France : du terrorisme et de la violence révolutionnaire01/10/19861986Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/1986/10/LdC_3.jpg.484x700_q85_box-20%2C0%2C2411%2C3459_crop_detail.jpg

France : du terrorisme et de la violence révolutionnaire

La vague des attentats qui se déroule en France a évidemment provoqué une réprobation générale dans le pays. La presse de droite française a souligné que si les terroristes voulaient « déstabiliser » le gouvernement français, ils n'ont réussi au contraire qu'à provoquer une réaction d'unité nationale autour du gouvernement Chirac qui n'en espérait pas tant. Ce seul résultat montre à quel point ce type d'actions terroristes peut être étranger à la cause des opprimés.

C'est que ce terrorisme-là ne relève pas de la guerre sociale des opprimés contre les oppresseurs, mais d'une guerre où l'on ne fait pas la différence d'un camp à l'autre entre exploités et exploiteurs, opprimés et oppresseurs.

Ces attentats sont aveugles, comme bien des actes de guerre il est vrai, mais les révolutionnaires, des révolutionnaires prolétariens en tout cas, s'efforceraient de mener même la pire des guerres qu'est une guerre civile, une guerre révolutionnaire, de telle façon qu'elle soit la révolution plus que la guerre, en s'efforçant de se faire des alliés des exploités et des opprimés du camp d'en face, en évitant au maximum de les confondre avec leurs oppresseurs.

Si les révolutionnaires prolétariens dénoncent ce terrorisme-là, ce n'est pas par sentimentalisme. En matière d'atrocités et de terrorisme aveugle, d'actes de guerre contre les populations civiles, les différents gouvernements des pays impérialistes en ont bien plus lourd sur la conscience que les ami de Georges Ibrahim Abdallah, à commencer au Liban lui-même.

Et si les révolutionnaires communistes doivent dénoncer ces attentats terroristes, ce n'est pas non plus parce que des combattants plus ou moins désespérés ou inconscients venus de pays opprimés viennent en France y troubler la paix confortable bâtie sur l'exploitation du tiers monde et les crimes innombrables de ceux qui gouvernent la France.

Certainement pas. Les grandes puissances impérialistes ont porté la guerre aux quatre coins de la planète. Il faudra bien qu'un jour les opprimés mènent une guerre de classe aux oppresseurs, à tous ces véritables fauteurs de guerre, et il faudra bien que cette guerre de classe atteigne, contamine, les « démocraties occidentale » afin d'en finir avec ces citadelles de l'esclavagisme du XXe siècle. Et ce sera sans doute un combat sans merci.

Alors, ce que nous reprochons aux terroristes en cause ici, ce n'est pas d'avoir engagé le combat, eux qui viennent probablement d'un pays où la guerre n'a pas cessé depuis des années et des années, ni de venir troubler les eaux calmes de la paix civile occidentale.

La guerre, la guerre des opprimés contre les oppresseurs, la seule guerre juste, ne peut être que terrible, comme toutes les guerres, et surtout les guerres civiles. Seulement, elle peut être tout, sauf volontairement aveugle. Sa seule chance de vaincre, justement, sera d'utiliser avant tout, d'autres armes que le camp des oppresseurs, en faisant tout pour porter la contagion de la révolution sociale dans le camp d'en face et en ne faisant rien qui désunisse les prolétaires. C'est le plus grand atout des opprimés, des pauvres, des exploités, dans une guerre civile. C'est ce qui nourrit leur héroïsme comme leur confiance en la victoire. C'est ce qui permet de désagréger les rangs de l'ennemi.

Mais ce n'est pas ainsi que se déroule la guerre civile au Liban, où l'on a divisé les opprimés entre eux en clans confessionnels mortellement ennemis, et ce n'est pas ainsi que se battent ou se défendent ceux qui sont les fractions agissantes de cette guerre civile.

Ce que nous devons reprocher à ce terrorisme, c'est que les attentats systématiquement et volontairement aveugles commis en France par ceux qui réclament la liberté de Georges Ibrahim Abdallah, appartiennent à la même logique que les raids des paras français en Afrique, ou les bombardements terroristes de l'aviation américaine ou israélienne sur Tripoli en Lybie, ou sur Beyrouth. L'envergure des moyens est différente, mais la nature des moyens est la même. Dans les attentats tels qu'ils ont été perpétrés, c'est la population qu'on vise et qu'on frappe pour réussir à traiter avec les chefs et les gouvernements, dont on ne cherche absolument pas à ébranler le pouvoir, en tentant par exemple de rendre solidaires de sa cause ceux-là mêmes qui pourraient être des alliés naturels.

