La Quatrième Internationale voit, au Chili, la bourgeoisie au pouvoir et la classe ouvrière au gouvernement01/05/19731973Lutte de Classe/static/common/img/ldc-min.jpg

La Quatrième Internationale voit, au Chili, la bourgeoisie au pouvoir et la classe ouvrière au gouvernement

« L'expérience chilienne », la « voie chilienne vers le socialisme » fournissent aujourd'hui, dans la gauche et l'extrême gauche, matière à de nombreuses spéculations. Qu'ils y voient, comme les staliniens, une illustration de leur stratégie de « marche parlementaire vers le socialisme », ou bien, comme le PSU et l'Alliance Marxiste Révolutionnaire, la préfiguration du « socialisme autogestionnaire » qu'ils préconisent, la « révolution dans la légalité » qu'aurait entreprise au Chili Salvador Allende et la coalition d'Unité Populaire, est d'ores et déjà devenue un point de référence pour un certain nombre de militants, pas seulement dans les rangs des réformistes traditionnels.

Et, lorsque ces militants expriment des réserves, ce n'est le plus souvent pas tant sur le fond de la politique de « l'Unité Populaire » que sur le problème des méthodes utilisées par elle. On reproche seulement à Allende de ne pas préparer les masses chiliennes, autant qu'il le faudrait, à « l'affrontement inévitable ». On assigne alors aux masses populaires la tâche d'entraîner plus loin « I'Unité Populaire », de la forcer à faire passer dans les faits ses promesses de « construction du socialisme ».

C'est ainsi que la Ligue Communiste - Section Française de la Quatrième Internationale (Secrétariat unifié) - affirmant que la « lutte armée » est la seule voie révolutionnaire pour l'Amérique latine, ajoute à propos du Chili :

« Le cas du Chili, abusivement présenté par les réformistes de tout poil comme un modèle de « voie pacifique », n'infirme nullement cette prémisse. Les partis ouvriers et petits-bourgeois rassemblés dans l'Unité Populaire se trouvent au gouvernement mais non au pouvoir. Le pouvoir économique, la grande presse, l'appareil répressif d'État, l'appareil judiciaire et la bureaucratie sont toujours aux mains de la bourgeoisie et ne pourront lui être arrachés que par un affrontement violent. Les secteurs révolutionnaires de la gauche du Chili en sont d'ailleurs pleinement conscients et se préparent activement à l'épreuve de force, laquelle est inévitable si le gouvernement Allende essaie réellement d'appliquer son programme de « commencement de la construction du socialisme au Chili ».

Ainsi, pour ces camarades, la bourgeoisie serait d'ores et déjà, au Chili, dépossédée du gouvernement puisque les partis « ouvriers et petits-bourgeois » s'y trouvent. Et l'auteur de la brochure se trouve obligé d'ajouter, pour que ne soit pas mise en défaut son affirmation suivant laquelle seule la lutte armée ouvre en Amérique latine une voie révolutionnaire, que Allende se trouve au gouvernement les mains liées, et ne peut rien faire puisque la bourgeoisie disposant encore du pouvoir, le boycotte. En somme, Allende n'aurait qu'un défaut, celui de ne pas se donner les moyens de « l'épreuve de force » avec la bourgeoisie. Tout irait mieux donc si Allende utilisait les méthodes de la « lutte armée ». Et, par une heureuse division du travail, les « secteurs révolutionnaires de la gauche du Chili » s'apprêtent à l'appuyer par de telles méthodes afin de l'aider à « commencer la construction du socialisme ». Car l'auteur de la brochure, ne va pas jusqu'à mettre en cause les intentions de Salvador Allende de « construire le socialisme ». Il reste donc aux révolutionnaires chiliens, si l'on comprend bien, à appuyer par leurs moyens propres ce gouvernement « dont la bourgeoisie a été dépossédée ». Pourquoi l'auteur de la brochure ne va-t-il pas jusqu'à caractériser la nature de classe de ce gouvernement d'un genre spécial ? Est-ce donc, puisque ce n'est plus un gouvernement bourgeois, un « gouvernement ouvrier » ? Les réformistes tels qu'Allende ne représentent-ils pas les intérêts de la bourgeoisie ? Ne sont-ils plus les agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier ?

