Loi travail : les leçons de quatre mois de lutte

La mobilisation contre la loi El Khomri, dite loi travail, a concrétisé le réveil de la combativité collective du monde du travail.

Ce projet de loi a fait réagir une partie significative des travailleurs. Cela a été l’étincelle, la provocation de trop. La réaction a exprimé le mécontentement accumulé par la multitude de mesures antiouvrières prises par le gouvernement socialiste, et restées jusque-là sans réponse.

Au-delà du jeu des confédérations syndicales, principalement la CGT, qui, à certains moments, ont mis l’accent sur les revendications spécifiques de certains secteurs en lutte, à commencer par les cheminots, et, à d’autres moments, sur l’objectif du retrait de la loi travail, il s’agit, de fait, d’un mouvement d’ensemble. Que les différents secteurs en lutte se soient succédé ou aient convergé, ils se sont influencés les uns les autres.

Après des années de silence devant les attaques que le monde du travail a subies, aussi bien de la part du patronat que du gouvernement, la classe ouvrière a rompu le silence.

Trois mois et demi de mobilisation

La principale caractéristique du mouvement est sa durée. Il n’a jamais été explosif et n’a jamais entraîné l’ensemble des travailleurs. Dans les grandes entreprises privées en particulier, bien que des travailleurs de nombre d’entre elles aient débrayé ou manifesté, ils n’ont jamais représenté qu’une petite minorité des effectifs. Mais la durée même du mouvement a permis à différentes catégories de la classe ouvrière de s’exprimer dans l’action, parfois directement contre la loi travail, parfois avec des revendications spécifiques contre des déclinaisons locales de cette loi.

Au début, le mouvement a été marqué par la présence de catégories sociales comme la jeunesse scolarisée, étudiants et lycéens, ou une fraction de l’intelligentsia révoltées par la politique gouvernementale. Leurs initiatives ont joué un rôle d’entraînement. Une des premières expressions en a été la signature par plus de 1,3 million de personnes de la pétition « Loi travail : non merci ! » lancée en février par une ancienne militante du PS, Caroline de Haas.

Des initiatives venant d’un certain nombre d’intellectuels, comme l’occupation de la place de la République à Paris par Nuit debout, à partir du 31 mars, imitée dans différentes grandes villes de province, ont dans un premier temps occulté la mobilisation croissante du monde du travail.

Mais, au fil du temps, le mouvement est apparu de plus en plus pour ce qu’il était : l’expression de la colère du monde ouvrier.

Là encore, sa durée même a permis au mouvement d’entraîner, simultanément ou successivement, différents secteurs de la classe ouvrière. Si certains, comme les cheminots, ont été présents tout au long du mouvement, bien que la grève reconductible n’ait été déclarée qu’à partir du 18 mai par SUD et FO et le 1er juin par la CGT, d’autres, comme les travailleurs des raffineries, des transports de carburants, les éboueurs, les travailleurs des centres d’incinération des déchets, s’y sont mis plus de deux mois après le début.

Le mouvement a entraîné des travailleurs d’entreprises moyennes, voire petites. Pour nombre d’entre eux, c’était le premier auquel ils participaient. Un certain nombre de jeunes du monde ouvrier ont fait leur première expérience de débrayage et de manifestation.

Dans tous les secteurs concernés, ceux qui ont participé au mouvement ont constitué une minorité. Mais, en même temps, ils n’ont jamais été rejetés par leurs camarades de travail. Bien au contraire. Au plus fort de la mobilisation, selon les sondages, 60 à 70 % des personnes interrogées approuvaient le mouvement. Cela signifie en clair que la quasi-totalité des travailleurs le soutenaient, même s’ils n’y participaient pas.

Mais, justement, cette sympathie générale du monde du travail a été un point d’appui pour le mouvement et, en même temps, elle en indiquait les limites. Les travailleurs mobilisés ont bénéficié d’un soutien moral du reste de la classe ouvrière, de son approbation, mais pas de sa participation active. Tout s’est passé comme si la majorité des travailleurs participait au mouvement par délégation.