Il n'est même pas dit que du strict point de vue utilitaire ce type de terrorisme soit très efficace. On peut marchander des positions, des protections, certaines revendications secondaires auprès de l'impérialisme, en lui retournant ce qui n'est au bout du compte qu'une infime partie de son propre terrorisme. Mais loin d'ébranler les citadelles impérialistes, cela ne contribue qu'à les renforcer, en y solidarisant leurs populations avec leurs gouvernements. On se crée des ennemis là où il aurait fallu des alliés, sans pour autant intimider des gouvernements qui n'ont jamais hésité à mener « fermement » une guerre avec la peau des autres. Jamais la vie d'un otage, d'un passant, d'un prolétaire en civil ou en uniforme, ou de mille, n'ont valu autant aux yeux d'un gouvernement français de droite ou de gauche, que la sauvegarde des intérêts des banques, des industriels et des fournisseurs d'armements du Liban ou d'ailleurs. Les dirigeants du monde impérialiste ont délibérément sacrifié à ces intérêts-là, en deux guerres mondiales et d'innombrables guerres coloniales, des millions d'hommes, de femmes et d'enfants de leurs propres nations, sans compter les étrangers. C'est bien pourquoi la petite guerre terroriste contre les grandes puissances terroristes qui mettent la planète en coupe réglée est dérisoire, sauf si l'on ne cherche que des résultats dérisoires comme la liberté de trois hommes.

L'action terroriste, en lieu et place de la lutte des masses, s'est toujours retournée, tôt ou tard, contre les opprimés. Car il y a une frontière de classe entre la violence terroriste pratiquée par des individus ou des appareils agissant en dehors des intérêts des exploités de quelque peuple, de quelque nation que ce soit, et la violence révolutionnaire au service des opprimés. Ce terrorisme-là suppose toujours une forme de passivité des masses, et au bout du compte fait obstacle au combat du prolétariat pour l'émancipation définitive de tous les exploités.

Et cela ne vaut pas seulement pour les attentats volontairement aveugles qui ont eu lieu à Paris, mais aussi pour le massacre dans la synagogue d'Istambul, celui du Boeing de Karachi, et pour tous les autres attentats de ce genre...

Ce n'est pas la légitimité de leur lutte que nous mettons en cause, c'est qu'étant donné les cibles délibérément visées, le camp et les intérêts qu'ils défendent objectivement ne peuvent pas être ceux des opprimés, même du Moyen Orient, car le but est inséparable du chemin qu'on emprunte pour l'atteindre.

Léon Trotsky écrivait en 1938, dans Leur morale et la nôtre, presque à la fin d'une vie consacrée tout entière à la révolution, dont plusieurs années comme acteur de la plus grande révolution du siècle et de la terrible guerre civile qui s'ensuivit pendant plusieurs années :

« La guerre civile est la plus cruelle des guerres. Elle ne se conçoit pas sans violence exercée sur des tiers et, tenant compte de la technique moderne, sans meurtre de vieillards et d'enfants ».

Mais dans le même texte, à la question : « serait-ce que dans la lutte de classe contre le capitalisme, tous les moyens sont permis ? », il répondait :

« ... ne sont admissibles et obligatoires que les moyens qui accroissent la cohésion du prolétariat, lui insufflent dans l'âme une haine inextinguible de l'oppression, lui apprennent à mépriser la morale officielle et ses suiveurs démocrates, le pénètrent de la conscience de sa propre mission historique, augmentent son courage et son abnégation. Il découle de là précisément que tous les moyens ne sont point permis. Quand nous disons que la fin justifie les moyens, il en résulte pour nous que la grande fin révolutionnaire repousse, d'entre ses moyens, les procédés et les méthodes indignes qui dressent une partie de la classe ouvrière contre les autres; ou qui tentent de faire le bonheur des masses sans leur propre concours; ou qui diminuent la confiance des masses en elles-mêmes et leur organisation en y substituant l'adoration des « chefs ».

Notons simplement que pour Trotsky, tout n'est pas permis, même au cours d'une guerre civile, et que les procédés et méthodes indignes qu'il cite sont ceux qui dressent une partie de la classe ouvrière contre les autres, qui tentent de faire le bonheur des masses sans leur propre concours ou qui diminuent la confiance des masses en elles-mêmes et leur organisation en y substituant l'adoration des « chefs ».

Evidemment, il ajoutait, quelques lignes plus loin

« Ces critériums ne disent pas, cela va de soi, ce qui est permis ou inadmissible dans une situation donnée. Il ne saurait y avoir de pareilles réponses automatiques. »

C'est vrai qu'il ne saurait y avoir de réponses automatiques, et c'est bien pourquoi il nous paraît aujourd'hui utile, pour des révolutionnaires prolétariens, de discuter, au-delà du terrorisme qui frappe en France aujourd'hui, de ce que peut représenter, ou cacher, la véritable stratégie terroriste, utilisée par des organisations révolutionnaires, nationalistes le plus souvent même si elles se disent parfois communistes, dans les pays du tiers-monde ou dans des pays soumis à une oppression nationale.