D'une façon tout-à-fait analogue, la Ligue Communiste analysait récemment l'Union de la Gauche française comme une « alternative réformiste globale du mouvement ouvrier traditionnel ». Un vote pour l'Union de la Gauche devenait en conséquence un « vote de classe ». Cela relève naturellement du même type d'analyse : puisque les partis de ces coalitions (Union de la Gauche ou Unité Populaire) sont des « partis ouvriers », ils représentent les intérêts de la classe ouvrière, même s'ils ont le tort de n'employer que des méthodes « réformistes » !

Le terme de « réformiste » ainsi utilisé, tant dans le cas de l'Unité Populaire chilienne que dans celui de l'Union de la Gauche française, ne fait qu'esquiver la caractérisation de la politique de classe de ces coalitions. Un Mitterrand ou un Allende ne cherchent rien d'autre qu'à devenir de loyaux gérants des intérêts de la bourgeoisie. Et c'est pourquoi, Salvador Allende se trouvant pour sa part effectivement au pouvoir, il est intéressant d'étudier la véritable nature de la politique suivie qui est bien, fondamentalement, une politique bourgeoise, sur laquelle les révolutionnaires se doivent de n'entretenir aucune équivoque, pas seulement quant aux méthodes utilisées (voie électorale ou lutte armée), mais bien quant aux buts.

Car il ne suffit tout de même pas que allende - ou mitterrand - se pare du qualificatif de « socialiste » pour caractériser par ce terme sa tentative. le « socialisme » est aujourd'hui revendiqué par les régimes les plus divers, allant de ceux du colonel boumedienne en algérie ou de anouar el sadate en egypte, aux démocraties populaires d'europe de l'est. dans la plupart des cas - sauf celui des démocraties populaires - il s'agit d'une politique cherchant dans des pays sous-développés à soustraire quelque peu la bourgeoisie nationale à la concurrence de l'impérialisme, et à tenter de développer, à l'initiative et sous le contrôle direct de l'etat, les bases d'une grande industrie. cette intervention de l'etat n'est pas le privilège des pays sous-développés. la plupart des etats impérialistes y ont constamment recours, de façon directe ou indirecte, pour soutenir l'économie capitaliste défaillante. mais elle prend toute son importance dans des pays sous-développés où la fragilité de l'économie et la faiblesse de la bourgeoisie nationale, font de l'etat la seule force susceptible d'impulser le développement, et de tenter de jeter les bases d'une économie capitaliste au sens occidental.

La politique de la coalition d'Unité Populaire de Salvador Allende offre l'originalité de se dérouler dans le cadre d'institutions parlementaires « à l'occidentale », léguées par les traditions politiques du Chili. Mais elle ne diffère en rien, quant au fond, de ces expériences.

Le Chili est, avant tout, un pays sous-développé. Son économie en porte tous les stigmates. La principale industrie chilienne est l'extraction du cuivre, dont le pays recèle d'importants gisements. L'exportation de ce minerai vers les métropoles impérialistes fournit 80 % des rentrées de devises du pays. C'est dire que toute l'économie chilienne est suspendue à la vente du cuivre à l'extérieur. Et, comme pour tous les pays sous-développés, exportateurs de matières premières, ce simple fait implique une situation de dépendance totale par rapport au marché impérialiste. L'économie du Chili ne peut que suivre le rythme du cours mondial du cuivre, oscillant d'une situation relativement prospère lorsque les cours sont favorables, à une situation de crise lorsque la conjoncture mondiale entraîne leur baisse. De plus, jusqu'à 1966, 90 % de la production minière du Chili se trouvaient aux mains de firmes nord-américaines, fait qui accentuait encore la dépendance de l'économie, d'autant que le contrôle des capitaux impérialistes sur l'économie ne s'arrête pas aux secteurs miniers. Il n'est guère d'entreprise un tant soit peu importante qui ne dépende d'eux d'une façon ou d'une autre. Et c'est toute la bourgeoisie chilienne qui est réduite à une situation de simple intermédiaire, et vit des miettes que les trusts US veulent bien laisser au Chili.