La politique des confédérations syndicales

Lors de l’annonce du projet de loi El Khomri, si toutes les confédérations syndicales s’en sont démarquées, aucune n’en a exigé le retrait. Mais cette période de flottement a rapidement cédé la place à une rupture entre l’attitude de la CFDT, d’un côté, et celle de la CGT, de FO, de Solidaires et de la FSU, de l’autre, accompagnés du côté de la jeunesse scolarisée par l’UNEF, l’UNL et la FIDL.

La CFDT a rapidement choisi de se démarquer du mouvement et de s’y opposer, moyennant quelques retouches au projet de loi. Elle est devenue la caution, et même la porte-parole du gouvernement. Au point d’affirmer, par la voix de son secrétaire national Laurent Berger, que « retirer la loi serait inacceptable », alors même que le retrait pur et simple était devenu l’objectif de toutes les manifestations et des grèves. Il ajoutait : « Ce serait un coup dur pour les salariés car ils perdraient le bénéfice des nouveaux droits reconnus par le texte ». (Le Parisien, 25 mai)

La CGT ainsi que FO, Solidaires et la FSU ont fait le choix opposé. L’intersyndicale de ces organisations a assumé la direction du mouvement jusqu’au bout. Les journées d’action et de manifestation successives dont elles ont été à l’initiative ont incontestablement structuré le mouvement.

Par le nombre de ses militants sur le terrain, par son influence dominante dans la classe ouvrière, la CGT est apparue au fil du mouvement et de son bras de fer avec le gouvernement comme le facteur déterminant de la confrontation.

Le choix de la direction confédérale d’assumer ce rôle se dessinait déjà lors du congrès confédéral (18 au 22 avril à Marseille), où le ton était plus dynamique qu’auparavant. Il y était question, sinon de grève générale, du moins de grève reconductible.

Quel était, dans les choix de la direction confédérale de la CGT, le rôle des luttes de courants et de clans pour consolider la position du secrétaire général Philippe Martinez, fraîchement installé après la lamentable séquence Thierry Lepaon ? La réponse à cette question serait purement anecdotique si elle se limitait à un jeu tactique entre ces courants. Le choix de l’équipe Martinez a été en tout cas la preuve que la base militante de la CGT en avait assez de rester l’arme au pied, comme elle était réduite à le faire depuis que la gauche a accédé au pouvoir.

En gros, lorsque la direction de la CGT a ouvert les vannes, sa base s’y est engouffrée, y compris nombre de ses cadres. Les uns, avec enthousiasme. Les autres, avec l’ADN des appareils réformistes : la méfiance des travailleurs par crainte que le mouvement leur échappe, quand bien même ce n’était pas dans sa dynamique.

D’où des attitudes souvent ambiguës et contradictoires. D’où aussi une méfiance atavique vis-à-vis des assemblées générales, vis-à-vis de ce qui pouvait servir de cadre à l’expression autonome des travailleurs en lutte. Et le mouvement lui-même n’a pas eu la puissance nécessaire pour imposer sa propre dynamique aux appareils syndicaux, ces derniers ayant gardé la maîtrise des choses tout au long de la mobilisation.

Il faut rappeler également qu’une fois son choix fait, et en dehors du problème de la SNCF que la fédération CGT présentait initialement comme un cas particulier, la direction de la CGT a eu une tactique adaptée au mouvement. Les manifestations périodiques, annoncées à l’avance de façon à ce que chacune prépare la suivante, ont structuré le mouvement, lui ont permis de perdurer et de s’élargir, ne serait-ce qu’au sens de permettre à différents moments que telle ou telle catégorie des travailleurs entre dans l’action.

Nous avons eu l’occasion de dire, notamment dans le précédent numéro de Lutte de classe, que la politique adoptée par la direction de la CGT depuis le mois de mars constitue une critique en creux de sa politique antérieure. La CGT a fait la démonstration de sa capacité de mobilisation. Cela laisse entrevoir comment une attitude plus combative et une politique juste de la CGT dès le retour au pouvoir de la gauche, en 2012, auraient pu contribuer à redonner confiance à la masse des travailleurs. Une telle politique aurait pu hâter la prise de conscience de ce qui est aujourd’hui évident : non seulement le gouvernement socialiste n’est pas un allié des travailleurs dans le combat contre le grand patronat, mais il est l’instrument de l’offensive de ce dernier.

