Turquie : la vague de grèves et ses enjeux politiques01/01/19911991Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/1991/01/36.jpg.484x700_q85_box-27%2C0%2C2451%2C3504_crop_detail.jpg

Turquie : la vague de grèves et ses enjeux politiques

C'est donc sur un fond de revendications ouvrières que les différentes forces politiques et les appareils syndicaux se préparent pour tenter de jouer leur rôle dans cette période de l'« après-Özal » qui pourrait s'ouvrir bientôt.

Le cadeau des militaires a la bourgeoisie turque

Le coup d'État du 12 septembre 1980 avait mis fin à une période de tension marquée par l'instabilité gouvernementale, par la violence politique émanant notamment de l'extrême-droite, par de nombreuses grèves, en instaurant la dictature pure et simple de l'armée. Arrestations massives, tortures, exécutions, interdiction des partis politiques, l'armée a rétabli l'ordre en prenant particulièrement pour cible la classe ouvrière. Le syndicat ouvrier DISK - confédération des ouvriers révolutionnaires - au sein duquel se retrouvaient les militants ouvriers les plus combatifs, notamment du PC turc ou de l'extrême-gauche, confédération dont le développement avait marqué les années soixante-dix et coïncidé avec la montée de la combativité ouvrière, notamment dans le secteur privé, fut interdit, tandis que les militants ouvriers et les travailleurs combatifs étaient chassés des usines. Pendant les trois années qui suivirent le coup d'État, la grève fut totalement interdite.

A partir de 1983, les militaires ont abandonné progressivement le devant de la scène politique pour se poster de nouveau dans les coulisses, comme ils l'avaient déjà fait après les coups d'État de 1960 et 1971. Mais ils ont laissé derrière eux une constitution particulièrement anti-démocratique, agrémentée d'un arsenal de lois répressives. La « loi sur les syndicats et les grèves » de 1982 n'a restauré le droit de grève qu'en l'assortissant de conditions draconiennes. La grève n'est possible qu'après une période de trois mois de préavis consacrée en principe à la discussion, et éventuellement à la conciliation, entre syndicat et patron. Toute grève générale, de solidarité ou ayant un caractère « politique » est interdite. Enfin, si le droit de grève est reconnu dans ces conditions aux ouvriers, il reste interdit aux employés, catégorie qui regroupe en fait un grand nombre de travailleurs.

Et non seulement ceux-ci n'ont pas le droit de faire grève, même dans les conditions décrites, mais ils n'ont pas le droit de se syndiquer. Ce qui explique en grande partie la chute du nombre de syndiqués de 5 millions en 1980 à 1 700 000 en 1990.

Enfin, la DISK, la confédération interdite en 1980, est toujours interdite. Le système syndical turc, imité du système américain du « closed shop » favorise particulièrement la bureaucratie syndicale de la Türk-Is, confédération mise en place au lendemain de la guerre avec l'aide, justement, des syndicats américains. Si un syndicat est majoritaire dans une entreprise, tous les travailleurs de celle-ci y sont obligatoirement affiliés ; les cotisations sont prélevées par le patron et reversées au syndicat ; seuls les bureaucrates représentant légalement le syndicat ont autorité pour rencontrer les représentants patronaux et, éventuellement, décréter la grève - dans les conditions déjà dites.

La dictature des militaires, puis le régime de semi-dictature qui lui a succédé avec Turgut Özal, ont donc été pour la bourgeoisie turque une période faste. Tandis que l'inflation continuait à des rythmes oscillant entre 35 et 75 % l'an, les salaires réels restaient loin en arrière, passant de l'indice 100 en 1979 à l'indice 84 en 1983, à 56,4 en 1986, et touchant le fond en 1988 avec 52,6 : un pouvoir d'achat pratiquement divisé par deux en quelques années, en partant pourtant de salaires déjà particulièrement bas.