Une vieille discussion

En vérité, il s'agit là d'une vieille discussion dans le mouvement révolutionnaire. Une discussion qui se mène depuis que les marxistes militent pour que le prolétariat trouve ses propres moyens d'organisation comme de combat.

Marx avait commencé cette discussion avec Bakounine, et les marxistes révolutionnaires russes la poursuivirent pratiquement sans interruption des années 1880 à 1917.

Le débat ne se situait pas autour du problème de l'emploi de la violence en elle-même, mais uniquement autour d'un critère de classe : ne pas agir à la placé des masses, ne pas diminuer leur propre organisation, et même leur propre armement.

Par exemple, dans un article de septembre 1902 intitulé L'aventurisme révolutionnaire, Lénine s'adressait aux Socialistes Révolutionnaires qui, pour répondre par avance aux objections des marxistes russes, préconisaient l'action terroriste « non pas en remplacement du travail des masses, mais précisément au nom de ce travail et parallèlement à lui ».

A cette époque, les travailleurs russes avaient commencé à manifester dans les rues en s'affrontant à la police. Parallèlement, il y avait eu des attentats contre des ministres du Tsar.

Pour Lénine, il s'agissait de sortir d'un cercle vicieux où l'on avait « d'une part, l'élan révolutionnaire d'une foule insuffisamment éclairée et inorganisée (qui) ne débouche pas. D'autre part, les coups de feu des « individus insaisissables » qui perdent foi dans la possibilité de marcher dans le rang, de travailler la main dans la main avec la masse, (qui) restent vains ».

Lénine ajoutait: « Quand les manifestations ont pris de la force, nous avons commencé à préconiser leur organisation, l'armement de masses, nous avons proposé pour tâche de préparer l'insurrection populaire. Sans nier en aucune façon dans le principe la violence et le terrorisme, nous demandions que l'on travaillât à préparer des formes de violence incluant la participation immédiate de la masse et assurant cette participation. Nous ne fermons pas les yeux sur la difficulté de cette tâche, mais nous y travaillerons fermement et opiniâtrement, sans nous laisser troubler par ceux qui objectent qu'il s'agit d'un avenir lointain et indéterminé ».

Même lorsque, après la défaite de l'insurrection ouvrière de Moscou, en décembre 1905, la situation l'incita à demander aux révolutionnaires de pendre la tête des actions « de partisans », ce fut comme une forme nécessaire de lutte d'escarmouches entre « les grandes batailles » de la guerre civile.

A cette époque, en différents endroits de la Russie, des militants ouvriers ou simplement des ouvriers au chômage, organisaient des attaques de banques ou des attentats contre des policiers ou des fonctionnaires tsaristes, au point que certaines régions connaissaient une situation quai insurrectionnelle.

Lénine écrivait, le 30 septembre 1906 (La guerre de partisans) : « Le marxiste se tient sur le terrain de la lutte de classes, et non de la paix sociale. Dans certaines périodes de crises aiguës, économiques et politiques, la lutte de classe aboutit dans son développement à une véritable guerre civile, c'est-à-dire une lutte armée entre deux parties de la population. En de telles périodes, le marxiste A L'OBLIGATION de se placer au point de vue de la guerre civile, l'idéal du parti du prolétariat est un PARTI COMBATTANT.

(..) On ne peut se représenter une guerre de ce genre autrement que comme une suite de grandes batailles peu nombreuses, séparées par des intervalles de temps relativement longs, au cours desquels se produisent d'innombrables escarmouches... La social-démocratie, à une époque où la lutte de classe s'est aggravée jusqu'à la guerre civile, doit se donner pour tâche non seulement de participer à CETTE GUERRE CIVILE, mais d'y jouer un rôle dirigeant ».

Pour Lénine, même dans les cas où il ne s'agissait pas de l'intervention volontariste d'une minorité, mais d'un véritable mouvement de masses venu d'en bas, les escarmouches de la guerre de partisans jouaient leur rôle mais ne remplaçaient pas les grandes batailles de l'insurrection urbaine et l'armement du prolétariat.

Trotsky déclarait en 1937 devant la Commission Dewey:

« En combattant le terrorisme, les intellectuels ont défendu leur droit ou leur devoir de ne point quitter les quartiers ouvriers pour aller creuser des sapes sous les palais du tsar et des grands-ducs.

(...) Dans certaines conditions historiques, le terrorisme peut désorienter le pouvoir. Mais qui tire, en pareil cap parti de la situation ? Ce n'est jamais l'organisation terroriste, ni les masses derrière lesquelles se passe le duel. La bourgeoisie libérale fut toujours, en Russie, sympathique au terrorisme. On voit pourquoi. J'écrivais en 1909: « Le terrorisme ne peut que faire le jeu des libéraux, dans la mesure où il porte la désorganisation et la démoralisation dans les rangs du pouvoir au prix de la désorganisation et de la démoralisation des révolutionnaires...

