Le référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’UE : un faux choix pour la classe ouvrière

Le 23 juin aura lieu un référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne (UE). À ce sujet, nous publions ci-dessous de larges extraits d’un article paru dans la revue Class Struggle (N° 107) de nos camarades britanniques de Workers’ Fight.

Plus le jour J approche, plus les cercles dirigeants de la grande bourgeoisie s’inquiètent des conséquences imprévisibles qu’un Brexit, comme la presse appelle la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, pourrait avoir pour ses profits, dans le contexte actuel de crise économique et d’instabilité financière.

Tant que ce référendum restait une possibilité lointaine, la City n’avait pas d’objection à ce que Cameron et sa clique jouent la carte europhobe, pour endiguer à la fois la menace électorale de UKIP (un parti populiste qui cherche à ratisser au plus large dans l’électorat sur une base xénophobe), et l’agitation que cette menace provoquait dans l’aile droite du Parti conservateur. Mais de là à risquer d’être privés du plein accès au marché le plus vaste au monde, dont ils ont tant profité, c’est tout autre chose pour les capitalistes.

Et de fait, aujourd’hui, ce risque n’est plus seulement hypothétique. Même si Cameron pour les conservateurs et Corbyn pour les travaillistes soutiennent tous deux officiellement le vote pour le maintien dans l’UE, il est impossible de savoir ce qui sortira des urnes le 23 juin. Et la City déteste cette incertitude.

Quant à la classe ouvrière, ses intérêts ne sont représentés par aucun des deux camps. Lorsque les politiciens aux ordres des capitalistes daignent organiser un référendum, c’est toujours sur le mode du « pile je gagne, face tu perds ». Ce n’est pas par hasard si aucun référendum n’a jamais été organisé sur des sujets comme la décision de Tony Blair de faire la guerre contre l’Irak en 2003, le sauvetage du système bancaire par son successeur, Gordon Brown, ou sur les attaques contre les budgets sociaux et le droit de grève sous Cameron. Le 23 juin, quel que soit leur choix, les travailleurs peuvent être sûrs que leur bulletin de vote sera utilisé contre eux, pour justifier les politiques propatronales que les deux camps défendent.

Les craintes du capital britannique

En janvier, la Royal Bank of Scotland (RBS) publiait une note de conjoncture prévoyant une chute du cours des actions de 10 % à 20 % en 2016. Cela faisait suite à une période de forte agitation sur les marchés boursiers. À la mi-janvier l’indice des 100 plus grandes capitalisations boursières britanniques accusait une chute de 22 % par rapport à son pic précédent.

Il est difficile de déterminer dans quelle mesure l’incertitude générée par la perspective d’un Brexit a contribué à cette tendance, mais il est probable qu’elle n’a pas été négligeable. Aujourd’hui, hormis les partisans les plus fanatiques du Brexit, tout le monde admet qu’il représente un sérieux danger pour les marchés financiers.

Fin février, le journal patronal Financial Times notait d’ailleurs qu’à la suite du ralliement de Boris Johnson, alors maire de Londres, au camp du Brexit, la monnaie britannique avait enregistré « son plus fort repli intrajournalier [dans une même journée] depuis octobre 2009 ».

Moins de deux semaines plus tard, après l’annonce officielle de la date du référendum, le même journal précisait : « Les investisseurs ont rapidement revendu leurs actifs libellés en livres sterling et se sont tournés vers le dollar. La livre sterling est la principale source d’inquiétude. Goldman Sachs estime que si la Grande-Bretagne quittait l’UE, la livre pourrait chuter de 20 %. »

Peu après, la Banque d’Angleterre (la banque centrale) annonçait qu’elle mettrait des facilités de prêts à la disposition des établissements financiers qui rencontreraient des problèmes de liquidités avant et après le référendum, afin de faire face à d’éventuels mouvements spéculatifs.

Il n’est donc pas surprenant que l’opposition la plus virulente au Brexit s’exprime dans les hautes sphères du capital britannique et parmi les trusts internationaux qui sont implantés dans le pays. C’est ainsi que de nombreuses entreprises britanniques comme BAE et des groupes étrangers comme Ford, BMW, Toyota ou Nissan, sont allés jusqu’à mettre en garde leurs travailleurs contre les menaces que le Brexit ferait peser sur l’emploi.

