Debout, les damnés de la terre...27/12/19611961Lutte de Classe/static/common/img/ldc-min.jpg

Debout, les damnés de la terre...

Il y a dix-huit ans, en décembre 1943, Radio-Londres annonçait triomphalement que le chant de l'Internationale ne reflétant plus les changements heureux qui se sont produits en URSS, ne serait plus l'hymne de l'Union Soviétique.

La bureaucratie russe, en détruisant le dernier lien symbolique qui pouvait subsister entre l'URSS et le prolétariat mondial, avait parachevé la dissolution de l'Internationale Communiste intervenue sept mois auparavant.

Certes, depuis fort longtemps déjà le Komintern de Staline n'était plus qu'une grotesque déformation de ce qu'il fut à son origine. Rejetant la politique révolutionnaire pour laquelle l'Internationale était la direction mondiale du prolétariat, dans sa lutte pour le renversement de l'impérialisme sur toute la surface du globe, la bureaucratie russe en fit un simple instrument de sa politique étrangère. Au nom du socialisme dans un seul pays et de la défense de ses privilèges, baptisée défense de l'URSS, le Komintern devint un instrument de marchandage, une sorte de moyen de pression pour obtenir la bonne volonté ou la compréhension des pays impérialistes. Les dirigeants du Kremlin s'en servirent pendant près de vingt ans pour ruiner toute une série de possibilités révolutionnaires. En 1925 le Komintern obligea le Parti Communiste Chinois à s'intégrer au parti bourgeois Kuomintang, ce qui aboutit au massacre de Shanghaï et à la dictature de Tchang Kaï Chek.

En 1933 en Allemagne l'Internationale ex-Communiste a paralysé la résistance ouvrière contribuant plus que tout autre à l'ascension de Hitler et à sa prise du pouvoir. En 1936, elle brisa la vague révolutionnaire montante en France en préconisant la politique de Front Populaire dont le résultat fut de protéger le régime capitaliste en France et d'isoler la révolution Espagnole. En Espagne, elle mena la même politique, mais il lui fallut recourir à des trahisons, à des assassinats, à des massacres d'ouvriers, tel celui de Barcelone, pour détourner les ouvriers et les paysans espagnols de la voie de la révolution sociale, et soumettre la classe ouvrière, pieds et poings liés, à la bourgeoisie libérale, ce qui aboutit à la victoire de Franco et coûta un million de morts inutiles au prolétariat espagnol.

En 1939, l'IC fut l'instrument de propagande destiné à blanchir l'impérialisme allemand au moment du pacte de Hitler-Staline puis, par suite, à conduire le prolétariat mondial aux côtés des Alliés, hors des voies de la Révolution, dans la deuxième grande boucherie impérialiste.

Objectivement les travailleurs ne perdaient rien, loin de là, avec la dissolution du Komintern par Staline.

Mais malgré ses certificats de bonne conduite, à cause de ses origines, de ce qu'il avait été dans le passé, le Komintern représentait plus pour le prolétariat mondial que ce qu'il était réellement. Il était le symbole de l'unité du prolétariat mondial, de sa communauté d'intérêts et de sa solidarité, malgré les mensonges chauvins des impérialismes intéressés à duper les masses pour les faire servir leurs intérêts sur les champs de bataille.

Or l'année 1943 était une année cruciale. elle marquait un tournant dans la guerre. après stalingrad, la défaite de rommel en afrique, la question d'un « second front » à l'ouest était à l'ordre du jour. il fallait porter la guerre en europe. cela posait des problèmes techniques, mais aussi des problèmes politiques.

Les impérialistes avaient tiré une douloureuse leçon des années 17 à 19 et craignaient l'explosion d'une crise révolutionnaire semblable à celle qui avait alors secoué l'Europe.

Pour éviter une telle crise, capable d'ébranler le régime capitaliste jusque dans ses fondements, il fallait avant que la guerre n'entre dans sa phase finale, prendre le maximum de précautions. S'assurer l'appui de la bureaucratie russe qui était plus apte à faire avorter un mouvement révolutionnaire était indispensable.

La dissolution du Komintern consacrée moralement par l'abandon du chant de l'Internationale, fut d'abord en elle-même un acte contre révolutionnaire qui contribua à démoraliser le prolétariat et à le rejeter dans les bras de ses gouvernements respectifs (y compris Hitler pour les allemands). C'était l'annonce sans réplique possible que l'internationalisme prolétarien n'avait aucun sens, pour ceux qui justement apparaissaient comme ses défenseurs officiels. C'était un effort pour enrayer une quelconque tentative révolutionnaire en Europe, et surtout en Allemagne.

Mais c'était aussi un gage de sincérité que Staline donna à Roosevelt et à Churchill. En effet l'appareil du Komintern servait à l'URSS, non pas à des fins révolutionnaires nous l'avons dit, mais à ses fins propres. Le supprimer était faire preuve de bonne volonté pour montrer aux alliés que l'URSS ne profiterait pas des circonstances pour s'en servir comme d'un moyen de pression sur les États européens. Cela, mais cela seulement, Staline ne le fit peut-être pas de bonne grâce. Mais l'URSS avait un besoin urgent d'un deuxième front qui la soulagerait d'une partie du poids de la Wehrmacht. Et ses « alliés » pouvaient lui faire sentir tout le prix de ce service d'autant plus facilement que l'URSS ne pouvait ni ne voulait compter sur l'aide du prolétariat.

A cette aide Staline préféra le glacis des pays d'Europe Orientale que l'impérialisme lui a généreusement concédé.

Depuis l'Internationale n'a jamais été reconstituée. Au début de la guerre froide la bureaucratie russe en fabriqua un simulacre sous le nom de Kominform, qui n'était pas un organisme exécutif mais seulement « d'information ». Il vécut ce que vivent les enfants mort-nés.

Depuis la direction centrale est remplacée par des conférences périodiques (comme celle des 81) ou plus simplement par des contacts directs avec Moscou. Cela ne suffit pas toujours, et cela posé des problèmes à la bureaucratie. Mais finalement moins que de recréer un exécutif international qui symboliserait l'unité du prolétariat mondial et qui d'ailleurs gênerait fort la bureaucratie pour mener des politiques différentes suivant que l'État considéré est bourgeois-ami ou bourgeois-ennemi. La bureaucratie n'était pas à l'origine du Komintern, elle n'a su que le vider de sa substance pour finalement le supprimer. Elle est bien incapable d'en créer un nouveau. S'il existe de nouveau un jour une Internationale vivante elle ne pourra être que révolutionnaire.

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