L’accord États-Unis–Iran et les calculs de l’impérialisme

Le 16 janvier dernier, entrait en vigueur l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu en juillet 2015 entre les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne ainsi que ceux de la Russie et de la Chine, et leur homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, permettant la levée d’une grande partie des sanctions internationales contre Téhéran. Les médias ne manquèrent pas de qualifier d’historique cet événement, qui survient après presque quarante années de rupture officielle.

La volonté de l’impérialisme américain de réintégrer l’Iran dans le jeu diplomatique constitue effectivement un changement. Les dirigeants impérialistes sont toujours prêts à renouer avec des États susceptibles d’assurer leur domination dans le monde, en particulier dans cette région du Moyen-Orient à l’instabilité croissante. Ils sont également disposés à rompre avec ceux qui ne se montrent pas assez dociles. C’est cette préoccupation constante qui a guidé, depuis un siècle, leur politique vis-à-vis de l’Iran.

Quand l’Iran était le gendarme de l’impérialisme

Dès le début du 20e siècle, les puissances impérialistes, la Grande-Bretagne puis les États-Unis, se préoccupèrent de faire de l’Iran, ce pays riche en pétrole, ouvert sur le golfe Persique, position stratégique importante, un garde-chiourme efficace garant de leurs intérêts dans la région. Reza Khan, premier chah (roi en persan) de la dynastie Pahlavi, établit à partir de 1925 une dictature militaire qui permit de protéger les intérêts pétroliers britanniques. Son fils, Mohammad Reza Pahlavi, qui accéda au pouvoir en 1941, se montra ensuite tout aussi dévoué à l’impérialisme que son père.

En 1951, la nationalisation de l’industrie pétrolière, alors aux mains de l’Anglo-Iranian Oil, ancêtre de la British Petroleum, par le Premier ministre Mohammad Mossadegh, un bourgeois nationaliste, provoqua une confrontation ouverte avec le gouvernement britannique. Celui-ci réagit en organisant un embargo général sur le pétrole iranien. Les États-Unis décidèrent tout d’abord de rester neutres et encouragèrent même les Britanniques à accepter la nationalisation, tout en essayant de négocier un arrangement à l’amiable. Mais, face aux grèves et aux manifestations pour soutenir la nationalisation du pétrole, les dirigeants américains estimèrent finalement que Mossadegh créait une instabilité politique dangereuse. Ils craignaient que la mobilisation de la classe ouvrière ne s’amplifie. De plus, dans cette période de guerre froide opposant les États-Unis à l’URSS, ils craignaient que l’Iran ne passe de l’autre côté du rideau de fer. Aussi, en accord avec les Britanniques, les dirigeants américains s’appuyèrent sur un général iranien qui, avec l’aide de la CIA et des services secrets britanniques, réalisa le coup d’État du 19 août 1953, rétablissant Mohammad Reza Pahlavi sur son trône. La violente répression qui s’ensuivit contre la classe ouvrière et contre les militants du Parti communiste, le Toudeh, la musela. L’implication de la CIA dans le coup d’État ne fut reconnue que bien plus tard : la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright y fit officiellement allusion en 2000.[1]

Les États-Unis profitèrent de l’occasion pour prendre le contrôle du pétrole iranien, supplantant les Britanniques. Les États-Unis aidèrent dès lors le chah à consolider sa dictature en mettant sur pied un instrument de répression durable. Avec l’aide de la CIA, une police politique fut créée en 1957, la Savak, armature de l’État, qui inspira la terreur en pratiquant systématiquement la torture. Les officiers de l’armée iranienne furent envoyés se former aux États-Unis, mais aussi en Israël, afin de bénéficier de l’expérience du Mossad, son service de renseignement. L’Iran devint le premier acheteur d’armes américaines. Entre 1953 et 1973, le chah aurait dépensé quelque cinq milliards de dollars en armement américain[2]. Pour les États-Unis, cela avait un intérêt économique mais surtout politique, car l’administration américaine voulait pouvoir compter sur l’armée iranienne pour intervenir si cela était nécessaire, sans avoir besoin d’envoyer ses propres troupes.

Les dirigeants américains pouvaient désormais s’appuyer sur un régime capable de museler toute opposition et de défendre leurs intérêts dans la région. L’Iran fut ainsi durant vingt-cinq ans un gendarme de l’impérialisme assurant le contrôle du golfe Arabo-Persique à la place de la Grande-Bretagne, quand elle retira ses forces au début des années 1970.