En révélant la puissance du prolétariat, la révolution de 1905 mit fin au romantisme du combat singulier des petits groupes d'intellectuels contre l'autocratie. »

(Puis en 1911): « L'attentat, même quand il « réussit », porte-t-il le trouble dans les cercles dirigeants ? Cela dépend des circonstances politiques concrètes. En tout cas, il ne saurait être question que d'un trouble de courte durée ( .. ) Mais le trouble que les attentats terroristes portent dans la classe ouvrière est autrement profond. S'il suffit de s'armer d'un revolver pour atteindre le but, à quoi servent donc les efforts de la lutte de classe ? S'il suffit d'un peu de poudre et de plomb pour trouer la tête de l'ennemi, à quoi sert l'organisation de classe ? ( ... ) Le terrorisme individuel est précisément inadmissible à nos yeux parce qu'il rabaisse les masses devant elles-mêmes, les réconcilie avec leur impuissance et oriente leurs regards comme leurs espérances vers le grand vengeur, le libérateur qui . viendra un jour et accomplira son oeuvre ».

La discussion entre les marxistes révolutionnaires russes du début du siècle et ceux qui préconisaient le terrorisme individuel ne portait pas sur des critères moraux au-dessus des classes mais sur le fait que les marxistes révolutionnaires liaient entièrement leur sort à toutes les formes de luttes possibles du prolétariat, mais rien qu'aux luttes du prolétariat.

Quant aux attentats terroristes commis en marge des masses, l'histoire russe montre qu'ils ont toujours été décalés par rapport aux possibilités révolutionnaires réelles des masses elles-mêmes, mais pas toujours dans le sens qu'on croit. A partir du moment où l'organisation du prolétariat a pris son essor, les actions terroristes se situaient bien en deçà des possibilités révolutionnaires des masses.

Lénine, Trotsky et leurs compagnons discutaient du terrorisme individuel pratiqué par une partie de l'intelligentsia russe du début du siècle, bien sûr, et de l'idéologie romantique qui lui était associée. Les révolutions prolétariennes de 1905, 1917, et l'élan révolutionnaire mondial qui a suivi dans les années 20 a relégué un temps la question au second plan. Mais les défaites prolétariennes successives des années 30, puis, après la Deuxième Guerre mondiale, la relégation de la lutte prolétarienne dans le monde pendant plusieurs décennies derrière les différents mouvements nationalistes, a remis la question d'actualité, à une nouvelle échelle.

Aujourd'hui, cette discussion reprend toute son importance au sein du mouvement révolutionnaire.

La politique terroriste est devenue pour une bonne part la politique non pas seulement d'intellectuels isolés et qui justifient ainsi leur isolement et leur désintérêt à l'égard des masses, mais bel et bien la stratégie de prise de pouvoir de la plupart des organisations nationalistes des pays sous-développés, un moyen de se faire reconnaître comme unique interlocuteur auprès de la puissance impérialiste avec qui il s'agit de traiter, voire, quand la situation ne le leur permet pas, un simple moyen de pression pour obtenir une place dans un futur régime de rechange.

Contrairement au terrorisme individuel que combattaient les marxistes au début du siècle, ces organisations nationalistes peuvent être tout-à-fait capables de s'appuyer sur l'énergie des masses paysannes ou même prolétariennes. Mais dans ce cas, c'est toujours pour détourner cette force de ses possibilités véritablement révolutionnaires; pour lui enlever sa puissance de contagion ; pour transformer les masses en simples troupes de manoeuvre au service des intérêts de ces organisations, comme les organisations bourgeoises, soit dit en passant, ont toujours su le faire.

L'armement des travailleurs pour la prise du pouvoir, pour l'exercice du pouvoir, ce n'est pas leur encadrement par des appareils militaires. Le terrorisme d'un appareil minoritaire, plus ou moins petit, plus ou moins puissant, toujours spécialisé, qui pour s'appuyer, durement, sur les masses, n'en est pas moins séparé des masses, menant son propre duel, sa propre guérilla contre le pouvoir en place, rabaisse tout autant les masses devant elles-mêmes, les réconcilient tout autant avec leur impuissance en orientant leurs regards vers le parti libérateur ou « l'armée libératrice » qui viendra un jour et accomplira son oeuvre - pour paraphraser Trotsky - que le terrorisme individuel du début du siècle.

En réalité, le terrorisme des organisations nationalistes, à notre époque, s'avère plus néfaste encore, parce qu'il n'exerce pas seulement une action moralement négative sur les masses, mais dispose d'un appareil militaire suffisant pour faire obstacle, physiquement, à l'organisation et à l'armement des masses elles-mêmes.