Sur le plan agricole, le Chili possède les mêmes caractéristiques de pays sous-développé. La grande propriété latifundiaire, à faible niveau de productivité, y prédomine. Les inquilinos, employés des grands propriétaires, connaissent une situation proche du servage. En paiement de leur travail sur les terres du propriétaire, celui-ci leur accorde une petite parcelle (minifundio) ou d'autres paiements en nature. L'inquilino s'engage à rester sur place durant toute l'année agricole.

A cette catégorie de paysans sans terre, il faut ajouter les simples ouvriers agricoles, afuerinos et voluntarios - encore plus défavorisés puisqu'aucun contrat ne leur garantit la subsistance - ainsi qu'une couche restreinte de petits propriétaires.

Une telle situation entraîne des conditions de vie misérables pour la population des campagnes. La masse des travailleurs agricoles, tout en représentant 29 % de la population active, ne reçoit que 4,1 % du revenu national. La plupart des paysans ne mangent un peu de viande qu'une fois par semaine. Enfin, cette situation de la paysannerie entraîne la faiblesse et la stagnation de l'agriculture. Les latifundios produisent peu, tandis que les petits exploitants manquent de terres, de crédits et de capitaux pour faire fructifier leur parcelle

Dans le cadre de « l'Alliance pour le progrès » américaine, c'est le démocrate-chrétien Eduardo Frei, élu en 1964 en promettant « la révolution dans la liberté » qui mit le premier en chantier une timide réforme agraire. « L'Alliance pour le progrès », opération lancée en 1961 par John Kennedy, se présentait comme un défi lancé au « castrisme ». En particulier, elle préconisait la réforme agraire comme moyen de créer en Amérique latine une couche de moyens propriétaires, liés au marché capitaliste, lui offrant un débouché et formant, de plus, une couche sociale attachée aux régimes en place, rempart stable de l'ordre bourgeois.

On sait ce qu'il est advenu de ces belles intentions. « L'Alliance pour le progrès » latino-américaine a montré qu'elle n'envisageait nullement de transformer les structures sociales. Elle est une simple couverture de l'intervention de l'impérialisme US en Amérique latine, de sa domination économique et de son « aide » militaire. N'ayant d'autre appui social que les oligarchies au pouvoir, l'impérialisme US n'a pas le moins du monde heurté leurs intérêts propres. Il a, au contraire, prêté toute son assistance militaire et économique pour maintenir des régimes dictatoriaux, sanguinaires et corrompus contre toute une population misérable. « L'Alliance pour le progrès » n'a été qu'un mot nouveau pour la sainte alliance de l'impérialisme américain, de ses flics et « conseillers spéciaux », dont un Dan Mitrione fournit l'image la plus fidèle, et des couches dirigeantes latino-américaines qui n'envisagent l'avenir que sous cette haute protection.

Au Chili, en particulier, la réforme agraire d'Eduardo Frei est restée lettre morte. C'est que, s'il serait conforme aux intérêts de la bourgeoisie chilienne de disposer d'une telle couche de moyens propriétaires liés au marché capitaliste, fournissant un large débouché permettant le développement industriel, il n'est pas question de se heurter aux structures sociales existantes, dans lesquelles la marge de manœuvre est étroite. Refusant de se heurter aux grands propriétaires d'une part, s'attachant à éviter tout débordement par les masses paysannes d'autre part, réprimant par la force toutes les occupations de terres par lesquelles les paysans montraient qu'ils prenaient au sérieux les promesses faites, le gouvernement d'Eduardo Frei a bien vite montré que la « révolution dans la liberté » n'aboutissait qu'au maintien pur et simple de l'ordre existant.

De la même façon, le programme de la Démocratie Chrétienne comportait, en matière industrielle, la nationalisation des mines de cuivre. Ce point ne connut même pas un début de réalisation. En définitive, Eduardo Frei céda le pouvoir à Salvador Allende, candidat de « I'Unité Populaire » qui fui élu aux élections présidentielles de septembre 1970, avec 36,3 % des suffrages exprimés.