Bref retour à 1975

Si l’enjeu est aussi important pour le capital britannique, pourquoi avoir laissé Cameron prendre le risque d’organiser ce référendum ?

C’est que, si les politiciens sont prêts à tout pour protéger les profits des capitalistes, leur comportement est, tout comme celui de leurs maîtres capitalistes, régi par la loi de la jungle : ils s’opposent perpétuellement les uns aux autres pour promouvoir leur carrière. De même que la bourgeoisie est incapable de surmonter la concurrence capitaliste afin d’organiser rationnellement l’économie et éviter les crises récurrentes qui affectent ses profits, les politiciens à leur service sont incapables de surmonter leurs rivalités pour éviter les surenchères qui, périodiquement, entraînent le chaos sur la scène politique.

C’est très précisément ce type de surenchère qui a conduit Cameron à prendre le risque politique d’organiser ce référendum. De ce point de vue, il présente une similitude frappante avec un autre référendum, organisé sur le même sujet en 1975 par le Premier ministre travailliste d’alors, Harold Wilson.

Deux ans plus tôt, Heath, son prédécesseur conservateur, avait fait entrer la Grande-Bretagne dans la Communauté économique européenne (CEE, l’ancêtre de l’UE). Les deux grands partis étaient divisés sur la question, mais les travaillistes l’étaient encore plus que les conservateurs. L’économie mondiale était encore en pleine tempête à la suite de la crise du système monétaire international du début des années 1970 et le chômage augmentait en Grande-Bretagne. En réponse au mécontentement de l’électorat, la gauche du Parti travailliste, influencée par le nationalisme du Parti communiste stalinien, préconisait des mesures protectionnistes, prétendant ainsi protéger l’économie du pays de la crise mondiale. Cette démagogie nationaliste alimentait les préjugés antieuropéens.

Lors de la campagne pour les élections de février 1974, pour contenir les luttes intestines de son propre parti et attirer les voix des électeurs conservateurs eurosceptiques, Wilson promit de renégocier les conditions de l’appartenance de la Grande-Bretagne à la CEE, et de consulter ensuite les électeurs sur cette appartenance, sur la base des conditions renégociées.

Cette stratégie permit au Parti travailliste de l’emporter, d’abord en tant que gouvernement minoritaire [c’est-à-dire avec une majorité relative, et non absolue, à la Chambre des communes], puis, après une nouvelle élection huit mois plus tard, en s’appuyant sur une majorité absolue. Malgré cela, Wilson estima qu’il devait tenir sa promesse afin d’éviter une scission au sein de son parti. Sur la base des négociations qu’il avait menées avec la CEE, il décida donc d’organiser un référendum en juin 1975 et d’appeler à voter pour le maintien du pays en son sein. Il ne manqua pas d’opposants à son appel. Mais avec le soutien de Margaret Thatcher, nouvellement élue à la tête du Parti conservateur, Wilson gagna son pari : 67 % des votants se prononcèrent pour le maintien du pays dans la CEE, avec un taux de participation de 65 %.

La longue histoire de la surenchère anti-UE

Tout se passe comme si la saga du référendum de Cameron sur l’UE n’était qu’un copier-coller de celle du référendum de Wilson. Comme Wilson, Cameron a dû faire face à une rébellion dans son propre parti. Comme Wilson, il a dû apaiser un électorat mécontent du fait de la crise. Et, comme Wilson enfin, il a eu recours à une démagogie europhobe puis à l’organisation d’un référendum sur les conditions prétendument renégociées de l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’UE, afin de calmer l’aile eurosceptique de son parti.

Toutefois, à la différence de 1975, cela fait maintenant quarante ans que la classe politique se livre à des surenchères antieuropéennes. En particulier, depuis la défaite du gouvernement conservateur pro-UE de John Major, en 1997, l’euroscepticisme a été le point central des luttes de factions au sein du Parti conservateur. Après le retour des conservateurs au pouvoir, en 2010, c’est encore un discours antieuropéen qui a servi de justification officielle aux mesures d’austérité : selon Cameron, l’économie britannique était fondamentalement saine, et c’était avant tout le reste du monde, et particulièrement l’UE et la zone euro, qui était la cause des problèmes de la Grande-Bretagne.

