Lutte Ouvrière dans les élections législatives : documents01/07/19971997Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/1997/07/LdC_28.jpg.484x700_q85_box-27%2C0%2C2451%2C3504_crop_detail.jpg

Lutte Ouvrière dans les élections législatives : documents

Les interventions télévisées et radiodiffusées d'Arlette Laguiller

Emission d'une minute diffusée le 13.05.97

En dix années, la majorité et l'opposition ont gouverné chacune pendant 5 ans et n'ont rien changé au problème fondamental du chômage. Tous les hommes politiques de droite ou de gauche qui ne vous disent pas qu'il faut supprimer immédiatement tous les cadeaux au grand patronat, cadeaux qui n'ont créé aucun emploi mais qui ont diminué les prestations sociales et dégradé les services publics; qui ne vous disent pas qu'il faut imposer à nouveau à 50 % les bénéfices énormes des grandes sociétés, qu'il faut exproprier celles d'entre elles qui font des bénéfices et ont le cynisme de licencier, qu'il faut rendre publics les comptes des grandes sociétés, sont des hommes politiques qui continueront à sacrifier les classes populaires au profit d'une petite minorité.

Aux présidentielles, vous avez été plus d'un million six cent mille à approuver ces mesures en votant pour ma candidature. C'était beaucoup, mais pas assez.

Alors, il faut que vous soyez plus nombreux encore à approuver ces mesures en votant pour les candidats de Lutte Ouvrière.

Emission de 3 minutes diffusée le 21.05.97

Le bilan que la majorité et l'opposition se jettent mutuellement au visage, elles en sont au même titre responsables. Car, en 20 ans, elles ont été chacune dix ans au gouvernement et elles se sont relayées pour mener la même politique.

Elles ont autorisé les licenciements massifs, les fermetures d'entreprises. Par le biais des aides au grand patronat, du blocage des salaires, des impôts comme la CSG et le RDS, de l'augmentation de la TVA, droite et gauche ont pris dans les poches des pauvres pour permettre aux riches de s'enrichir encore plus.

Alors quelle politique mèneront-ils demain ?

Du côté de la droite, c'est clair. Elle est ouvertement liée au capital et elle s'en vante.

Mais du côté du Parti socialiste, que valent quelques vagues promesses face à tout un passé de gouvernement qui ne se distinguait pas de ceux de la droite.

De son côté, le Parti communiste nous dit qu'il faut plus de députés communistes pour obliger le Parti socialiste à mener une vraie politique de gauche.

Mais il ne pose aucune condition politique pour que les députés communistes soutiennent un éventuel gouvernement de gauche.

Et les dirigeants du Parti socialiste disent ouvertement que c'est eux qui décideront.

Voter pour le PC, cela revient donc à voter pour le Parti socialiste. Et voter pour le Parti socialiste, c'est voter pour une politique qui ne sera pas différente de celle de la droite.

Notre mouvement, Lutte Ouvrière, présente plusieurs centaines de candidats. Mais si la gauche avait comme programme ne serait-ce que de rétablir l'impôt sur les bénéfices des sociétés à son niveau antérieur, de supprimer immédiatement tous les cadeaux inutiles dits "pour l'emploi" qui sont faits au patronat, d'utiliser l'argent ainsi économisé à créer directement des emplois dans les hôpitaux, les écoles, les transports en commun dans les banlieues et dans bien d'autres services utiles à la population, si elle s'engageait à rendre publiques les comptabilités des grandes sociétés et à exproprier les entreprises qui font des bénéfices et osent licencier, nous appellerions à voter pour une telle gauche.

Mais les partis de gauche ne disent rien de cela. Ils ne changeront donc rien.

Alors si vous voulez voter pour des candidats réellement socialistes, pour des candidats communistes représentant réellement les travailleurs et qui n'auraient aucune solidarité avec un gouvernement qui prendraient des mesures anti-ouvrières, votez pour les candidats de Lutte Ouvrière.

Aux élections présidentielles de 1995, plus d'un million six cent mille électeurs ont voté pour ce programme en votant pour ma candidature. Ce résultat a frappé l'opinion car il représentait 61 % des voix de Robert Hue, 22 % des voix de Jospin.