La politique dite « socialiste » du « camarade Président », comme Allende lui-même aime se faire nommer, ne diffère guère sur le fond de la « révolution dans la liberté » d'Eduardo Frei. Il promet simplement d'accélérer la réforme agraire, et de nationaliser une large part de l'industrie sous domination de capitaux impérialistes. Il s'agit, au fond, de réaliser ce que Frei avait promis sans le faire.

Le programme d'Allende est un programme de réformes bourgeoises. Allende propose à la bourgeoisie de s'engager effectivement dans la voie étroite d'un développement national un peu moins dépendant du bon vouloir des États-Unis. En préconisant, lui aussi, « la révolution dans la légalité », il s'emploie à rassurer les classes possédantes en leur promettant qu'il s'emploiera à contenir les couches populaires dans le cadre de son programme bourgeois. A tout prendre, cette promesse est plus susceptible d'inspirer confiance à la bourgeoisie que la même faite par Eduardo Frei. Allende dispose du soutien des partis de gauche. et donc d'un capital de confiance auprès des classes populaires, qui doit lui permettre de les contenir.

Tels sont les arguments qu'Allende développe auprès des classes dominantes lorsque, après son élection, un début de panique se fait jour dans les milieux financiers. Et, s'il reste au pouvoir, s'il obtient le soutien ou la neutralité bienveillante des forces armées, c'est finalement parce que la bourgeoisie chilienne choisit de tenter l'expérience. Comme l'indique le vote du congrès qui décide son investiture par 153 voix contre 36.

D'ailleurs si Allende, minoritaire dans le pays mais aussi au Parlement, a pu gouverner depuis lors, c'est bien grâce au soutien ou à la neutralité des partis de droite. Il faut voir au-delà de la démagogie de ces partis qui, tout en entretenant une agitation contre Allende, laquelle leur permet de gagner du crédit auprès des couches sociales que la politique de « I'Unité Populaire » mécontente, savent très bien s'aligner lorsque les intérêts nationaux, c'est-à-dire les intérêts de la bourgeoisie chilienne, commandent. C'est ainsi que la nationalisation des mines de cuivre est acquise par un vote unanime du congrès, Parti National (c'est-à-dire l'extrême droite) compris.

C'est qu'une telle nationalisation est en fait une des seules cartes que peut jouer la bourgeoisie chilienne pour tenter de promouvoir un développement national moins dépendant des intérêts impérialistes. c'est chaque année des centaines de millions de dollars qui s'évadent du chili, avec les bénéfices tirés par les compagnies américaines de l'extraction du cuivre. avec la nationalisation du cuivre, ces bénéfices pourront être réinvestis sur place, et non plus aux etats-unis. en s'assurant ainsi des rentrées de devises supplémentaires, le gouvernement chilien pense disposer d'un puissant moyen de restructurer l'économie entre les mains de l'etat, de rembourser la dette extérieure, d'impulser par cet argent frais le développement capitaliste, à travers un plan rationnel d'investissements.

Le programme de l'Unité Populaire est à ce sujet particulièrement instructif. Il prévoit la formation d'un important secteur d'État comprenant :

« Les grandes mines de cuivre, salpêtre, iode, fer et charbon.

L'appareil financier du pays, en particulier les banques et les assurances.

Le Commerce extérieur.

Les grandes entreprises et monopoles de distribution.

Les monopoles industriels stratégiques.

Toutes les activités en général qui conditionnent le développement économique et social du pays : énergie électrique, transports, communications, Pétrole, sidérurgie, ciments, pétrochimie, cellulose, papier » .

Mais, précise également le programme de l'Unité Populaire :

« Les entreprises du secteur privé seront majoritaires en nombre. Ainsi en 1967, sur les 30 500 industries seulement quelque 160 contrôlaient sous forme de monopole tous les marchés, en concentrant l'aide de l'État, le crédit bancaire et en exploitant les autres entrepreneurs privés du pays en leur vendant à prix fort la matière première et en leur rachetant à bas prix les produits finis.