Dans le même temps, le gouvernement lançait une virulente campagne, d’abord contre les immigrés illégaux, puis contre ceux originaires de l’UE. Ces derniers furent accusés de faire du tourisme médical, c’est-à-dire de venir en Grande-Bretagne dans le seul but de... faire la queue pour bénéficier des soins gratuits du NHS, le système de santé du pays. Ils furent aussi accusés de faire du tourisme allocataires... comme si l’attrait de survivre des maigres allocations sociales auxquelles ont droit les foyers à très bas revenus pouvait être une incitation à immigrer !

C’est dans le contexte de cette campagne anti-immigrés et anti-UE orchestrée par Cameron et son gouvernement que le parti souverainiste UKIP a pu occuper le vide politique laissé par le discrédit des deux grands partis auprès d’une fraction non négligeable de l’électorat. Et la montée des voix de UKIP, principalement aux dépens des conservateurs, à partir de 2013, a rapidement conduit nombre de députés conservateurs à ressortir leur vieux drapeau eurosceptique, de peur de perdre leur siège lors des élections de 2015.

Ce fut pour répondre à cette rébellion dans son propre parti et pour couper l’herbe sous le pied de UKIP que Cameron promit, lors de la campagne électorale de 2015, de renégocier les conditions d’appartenance de la Grande-Bretagne à l’UE et d’organiser un référendum sur la base de ces nouvelles conditions.

En fait, lesdites nouvelles conditions n’ont été, pour l’essentiel, que la confirmation du statut spécial de la Grande-Bretagne au sein de l’UE (le fait de rester hors de la zone euro et de la zone Schengen, les exemptions de diverses réglementations dont elle bénéficie déjà, etc.). Mais en fait, le seul problème de Cameron était de pouvoir prétendre avoir remporté une victoire sur les « bureaucrates sans visage » de Bruxelles. Quand il pensa pouvoir le faire, il fixa la date de son jeu de roulette politique et appela à voter pour le maintien, tout comme l’avait fait Wilson, 41 ans auparavant.

Des arguments pour le capital britannique…

Dans cette campagne, les deux camps ont remarquablement peu de chose à dire à l’électorat populaire. Car la plupart de leurs arguments portent sur ce qui serait meilleur pour l’économie ou l’intérêt national britannique, c’est-à-dire pour les profits du capital.

Le camp du maintien dans l’UE met en avant le fait qu’il s’agit du plus grand marché au monde et souligne qu’en faire partie permet à la Grande-Bretagne de bénéficier du poids de l’UE dans les négociations commerciales avec le reste du monde.

Le camp du Brexit, lui, affirme que si celui-ci l’emporte, l’UE n’aura pas d’autre choix que de conclure un accord commercial avec la Grande-Bretagne, et que celle-ci aura davantage de liberté pour passer des accords bilatéraux avec d’autres pays, notamment les économies émergentes comme la Chine, le Brésil ou l’Inde. Mais, du strict point de vue de la concurrence capitaliste, ses arguments ne sont guère crédibles, surtout quand il se revendique de modèles comme celui du Canada pour ses relations commerciales avec les États-Unis, ou celui de la Norvège (voire de... l’Albanie !) pour ses relations avec l’UE.

Dans un cas comme dans l’autre, l’enjeu de ce référendum serait donc d’améliorer la position du capital britannique dans la guerre commerciale qu’il mène contre ses concurrents. Comme si la concurrence capitaliste ne produisait déjà pas suffisamment de chaos sur cette planète, à commencer par les huit dernières années de crise !

En tout cas, il n’y a rien dans tout cela qui puisse représenter les intérêts de l’électorat populaire, ni refléter ses préoccupations.

… aux discours démagogiques pour l’électorat populaire

Les deux camps sont évidemment conscients de cela. Or, pour que ce vote qu’ils présentent comme ayant un enjeu historique ait un minimum de légitimité, ils ne peuvent pas se permettre une abstention trop élevée. Ils ont donc fabriqué quelques arguments qui s’adressent surtout à l’électorat populaire.

C’est le cas de ce qu’ils appellent le coût de l’UE, c’est-à-dire la contribution versée par la Grande-Bretagne au budget de l’UE. D’après le camp du Brexit, celle-ci s’élèverait à 20 milliards de livres par an. En fait elle a été de 17,8 milliards en 2015. Mais il faut en déduire le rabais négocié par Thatcher dans les années 1980 (4,9 milliards) et toutes les subventions que l’UE verse directement ou indirectement au patronat britannique (1,6 milliard pour l’agriculture, 2,8 milliards pour les projets de développement régional, 2,8 milliards pour les contrats de recherche du secteur privé, etc.). Au total, la contribution nette de la Grande-Bretagne à l’UE tombe à 6,3 milliards de livres par an. Et encore cette contribution nette n’est-elle en fait, elle aussi, qu’une subvention déguisée aux grandes entreprises britanniques puisque c’est le prix de leur libre accès au marché de l’UE.