Alors, travailleuses, travailleurs, je demande à tous ceux qui ont voté pour moi aux présidentielles, de voter pour les candidats de Lutte Ouvrière et je souhaite que beaucoup d'autres les imitent.

Vous pouvez, si vous êtes nombreux, nous donner les moyens d'agir pour changer les choses y compris après les élections.

Emission d'une minute diffusée le 23.05.97

Travailleurs, électeurs de gauche,

Nous ne pouvons souhaiter le maintien de Juppé au pouvoir, mais c est à sa politique qu'il faut aussi tourner le dos. Or, avec le Parti socialiste, on changera de Premier ministre mais pas de politique.

Car les socialistes au pouvoir mèneront la même. Elire des députés communistes, pour faire contrepoids ? Mais Jospin l'a dit, les députés communistes n'auront pas droit à la parole.

Travailleuses, travailleurs, votez pour les candidats de Lutte Ouvrière, des candidats de gauche qui soutiendront toutes les mesures favorables à la population laborieuse mais s'opposeront à toutes celles contraires à ses intérêts.

Et puis le nombre de voix compte aussi. Voyez le Front national qui influence largement la vie politique sans avoir de député.

Beaucoup de voix pour l'extrême gauche seraient non seulement un contrepoids efficace contre l'influence du Front national mais permettraient de créer un parti au service des travailleurs qui, avec votre aide, pèserait dans la vie de tous les jours, la vie sociale, les syndicats, les quartiers.

Alors votez Lutte Ouvrière.

Emission d'une minute trente en vue du deuxième tour diffusée le 27.05.97

Travailleuses, travailleurs,

Le scrutin de dimanche a été un camouflet pour la droite qui, depuis quatre ans, mène au gouvernement, une politique résolument dirigée contre la population laborieuse.

Les travailleurs n'ont pas à pleurer sur son sort si elle est écartée du pouvoir. Si la droite gagne, elle poursuivra évidemment la même politique au service du grand patronat distribuant des cadeaux aux plus riches, faisant supporter le poids des sacrifices aux plus pauvres.

Mais si c'est la gauche qui l'emporte, nous n'avons pas d'illusions à nous faire. Nous l'avons vue à l'uvre jusqu'en 1993.

Sous prétexte de défendre la santé des entreprises, elle a fait ce que le grand patronat attendait de tout gouvernement et elle le refera demain, immanquablement.

Dans un cas, comme dans l'autre, il nous faudra demain imposer un renversement radical de la situation sociale et, en premier lieu, du poids du chômage car personne ne le fera pour nous, pas plus un gouvernement de gauche.

Bien des travailleuses et des travailleurs vont voter pour la gauche au deuxième tour. L'essentiel est qu'ils n'en attendent rien. Car c'est la déception qui, après 1981, a paralysé le monde du travail en l'empêchant de se défendre contre un gouvernement de gauche.

C'est pourquoi il y a l'impérieuse nécessité de créer un parti qui défende vraiment les intérêts politiques des travailleurs et qui soit présent partout dans la vie sociale, dans les syndicats, dans les luttes, dans les quartiers populaires.

Alors, aidez nous à le construire.

Emission d'une minute diffusée le 30.05.97

Travailleuses, travailleurs,

Dimanche, la droite sera peut-être écartée du pouvoir et nul ne la regrettera.

La gauche pourra alors revenir au gouvernement dont elle a elle-même été écartée il y a quatre ans. Mais les élections ne peuvent pas faire plus.

Quand elles montrent qu'une majorité est devenue trop impopulaire, celle- ci est remplacée par une autre qui, avec des discours à peine nouveaux, continue la même politique, au service des mêmes industriels et des mêmes banquiers.

Nous avons connu cela bien des fois ces dernières années et il en ira encore de même cette fois-ci.

Les élections ne sont qu'un thermomètre. Et l'alternance droite-gauche, qu'une façon d'éviter les crises sociales.

Mais ce sont les crises sociales, et elles seules, qui peuvent changer la vie. Ce fut le cas en juin 36, comme en mai 68, ce sera encore le cas un jour prochain. Car le monde du travail n'acceptera pas éternellement qu'on lui fasse supporter tout le poids de la crise de ce système.