Car pour un acte terroriste contre les pouvoirs en place, combien de pressions terroristes, de « mises au pas », de « redressements », de liquidations physiques... en un mot d'authentiques actes terroristes à l'encontre de ceux qui ne marchent pas tout à fait au pas au sein du propre camp dont se réclament les organisations nationalistes ou staliniennes ? Le FLN algérien a physiquement liquidé ses opposants politiques au sein même du mouvement nationaliste, en même temps qu'il menait le combat « terroriste » contre le colonialisme français. Au Vietnam, l'organisation de Ho Chi Minh en a fait tout autant... Et c'est pratiquement la règle dans tous ces mouvements, qu'ils aient réussi ou non à parvenir au pouvoir.

Le terrorisme, comme moyen systématique de combat, c'est-à-dire au bout du compte comme moyen d'intimidation SUR les masses et non comme moyen d'intimidation DES masses sur la minorité des exploiteurs, est une méthode réactionnaire de combat, pas une méthode prolétarienne. En aucun cas, ce terrorisme-là ne peut permettre l'émancipation des opprimés. Tout au plus les prépare-t-il à un assujettissement semblable, quand ce n'est pas pire, dans le cadre étriqué d'un seul pays, subissant la dictature plus ou moins impitoyable d'un régime bonapartiste, appuyé d'un côté sur les masses qui lui ont permis d'accéder au pouvoir, de l'autre sur l'impérialisme qui lui a cédé la gérance politique d'un bout de territoire.

C'est bien pourquoi, y compris dans la lutte armée pour le pouvoir, y compris dans les conditions d'une guerre civile qui représente la forme la plus aiguë de la lutte de classe, les révolutionnaires prolétariens se doivent d'écarter tous les moyens qui détournent le prolétariat de sa propre mission historique, c'est-à-dire tout ce qui peut le détourner de l'internationalisme, tout ce qui peut ôter aux prolétaires la conviction que c'est en définitive au-delà des frontière que se jouera dur sort, et qu'il n'y aura pas un homme libre sur la terre tant qu'il y aura un autre esclave quelque part.

Oui, il y a une frontière de classe entre le combat nationaliste, ses fins et ses moyens, et le nôtre.

Cela fait plusieurs décennies que l'image même de la révolution aux yeux des opprimés de tous les pays a été en grande partie dévoyée par le modèle terroriste que les organisations staliniennes et nationalistes de par le monde ont imprimé au combat contre l'impérialisme. Leur terrorisme s'est toujours au moins autant exercé contre les opprimés que contre l'impérialisme lui-même. Et quand il y a eu victoire du combat nationaliste, les masses ont dû subir alors le terrorisme d'État de leurs nouveaux maîtres.

Alors, il importe, pour le moins, que les trotskystes, eux qui n'ont pas renoncé à lier leur sort à l'émancipation du prolétariat mondial, aient une claire conscience de ce que signifie le combat des opprimés, la violence de masse y compris jusqu'à la lutte armée pour le pouvoir. Ce combat-là, dans son but comme dans ses méthodes, se situe aux antipodes du combat des organisations nationalistes, elles qui n'ont aucun scrupule de classe à ériger le terrorisme en panacée.

C'est bien pourquoi, du point de vue des intérêts du prolétariat, nous ne considérons pas comme plus légitime que le terrorisme des « Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises » (FARL), aussi bien le terrorisme des fédayins palestiniens, celui des nationalistes irlandais, etc. que celui du Parti Communiste Chilien qui a revendiqué entre autres l'attentat conte Pinochet, même si personne n'aurait pleuré sur Pinochet si l'attentat avait réussi.

Et c'est là où notre condamnation du terrorisme se distingue de celle d'autres groupes trotskystes.

Voici par exemple comment l'hebdomadaire Rouge, l'organe de la LCR, s'est exprimé dans son numéro du 11 septembre, quelques jours après les premiers attentats de Paris, celui de la synagogue d'Istambul, et le massacre du Boeing transportant des passagers civils américains à Karachi, et juste après l'attentat manqué contre Pinochet: après avoir dénoncé « cette nouvelle offensive terroriste (qui) constitue une aubaine pour tous les manipulateurs d'opinion... » le rédacteur ajoutait: « il ne faut pas oublier que les opprimés n'ont souvent d'autres possibilités de se faire entendre, de défendre leurs droits que de retourner contre les nantis la violence à laquelle ils sont quotidiennement assujettis (..) Les derniers attentats n'ont rien de commun avec la lutte des Noirs dAfrique du Sud pour mettre bas l'apartheid (..) Qui peut nier la légitimité des actions du « Front Patriotique Manuel Rodriguez » pour se débarrasser de Pinochet ? Qui peut contester aux nationalistes irlandais ou aux fédayins palestiniens le droit de prendre les armes sur leur sol, alors qu'ils sont depuis des décennies, les victimes d'un véritable déni de justice ? »

Il y a là, rassemblées, bien des affirmations discutables et que nous pensons utiles de discuter, justement.

