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Petite Europe

 

La session d'hiver du « Parlement » de Strasbourg, assemblée consultative de l'Europe des Six vient de se tenir du 17 au 24 janvier. Elle devait traiter de la « relance politique de l'Europe » et de la « politique agricole commune », sujets maintes fois abordés parce qu'autant de fois non résolus.

Dès la fin la Deuxième Guerre mondiale la nécessité de créer en Europe un vaste marché non cloisonné par les barrières nationales était posée. Ce sont les États Unis qui relancèrent pratiquement ce problème en créant en juin 1947 dans le cadre du plan Marshall, l'OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique) qui devait supprimer progressivement les « contingentements », c'est à dire les restrictions quantitatives aux importations, qui sont un moyen de protection venant s'ajouter aux douanes et aux impôts sur les produits importés.

Cependant, si les États-Unis intervenaient ainsi c'est que le morcellement de l'Europe, son cloisonnement, les obligeaient à intervenir auprès des différents pays pour soutenir leurs économies chancelantes et aussi parce que c'était pour eux s'ouvrir plus facilement le marché européen.

L'idée de l'unification de l'Europe était reprise par différents hommes politiques mais surtout par la social-démocratie dignes représentants de la politique américaine, depuis la fin de la première guerre. On vit alors la création d'une série de formations se réclamant de l'Europe : « Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe », « Union Européenne des fédéralistes », « Conseil des communes d'Europe » « Mouvement Européen », « Le Comité de Vigilance pour l'Europe », etc., etc.

A défaut d'entente Européenne, les États passaient péniblement des traités de pays à pays. En 1948 entrait en vigueur le Benelux, union douanière entre la Belgique, les Pays-bas et le Luxembourg qui permit à ces pays d'éviter la paralysie de leurs économies mais qui ne se traduisit pas par une progression économique, on le voit aujourd'hui avec la crise belge. ( La progression de la production belge est une des plus faibles d'Europe).

La recherche de l'union douanière franco-italienne à partir de 1947, aboutissait en 1949 à un traité signé qui fut rapidement abandonné, les deux économies étant la plupart du temps concurrentes et non complémentaires.

Le Conseil de l'Europe créé en 1949 sous l'impulsion des États-Unis et visiblement pour essayer de réagir contre ces traités limités ne put cependant que constater les dissensions des 15 pays européens participant à l'assemblée consultative de Strasbourg. Toujours dans le même but, les États-Unis imposèrent en juillet 1950, l'Union Européenne des Paiements (U.E.P.) organisant dans le domaine des règlements monétaires une compensation multilatérale prévoyant l'octroi de crédits aux pays débiteurs, ce qui facilitait malgré tout les échanges qui étaient paralysés, lorsqu'ils s'avéraient possibles, par des questions monétaires.

N'arrivant pas à régler, la question de la communauté politique européenne, les États restant intouchables, les animateurs de cette Europe se tournèrent vers des essais d'ententes économiques plus limités quant aux objectifs et aux participants.

En 1950, Robert. Schumann proposait le Pool Charbon-Acier et les idées de pool vert(agricole), blanc(santé), étaient lancées. En 1952, entrait en vigueur le traité instituant la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) traité signé par la France, l'Allemagne, 1' Italie et les trois pays du Benelux.

En juin 1955, les ministres des affaires étrangères des six pays de la C..E.C.A. se réunissaient et relançaient, dans un mémorandum l'idée d'une communauté européenne économique et un traité fut signé à Rome le 25 mars 1957, connu sous le nom du Marché Commun avec pour objectif, douze ans après la fin de la guerre... la suppression des droits de douane et des contingentements entre les six pays afin de favoriser les échanges. Prudents, les auteurs du traité prévoient que sa réalisation demandera 12 à 15 ans.

Aussi la question, se pose : le capitalisme peut-il créer un marché concurrentiel à l'échelle de l'Europe ce qui donnerait un essor considérable à son économie et en ferait une des toutes premières puissances mondiales ? (Rappelons que l'Europe considérée est amputée des pays passés sous le régime des démocraties populaires, ce qui réduit déjà son espace).

En fait, nous assistons depuis quinze ans à de grandes discussions en la matière et auparavant, Hitler qui prônait l'« Ordre Nouveau Européen » après Wilson n'avait su, alors qu'il occupait quasi toute l'Europe, qu' écraser les différents pays et dresser des barrières devenues autant de murailles de Chine.

De nos jours où il s'agit d'une entente sur la base d'une stricte égalité entre les pays participants l'économie ne s'harmonise guère plus guère plus. Ne sont prêts à abaisser leurs barrières douanières ou supprimer les contingentements que ceux qui se sentent les plus forts et capables d'écraser le concurrent. Dans ce sens, chaque trust qui est né à l'abri des barrières douanières dressées par un État à son service continuera à se servir de cet État pour se survivre même et surtout si économiquement il n'est pas concurrentiel. L'État qui est au service des trusts ne pourra que les défendre. Car si le raisonnement théorique amène à conclure que le marché européen doit être entièrement concurrentiel et que cela sera du plus grand profit pour le capitalisme en général, le capitaliste en particulier qui existe bien, lui, n'en a cure et n'a aucune raison de se suicider au nom des intérêts généraux du capitalisme. Aussi peut-être verrons-nous l'abaissement des tarifs douaniers ou la diminution des contingentements, mais jamais une véritable unification européenne.

Les ententes commerciales se font, dans le cadre du jeu normal des accords capitalistes et de l'expansion de l'économie. (Juste avant qu'éclate la guerre de 1939 une Entente charbon acier entre la France et l'Allemagne venait de se faire sur des bases très « intégrées » ) et n'ont rien de progressif.

Si la presse socialiste présente le traité capitaliste du Marché Commun, ainsi que les autres formes d'union européenne comme la panacée qui nous donnera un niveau de vie égal à celui des Américains, la presse communiste la présente comme étant spécialement responsable du chômage et de la baisse du pouvoir d'achat.

En fait, les barrières douanières n'ont jamais protégé les travailleurs contre le bas niveau de vie des ouvriers des pays voisins. Dans ce domaine là il n'y a pas de frontières pour l'exploitation capitaliste. Les chômeurs italiens ou nord-africains font autant pression sur les salaires français que les chômeurs français l'ont fait sur les salaires d'autres pays.

Les frontières et les barrières douanières ne protègent que les capitalistes. Ce n'est pas les travailleurs qui ont intérêt à les soutenir.

L'avenir est aux grandes entreprises produisant beaucoup et à bon marché. Cela ne peut se faire que dans une Europe unifiée, mais cette Europe ne peut exister sans la suppression du capitalisme et cela ce sera l'oeuvre des travailleurs de ces pays. Les seuls États-unis européens possibles seront socialistes.

 

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