C'est ce rendez-vous là que je vous donne et que je vous invite à préparer.

Déclaration d'Arlette Laguiller - 25 mai 1997 (premier tour)

Pour le moment, les projections sur le deuxième tour donnent l'avantage à la gauche.

Que la majorité et le gouvernement de droite soient écartés du pouvoir ne fera pleurer personne parmi les travailleurs. Tous ces gens qui nous gouvernent depuis quatre ans, on les a assez vus.

Cependant, malheureusement, nous connaissons la gauche aussi, et nous sommes de ceux qui ont dit, dans la campagne, que Jospin ferait exactement la même politique au service du patronat que Juppé, malgré ses propos sur un avenir meilleur pour les défavorisés. Car il n'a pris aucun engagement tangible, susceptible de modifier la situation des classes populaires. Et le Parti communiste le soutiendra inconditionnellement.

En ce qui concerne le score des candidats de Lutte Ouvrière, nous n'avons que des résultats partiels, mais, jusqu'à présent, il y a une très nette progression par rapport aux législatives d'il y a quatre ans. Nous ne dépassons cependant pas le score que j'avais obtenu aux présidentielles et bien souvent nous ne l'atteignons pas. Bien sûr, je le regrette, mais, vu les conditions de ces élections, c'est cependant un net progrès.

Cela dit, je pense que les circonstances politiques, la situation sociale, quel que soit le gouvernement, vont malheureusement confirmer ce que nous avons dit dans cette campagne. Cela sera perçu de plus en plus par l'ensemble du monde du travail, et la jeunesse, en particulier, pourra, en nous rejoignant et en nous aidant à construire un parti représentant réellement les intérêts politiques des travailleurs, se construire elle-même un avenir meilleur.

Voilà, pour ce premier tour.

Pour le deuxième tour :

D'abord, les voix de ceux qui ont voté pour nous ne nous appartiennent pas. Ils voteront ce qui leur semble le meilleur et nous ne donnerons pas de consigne de vote.

Bien sûr, nos électeurs ne voteront pas pour la droite, encore moins pour l'extrême droite.

Maintenant, nous ne disons pas de voter pour la gauche, car nous ne voulons pas semer d'illusions. Pour notre part, nous, nous nous abstiendrons. Si les travailleurs votent pour la gauche, s'ils le font sans illusions, ce ne sera pas dramatique.

Ce qu'il faut, c'est qu'ils ne soient pas désarmés et qu'ils s'apprêtent à lutter contre les mesures anti-populaires d'un gouvernement de gauche de la même façon qu'ils auraient combattu celles d'un gouvernement de droite.

Déclaration d'Arlette Laguiller - 1er juin 1997 (deuxième tour)

A voir les visages défaits et à entendre le concert de lamentations des hommes de droite, tellement arrogants durant les quatre dernières années où ils gouvernaient, on ne peut que se dire que, bien qu'ils ne subiront pas les affres du chômage, cela fait vraiment plaisir de les voir subir l'épreuve du licenciement.

Cela dit, on va voir combien de temps la gauche va mettre pour prendre - reprendre, devrait-on dire - le visage, les attitudes, les idées et les actes de la droite. Robert Hue demande en vain des mesures immédiates pour ne pas décevoir l'électorat communiste vis-à-vis duquel il s'est engagé et qui a permis au PCF d'obtenir trente-six députés. Les dirigeants socialistes lui répondent que, bien qu'ils n'aient "pas le droit de décevoir", il y aura peut-être quelques "symboles" mais qu'il faudra surtout de la patience et de la durée. Au point que les dirigeants du PCF se demandent s'ils participeront au gouvernement.

Les travailleurs et les classes populaires ont, dans leur grande majorité, voté pour la gauche mais certainement avec beaucoup moins d'illusions qu'en 1981. Ils ne feront pas crédit très longtemps et le gouvernement socialiste se trouvera immanquablement confronté à des conflits sociaux s'il tarde trop à répondre aux attentes du monde du travail. Les trois millions de chômeurs, les deux millions de travailleurs en situation précaire, les jeunes qui doivent entrer dans le monde du travail, sont plus préoccupés du lendemain que de l'avenir.

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