« Qui peut contester aux nationalistes irlandais ou aux fédayins palestiniens le droit de prendre les armes sur leur sol, alors qu'ils sont victimes depuis des décennies d'un véritable deni de justice ? ».

Bien des gens au Liban, dont les terroristes des « FARL » prétendent défendre la cause, sont eux aussi victimes depuis des décennies d'un véritable déni de justice. Et l'argument avancé par Rouge pour se solidariser du terrorisme des fedayin palestiniens, de la guérilla chilienne, des nationalistes irlandais ou des nationalistes noirs d'Afrique du Sud, vaut aussi, au bout du compte, pour les terroristes de ces « Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises » (qui ne sont d'ailleurs que les avatars actuels du terrorisme palestinien des années 70).

Est-ce là le critère? Que nous comprenions que des victimes s'expriment par la violence, c'est une chose. Que nous leur en reconnaissions le droit, ce n'est pas le problème. Nous les approuvons ou non selon que leurs actions servent ou desservent leur propre cause ou celles qu'ils prétendent défendre. Si c'était le prolétariat lui-même qui exerçait cette violence, nous la reconnaîtrions comme légitime, mais nous en contesterions peut-être les moyens. Mais si c'étaient des groupes qui parlaient au nom du prolétariat, nous nous poserions même la question de savoir si les moyens qu'ils utilisent ne les placent pas objectivement (ou volontairement) dans un autre camp.

Dans la phrase citée plus haut, il y a aussi l'expression « prendre les armes sur leur sol ».

Alors là, il faut s'entendre. Ou leur cause est juste, et les moyens - terroristes - justes aussi, pourquoi les limiter à leur sol ? Pourquoi ne leur reconnaître que le droit de mener le combat là où la puissance étrangère exerce son oppression ? Pourquoi ne leur reconnaître que le droit de se défendre et pas celui d'attaquer, y compris au coeur de l'adversaire ?

Nous, ce que nous reprochons aux terroristes qui ont tiré froidement, de façon pas aveugle du tout sur la population parisienne, parmi la plus populaire, la plus humble, composée d'ailleurs en partie d'immigrés, c'est précisément d'employer les mêmes formes d'attentats, que des voitures piégées explosant au milieu du même type de population, à Beyrouth ou dans d'autres villes du Liban.

Nos critères sont des critères de classe : tels moyens correspondent plus à la classe des exploiteurs ou des candidats oppresseurs, qu'à celle des exploités. Mais nous ne leur reprochons pas d'être venus se battre et risquer leur vie au coeur d'une citadelle impérialiste qui les opprime.

Nous ne reprocherons pas aux Palestiniens de ne pas se battre que sur leur sol - les malheureux, ils n'en ont d'ailleurs plus - et de mener la lutte non seulement en Israël, mais à Paris, aux USA, partout où ils le pourront. Nous reprocherons cependant à tel ou tel groupe, prétendant agir au nom du peuple palestinien sans représenter réellement ses véritables intérêts, d'utiliser n'importe quels moyens, des moyens pas appropriés au but revendiqué.

« il ne faut pas oublier que les opprimés n'ont souvent d'autres possibilités de se faire entendre, de défendre leurs droits, que de retourner contre les nantis la violence à laquelle ils sont quotidiennement assujettis ».

Très juste, nous sommes là-dessus tien d'accord. Mais quelle violence, de la part de qui, à quel moment, de quelle façon, contre qui? Voilà tout ce qui doit se discuter concrètement, face à l'utilisation systématique du terrorisme et de l'action militaire ou para-militaire par des organisations nationalistes qui ne veulent rien moins que l'émancipation de leur peuple.

Est-ce que ce sont les opprimés eux-mêmes qui utilisent la violence? Ou est-ce que ce sont des gens qui, comme les terroristes russes, agissent au nom du prolétariat, mais sans lui, et qui comme l'écrivait Trotsky, font en fait le jeu de la bourgeoisie libérale russe de l'époque? Voilà la question.

