Élection présidentielle : voter Nathalie Arthaud, pour faire entendre le camp des travailleurs

Après la primaire de la droite, celle de la gauche occupe la scène médiatique jusqu’au 29 janvier. Les sept candidats, dont cinq ont été ministres de Hollande et partagent à ce titre la responsabilité de sa politique antiouvrière, tentent de se distinguer et de faire illusion auprès des classes populaires. Montebourg parle de la fiche de paye, Hamon du revenu universel, Valls du revenu décent, quand Peillon essaye de vendre son bouclier fiscal. Les candidats du PS sont concurrencés sur leur droite par Macron, qui s’y voit déjà, et sur leur gauche par Mélenchon. S’il s’adresse lui aussi aux travailleurs, dénonçant parfois leur sort avec virulence, seules leurs voix l’intéressent. Mélenchon a placé sa campagne sous le slogan « la France insoumise ». En prétendant défendre « les intérêts de la France », il se soumettra inéluctablement à ceux des capitalistes français. La seule candidate qui s’affirme communiste et qui fera vraiment entendre le camp des travailleurs dans cette élection présidentielle est Nathalie Arthaud. Même si elle est ignorée de tous les principaux médias, sa campagne est bien lancée. Nous reproduisons ci-dessous un extrait de son intervention au meeting d’Annonay (Ardèche) du 18 janvier, dans lequel elle développe le programme de classe qu’elle propose aux travailleurs conscients d’approuver.

[...] Faire entendre nos intérêts de salariés, de chômeurs, de retraités à l’opposé de la politique patronale, affirmer nos revendications, nos objectifs en tant qu’exploités, c’est ce qu’il y a de plus utile à faire dans ces élections.

Parce que les jeux sont faits. Tous ceux qui sont susceptibles d’accéder au second tour sont des serviteurs zélés de la bourgeoisie. Alors il n’y a pas de suspense : celui qui sortira des urnes en mai sera un ennemi des travailleurs. Pour les travailleurs, le match est truqué ! Il ne faut pas marcher dans cette duperie électorale.

Mais puisqu’on nous donne la parole au premier tour, eh bien il faut la prendre, pour s’exprimer, pour mettre en avant nos préoccupations de travailleurs, d’ouvriers, de chômeurs, de retraités. Ne laissons pas le monopole de la parole à des politiciens bourgeois, qui pensent en bourgeois ! Faisons-nous entendre ! Nous avons notre propre politique à défendre, une politique indépendante, une politique de classe, un programme pour les travailleurs.

Pour éradiquer le chômage : un travail et un salaire pour tous

Le premier point de ce programme, c’est d’éradiquer le chômage. Le patronat, et à sa suite tous les politiciens, prétendent qu’on ne peut pas faire tourner une usine sans commandes assurées et garanties. Nous, travailleurs, nous devons affirmer qu’on ne peut pas vivre sans travail et que notre vie ne peut pas dépendre des aléas de leurs carnets de commandes. Nous ne sommes pas des machines que l’on peut brancher et débrancher. Nous avons une vie, une famille. Les loyers, les factures tombent tous les mois, même quand on a perdu son boulot. Il faut remplir l’estomac des enfants…

Il faut que tout le monde ait un travail et un salaire. La première mesure, de bon sens, est d’interdire les licenciements et les plans de suppressions d’emplois, à commencer par les entreprises qui font des bénéfices, sous peine d’expropriation. Regardez PSA. PSA a réalisé sur les 18 derniers mois 2,4 milliards de bénéfices et a supprimé 17 000 emplois en trois ans. Sanofi réalise 7 à 8 milliards d’euros de profits chaque année, a supprimé 4 700 emplois entre 2008 et 2015, et en supprime encore 650 ! Oh, ils se débrouillent toujours pour ne pas parler de licenciements, mais au final cela fait des milliers de chômeurs en plus. Eh bien, il faut commencer par stopper tous ces grands fabricants de chômeurs.

Je n’oublie pas les salariés des plus petites entreprises et je sais qu’ils sont aussi concernés par les licenciements, mais leur situation dépend bien souvent de ces grands groupes. C’est le cas par exemple de l’usine Logo dans le Jura, qui est menacée de dépôt de bilan avec 220 licenciements à la clé parce que le principal acheteur, LVMH, a décidé de stopper ses commandes. Eh bien, il faut imposer à LVMH qu’il assure un salaire à tous les salariés de Logo, qui ont contribué à la prospérité du groupe !