Personne ne peut évidemment prétendre que, si cette préparation morale et politique avait été faite, il y aurait eu une participation plus massive, plus puissante de la masse des travailleurs, au mouvement contre la loi travail. Mais ce qui a été perdu pendant ces années où les directions syndicales restaient silencieuses devant les attaques du gouvernement, parce qu’il se disait de gauche, ne se rattrape pas facilement. Il faudra l’avoir en tête dans les discussions futures avec des militants qui auraient tendance à sortir démoralisés de la mobilisation contre la loi El Khomri, voire qui reprocheraient aux travailleurs, notamment ceux des grandes entreprises privées, de ne pas s’être engagés avec plus de détermination.

La CGT a pu assurer la direction du mouvement jusqu’au bout de l’épreuve de force avec le gouvernement, en premier lieu parce qu’elle n’avait pas à craindre d’être débordée par la base. En fait, la politique qu’elle proposait correspondait au mouvement lui-même, au niveau de la mobilisation.

Mais ce choix est aussi l’expression d’une rupture avec le gouvernement. Au fond, la raison en est simple. La CGT ne tient pas à être entraînée dans la débâcle du gouvernement, dans la déconsidération qu’il subit dans le monde du travail.

On ne peut pas faire abstraction de la compétition entre les confédérations syndicales, notamment en vue des élections professionnelles dans les très petites entreprises (TPE) en novembre 2016.

La direction de la CFDT a fait le choix de miser, dans cette concurrence, sur une classe ouvrière résignée. Comme l’a si bien dit Laurent Berger dans l’interview déjà citée : « Je fais le parti de l’intelligence collective qui consiste à construire des compromis équilibrés » ! Mais prôner l’équilibre durant une confrontation entre le gouvernement qui voulait faire passer une loi anti-ouvrière supplémentaire et les travailleurs qui la rejetaient, c’était prendre fait et cause pour le gouvernement.

En adoptant la position inverse, la CGT n’est certes pas devenue révolutionnaire. Ses intérêts d’appareil lui dictaient cependant d’aller jusqu’au bout dans son bras de fer avec un gouvernement déconsidéré et auquel elle n’avait plus de raisons de lier son sort.

Rappelons que, si la position de la CGT est originale par rapport à celle de la CFDT, elle ne l’est pas par rapport à toute une partie de la fraction de la gauche déçue par le hollandisme. Une bonne partie des militants et des cadres de la CGT sont influencés politiquement par le PCF et plus généralement par le Front de gauche. L’un comme l’autre, tout en ayant contribué à la victoire électorale de Hollande et du PS, ont pris au fil des ans leurs distances.

Le choix de la direction de la CGT comme, dans une large mesure, celui de FO reflètent à leur manière une certaine rupture à l’intérieur même de ce « peuple de gauche » si souvent invoqué par le PCF.

L’avenir dira si cette politique favorisera ou pas la CGT dans sa concurrence électorale avec la CFDT. Mais il est incontestable que son choix, et le fait de s’y tenir pendant plus de trois mois de confrontation, correspondait aux intérêts des travailleurs et du mouvement de contestation.

Cependant, un autre facteur qui n’est pas négligeable a facilité le choix de la CGT. En faisant de la CGT sa cible pour ainsi dire unique, le gouvernement a cherché à l’isoler. La manœuvre n’a pas réussi. FO en particulier et Solidaires, ainsi que la FSU, sont restés du côté de la CGT tout au long du mouvement. Et, dans le contexte où la grande majorité du monde du travail rejetait la loi travail, c’est la CFDT, flanquée de la seule CFTC, qui est apparue isolée dans son soutien à la politique gouvernementale.

Les leçons du mouvement

Il faut avoir en permanence à l’esprit que le mouvement, les manifestations, les débrayages ont fait que des dizaines, des centaines de milliers de travailleurs se sont posé une multitude de questions qu’ils ne se posaient pas auparavant. C’est dans les mouvements, quelles qu’en soient les limites, que la masse des travailleurs est amenée à chercher des solutions à toute une série de problèmes.

C’est dans les luttes qu’ils peuvent juger de la politique des uns et des autres ; qu’ils peuvent prendre conscience de qui est de leur côté et qui est contre eux, de juger aussi de la conduite du mouvement.