1979 : du soulèvement des classes populaires à l’instauration de la République islamique

Le régime du chah apparaissait ainsi depuis des décennies comme un rempart à toute épreuve face aux peuples de la région, et il importait peu aux dirigeants américains que des centaines de milliers d’Iraniens croupissent dans les prisons ou soient victimes de la Savak. Le président démocrate Jimmy Carter avait bien fait des déclarations sur la nécessaire défense des droits de l’homme au moment de son élection en novembre 1976, ce qui avait d’ailleurs suscité quelques espoirs parmi les opposants au chah. Mais, un an plus tard, les concessions économiques faites par le souverain iranien – gel du prix du pétrole et achat de centrales nucléaires – firent passer tout cela au second plan.

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes impérialistes, jusqu’au soulèvement révolutionnaire des classes populaires des années 1978-1979, qui allait mettre fin à la dictature du chah.

Au milieu des années 1970, le régime dut faire face aux conséquences de la crise économique mondiale. Les exportations pétrolières chutèrent en 1977 de près de 30 %, affectant les revenus de l’État. L’inflation s’accéléra. De 1975 à 1977, le coût de la vie augmenta de 200 %. L’arrêt d’un certain nombre de grands projets en cours entraîna un accroissement du nombre des sans-travail. La spéculation immobilière accrut le montant des loyers, obligeant une grande partie de la population pauvre à rejoindre les bidonvilles construits dans les zones insalubres situées à la périphérie de la capitale. En 1977, des affrontements eurent lieu entre les forces de police et les habitants que le régime voulait déloger de terrains déclarés non constructibles. De son côté, la petite bourgeoisie commerçante, appelée le Bazar, une force économique, politique et sociale d’importance en Iran depuis au moins le 18e siècle, commençait à être mécontente du régime. La manne pétrolière lui passait sous le nez. Cette petite bourgeoisie marchande traditionnelle se sentait d’autant plus lésée que le chah la rendait responsable de la hausse des prix. Des milliers de ces commerçants furent frappés d’amendes, ou déportés de leur ville, quand ils n’étaient pas mis en prison. Le chah retourna également contre lui une grande partie du clergé chiite, en réduisant les subventions officielles pour l’entretien des mosquées et des écoles coraniques et en emprisonnant voire en assassinant des mollahs.

En 1978, des manifestations exigeant le départ du chah se succédèrent. Elles furent violemment réprimées par l’armée. Mais cela ne découragea pas les manifestants, toujours plus nombreux. La révolte gagna progressivement les grandes villes iraniennes. La classe ouvrière, qui représentait entre un million et demi et deux millions de personnes, entra en lutte aux côtés du reste des masses populaires, non seulement en participant aux manifestations, mais aussi sur son terrain, dans les usines, par la grève. L’entrée des travailleurs du pétrole dans la lutte, à l’automne 1978, eut un retentissement important. Il y eut des grèves dans les aciéries, les usines de tracteurs ou les mines de charbon. Puis elles s’étendirent à toutes les branches de production. Le 18 octobre 1978, les travailleurs de la plus grande raffinerie d’Iran, celle d’Abadan, cessèrent le travail. Mais aucun parti politique ne proposa une politique qui aurait permis à la classe ouvrière de prendre la tête du mouvement. Et ce fut le clergé chiite, soutenu par la grande masse des commerçants du Bazar, qui le finançaient depuis toujours, et son chef de file, un certain Khomeyni alors en exil, qui prirent la tête des masses populaires révoltées.

Ni la loi martiale ni la répression lors des manifestations, en particulier celle du 8 septembre 1978 où l’armée fit 4 000 morts en tirant sur la foule rassemblée sur la place Jaleh à Téhéran, ne parvenaient à faire cesser le mouvement. Au début de l’année 1979, le chah chercha à désamorcer la colère populaire en faisant appel à un grand bourgeois, Chapour Bakhtiar, pour former un gouvernement civil. Mais le 11 janvier ce fut Washington qui annonça le départ du chah à l’étranger. Les États-Unis, qui avaient jusque-là continué à soutenir inconditionnellement le dictateur malgré la répression sanglante, tentaient d’éteindre le feu en l’éloignant. Le 19 janvier, une manifestation, décidée par Khomeyni depuis son exil pour réclamer le départ de Bakhtiar et l’établissement d’une république islamique, regroupa trois millions de personnes dans les rues de Téhéran. Puis, le 1er février, ce fut le retour de Khomeyni en Iran, facilité par les États-Unis, qui donna lieu à un autre déferlement humain de plusieurs millions de personnes.

