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Novembre 38

La « grève générale » de novembre 1938 est le dernier soubresaut avant la guerre mondiale du souffle gréviste qui parcourut le classe ouvrière française depuis les grèves de mai-juin 1936.

Dès 1937 on assiste à une lente évolution dont la conclusion ne peut être que la défaite amère. Les grèves offensives ne sont plus que défensives, les travailleurs entrent en lutte, non plus pour des conquêtes nouvelles, mais pour sauvegarder celles durement acquises en juin 1936.

De 1937 à 1938 la hausse du coût de la vie a pratiquement annulé les réajustements et les augmentations obtenus avec les Accords Matignon. La contre-offensive de la bourgeoisie va se manifester sous plusieurs aspects, mais elle débute déjà sous le Front Populaire et elle sera, pour ainsi dire, préparée par lui.

Le gouvernement Blum tombera le 20 juin 1937. Et la même Chambre qui fut élue en juin 1936 (et qui plus tard investira Pétain) constituera un gouvernement Chautemps (radical) à participation socialiste. Puis en avril 1938 ce sera la constitution du gouvernement Daladier à direction radicale sans socialistes. Avec les Accords de Munich en octobre 1938 le tableau s'assombrit encore : en plus de la réaction c'est la guerre qui pointe à l'horizon. Car chacun sent que Munich n'est qu'une pause qui permet à la bourgeoisie de mieux se préparer. Sur le plan économique la bourgeoisie va tenter de réduire au maximum les conquêtes ouvrières. C'est à la loi des 40 heures, la plus importante conquête de 1936, que le patronat s'attaque dès qu'il en a la possibilité.

C'est tout d'abord la récupération des fêtes légales de Noël et du Nouvel An. Puis les décrets de décembre 1937 établiront « la récupération des heures de travail perdues par suite de baisse d'activité ne présentant pas un caractère périodique ou saisonnier, dans les industries ou commerces assujettis à la loi des 40 heures ». Une seconde étape est franchie avec « l'autorisation d'heures supplémentaires dans les secteurs essentiels de la vie économique ! ».

Le coup de grâce est donné par les « décrets-lois Reynaud-Daladier ». Ces décrets-lois du 14 novembre 1938 s'attaquent violemment à la loi des 40 heures. En effet ils établissent que la Défense Nationale justifie toutes les dérogations à cette loi et que des sanctions graves peuvent être prises contre les ouvriers qui s'aviseraient de refuser. Ils interdisent dorénavant de donner un mandat de délégué aux ouvriers étrangers (à noter que ce point fut repris par la loi du « communiste » Croizat de 1946 et qu'il est toujours en vigueur).

Alors que Reynaud prend ces décrets, la CGT se tient en Congrès à Nantes. La CGT de cette époque est le produit de l'unification en septembre 1935 de la CGTU. (de tendance communiste) et de la CGT (réformiste). Léon Jouhaux est secrétaire de la Confédération lors du Congrès.

Des divergences existent au sein de la CGT, au sujet de l'accord de Munich que Daladier vient de signer, les « réformistes » étant munichois, les « communistes » anti-munichois, mais tous s'indignent, tout au moins en paroles, des décrets-lois et proposent une « journée nationale de protestation » pour le 26 novembre. Mais si les organisations syndicales envisagent l'action, les ouvriers l'ont déjà engagée.

En effet, dès le 22 novembre se déclenche un mouvement de grèves, spontané, qui déferle sur toute la France. Partout, la CGT se défendra d'être l'instigatrice de ces grèves. Les premières grèves éclatent dans les usines de métallurgie de Lille et de Denain, puis elles gagnent deux usines de la Région Parisienne. Il y a tentative d'occupation des locaux dans les deux cas. Puis, la grève s'étend à la métallurgie de Valenciennes, aux produits chimiques à Rouen. Le 25 novembre c'est au tour de Renault. Les ouvriers qui tentent d'occuper les locaux se heurtent violemment à la police. A la suite des incidents de Renault la C,G,T. décide de transformer la "journée de protestation nationale" du 26 novembre en une "démonstration nationale" et décide une grève générale... pour le 30 novembre, elle prend soin de déclarer que : "quels que soient les circonstances et les événements, le travail devra reprendre le 1er décembre".

En fait, la grève du 30 novembre est presque un échec, les transports publics en particulier, ont fonctionné du fait de la réquisition. La CGT se félicite cependant de son succès et conclut : « tous les incidents ont été évités, c'est ce qu'il fallait ». Alors que le PC de son côté clame sa victoire, une lourde répression s'abat sur la classe ouvrière. Thorez en fait lui-même le bilan :

« 40 000 licenciés dans l'aviation, 32 000 lock-outés chez Renault (avec réembauchage individuel), des dizaines de mille à Levallois, Colombes, Argenteuil, Courbevoie, Clichy, Saint-Ouen, 100 000 à Marseille (une centaine d'usines métallurgiques sont fermées), 100 000 dans le textile, 80 000 mineurs dans le Nord et le Pas-de-Calais ».

Cette défaite va permettre moins d'un an après, la dissolution et l'interdiction des organisations ouvrières, et la bourgeoisie va pouvoir, les mains libres, commencer sa guerre.

Novembre 38 c'est le véritable visage du Front Populaire. Car ce Front Populaire ce ne sont pas comme le clament les dirigeants staliniens ces belles conquêtes de 1936 qui ne sont que le résultat de la lutte ouvrière, mais uniquement la soupape de sûreté qui a permis la remise en place d'un gouvernement réactionnaire et la répression anti-ouvrière de novembre 38.

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