont participé à de assemblées, à des manifestations, des rassemblements. Ils ont établi des contacts avec des travailleurs d’autres secteurs, à la SNCF et aussi en dehors.

Le caractère non corporatiste du mouvement s’est traduit par des diffusions de tracts, des rencontres auprès d’autres travailleurs. C’est ainsi que des cheminots sont venus prêter main forte à des travailleurs de Carrefour par exemple. Des cheminots se sont aussi rassemblés le 19 juin à la gare de l’Est à Paris, pour soutenir les travailleurs de Ford Blanquefort, qui allaient en Allemagne pour défendre leur emploi. Dans des dizaines d’endroits, des contacts ont été noués entre militants et travailleurs de différentes entreprises. Ces liens sont précieux pour l’avenir.

Bon nombre de travailleurs ont vu que, malgré leurs gesticulations et leurs sommations, le gouvernement et la direction de la SNCF n’avaient pas les moyens de faire cesser une grève. Et sa poursuite est suivie et commentée, ne serait-ce que par les bulletins de circulation des trains, devenus dans les médias aussi quotidiens que ceux de la météo. Les cheminots, et bien d’autres travailleurs, ont pu constater, même si c’est parfois en déplorant l’absence de transports, que la classe ouvrière a un rôle irremplaçable dans la société et la cessation du travail, même limitée à une fraction d’entre elle, permet d’en prendre la mesure.

La lutte continue et, quel qu’en soit le résultat, bien d’autres surgiront dans des circonstances forcément différentes et propulseront à nouveau sur la scène des travailleurs en grève. Mais ils y retrouveront les mêmes acteurs, tant du côté du gouvernement, du patronat que des bureaucraties ouvrières. Alors il est du devoir des travailleurs, des militants d’analyser les intérêts et l’attitude des uns et des autres, de tirer le bilan de chaque lutte afin de préparer la suivante et lui permettre cette fois d’aller au bout de ses possibilités.

20 juin 2018

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