Parallèlement, il faut aussi créer des millions d’emplois pour les jeunes qui arrivent sur le marché du travail, pour tous ceux qui n’ont droit, depuis des années, qu’à quelques heures de boulot ici et là, pour tous ceux qui sont rejetés de la production parce qu’ils sont invalides ou handicapés. C’est possible immédiatement en imposant que le travail soit réparti entre tous. Et ce serait une mesure salutaire pour l’ensemble du monde du travail.

Dans presque toutes les entreprises, dans le privé mais aussi dans le public, la charge de travail a été accrue, les horaires de travail – auxquels il faut ajouter le temps de transport – sont devenus insoutenables. Il faut soulager ceux qui ont un emploi en diminuant leur temps de travail et en créant des emplois, de vrais emplois, en CDI, avec un salaire complet. Il faut faire le contraire de ce que Renault est en train de faire en imposant un second accord de compétitivité avec heures supplémentaires et samedis travaillés obligatoires !

Et regardez ce qui se passe avec l’épidémie de grippe : est-ce qu’il y a trop d’infirmières ou d’aides-soignants dans les hôpitaux ? Regardez ce grand gâchis qu’est l’Éducation nationale. Est-ce qu’il y a trop d’enseignants ? Pour ce qui est des logements, il en manque un million d’accessibles à un salaire d’ouvrier ; est-ce que nous n’avons plus besoin de maçons ? D’ingénieurs ? Il y a nombre de besoins à satisfaire dans la société et donc autant d’emplois à créer.

Certains nous expliquent qu’avec la modernisation des moyens de production et les gains de productivité, il y aura de moins en moins d’emplois. Mais ça, c’est un raisonnement de patron. Au lieu de créer le chômage pour les uns et les surcharges de travail pour les autres, les robots et les gains de productivité devraient soulager les salariés, baisser les cadences et le temps de travail de tous. Mais cela suppose qu’on ne fasse pas fonctionner les entreprises pour obtenir toujours plus de profits.

Si nous laissons faire le grand patronat, ce ne sont pas six millions de chômeurs qu’il y aura bientôt, mais sept ou huit millions. La répartition du travail entre tous et la réduction du temps de travail sont des objectifs nécessaires pour les travailleurs.

Ce sont même des perspectives vitales pour toute la société. Parce que le chômage est un fléau qui pourrit la société de l’intérieur. Il aggrave la misère, il marginalise. Il pousse à l’individualisme, à la compétition entre travailleurs. C’est aussi de là que naissent la peur de l’autre et la déshumanisation de la société. La lutte contre le chômage est une condition de la survie de la société.

Pas un salaire à moins de 1 800 euros net ; 300 euros d’augmentation pour tous

Il faut augmenter les salaires et les pensions de retraite. Les principaux candidats susceptibles d’accéder à l’Élysée nous expliquent qu’il est impossible pour les entreprises d’augmenter le smic. Le Pen explique, je la cite, qu’elle « n’a jamais proposé une augmentation du smic payée par les entreprises », parce qu’elle ne veut surtout pas créer de difficultés au patronat ! Et les difficultés qu’ont des millions de femmes et d’hommes à se loger, à se soigner et même tout simplement à se nourrir, les privations qu’ils s’infligent parce qu’ils sont payés au lance-pierres, elles n’existent pas ? Le Pen et tous les autres candidats s’en moquent. Eh bien, pas nous !

Il arrive à la CGT de chiffrer à 1 800 euros le salaire qui serait nécessaire aujourd’hui pour vivre convenablement. La moitié des salariés gagnent moins de 1 800 euros dans ce pays. Eh bien oui, aucun salaire ne devrait être inférieur à 1 800 euros net. Et il faudrait augmenter de 300 euros tous les salaires. Ce ne serait que du rattrapage, après plusieurs décennies de blocage des salaires qui démolit progressivement le pouvoir d’achat d’un même salaire nominal.

Il suffit de faire ses comptes. Il faut payer entre 500 et 700 euros pour le loyer ou le crédit logement, et parfois bien davantage ; 50 ou 100 euros par mois pour le gaz, l’électricité, l’eau ; 50 ou 100 euros pour les assurances, la complémentaire santé. Il faut payer l’accès à Internet, le téléphone portable. Il faut payer les traites de la voiture, l’assurer, faire le plein, c’est encore 400 ou 500 euros minimum qui s’en vont. Il faut encore payer les impôts sur le revenu, la taxe d’habitation. À la fin, il reste moins d’une vingtaine d’euros par jour, pour payer nourriture, vêtements et autres articles de consommation courante ou encore quelques sorties, l’accès aux loisirs et à la culture. Et avec des enfants, c’est encore bien plus serré.