Le résultat est que, avant la vague revendicative actuelle, le salaire minimum s'établissait autour de 300 000 livres turques, l'équivalent de 550 francs français. En 1988, selon les chiffres du syndicat Petrol-Is, le prix de revient d'une heure de travail ouvrier était, en Turquie, de 1,33 dollar US, contre 13,16 dollars en France, 19,46 dollars en Allemagne Fédérale ; soit près de 10 et 15 fois moins. Il était encore quatre fois moins élevé qu'en Grèce (5,29 dollars). Cette situation a permis à la bourgeoisie turque - et aux investisseurs étrangers installés en Turquie - de faire des affaires d'or à l'exportation. D'exportateur de produits agro-alimentaires, le pays est devenu en quelques années exportateur à 70 % de produits manufacturés, essentiellement des textiles, en direction des pays de l'OCDE, mais aussi des pays du Moyen-Orient, profitant notamment des marchés ouverts par la guerre Iran-Irak.

Ces affaires faciles appuyées sur la surexploitation de la classe ouvrière n'ont d'ailleurs pas empêché le pays d'accroître son endettement ; la dette extérieure a atteint, selon les sources, entre 35 et 50 milliards de dollars en 1989 ; le service de cette dette représentait 10 % du Produit National Brut, et 50 % des recettes d'exportation. C'est la compression des revenus réels par le biais de l'inflation qui permet au pouvoir de dégager, sur le dos de la population, de quoi payer les honoraires des banquiers internationaux.

La remontee des luttes ouvrieres

Mais si le poids de la dictature a pu pendant un certain temps faire taire la classe ouvrière, celle-ci a recommencé à s'exprimer dès que la pression s'est un tant soit peu relâchée.

La classe ouvrière turque a des traditions de lutte maintenant bien ancrées, acquises dans des conditions difficiles, et que ni la dictature ni la répression patronale - marquée notamment par le licenciement systématique des travailleurs les plus combatifs - n'ont pu totalement briser. A partir de 1986, et plus encore en 1987-88 lors de la période de renouvellement des conventions collectives, les grèves ont repris. Quelques-unes ont marqué, comme la grève des papeteries SEKA (10 200 travailleurs) à l'automne 1988 ou celle des aciéries de Karabük et d'Iskenderun (24 000 travailleurs) au printemps 1989, qui a duré cinq mois et s'est soldée par une augmentation de salaire de 250 %. Le même printemps 1989 a été marqué par une certaine effervescence ouvrière. Pour la première fois depuis 1980, des manifestations ouvrières ont eu lieu, notamment dans la région d'Istanbul, sans intervention de l'armée ni de la police. Bien souvent ces manifestations avaient lieu devant les sièges de la Confédération Türk-Is, à qui les travailleurs reprochaient son inaction.

A ces grèves, les plus connues parce qu'elles ont concerné de grandes entreprises, s'en sont ajoutées d'autres et la statistique officielle des journées de travail perdues pour faits de grève a enregistré cette remontée : de 4 947 journées perdues en 1984, on est passé à 234 940 en 1986, 1 961 940 en 1987, 2 911 407 en 1989, le nombre de travailleurs impliqués remontant tout aussi régulièrement, de zéro pendant les trois années 1981, 1982 et 1983 à 561 en 1984, 7 926 en 1986, 39 435 en 1989. Les chiffres de 1990, non encore connus, seront sans doute encore bien supérieurs.

Bien sûr, il s'agit là des conflits qui ont pu vaincre au préalable toutes les embûches tendues par la législation anti-grève de la dictature et les freins mis par les bureaucrates, pour déboucher sur des grèves « officielles », donc enregistrées par la statistique, portant en général sur les salaires. Il faudrait y ajouter nombre de conflits où les travailleurs ont tourné la législation anti-grève pour mener, malgré tout, des actions collectives : par exemple en se portant collectivement malades, en boycottant la cantine ou même en se mettant en grève spontanément sans respecter la procédure, entre autres pour s'opposer à des licenciements, parfois victorieusement.

Au cours de cette remontée des conflits, les bureaucrates de la Türk-Is ont souvent été pris à partie, se sont vus reprocher leur inaction, voire leur collusion avec les directions d'entreprise et le patronat. D'autre part, si le syndicat DISK toujours interdit n'a pu reparaître, un certain nombre de syndicats indépendants, regroupant souvent d'anciens militants de la DISK et plus généralement des militants de gauche ou d'extrême-gauche ont pu se constituer, notamment dans la métallurgie avec le syndicat Otomobil-Is. Cette concurrence syndicale exerce elle aussi une pression sur l'appareil de Türk-Is.