Dans le pamphlet Leur morale et la nôtre, de Trotsky que nous avons déjà cité, Trotsky reprenait à son compte ces vers de Lassalle:

« Ne montre pas seulement le but, Montre aussi le chemin, Car le but et le chemin sont tellement unis Que l'un change avec l'autre et se meurt avec lui, Et qu'un nouveau chemin révèle un autre but. »

« L'interdépendance de la fin et des moyens est bien exprimée dans ces quatre vers » commentait Trotsky qui ajoutait: « Le terrorisme individuel par exemple est-il ou non admissible du point de vue de la « morale pure » ? Sous cette forme abstraite, la question n'a aucun sens, pour nous. Les bourgeois conservateurs suisses décernent encore des éloges officiels au terroriste Guillaume Tell. Nos sympathies vont sans réserve aux terroristes irlandais, russes, polonais, hindous, dans leur lutte contre l'oppression politique et nationale. Kirov, satrape brutal, ne suscite en nous aucune compassion. Nous ne demeurons neutres vis-à-vis de celui qui l'a tué que parce que nous ignorons ses mobiles. Si nous apprenions que Nikolaev a frappé consciemment, dans le dessein de venger les ouvriers dont Kirov piétinait les droits, nos sympathies iraient sans réserve au terroriste. Mais ce qui décide à nos yeux, ce n'est pas le mobile subjectif, c'est l'utilité objective. Tel moyen peut-il nous mener au but? Pour le terrorisme individuel, la théorie et l'expérience attestent le contraire. Nous disons au terroriste: « Il n'est pas possible de remplacer les masses ; ton héroïsme ne trouverait à s'appliquer utilement qu'au sein d'un mouvement de masses ». Dans les conditions d'une guerre civile, l'assassinat de certains oppresseurs cesse d'être du terrorisme individuel. Si un révolutionnaire faisait sauter le général Franco et son état-major, on peut douter que cet acte puisse susciter l'indignation morale, même chez les eunuques de la démocratie. En temps de guerre civile, un acte de ce genre serait politiquement tout à fait efficace. »

Alors, que notre sympathie aille sans réserve à ceux qui combattent l'impérialisme britannique en Irlande, l'oppression de l'État d'Israël en Palestine, le joug de Pinochet au Chili, et l'apartheid en Afrique du Sud, c'est certain. Reste à apprécier dans chaque cas « l'utilité objective » de ces actions terroristes pour les masses opprimées au nom desquelles elles sont engagées.

Certes, comme dit Rouge en substance, les opprimés n'ont d'autre choix que de retourner contre les nantis la violence à laquelle ils sont quotidiennement assujettis. Mais il y a plusieurs façons de retourner cette violence, des façons plus ou moins conscientes, plus ou moins utiles pour l'avenir du combat engagé, plus ou moins efficaces en vue de l'émancipation des opprimés.

Car la violence révolutionnaire des opprimés, fondamentalement, puise à d'autres sources que la violence des oppresseurs. Elle naît de la confiance irréductible en la force des masses, non de la défiance envers les masses. Bien sûr, Trotsky disait aussi « il arrive que des classes différentes, usent, à des fins différentes, de moyens analogues ( ... ). S'il n'y avait rien de commun dans les méthodes de lutte, elles ne pourraient se porter de coups » . Notez bien toutefois la prudence de Trotsky : « il arrive » que les moyens soient « analogues ». Mais y compris, surtout dans la guerre civile, les opprimés ne peuvent pas vaincre en se contentant d'adopter les règles et les méthodes de l'ennemi. Même dans le cadre d'une guerre civile, un parti prolétarien se doit de subordonner avant tout les méthodes militaires aux méthodes politiques de la révolution. Ça a toujours été le point de vue de Trotsky à la tête de l'Armée Rouge, y compris dans les moments apparemment les plus désespérés. C'est ce qui a permis à l'Armée Rouge de l'emporter en Russie contre les armées blanches équipées par les différentes puissances impérialistes européennes. Et c'est au contraire d'avoir renoncé à la révolution au nom des prétendus impératifs de la guerre civile, qui a fait qu'en Espagne le camp « républicain » a été écrasé par Franco. Les armes envoyées par Staline n'ont rien empêché...

Alors, même dans le cadre d'une guerre civile (et rappelons une fois encore qu'à la décharge en quelque sorte des terroristes qui revendiquent la libération de Georges Ibrahim Abdallah, ils agissent eux aussi dans les conditions d'une guerre civile, celle du Liban), il est non seulement légitime, mais indispensable, pour des révolutionnaires prolétariens, de se défier des organisations qui privilégient le terrorisme en tant que méthode de combat, et qui plus généralement subordonnent les méthodes de la révolution sociale aux méthodes militaires.

Car il ne suffit pas, pour des révolutionnaires prolétariens, de choisir leur camp entre l'impérialisme et la lutte d'organisations nationalistes ou staliniennes dans les pays pauvres. Il ne suffit pas de reconnaître « le droit » aux nationalistes irlandais, palestiniens, ou aux staliniens chiliens, de combattre, à leur façon, l'impérialisme ou la dictature à laquelle ils sont en butte. Si le rôle des révolutionnaires prolétariens se limitait à cela, on se demande ce qui légitimerait l'existence d'organisations trotskystes indépendantes. Choisir son camp entre deux camps qui ne sont pas les nôtres ne suffit pas. Encore faut-il que les révolutionnaires pour qui le marxisme a encore un sens, reconnaissent au prolétariat le droit, plus exactement le devoir, de mener son combat en toute indépendance, avec ses moyens propres. Des moyens qui, à un moment donné, supposent inévitablement la lutte violente et la lutte armée, mais des moyens toujours démocratiques par rapport aux masses elles-mêmes engagées dans la lutte. Et ce combat n'est pas celui des différentes organisations nationalistes ou staliniennes et de leurs appareils terroristes.