Quant à dire, comme le font les partisans du Brexit, que l’argent de cette contribution pourrait servir à financer des lits d’hôpitaux, ce n’est qu’un mensonge : comme si les entreprises britanniques allaient se laisser priver d’un tel pactole !

Un autre argument s’adressant à l’électorat populaire concerne les emplois. À en croire les adversaires du Brexit, celui-ci menacerait 3 millions d’emplois, chiffre bien sûr totalement invérifiable. Quant aux partisans du Brexit, ils prétendent qu’une fois libérées des réglementations européennes, et notamment de celles concernant le droit du travail, les entreprises britanniques pourront augmenter leur productivité et maintenir, voire augmenter le niveau de leurs exportations. Ce qui revient à dire que les travailleurs devront accepter des baisses de salaire et une dégradation de leurs conditions de travail afin d’aider leur patron à être plus compétitif !

On peut donc penser que la victoire du Brexit conduira à une intensification du chantage à l’emploi que bien des travailleurs ont déjà subi depuis le début de la crise. Mais en quoi le maintien dans l’UE constituerait-il une garantie pour les emplois des travailleurs, alors que ceux qui s’en réclament aujourd’hui sont les mêmes qui, depuis des années, ont présidé à la montée de la précarité ?

Quel que soit le résultat de ce référendum, les travailleurs auront donc à se battre pour leurs conditions d’existence. En dernière analyse, seul sera décisif le rapport de force qu’ils parviendront à créer collectivement pour préserver leurs intérêts matériels contre les attaques du patronat, et en particulier pour que le travail disponible soit réparti entre tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité, et sans baisse de salaire.

Les attaques contre les travailleurs de l’UE visent tous les travailleurs

Parmi les arguments s’adressant à l’électorat populaire, il en est un particulièrement venimeux, utilisé par les deux camps, selon lequel ils se targuent de protéger les travailleurs britanniques contre la prétendue menace que représenteraient les immigrés de l’UE pour les salaires, les services publics, le logement social, etc.

C’est bien sûr un mensonge éhonté. Comme si c’étaient les travailleurs de l’UE, et non le patronat britannique, qui tiraient les salaires vers le bas ! Quant aux services publics, s’ils sont au bord de l’asphyxie, c’est bien parce qu’ils ont été privés des financements nécessaires depuis des décennies. Enfin, si la crise du logement prend des proportions sans précédent, c’est dû à la réduction croissante du parc des logements sociaux.

Dans le référendum, voter pour le camp pro-UE, ce sera aussi voter pour les mesures qu’il préconise contre les travailleurs européens, en particulier un délai de quatre mois avant de pouvoir bénéficier de nombreuses allocations sociales et une réduction de leurs allocations familiales.

Sur ce plan, l’attitude des pro-Brexit est moins hypocrite, mais tout aussi antiouvrière. Ils ne cachent pas que l’un de leurs principaux objectifs est de réduire le nombre d’immigrés européens et donc que nombre d’entre eux pourraient être expulsés.

Les deux camps ne font que chercher à dresser une partie de la classe ouvrière contre l’autre. Pourquoi la classe ouvrière se prêterait-elle à leur jeu et laisserait-elle diviser ses rangs ?

Le virus nationaliste et la classe ouvrière

Hormis une petite clique autour de Cameron, la majorité du Parti conservateur est probablement favorable au Brexit. Ce n’est pas par hasard, d’ailleurs, si certains candidats à la succession de Cameron en ont fait leur bannière.

Du côté du Parti travailliste, la situation est plus compliquée. La ligne officielle du parti est certes pro-UE et la majorité de ses députés semblent s’y conformer ainsi que la plupart des leaders des syndicats qui lui sont affiliés.