En tout cas, la crainte d'une explosion sociale est devenue de plus en plus présente dans les couches dirigeantes elles-mêmes. Ainsi une partie de la grande presse turque s'est faite parfois l'écho des conditions de vie de plus en plus dures de la classe ouvrière, déplorant le risque que celles-ci ne la mènent à des mouvements incontrôlables et plaidant pour une politique gouvernementale et patronale moins à courte vue. Elle a elle-même évoqué à plusieurs reprises le risque d'une grève générale, dont le mot d'ordre commençait à devenir populaire dans la classe ouvrière.

En même temps, une partie de la bourgeoisie a commencé à prendre ses distances d'avec le gouvernement Özal, affairiste corrompu et cynique, mis en cause dans plusieurs scandales, devenu le symbole un peu trop visible de la politique anti-ouvrière dont le patronat avait si bien profité. Le discrédit d'Ozal est apparu nettement lors des élections municipales de 1989 où son parti - le parti de la mère-patrie, l'ANAP - n'a recueilli que 22 % des voix ; ce qui ne l'a pas empêché de se faire élire président de la République, en novembre 1989, par l'Assemblée nationale où il disposait encore d'une majorité, remplaçant ainsi à la tête de l'État le général Kenan Evren, auteur du coup d'État de 1980.

La vague de greves de fin 1990 - debut 1991

La vague de grèves qui a commencé à la fin 1990, préparée par tout ce qui précède, n'était en tout cas nullement inattendue. L'inflation, la montée de la combativité ouvrière, les nombreuses frictions intervenues entre travailleurs et bureaucrates, pouvaient laisser prévoir que la période de renouvellement des conventions collectives risquait d'être mouvementée. Et il est évident cette fois que nombre de bureaucrates, craignant soit une poussée de la base, soit l'intervention d'un appareil syndical concurrent, soit les deux - l'une s'appuyant sur l'autre - ont choisi cette fois de prendre les devants.

La grève la plus notable a bien sûr été celle des 48 000 mineurs du bassin minier de Zonguldak, commencée le 30 novembre 1990. Elle a été marquée par l'impressionnante mobilisation des mineurs, qui ont pendant un mois manifesté pratiquement quotidiennement, des cortèges ouvriers avec femmes et enfants quittant tous les jours les différentes localités du bassin minier pour converger sur le centre de Zonguldak. Très populaire, la grève a entraîné un grand élan de solidarité, des délégations d'entreprises venant de tout le pays apporter leur soutien moral et matériel aux mineurs. Enfin, le 4 janvier, les mineurs ont commencé une marche sur Ankara, la capitale située à 280 kilomètres. Les cars dont ils devaient se servir ayant été bloqués par la police et l'armée, les mineurs sont partis à pied et ont parcouru ainsi plus de 100 kilomètres, hébergés en chemin par la population des villes traversées ; ils n'ont renoncé qu'après quatre jours, les forces de police ayant bloqué la route et les pressions politiques des dirigeants de l'opposition « favorables » aux mineurs s'étant multipliées pour les convaincre que forcer le barrage pouvait devenir dangereux. Si cette grève n'est pas terminée à l'heure où nous écrivons, il semble acquis qu'une augmentation de salaire de 250 % ait été acceptée par la direction des houillères - qui dépendent de l'État - contre les 500 % que réclamaient les mineurs en rattrapage de l'inflation subie depuis dix ans. Les salaires devraient ainsi remonter de moins de 500 000 livres turques à 1 500 000 livres turques : l'équivalent de 2 600 francs français, au change actuel du moins... qui évolue tous les jours.