Avant son retour, Khomeyni avait en fait été en contact avec des représentants des États-Unis et les chefs de l’armée iranienne pour négocier une passation de pouvoir en douceur. Les représentants américains avaient œuvré en coulisse afin de maintenir l’unité de l’armée et de faire admettre aux généraux l’idée d’une république islamique. Ils voulaient à tout prix éviter un écroulement de ce pilier du régime du chah qu’était l’armée, à un moment où les masses étaient mobilisées et commençaient à s’organiser.

L’insurrection des 9, 10 et 11 février 1979 à Téhéran contraignit finalement Bakhtiar à céder la place au gouvernement proposé par Khomeyni et présidé par Bazargan. Le 12 février, la monarchie était abolie en Iran. La République islamique qui sortit de cette période d’agitation et de mobilisation politique intense eut pour priorité de restaurer l’ordre, non sans mal, car la mobilisation des classes pauvres se poursuivit encore pendant plusieurs mois. La classe ouvrière allait subir une dictature plus dure encore que celle du chah.

La prise d’otages et la rupture des relations avec les États-Unis

Ce fut dans ce contexte que survint le 4 novembre 1979 : des étudiants partisans du régime islamique occupèrent l’ambassade américaine, prenant 52 civils et militaires américains en otages, pour réclamer l’extradition du chah, alors à New York. Cette action d’éclat apparut comme un défi spectaculaire. Durant cette crise qui dura 444 jours, de grandes manifestations antiaméricaines se déroulèrent à travers tout le pays. Khomeyni n’avait en rien prévu cet événement ; il avait même cherché à empêcher de telles actions antiaméricaines. Finalement, il y trouva son compte car son pouvoir se trouva renforcé par cette unanimité nationale antiaméricaine. Cet événement sonna cependant définitivement le glas des bonnes relations entre les deux pays. Le 7 avril 1980, les États-Unis cessaient toute relation diplomatique avec l’Iran et prenaient des sanctions économiques.

Si le régime était devenu infréquentable, ce n’est pas parce qu’il était dirigé par des ayatollahs. L’impérialisme a toujours su s’appuyer sur les régimes les plus réactionnaires pour sauvegarder ses intérêts. Les relations étroites que les impérialismes américain et français entretiennent avec l’Arabie saoudite en constituent une preuve. Mais un régime, aussi réactionnaire, aussi dictatorial soit-il, peut tout de même poser des problèmes à l’impérialisme, comme le montrent aujourd’hui ceux soulevés par l’irruption du groupe État islamique en Irak et en Syrie.

Ce que les dirigeants américains ne pouvaient pas accepter était cette volonté d’indépendance affichée par les dirigeants religieux iraniens. Si Khomeyni s’opposait ouvertement aux États-Unis, sans pour autant rejoindre le camp soviétique, ce n’était certes pas par anti-impérialisme. Il avait l’ambition de faire de l’Iran une puissance régionale de premier plan, en se servant de l’islam politique, espérant gagner un soutien populaire dans le monde musulman chiite.

Mais la défense des intérêts des multinationales, dans cette partie du monde si riche en pétrole, exige des régimes fidèles à l’impérialisme, prêts à se soumettre à ses ordres. Le régime iranien ne rentrait pas dans ce cadre. Il fallait donc le domestiquer. La tâche n’était pas aisée. Cette hiérarchie religieuse propulsée à la tête de l’appareil d’État forgé sous le règne du chah était toujours soutenue par la caste des bazaris, liée au commerce et à la petite production, formant l’essentiel de la bourgeoisie traditionnelle iranienne. Les mollahs avaient été portés au pouvoir par un soulèvement populaire puissant. Le régime avait des bases solides.

1980-1988 : la guerre Iran-Irak

Il fallait trouver une force capable d’affaiblir le nouveau régime iranien. Ce fut Saddam Hussein qui offrit alors à l’impérialisme la solution qu’il cherchait quand, en septembre 1980, il déclara la guerre à l’Iran. En pénétrant en Iran, Saddam Hussein se rangeait ouvertement dans le camp des impérialistes, leur rendant un fier service. Aussi les États-Unis le soutinrent-ils en sous-main. Quand il utilisa des armes chimiques, personne ne protesta. Des documents de la CIA récemment divulgués prouvent que Washington le savait pourtant pertinemment[3].