Alors 1 800 euros net, c’est bien le minimum qu’il nous faut pour tous les salaires et les pensions ! Quant aux minima sociaux comme le RSA, ou l’allocation adulte handicapé, ils doivent être transformés en salaire car tout le monde doit avoir le droit d’être intégré à une activité utile.

Ces 1 800 euros ne sont qu’un rattrapage. Il y a dix ans le smic, qui est aujourd’hui à 1 150 euros net, était de 1 000 euros. Et déjà à l’époque, il avait pris du retard sur l’inflation. En dix ans le smic a augmenté de 15 %. Savez-vous de combien a augmenté le salaire des grands PDG ? De 65 % !

Alors oui, il faut un minimum de 1 800 euros net par mois et une augmentation de 300 euros de tous les salaires. Et pour que ces hausses soient durables, il faut que les salaires, les pensions de retraite suivent les augmentations du coût de la vie, celles des loyers, du gaz, des mutuelles, des impôts et taxes. On nous dit qu’il n’y a plus d’inflation, mais il suffit de comparer sa taxe d’habitation, sa facture d’électricité ou d’assurance pour voir que les prix augmentent. Eh bien, il faut que nos salaires et nos pensions suivent !

De bonnes âmes, très bien payées, m’ont déjà expliqué à maintes reprises que ce programme est complètement utopique et qu’il forcerait nombre d’entreprises à mettre la clé sous la porte. Je parle de 1 800 euros par mois et on me parle d’utopie ! C’est donc de l’utopie d’espérer vivre sans avoir à compter le moindre euro ? C’est de l’utopie d’espérer pouvoir se chauffer comme il faut, payer des études à ses enfants, le permis ? Eh bien, si c’est de l’utopie, si ce n’est pas imaginable dans le cadre de ce système, c’est l’aveu qu’en dehors du renversement de la bourgeoisie il n’y aura pas de salut pour les travailleurs.

Mais curieusement, les mêmes qui parlent d’utopie dès que l’on parle du salaire des travailleurs constatent, sans s’indigner outre mesure, les augmentations extravagantes des Carlos Ghosn, des Tavares, les PDG des grandes entreprises. Les mêmes n’ignorent pas la hausse des dividendes des actionnaires des entreprises du Cac 40, et surtout l’accroissement incessant de la fortune des plus riches. Alors, dire que 1 800 euros est utopique, c’est un choix de classe.

S’il y a une utopie, c’est d’attendre ces augmentations des bourgeois ou d’un futur président de la République ! Pour y parvenir, il faudra renouer avec les luttes collectives et imposer un nouveau rapport de force contre le patronat.

Contrôle des travailleurs sur les entreprises

Je l’ai dit, la société est riche, très riche. Les patrons nous disent qu’ils n’ont pas d’argent pour embaucher, pour augmenter les salaires ! On ne les croit pas ! Tout ce qui compte pour eux, ce sont leurs profits.

C’est pourquoi les travailleurs doivent imposer la transparence sur les comptes des entreprises, les vrais, pas ceux qu’ils déclarent ou qui sont communiqués aux comités d’entreprise. Le grand patronat a érigé le mensonge et l’opacité en art de gouverner. Et même s’il est de bon ton pour les politiciens de parler de transparence et de dénoncer l’évasion fiscale, ils continuent de défendre le secret des affaires et d’interdire aux salariés de divulguer les informations dont ils disposent sur les comptes de l’entreprise.

En avril dernier, les députés européens du PS, de l’UDI, du Modem, de la droite et du FN se sont retrouvés pour voter, tous ensemble, la directive européenne sur la protection du secret des affaires. Et pour cause ! Si les travailleurs avaient accès à toutes ces comptabilités, ils mesureraient l’escroquerie qui consiste à parler de coût du travail. Le travail ne coûte pas aux patrons, il leur rapporte. Le moindre centime que la bourgeoisie gagne lui vient de l’exploitation du travail ; les millions d’euros que dépensent les riches pour maintenir leur train de vie de parasites sont extraits de la peine et de la sueur des travailleurs.