Les entreprises englobées dans ce secteur seront avantagées par la clarification générale de l'économie nationale. L'État leur fournira les assistances financières et techniques nécessaires afin qu'elles puissent remplir l'importante fonction qui est la leur. »

La philosophie de l'unité populaire est donc claire en matière économique : impulser le développement capitaliste national grâce au secteur étatique et aux devises récupérées par nationalisation des biens impérialistes. dans le domaine agricole, il s'agit, par une réforme agraire bien contrôlée, d'impulser le développement agricole par la formation systématique de coopératives de commercialisation et l'ouverture de crédits d'etat. il faut être naïf pour voir là « le commencement de la construction du socialisme au chili », comme l'affirme allende. il s'agit d'une politique étatique menée par les gouvernements bourgeois dans de nombreuses circonstances. dans les pays impérialistes cette politique vise à soutenir par la béquille étatique un capitalisme à bout de course. dans les pays sous-développés comme le chili, il s'agit d'utiliser les moyens étatiques pour tenter de jeter les bases d'une industrie capitaliste permettant à la bourgeoisie nationale de sortir de son anémie.

Tel est le programme de Salvador Allende. Il ne diffère pas tant, quant au fond, du Programme d'Eduardo Frei. La différence réside surtout en ceci qu'Allende a su jouer de son influence sur les classes populaires pour imposer certaines concessions aux oligarchies et à l'impérialisme, auxquels Frei ne voulait pas toucher. Et si cela constitue une différence politique notable, ce n'est pas une différence de nature sociale. Peron, en Argentine, après les dirigeants mexicains, en fit autant.

Mais la voie d'Allende est étroite, pour une raison de fond : à l'époque de l'impérialisme triomphant, la voie du développement capitaliste national est bouchée. C'est pourquoi les difficultés sont nombreuses. Chaque miette reprise à l'impérialisme fait l'objet d'un long marchandage, et Allende n'est toléré par les États-Unis que parce qu'il accepte de composer. Le rachat des biens impérialistes pèse sur les finances du pays, ce qui se traduit par une inflation importante. La chute des cours mondiaux du cuivre réduit les rentrées de devises, manifestant ainsi que le Chili reste dépendant, par ses ventes, du marché capitaliste mondial.

Aussi, dans une situation où les classes populaires s'irritent de ne pas voir les promesses de mieux-être se traduire dans les faits, Allende doit-il démontrer à la bourgeoisie qu'il est capable de les contenir et, s'il le faut, de les réprimer. Aussi a-t-on vu maintes fois les forces de police intervenir contre les occupations « illégales » de terres par les paysans. En promettant le respect absolu de la légalité, Allende s'engage devant les classes dominantes à contenir, dans les limites qu'il fixe, les classes populaires sur lesquelles il s'appuie contre l'impérialisme.

Aussi, dans cette situation de crise, une évolution bonapartiste du régime chilien est-elle inévitable. Cherchant une voie étroite entre l'impérialisme et les classes populaires, en butte aux assauts d'une droite préparant l'alternative de son propre retour au pouvoir, Allende cherche, dans le soutien des forces armées, une garantie stable pour sa politique. C'est ce qu'illustre la récente entrée au gouvernement d'un certain nombre de militaires. Le fait éclaire singulièrement le caractère anti-populaire de... l'Unité Populaire. Et la seule inconnue de la situation politique actuelle est de savoir si Allende saura contenir jusqu'au bout de son mandat - ou éventuellement d'un autre - les couches populaires, ou s'il devra faire place pour cette tâche à un gouvernement menant une répression ouverte, sans s'embarrasser de verbiage « socialiste », une dictature militaire par exemple.

La classe ouvrière et la paysannerie pauvre du Chili, enchaînées par les partis de gauche au char du développement national, ne peuvent que rencontrer d'amères désillusions. De la France au Chili, la politique que proposent les réformistes n'est rien d'autre que la défense des intérêts de la bourgeoisie.

La classe ouvrière doit reconnaître un Allende ou un Mitterrand pour ce qu'ils sont : des ennemis de classe, et pas des « réformistes » pleins de bonnes intentions ne se donnant pas les moyens de les faire passer dans les faits, qui seraient « au gouvernement » et non « au pouvoir ».

Allende est bien au pouvoir. Il agit effectivement. Mais ce sont les intérêts de sa classe, la bourgeoisie, qu'il défend. Et il ne prépare à la classe ouvrière que des désillusions s'il ne fait pas le lit de la dictature militaire.

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