Cette guerre Iran-Irak fut une véritable boucherie, une guerre de positions qui rappelait la Première Guerre mondiale. Elle allait durer huit ans, faire un million de morts et entraîner d’énormes souffrances pour les populations. Des centaines de milliers d’hommes, dont beaucoup très jeunes, furent gazés ou mutilés. En Iran, des millions de personnes furent déplacées, car une grande partie des combats­ eurent lieu sur le sol iranien. Ces huit années furent en revanche prospères pour les industriels de l’armement des pays impérialistes. La France ne fut pas en reste, vendant ses armes aux deux camps. Il n’y eut pas de vainqueur dans cette guerre, hormis l’impérialisme, qui réussissait un coup double, profitant de l’affaiblissement de l’Irak comme de l’Iran.

Le président Rafsandjani, élu en 1989, tenta alors de renouer avec les États-Unis, dans l’espoir de rétablir une économie ruinée par la guerre. En 1994, le premier contrat portant sur le pétrole iranien accordé à une compagnie étrangère depuis la révolution fut pour Conoco, un géant américain du pétrole.

Mais Israël, soutien sans faille de l’impérialisme américain au Moyen-Orient, s’opposa farouchement à ce rapprochement. Dans les années 1960 pourtant, pour contrebalancer le poids des États arabes, Israël avait cherché au contraire à se rapprocher de l’Iran, de la Turquie et de l’Éthiopie. Cette attitude des dirigeants israéliens perdura après la révolution iranienne. Dans les années 1980, Israël fit même pression sur les États-Unis pour rétablir les relations avec Téhéran. Mais, dix ans plus tard, Israël opéra un virage à 180 degrés. L’Iran devint l’ennemi numéro un, accusé de soutenir le terrorisme et de chercher à développer l’arme nucléaire. Les dirigeants américains devaient prendre en compte l’inquiétude d’Israël de voir reconnu un régime qui pouvait jouir d’une influence réelle dans les rangs palestiniens sur son propre territoire et au Liban, le fait que les régimes arabes se sentent menacés par l’intégrisme musulman inspiré par le régime iranien et les problèmes posés par l’équilibre régional entre l’Irak et l’Iran. L’Irak venait en effet d’être vaincu lors de la guerre du Golfe, et il ne fallait pas que cette défaite renforce l’Iran. En 1995, le président américain Bill Clinton décida d’imposer un embargo commercial et financier à l’Iran, au prétexte que le pays avait « élargi son rôle d’inspirateur et de bailleur de fonds du terrorisme ». Il signa un décret interdisant aux compagnies pétrolières américaines de participer au développement des ressources pétrolières en Iran, ce qui mit fin au contrat de l’Iran avec Conoco.

Dans les années qui suivirent, l’Iran chercha à maintes reprises à obtenir la levée des sanctions, en échange de quelques services à l’impérialisme. Mais en 2002 Bush inscrivit l’Iran sur la liste des pays de « l’axe du mal », aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord. Et, avec l’élection en 2005 de Mahmoud Ahmadinejad, ce fut le retour d’une politique belliqueuse contre le « grand Satan » américain, le nouveau président craignant que l’Iran ne soit la prochaine cible des États-Unis, après l’Irak, que l’armée américaine continuait à occuper après avoir vaincu Saddam Hussein.

Le chaos qui gagne tout le Moyen-Orient change la donne

C’est l’évolution de plus en plus chaotique de la situation au Moyen-Orient qui pousse aujourd’hui les dirigeants américains à chercher à rétablir des relations avec l’État iranien. L’Irak sombre dans le chaos et la guerre entre milices religieuses ou ethniques depuis le déclenchement de la guerre menée par l’impérialisme américain en 2003. Depuis 2014, une partie du territoire irakien est aux mains des djihadistes du groupe État islamique (EI). Le gouvernement fantoche mis en place par les États-Unis est à la tête d’un pays qui implose. La Syrie est en proie depuis 2011 à une guerre entre bandes armées, celles du régime de Bachar al-Assad et différents groupes djihadistes, dont l’EI. Et le chaos continue à se répandre bien au-delà, entre autres en Libye et au Yémen.