Mais la vieille tradition anti-UE de la gauche syndicale demeure, alimentée par l’essentiel de l’extrême gauche qui l’a reprise à son compte. Tandis que la plupart des dirigeants syndicaux ont rejoint le camp pro-UE pour « préserver l’emploi », certains ont choisi le camp du Brexit. C’est le cas du syndicat des cheminots RMT, au nom de ce qu’il appelle la « tradition d’opposition progressiste et socialiste à l’UE ». Comme s’il pouvait y avoir quelque chose de progressiste, voire socialiste,  dans le fait de se trouver dans le même camp que les tribuns réactionnaires du Brexit !

Parmi les « six raisons fondamentales de quitter l’UE » citées par le RMT, l’une est « de mettre un terme aux attaques contre les cheminots », qui sont supposées venir de la politique de privatisation de l’UE. Comme si la privatisation du rail n’avait pas commencé en Grande-Bretagne en 1996, bien avant tous les autres pays de l’UE ! Une autre « raison fondamentale » est de « mettre un terme à l’austérité ». Comme si c’était l’UE, et non le capital britannique, qui avait inspiré la politique d’austérité de ces dernières années ! Le RMT affirme la nécessité du Brexit, pour « défendre la démocratie » et « mettre fin aux attaques contre les droits des travailleurs ». Mais en quoi le Parlement britannique est-il plus démocratique, alors qu’il a imposé plus d’entraves au droit de grève qu’aucun autre pays de l’UE ? Sans parler du fait que, sans les directives de l’UE, il n’y aurait toujours pas, par exemple, de réglementation de la durée du travail, ni de droit aux congés payés en Grande-Bretagne.

Pour une planète sans frontières !

La classe ouvrière ne peut que refuser son soutien à l’un et l’autre des deux camps qui s’affrontent dans ce référendum, sous peine de cautionner la politique antiouvrière qu’ils représentent.

Quel que soit le résultat de la consultation, le vainqueur utilisera ses voix, d’une façon ou d’une autre, pour justifier une intensification des attaques contre la classe ouvrière dans son ensemble, et contre les travailleurs immigrés en particulier. Un mouvement ouvrier digne de ce nom se devrait d’affirmer clairement que ce référendum est une manœuvre visant à détourner les travailleurs des enjeux réels que soulève l’offensive du patronat, et il refuserait de se prêter à ce jeu politicien.

L’UE n’est, bien sûr, rien d’autre qu’un instrument conçu par les bourgeoisies européennes pour augmenter leurs profits dans la guerre commerciale qu’elles livrent sur le marché mondial. Elle n’a jamais eu pour but de satisfaire les besoins de la classe ouvrière à l’échelle du continent. Et tant que les bourgeoisies européennes poursuivront leur offensive pour préserver leurs profits dans la crise, elles utiliseront les institutions de l’UE comme une arme contre les travailleurs, mais tout comme elles le font avec leurs États nationaux respectifs.

Les travailleurs n’ont par conséquent rien de plus à craindre de l’UE que des institutions « démocratiques » nationales de leur propre pays : en fin de compte, tout dépendra du rapport de force entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, et non des institutions derrière lesquelles celle-ci dissimule sa domination.

En revanche, la classe ouvrière aurait tout à perdre à laisser les capitalistes et les politiciens à leur service ériger de nouvelles frontières ou renforcer les frontières existantes, ou encore à les laisser diviser ses rangs selon la nationalité.

L’État-nation demeure un instrument essentiel pour les capitalistes. Ils l’utilisent quotidiennement pour subventionner leurs profits aux dépens de la population et pour renforcer l’exploitation de la classe ouvrière. Et dans les situations de crise, ils l’utilisent comme une arme pour conquérir des marchés ou contre les exploités.

La classe ouvrière, en revanche, n’a besoin ni d’État national ni de frontières. C’est une classe internationale, dont les intérêts sont les mêmes dans tous les pays, en Europe tout comme à l’échelle de la planète, et elle n’a que faire de frontières nationales depuis longtemps dépassées, qui ne sont plus qu’un carcan pour l’économie humaine et un moyen pour les exploiteurs d’enfermer les exploités.

La principale force de la classe ouvrière tient à son caractère international et au fait que c’est elle qui produit toutes les richesses dans cette société. Si cette force était utilisée consciemment, les capitalistes ne pourraient pas protéger longtemps leur système décadent et corrompu. Nous conclurons en citant une phrase empruntée à Marx, qui apparaît encore sur la bannière du syndicat RMT, mais que ses dirigeants semblent avoir complètement oubliée : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

26 avril 2016