Ceux qui se sont battus, mais aussi tous ceux qui ont suivi, solidaires, ce bras de fer entre les travailleurs et le gouvernement, ont beaucoup appris dans ce mouvement. Ils se sont heurtés aux mensonges puis, au fil de la lutte, à la hargne anti­ouvrière de ce gouvernement qui se prétend socialiste. Ils ont pu constater comment fonctionne la démocratie bourgeoise. Alors que cette loi travail est rejetée par la majorité de la population et par l’écrasante majorité des salariés voués à en être les victimes, ils ont vu comment le gouvernement a pu imposer même à sa propre majorité parlementaire une loi écrite sous la dictée du grand patronat, en utilisant l’article 49-3 de la Constitution.

Ils ont vu le gouvernement user de toutes les ficelles pour imposer sa loi propatronale contre la volonté des salariés : de l’appel à la solidarité pour les victimes des inondations à l’évocation de l’image du pays qui serait dégradée à l’international, en passant par l’Euro de football. Comme rien n’y faisait, ministres et médias à leur botte ont déversé des tombereaux de calomnies sur les syndicats qui ont participé au mouvement, en ciblant particulièrement la CGT, mais en visant en réalité tous ceux, syndiqués ou non-syndiqués, qui contestaient la politique du pouvoir.

Ils ont vu le gouvernement se servir des dégâts causés par quelques centaines de casseurs en marge des manifestations pour passer sous silence les raisons pour lesquelles des centaines de milliers de travailleurs ont enchaîné, durant trois mois, manifesta­tion sur manifestation.

Ils ont vu un Premier ministre qui se prétend socialiste menacer d’interdire une manifestation syndicale, ce qu’aucun gouvernement, même de droite, n’a fait depuis la guerre d’Algérie. Sa ridicule crise d’autoritarisme s’est terminée en queue de poisson, avec la proposition d’enfermer les manifestants parisiens du 23 juin dans un défilé en boucle, entourés de policiers et de CRS.

Oui, les travailleurs qui se sont levés contre la loi El Khomri ont vu se dresser contre eux ministres et dirigeants politiques du PS, avec le soutien et les surenchères des dirigeants de la droite.

Ils ont vu se déployer contre eux toute la machine à formater l’opinion que sont les grandes chaînes de télévision et la grande presse, propriétés de Dassault et de ses semblables.

C’est une formidable leçon politique. Elle ne sera pas oubliée.

Le développement de la mobilisation elle-même recèle bien d’autres leçons politiques.

La jeunesse scolarisée et même l’occupation des places publiques ont incontestablement joué leur rôle tout au début. Reflet de ce rôle : les petits bourgeois plus ou moins intellectuels de Nuit debout affichaient la prétention d’attirer à eux les travailleurs et se posaient en quelque sorte en embryon de direction du mouvement.

Cette phase a été rapidement dépassée à partir du moment où les travailleurs ont constitué le gros des troupes des manifestations et où la CGT et FO ont assumé leur rôle.

Pendant un bon moment cependant, les médias continuaient à n’avoir d’yeux que pour ce qui se passait place de la République à Paris ou sur d’autres places dans quelques villes de province, sous le regard amusé et tolérant du gouvernement.

Dans le cadre de Nuit debout, les débats abscons se déroulaient sur la façon de tempérer le capitalisme, sur les charmes de l’apolitisme ou de l’« horizontalité » à opposer à la « verticalité » du pouvoir. Cela a seulement fait la preuve que cette fraction de la petite bourgeoisie intellectuelle qui a eu le mérite de se mobiliser contre le gouvernement n’avait aucune politique et encore moins de perspective à proposer aux travailleurs.

Quant aux communistes révolutionnaires, ils devaient s’appuyer sur la prise de conscience des travailleurs entraînés par le mouvement pour la pousser le plus loin possible. Sans fixer au mouvement un autre objectif que le retrait de la loi travail, revendication qui correspondait à la volonté des travailleurs mobilisés et qui était assumée par la direction syndicale.

Les communistes révolu­tionnaires devaient faire en sorte que la participation des travailleurs soit la plus active et la plus consciente possible.