Malgré cette mobilisation, et la méfiance ancienne d'une fraction des mineurs à l'égard de leur syndicat, le syndicat des mines Maden-Is lui-même membre de la confédération Türk-Is, celui-ci ne semble pas avoir eu de difficulté réelle à garder le contrôle du mouvement. Le syndicat Maden-Is est récemment passé sous le contrôle d'une équipe appartenant à la fraction « de gauche » de la confédération Türk-Is. Alors que l'appareil de Türk-Is est traditionnellement lié au parti de droite libéral, le Parti de la « Juste Voie » DYP de Demirel, il a en effet maintenant affaire à une aile liée au parti social-démocrate du Peuple d'Inönü. Le principal leader de la grève, Semsi Denizer, bureaucrate au langage radical, a su trouver dans la grève des objectifs et des initiatives répondant à la combativité des mineurs et en même temps les choisir de façon à éviter tout risque de débordement. Témoin l'organisation de cette marche sur le palais présidentiel, distant de 280 kilomètres, de Turgut Özal désigné ainsi comme le responsable de tout, marche impressionnante mais qui semblait avoir aussi l'avantage d'épuiser les mineurs dans un périple sur une route de montagne où ils ne risquaient de rencontrer personne, sinon la police...

Les autres grèves commencées en décembre 1990 et en janvier 1991 n'ont pas eu jusqu'à présent le même caractère que la grève de Zonguldak ; elles n'ont pas été marquées par les mêmes épisodes de manifestations massives ou d'effervescence ouvrière. Les bureaucrates syndicaux, essentiellement de Türk-Is mais aussi d'un certain nombre de syndicats indépendants, confrontés au mécontentement ouvrier d'une part, craignant aussi sans doute que celui-ci ne soit exploité contre eux par des syndicats ou des équipes concurrentes et notamment, au sein de Türk-Is, par l'aile social-démocrate, ont cette fois décidé de prendre les devants. La confédération Türk-Is a appelé le 3 janvier à une journée de grève générale - ou plutôt, ce mot étant interdit par la loi, à une journée « d'action générale » - qui a été suivie à 90 %. En même temps, des grèves commençaient dans la métallurgie et le textile, dans le cadre de la procédure de renouvellement des conventions collectives.

Là, les dirigeants syndicaux respectaient scrupuleusement la loi qui veut, par exemple, que les travailleurs n'aient droit, en guise de piquets de grève, qu'à deux personnes installées à la porte de l'entreprise avec une tunique de « surveillant de grève » (grev gözcüsü). Et, pour administrer la preuve de leur « responsabilité » et de leur volonté d'éviter tout incident, ils se gardaient bien d'organiser des manifestations regroupant ensemble les travailleurs en grève, dont le nombre dans une région industrielle comme celle d'Istanbul, par exemple, dépassait largement 100 000.

Ces initiatives des dirigeants syndicaux, allant en fait un peu au-delà de ce que les travailleurs eux-mêmes souhaitaient, évoquent une méthode bien classique des appareils pour s'assurer le contrôle d'un mouvement qu'ils craignent : ils choisissent délibérément de prendre un peu d'avance sur son développement prévisible en décrétant eux-mêmes la « grève générale » plutôt que d'attendre qu'elle leur soit imposée à la fin par la base ; on les voit même se lancer dans des discours au ton radical, dont les travailleurs étaient déshabitués ; moyennant quoi ils sont certains de garder la situation en main. Et c'est en effet ce qui s'est produit jusqu'à présent, si l'on excepte les quelques manifestations qui ont eu lieu le 3 janvier, dans un certain nombre de secteurs industriels et notamment à Istanbul, outrepassant les consignes de Türk-Is, mais ne la gênant d'ailleurs pas.

De ce point de vue, la situation n'est certes aujourd'hui plus la même qu'il y a un an ou deux, lorsque les épisodes de contestation des bureaucrates syndicaux, accusés d'immobilisme par les travailleurs, se multipliaient. Les dirigeants syndicaux ont certainement repris une longueur d'avance qui leur permet de mieux contrôler la situation. Et du point de vue de la classe ouvrière, il n'y aurait certes pas à leur reprocher de se montrer plus combatifs que d'habitude si cette attitude ne préparait pas, comme on peut le prévoir de la part d'appareils bureaucratiques qui se battent avant tout pour leur propre place, bien d'autres retournements et trahisons.

Et maintenant ?

