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L'âge du plastic

« Que veulent, qu'espèrent les auteurs de semblables forfaits ? On ne saurait le dire exactement. » Ainsi s'exprime le Figaro de ce jour en commentant l'attentat de la bourse.

Effectivement si cette extrême droite se sert du TNT ou de la cheddite pour persuader l'opinion publique de la nécessité de continuer la guerre d'Algérie il semble que malgré le caractère spectaculaire de ces attentats le moyen utilisé soit inefficace. Ce que des tonnes d'explosifs versés en Algérie n'ont pu faire, quelques centaines de grammes même bien placés ne le feront pas.

Ces attentats sont-ils donc effectués par des irresponsables, jeunes ou pas, comme semblent le dire le Figaro et la presse bien pensante ? Cette logique serait trop simpliste.

Tout d'abord si les auteurs des attentats n'espèrent pas changer une évolution irréversible de l'Algérie vers l'indépendance, ils peuvent raisonnablement supposer qu'ils pourront arriver rapidement à créer dans la population et en particulier dans les milieux libéraux une psychose de la bombe. Car il y a un rapport autre que terminologique entre le plastique et le modelage de l'opinion. Un maniaque pyromane, un fou, peuvent, on l'a déjà vu vider des salles de spectacles, les lieux publics et terroriser une grande ville. À plus forte raison une organisation même peu nombreuse. Leur but réel n'est sûrement pas l'intervention dans l'affaire algérienne, cette intervention n'est que le moyen. L'évolution de l'affaire algérienne ne dépend en effet pas de l'opinion française, même libérale. Cette campagne se place dans la perspective de la construction en France d'un parti fasciste.

La propagande fasciste a trouvé parmi le million d'Européens d'Algérie la base de masse qui lui a toujours fait défaut en métropole. L'extrême droite organisée compte bien dans la perspective de l'indépendance plus ou moins proche de l'Algérie et du rapatriement de tout ou partie de cette population pouvoir grâce à eux créer en France un grand parti fasciste. À l'heure actuelle elle prépare et entraîne ses futurs cadres.

Il s'agit de leur apprendre non pas l'art de la bombe et du détonateur, il est à la portée de tous et de toute façon l'armée assure cette formation, mais l'art de terroriser les masses et en particulier l'art de terroriser « la gauche ». Il s'agit de leur inculquer l'éthique de surhommes s'imposant aux multitudes afin de former des hommes capables par la suite de s'attaquer aux organisations de la classe ouvrière, capables d'assassiner, capables de disperser des manifestations ou des meetings à la grenade, capables de jouer enfin la dernière carte de la bourgeoisie si celle-ci a besoin d'y recourir.

La gauche est-elle désarmée devant cette menace ? Oui et non.

Oui, parce qu'elle fait elle-même le jeu des dirigeants fascistes en gémissant, en se lamentant, en se plaignant aux autorités, même lorsqu'elles dénoncent la collusion de ces autorités avec les plastiqueurs comme le fait le PCF, qui tout en écrivant que « le pouvoir gaulliste permet aux groupes fascistes de poursuivre en toute impunité leurs activités criminelles » ( l'Humanité du 5/4/1) organise l'envoi de « télégrammes et de motions au président de la République et au conseil municipal d'Évian pour exiger la répression et le châtiment des assassins » (idem). Une telle attitude ne peut certainement que contribuer à persuader les apprentis surhommes qu'ils se distinguent bien du commun des mortels.

Non, parce que si les dirigeants de cette gauche le voulaient et ne craignaient pas de mobiliser leurs militants et les masses populaires contre ce qui n'est encore que des groupuscules ceux-ci n'auraient aucune chance de se vanter un jour de leurs exploits.

Il faudrait peu de temps aux organisations ouvrières et aux travailleurs mobilisés pour détecter les fabricants de pétards et leur faire goûter leur propre cuisine. Les inspirateurs sinon les exécutants sont d'ailleurs déjà connus, l'Humanité le dit tous les jours.

La seule véritable impuissance de la gauche c'est d'attendre de la police ce qu'elle pourrait et devrait faire elle-même.

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