En levant le secret bancaire et commercial, on permettrait aux comptables, aux secrétaires, aux magasiniers, à tous les travailleurs, de communiquer les informations qu’ils ont. Il y a bien des salariés révoltés par les agissements de leur direction, parce qu’ils savent qu’ils sont contraires aux intérêts des travailleurs, de la population ou de l’environnement.

Ils sont souvent les premiers à tirer la sonnette d’alarme, simplement parce qu’ils sont aux premières loges et qu’ils voient ce qui se passe. Alors, il faut leur donner les moyens légaux de tout dire de ce qu’ils voient, sans être menacés de licenciement ou de mesures de rétorsion. Il faut supprimer le secret des affaires.

Cette mesure est un objectif essentiel car il modifierait le rapport de force entre le patronat et les travailleurs en donnant de nouvelles armes aux travailleurs. Il en serait fini du chantage patronal, des rumeurs et des fausses informations. Les travailleurs sauraient à quoi s’en tenir, ils pourraient anticiper, s’organiser face aux attaques patronales et prendre l’initiative pour imposer les intérêts des travailleurs.

Un programme de classe

Voilà notre programme ! Ce n’est pas, comme tous les autres candidats, un catalogue de promesses numérotées qui seront aussi vite bafouées qu’elles ont été inventées. C’est un programme qui doit nous orienter pour nos combats quotidiens.

Et c’est un programme de survie pour les couches populaires, qui découle de nos besoins. C’est le programme le plus radical, car nous sommes les seuls à nous engager totalement du côté des travailleurs. Parce que, contrairement aux autres candidats, nous ne cherchons pas à épargner la bourgeoisie et ses profits : nous la combattons et nous sommes prêts à la combattre jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’exproprier en réquisitionnant les grandes entreprises. Parce que, contrairement aux autres candidats, nous ne considérons pas la compétitivité, le marché et la concurrence comme des lois de la nature, mais comme les bases d’un système établi par une minorité et qui ne fonctionne que pour une minorité. Nous pouvons défendre ces intérêts vitaux pour le monde du travail, parce que nous sommes communistes.

Le vote et le parti qu’il manque aux travailleurs

J’appelle les travailleurs qui sont d’accord avec ce programme à voter pour ma candidature. Je les appelle à faire un vote de classe et de combativité. Voter, ce n’est pas encore agir et se battre réellement. Mais le combat commence dans les têtes. On ne peut pas se lancer dans le combat sans être sûr de sa légitimité. On ne peut pas gagner sans être sûr de nos intérêts, sans comprendre où sont nos ennemis, nos faux amis. Tout cela se forge dans le combat des idées et le combat politique. Le premier tour de cette élection nous donne l’opportunité d’avancer dans ce sens-là, alors il faut y aller !

Nous n’avons pas encore de parti à opposer à la bourgeoisie. En tout cas pas de parti capable de mener le combat politique à armes égales avec les partis bourgeois. Et c’est tout le problème. Si les conditions d’existence des travailleurs reculent depuis des décennies, s’ils sont désorientés, si la confusion règne dans beaucoup de têtes, c’est qu’il n’y a plus de parti ouvrier digne de ce nom depuis longtemps.

Le vote pour ma candidature permettra, le temps d’une élection, de faire apparaître les travailleurs comme une force politique, comme un camp politique. Mais il faut qu’il se maintienne après les élections. Car les travailleurs n’ont pas seulement besoin d’exprimer leurs intérêts au moment des élections. Ils ont besoin de mener le combat en permanence, au quotidien dans les entreprises, en permanence contre la politique antiouvrière relayée par les gouvernements.

Il faut un parti qui affirme que la société est divisée en deux classes aux intérêts irréconciliables et que nous devons nous battre, en ne comptant que sur nos propres forces, pour défendre notre droit à l’existence. Un parti qui affirmera que les travailleurs peuvent se passer du grand capital parce que ce sont eux qui font tout fonctionner dans la société.

Voter, ce n’est pas encore construire un parti. Mais c’est déjà se rassembler de façon ponctuelle derrière un drapeau. Et d’élections en élections, de mouvements de grève en manifestations, cela participe de la construction du parti. Alors votez et entraînez les gens autour de vous pour faire entendre le camp des travailleurs et aidez-nous à construire un parti pour les travailleurs. [...]

18 janvier 2017