L’Iran est l’un des rares États du Moyen-Orient dont la stabilité a été préservée. De plus, son État apporte un soutien financier et militaire à des milices islamistes chiites qui s’opposent à celles de l’EI en Irak. Les corps d’élite des Gardiens de la révolution, les Pasdaran, agissent également en Irak et en Syrie, tout comme le Hezbollah libanais, que l’Iran finance. L’Iran constitue aux yeux de l’impérialisme américain une aide possible pour stabiliser l’Irak, et au-delà.

Mais normaliser les relations avec ce pays n’est pas sans inconvénient, du fait des affrontements des puissances régionales entre elles. Chacune d’entre elles continue de jouer son propre jeu politique pour devenir la première puissance régionale. Les États-Unis veulent s’appuyer sur l’Iran, mais sans mécontenter leurs alliés, et en particulier l’Arabie saoudite. « Il y a encore quelques années, nos alliés ne nous posaient pas les mêmes problèmes de cohérence. Ils se conformaient aux grandes lignes de nos actions et nous savions leur donner suffisamment de mou pour ne pas les obliger à une totale docilité. Aujourd’hui, nous sommes en permanence contraints de concilier des positions contradictoires », regrettait un diplomate américain[4].

Sans en être la principale raison, la normalisation des relations entre États-Unis et Iran permettrait également l’ouverture aux capitalistes de ce marché prometteur qu’est l’Iran, fort de ses 80 millions d’habitants. Nombre de délégations patronales se sont précipitées dans le pays, à peine l’accord entré en vigueur. Dès la fin du mois de janvier dernier, le gouvernement français recevait le président Hassan Rohani à Paris, en présence de Pierre Gattaz, le représentant du Medef, réunion fructueuse puisque 15 milliards d’euros d’accords commerciaux furent signés, dont un contrat avec Airbus portant sur l’acquisition de 118 avions. Pour l’instant, tous les obstacles n’ont pas été levés par les États-Unis, qui gardent dans leur sac plus d’un moyen de pression économique sur l’Iran. Ainsi Washington interdit les transactions en dollars avec l’Iran. L’International Emergency Economic Powers Act, une loi fédérale datant de 1977, permet au président américain de restreindre les relations commerciales avec certains pays. L’Office of Foreign Assets Control (OFAC), véritable bras armé économique des États-Unis, actualise par exemple régulièrement une liste mentionnant des personnes ou des sociétés avec lesquelles il est déconseillé d’avoir des relations. Cette liste cible notamment les entreprises liées aux Gardiens de la révolution, directement rattachés au « guide suprême de la révolution », l’ayatollah Ali Khamenei.

Une chose est certaine : dans toutes ces tractations, les intérêts des peuples sont totalement absents. Il n’est pas question des droits de l’homme en Iran, qui ne sont pourtant toujours pas plus respectés qu’au temps où les États-Unis avaient rompu les relations. Les exécutions par pendaison, les emprisonnements d’opposants et la répression des grèves sont passés sous silence. Quant à la bouffée d’oxygène attendue par les classes populaires du fait de l’ouverture politique et économique, elle ne sera de toute façon pas pour les plus pauvres.

L’histoire des relations entre l’Iran et les États-Unis illustre combien tous ces calculs et retournements d’alliance, toutes ces manœuvres consistant à utiliser les rivalités des uns et des autres, font partie intégrante de la politique impérialiste. Les dirigeants impérialistes mènent une politique empirique, qui se modifie au gré des changements de rapports de force. Elle n’a qu’un seul but, préserver un statu quo régional suffisamment stable pour garantir les profits des multinationales et leur permettre de continuer à piller les ressources naturelles de la région. Mais à chaque étape, à chaque intervention, dans un sens ou dans un autre, l’impérialisme laisse derrière lui de la matière inflammable. Cette politique marque depuis des décennies tout le Moyen-Orient. Et cela ne prendra fin que lorsque les classes populaires, qui en sont les victimes, décideront d’en finir avec ce système.

20 mai 2016




[1] « Les grandes étapes d’une relation tempétueuse », Le Monde diplomatique, mars 2015.

 

[2]  Ahmad Faroughy et Jean-Loup Reverier, L’Iran contre le chah, Éditions Jean-Claude Simoën, 1979.

 

[3]« Les grandes étapes d’une relation tempétueuse », Le Monde diplomatique, mars 2015.

 

[4] « Washington débordé par l’affrontement entre Riyad et Téhéran », Le Monde diplomatique, mai 2015.