De la même façon, en Afrique du Sud, puisque Rouge donne aussi cet exemple, il ne suffit pas que la lutte contre l'apartheid soit légitime pour qu'elle débouche sur la révolution socialiste et non sur un nouveau piège dictatorial qui se refermera sur les masses noires, comme le Zimbabwe, tout à côté, en a donné l'exemple.

Alors, bien sûr, c'est bel et bien la guerre civile qui a commencé en Afrique du Sud, entre les masses noires et le pouvoir blanc. Et en ce qui concerne les conditions de la guerre civile, on l'a vu à plusieurs reprises dans les différents textes que nous avons cités, Trotsky, comme Lénine avant lui ont fait une exception, et considèrent que le terrorisme, en tant qu'acte de guerre parmi bien d'autres, peut avoir sa propre utilité politique, sans que pour autant, même dans ces conditions, ils en aient jamais fait une forme de lutte systématique. Mais qu'est-ce qui est permis ou ne l'est pas en la circonstance? « Il ne saurait y avoir pareilles réponses automatiques » disait donc Trotsky en ajoutant aussitôt : « Les questions de stratégie et de tactique révolutionnaire se confondent avec les problèmes de la morale révolutionnaire ».

Or, précisément, à commencer par tous ces pays où l'épreuve de force est engagée ente les masses et le pouvoir en place, c'est sur la stratégie et la tactique révolutionnaires qu'il y a un fossé entre la politique menée par les organisations nationalistes et la politique que devrait mener un parti révolutionnaire prolétarien.

Oui, très certainement, une forme de terrorisme pratiquée par les masses noires, la jeunesse noire, dans les townships d'Afrique du Sud est non seulement légitime mais nécessaire dans la prise de conscience des masses noires de la nécessité de passer à la lutte armée contre le régime d'apartheid. Et dans un premier temps, c'est sans doute l'une des seules formes de lutte armée possible, dans la mesure où le rapport des forces est encore écrasant contre les Noirs.

Mais il reste à démontrer qu'en Afrique du Sud les dirigeants nationalistes du mouvement noir « travaillent à préparer des formes de violence incluant la participation immédiate des masses et assurant cette participation », comme aurait dit Lénine en 1902, et non pas à mettre sur pied un appareil militaire et gouvernemental destiné à exercer leur propre dictature sur les masses...

Alors, même en Afrique du Sud, la rédaction de Rouge n'est-elle pas en train de justifier, sous la légitimité de la révolte de la population noire, même si elle s'accompagne de violences, l'action de groupes militaires qui veulent certes supprimer ou réduire le pouvoir blanc, mais certainement pas pour le remplacer par un pouvoir de tout le peuple noir. S'ils agissent par ces méthodes et ces moyens, c'est pour constituer à l'avance une organisation politico-militaire, plus militaire que politique, qui puisse exercer le pouvoir sur le peuple noir, même si c'est au nom d'une nation noire.

De même quand Rouge écrit « qui peut nier la légitimité des actions armées du « Front Patriotique Manuel Rodriguez » pour se débarrasser de Pinochet ? ».

Bien sûr, personne de par le monde n'aurait pleuré Pinochet si les auteurs de l'attentat qui le visait ne l'avaient pas, malheureusement, - bien sûr, nous le pensons - raté.

Mais la « légitimité » envers qui? C'est là que cela se discute. Envers Pinochet? Pas de problème. Mais avec les prolétaires chiliens qui se battent, ou plus exactement qui se font massacrer avec courage et abnégation, c'est un autre problème.

L'utilisation du terrorisme, de l'action armée, n'est pas un gage d'appartenance au camp du prolétariat. On peut être partisan d'une révolution violente, sans être un révolutionnaire prolétarien pour autant (c'est-à-dire, sans vouloir, sans faire en sorte d'armer le prolétariat, moralement et physiquement) et tout faire pour diminuer « la confiance des masses en elles-mêmes et leur organisation en y substituant l'adoration des chefs ». Et la politique du Parti Communiste Chilien est un tout, elle, elle ne se juge pas sur un acte séparé du reste de sa politique. Au contraire on juge de chaque acte séparé en fonction de la politique globale.

Et donc tout le problème est celui de la caution apportée (involontairement, certes, mais en politique les excuses ne servent à rien) par Rouge... à la politique des staliniens au Chili, et tient en ces quelques lignes.

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