Derrière les chiffres froids des participations aux manifestations ou aux débrayages, il y a la réalité de milliers, de dizaines de milliers de travailleurs. Pour une large part, il s’agit de militants du monde du travail, que les déceptions vis-à-vis du gouvernement socialiste ont dégoûtés de l’activité mais qui, à la faveur du mouvement, ont retrouvé de l’espoir et surtout la volonté d’agir.

Mais il y en a aussi des milliers d’autres, jeunes en particulier, qui n’ont connu de toute leur vie active que le poids de l’exploitation et la précarité. L’image qu’ils avaient du monde en général, et des rapports sociaux en particulier, était celle dont ils étaient abreuvés par les médias, par leur manipulation pour faire passer en permanence la vision du monde correspondant aux intérêts de la bourgeoisie. Et, avant tout, cette manipulation de classe fondamentale qui consiste à imposer l’idée que c’est aux puissants de ce monde, à la classe capitaliste, de décider, et aux travailleurs de subir.

Eh bien, le simple fait de se mettre à agir eux-mêmes, collectivement, a montré que les travailleurs en étaient capables. C’est à partir de cette conscience-là que tout devient possible.

Il fallait, à chaque étape, comprendre la dynamique du mouvement, où il en était, quelles étaient ses possibilités et en rendre conscients les travailleurs, et pas seulement en fonction du mouvement présent mais aussi en fonction des mouvements futurs.

Prenons l’exemple des blocages. Dans le cas du mouvement présent, où la majorité des travailleurs ne participe pas activement, il apparaît plus efficace de bloquer un carrefour ou une entrée d’usine, plutôt que d’entraîner dans la lutte les travailleurs du secteur. Un militant stalinien ou réformiste, porté vers des actions d’éclat décidées d’en haut, est conforté dans ses convictions par l’exemple des blocages réussis de raffineries pour empêcher l’approvisionnement en carburants.

Nous avons exprimé, dans un éditorial des bulletins d’entreprise Lutte ouvrière, les limites des blocages. « Les CRS peuvent en effet déloger quelques centaines de manifestants qui bloquent une raffinerie ou une voie de chemin de fer. Mais ils ne peuvent pas remplacer les salariés de ces raffineries en grève, ni s’improviser conducteurs de trains, aiguilleurs ou pilotes d’avions.

Ils ne peuvent pas, non plus, remplacer les ouvriers sur les chaînes de montage, les employés, les techniciens ou les ingénieurs, qui sont tous des maillons indispensables pour faire tourner les entreprises. » (30 mai)

Les blocages ont fait et font partie du mouvement tel qu’il est. Il ne s’agit pas de les rejeter. Mais il faut être conscient de leurs limites. Il n’est pas toujours possible de faire ce qui est juste et nécessaire. Mais il est toujours possible de s’expliquer, de convaincre, de faire comprendre, de contribuer à élever la conscience des travailleurs.

* * *

Aussi embryonnaire que soit la prise de conscience du monde du travail après presque quatre mois de mouvement, elle a infiniment plus d’importance que ce que deviendra la loi travail après son passage au Sénat, ses modifications et son charcutage dans tous les sens. Elle a infiniment plus d’importance que le cirque parlementaire autour de l’utilisation ou non de l’article 49-3. Elle a infiniment plus d’importance encore que l’exaspération de la compétition entre les différents clans de la gauche qui ont, tous, contribué à faire élire Hollande en 2012 et qui essaient aujourd’hui de sauver leur carrière, les uns contre les autres.

La loi El Khomri n’aura été qu’une bataille dans la guerre entre la classe capitaliste et la classe ouvrière. Cette guerre n’est pas finie.

L’offensive de la bourgeoisie, du grand patronat et de leurs serviteurs au gouvernement continuera, parce que la situation économique et la crise les pousseront à continuer.

Bien d’autres combats attendent les exploités, plus importants, plus déterminants. Les expériences d’une bataille, la prise de conscience à laquelle elle aboutit, serviront dans les batailles futures.

En jouant les pyromanes, Hollande, Valls et leur gouvernement auront peut-être allumé un incendie qui ne s’éteindra pas de sitôt.

24 juin 2016