Face à la vague de grèves, la bourgeoisie turque a probablement déjà fait ses comptes ; elle s'attend sans doute à devoir payer à la classe ouvrière des augmentations de l'ordre de celles que les mineurs semblent en passe d'obtenir, augmentations qu'elle cherchera aussitôt à reprendre par le biais de l'inflation. Et le problème pour elle est d'ores et déjà celui du gouvernement qui succèdera à celui de Turgut Özal.

Dans le contexte de la crise mondiale et du sous-développement du pays, les marges de manoeuvre de la bourgeoisie turque sont étroites, et elle n'entend certainement pas se passer du seul avantage réel dont elle dispose pour assurer ses profits : les bas salaires imposés à la classe ouvrière. Le réveil du mouvement ouvrier, la faiblesse du gouvernement Özal face à celui-ci, peuvent la contraindre à des concessions. Mais celles-ci pour la bourgeoisie ne peuvent être que temporaires.

A la faveur de l'actuelle crise sociale, les différents leaders politiques se sont précipités pour assurer les travailleurs en général, et les mineurs en particulier, de leur soutien. Ecevit et Inönü, les leaders des deux partis sociaux-démocrates, l'ont fait, mais aussi le leader du parti de la « Juste Voie » Demirel. Les trois principaux leaders de l'opposition à Özal se sont ainsi mis sur les rangs, prêts à profiter du discrédit de celui-ci pour provoquer des élections anticipées dont ils espèrent sortir gagnants. Dix ans après, ils peuvent espérer que beaucoup de travailleurs auront oublié que c'est précisément la politique des gouvernements successifs d'Ecevit et de Demirel qui a conduit, en 1980, à la dictature militaire. Et de toute façon, ils apparaissent aujourd'hui comme la seule alternative à Özal. Même si les travailleurs turcs peuvent ne pas avoir beaucoup d'illusions, ils peuvent estimer que tout vaut mieux, de toute façon, que l'actuel gouvernement.

Rien ne dit encore que cette « alternance » aura bien lieu. La Turquie connaît en effet aussi un autre type d'alternance politique que l'alternance parlementaire : la succession de périodes de gouvernements « civils » et d'interventions de l'armée, qui se sont même produites presque régulièrement tous les dix ans. Outre l'instabilité politique et sociale, la crise du Golfe pourrait, selon son évolution, être un facteur supplémentaire incitant l'armée à intervenir de nouveau. Celle-ci a pris récemment ses distances d'avec le gouvernement Özal par le biais de la démission du chef d'État-Major, le général Torumtay, au début décembre 1990. Elle reproche en particulier à Özal, comme toute une partie de la bourgeoisie turque et comme tous les partis d'opposition, d'avoir engagé inconsidérément la Turquie dans la coalition anti-irakienne, et de risquer de compromettre ainsi les bonnes relations que celle-ci a toujours cherché à ménager avec ses voisins arabes, à commencer par l'Irak.

Le gouvernement Özal parviendra-t-il à se survivre ? Sera-t-il relayé par celui d'un des partis de l'opposition, voire par une coalition de ceux-ci ? Verra-t-on l'armée intervenir ? Au moment où la vague de grèves que connaît la Turquie n'en est peut-être qu'à ses débuts, au moment où la classe ouvrière, émergeant de dix années noires, reprend confiance dans ses propres forces, il y a donc là autant d'inconnues sur la situation politique à laquelle elle sera confrontée.

Mais une chose est certaine. Pour les bureaucrates syndicaux qui sont placés à sa tête, le seul souci est aujourd'hui de tenter de garder leur place pour pouvoir ensuite se vendre le plus cher possible au futur gouvernement dont ils pensent que, quel qu'il soit, il aura besoin de leur collaboration - au moins pour un temps - pour « stabiliser » la situation économique sur le dos de la classe ouvrière. Pour les travailleurs en revanche, il serait déterminant que, dans les luttes d'aujourd'hui, surgissent les militants qui, sur la base de toutes les expériences passées, sachent préparer la classe ouvrière à se défier de tous ces faux amis qui, dans des combats qui ne font sans doute que commencer, ne pourraient que préparer des défaites.

18 janvier 1991

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